



{"id":1945,"date":"2005-10-19T00:00:00","date_gmt":"2005-10-18T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1945"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"temoignages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1945","title":{"rendered":"\u00abJe ne veux pas d&rsquo;enfant. Et alors?\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Il y a quelques ann\u00e9es, Adriana Karembeu disait vouloir trois enfants. Aujourd\u2019hui, elle confie \u00e0 Paris Match qu&rsquo;elle craint \u00abne pas \u00eatre \u00e0 la hauteur\u00bb, r\u00e9p\u00e9ter les m\u00eames erreurs que ses parents qui \u00abne connaissaient que les punitions\u00bb.<\/p>\n<p>Par avance, elle est jalouse de l&rsquo;amour que son mari pourrait porter \u00e0 l&rsquo;enfant potentiel. \u00abSi nous avons un enfant, je sais que toute l&rsquo;attention sera concentr\u00e9e sur lui.\u00bb Alors un enfant? Non merci!<\/p>\n<p>Son cas n\u2019est pas isol\u00e9. Dans toute l&rsquo;Europe, les taux de f\u00e9condit\u00e9 sont en chute libre, au point que le \u00abp\u00e9ril vieux\u00bb menace nos retraites et les g\u00e9n\u00e9rations futures: les pays de l&rsquo;Est flirtent avec les 1,3 enfant, voire 1,2 par femme; l&rsquo;Allemagne s&rsquo;inqui\u00e8te avec un tout petit 1,34; l&rsquo;Italie se d\u00e9couvre un angoissant 1,25 enfant par femme.<\/p>\n<p>La Suisse se rassure comme elle peut avec un taux de 1,4 en train de chuter inexorablement&#8230; Elle occupe m\u00eame la premi\u00e8re place en mati\u00e8re d&rsquo;inf\u00e9condit\u00e9, avec un taux de femmes sans enfant approchant les 25%.<\/p>\n<p>Nous avons recueilli les t\u00e9moignages de quelques unes d\u2019entre elles &#8212; et quelques uns d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><font size=2><b>Andr\u00e9a Isenegger, 41 ans, sp\u00e9cialiste en sant\u00e9 publique et internationale, coordinatrice de Pharmaciens sans Fronti\u00e8res Suisse:<\/b><\/p>\n<p>\u00abA 20 ans, avoir des enfants me paraissait \u00eatre une responsabilit\u00e9 \u00e9norme et le sujet n&rsquo;\u00e9tait simplement pas abord\u00e9 avec mon copain. Par la suite, fonder une famille ne m&rsquo;a jamais sembl\u00e9 prioritaire. Mon travail me rend tr\u00e8s heureuse. J&rsquo;assume des responsabilit\u00e9s diff\u00e9rentes de celles d&rsquo;une m\u00e8re. Fonder une famille ne me manque pas. Je l&rsquo;aurais ressenti comme un obstacle \u00e0 ma libert\u00e9; je n&rsquo;ai pas de regrets. Peu de femmes qui travaillent dans l&rsquo;humanitaire arrivent \u00e0 concilier la maternit\u00e9 et l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle. Les p\u00e8res sont plus nombreux \u00e0 partir en mission; ils s&rsquo;absentent trois mois et laissent leur famille \u00e0 la maison pendant cette p\u00e9riode. J&rsquo;ai vu beaucoup de mis\u00e8re, d&rsquo;enfants qui meurent et de maladies. Cela explique certainement aussi mon choix. En Afrique, ne pas avoir d&rsquo;enfants semble bizarre. En Suisse, les gens comprennent et acceptent facilement, \u00e0 cause de mon travail.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abIl y a deux ans, je vivais une relation harmonieuse et la question s&rsquo;est pos\u00e9e. Mais avec la m\u00eame activit\u00e9 professionnelle, cela me semblait impossible. Mon compagnon, lui, d\u00e9sirait fonder une famille; nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s.J&rsquo;appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment le contact des enfants, j&rsquo;en rencontre beaucoup. J&rsquo;ai r\u00e9cemment accept\u00e9 d&rsquo;\u00eatre la marraine du fils de ma soeur, ce qui est pris tr\u00e8s au s\u00e9rieux en Suisse al\u00e9manique. Cela signifie que je suis pr\u00eate \u00e0 m&rsquo;occuper de mon filleul en cas de n\u00e9cessit\u00e9. Je ne partirai donc plus pour de longues missions sur le terrain. C&rsquo;est le maximum que j&rsquo;envisage.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Mich\u00e8le Gosse, 58 ans, enseignante en physiologie et travail corporel, formatrice en p\u00e9rinatalit\u00e9, Neuch\u00e2tel:<\/b><\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;appr\u00e9cie \u00e9norm\u00e9ment les enfants et les b\u00e9b\u00e9s me passionnent&#8230; c&rsquo;est mon m\u00e9tier! L&rsquo;enfant est un \u00eatre pas encore embrouill\u00e9 comme le sont les adultes. Je suis sept fois marraine mais je n&rsquo;ai jamais voulu avoir d&rsquo;enfants. Mes filleuls et mon travail me comblent compl\u00e8tement; j&rsquo;ai la sensation de vivre ainsi une autre forme de maternit\u00e9. Je ne suis ni asexu\u00e9e ni homosexuelle. A 20 ans, j&rsquo;\u00e9tais beaucoup plus militante et certainement plus pessimiste sur l&rsquo;avenir du monde.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;ai f\u00eat\u00e9 l&rsquo;arriv\u00e9e de la m\u00e9nopause. J&rsquo;ai \u00e9prouv\u00e9 le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre enceinte, mais je n&rsquo;ai jamais voulu avoir d&rsquo;enfants. Un homme peut plus facilement se soustraire \u00e0 cette question.Mon entourage professionnel, les patients que je rencontre sont toujours persuad\u00e9s que je suis m\u00e8re car je m&rsquo;entends tr\u00e8s bien avec les enfants. Mais, en g\u00e9n\u00e9ral, les femmes qui ne sont pas m\u00e8res effraient: on imagine tout de suite leur frustration, il y a un refoulement important de la part de la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est paradoxal puisque les conditions \u00e9conomiques et sociales ne sont pas favorables \u00e0 la procr\u00e9ation.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Natascha Guignard, 31 ans, enseignante et cr\u00e9atrice de bijoux, Gen\u00e8ve:<\/b><\/p>\n<p>\u00abAvec une famille, je ne pourrais plus faire ce que j&rsquo;aime. Je me sentirais frustr\u00e9e de devoir seulement m&rsquo;occuper d&rsquo;eux. J&rsquo;ai d\u00fb me battre pour faire certaines activit\u00e9s qui comptent aujourd&rsquo;hui \u00e0 mes yeux. Je me dis que c&rsquo;est tr\u00e8s difficile d&rsquo;\u00eatre une bonne m\u00e8re, j&rsquo;aurais peur de faire faux. C&rsquo;est en partie ce qui explique que je ne veux pas d&rsquo;enfant.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abAvant, tous les enfants m&rsquo;aga\u00e7aient, \u00e0 cause des cris, des pleurs. Maintenant, j&rsquo;appr\u00e9cie ceux de mes proches. Je me suis toujours dit que je n&rsquo;aurais pas d&rsquo;enfants. Mais ces deux derniers mois, depuis que ma meilleure amie est enceinte de deux mois, j&rsquo;y r\u00e9fl\u00e9chis. Avec la maturit\u00e9, on se dit qu&rsquo;on a le droit de changer d&rsquo;avis et de se laisser des portes ouvertes. Les trois prochaines ann\u00e9es, c&rsquo;est en tout cas hors de question. Nous partons \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger et je n&rsquo;aimerais pas me retrouver dans la m\u00eame situation que beaucoup de femmes d&rsquo;expatri\u00e9s: \u00e0 la maison, \u00e0 m&rsquo;occuper des gosses toute la journ\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Basile Tarchini, compagnon de Natascha, 31 ans, chercheur en biologie, post-doctorant \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Gen\u00e8ve:<\/b><\/p>\n<p>\u00abJ&rsquo;ai peu de contacts avec les enfants et lorsque j&rsquo;en rencontre, je ne me sens pas vraiment \u00e0 l&rsquo;aise. Pour moi, la paternit\u00e9 n&rsquo;est pas instinctive. Une famille r\u00e9duirait mes choix de vie. J&rsquo;aurais moins de latitudes professionnelles ou de loisirs. Je serais moins ind\u00e9pendant, je devrais r\u00e9adapter mes horaires de travail. On dit des gens sans enfant qu&rsquo;ils sont \u00e9go\u00efstes, mais je ne vois pas pourquoi en avoir serait plus g\u00e9n\u00e9reux. La procr\u00e9ation r\u00e9pond \u00e0 un d\u00e9sir personnel, pour perp\u00e9tuer un nom.On dit encore qu&rsquo;un couple qui ne d\u00e9sire pas procr\u00e9er manque d&rsquo;entente. J&rsquo;ai rencontr\u00e9 Natascha il y a dix ans, nous sommes tr\u00e8s proches. Nous partageons une m\u00eame vision. Je ne vois pas l&rsquo;enfant comme l&rsquo;aboutissement d&rsquo;un couple. C&rsquo;est une th\u00e9orie r\u00e9ductrice.\u00bb<\/p>\n<p>NB: Aujourd&rsquo;hui, Basile et Natascha sont s\u00e9par\u00e9s.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Iris, 41 ans, artiste peintre, Gen\u00e8ve:<\/b><\/p>\n<p>\u00abJe n&rsquo;ai jamais vraiment ressenti le d\u00e9sir de procr\u00e9ation. J&rsquo;adore parler aux enfants, ou leur enseigner la peinture, mais l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;en avoir, ou de devoir m&rsquo;en occuper 24 heures sur 24, m&rsquo;a toujours effray\u00e9e. Cela a influenc\u00e9 mes rapports avec les hommes. Je me suis mise en m\u00e9nage avec mon premier compagnon \u00e0 25 ans, puis mari\u00e9e un an apr\u00e8s. Le fait qu&rsquo;il voulait des enfants a \u00e9t\u00e9 une des raisons centrales de notre divorce. Ce n&rsquo;est pas un hasard si j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 ensuite attir\u00e9e par des hommes beaucoup plus jeunes que moi, sans doute par volont\u00e9 inconsciente de ne plus \u00eatre confront\u00e9e \u00e0 cette question. Je me sens vraiment artiste dans mon \u00e2me. Je me per\u00e7ois moi-m\u00eame comme un enfant, et non pas comme une m\u00e8re potentielle.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abJe ne regrette pas du tout d&rsquo;avoir fait ce choix. Je consid\u00e8re au contraire que c&rsquo;est un privil\u00e8ge. Vivre sans enfant m&rsquo;a permis de me conna\u00eetre profond\u00e9ment, de devenir une femme heureuse et \u00e9panouie. Autour de moi, je vois tant de gens qui courent partout, y compris chez les psychanalystes, pour tenter de se comprendre. Ce qui leur manque souvent, c&rsquo;est de prendre le temps de s&rsquo;\u00e9couter, ce qui est rarement possible avec des enfants. Je voudrais donc rassurer les femmes qui n&rsquo;ont pas d&rsquo;enfants et qui en souffrent. Ne pas avoir d&rsquo;enfants peut \u00eatre la chance de leur vie, et cela n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9go\u00efste. Heureusement, socialement, ce choix est de mieux en mieux accept\u00e9. Il arrive que les gens me trouvent bizarre. Ce sont souvent des p\u00e8res ou des m\u00e8res enferm\u00e9s dans le mod\u00e8le traditionnel qui me jugent. Depuis que j&rsquo;ai pass\u00e9 40 ans, je me sens compl\u00e8tement lib\u00e9r\u00e9e de cette \u00abpression sociale\u00bb. Mon compagnon n&rsquo;attend pas cela de moi et les gens qui me connaissent ont compris que c&rsquo;\u00e9tait un choix, et pas un renoncement. Je me sens bien et heureuse.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<\/p>\n<p><b>Viram, 42 ans, employ\u00e9 CFF, Lausanne:<\/b><\/p>\n<p>\u00abJusqu&rsquo;\u00e0 30 ans, je r\u00eavais de fonder une famille. Et puis j&rsquo;ai eu des r\u00e9ticences d&rsquo;ordre \u00e9thique:il y a d\u00e9j\u00e0 bien assez d&rsquo;\u00eatres humains sur cette plan\u00e8te. Ma vision de l&rsquo;avenir est pessimiste: je sens intuitivement que l&rsquo;humanit\u00e9 va \u00e0 court terme vers une catastrophe majeure. Je ne souffre pas r\u00e9ellement de la pression sociale autour de la famille, mais ma situation a cr\u00e9\u00e9 une distance avec certains amis: les p\u00f4les d&rsquo;int\u00e9r\u00eats divergent, les disponibilit\u00e9s aussi. Au d\u00e9but, je trouvais aga\u00e7ant de ne pas pouvoir avoir une discussion sans \u00eatre tout le temps interrompu. Aujourd&rsquo;hui, j&rsquo;appr\u00e9cie le contact des gosses.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abPar ailleurs, je n&rsquo;aurais pas envie de travailler comme un dingue juste pour subvenir aux besoins d&rsquo;une famille. Je vois autour de moi des hommes qui, suite \u00e0 un divorce, se retrouvent dans des situations financi\u00e8res extr\u00eamement pr\u00e9caires: ils doivent se battre devant le juge pour voir leurs enfants, payer la moiti\u00e9 de leur salaire dans des pensions alimentaires&#8230;\u00bb<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine L\u2019Hebdo. Remerciements \u00e0 Isabelle Falconnier et Pierre-Andr\u00e9 Stauffer.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pr\u00e8s d\u2019une Suissesse sur quatre ne fait pas d\u2019enfant. Longtemps stigmatis\u00e9e, la non-maternit\u00e9 est aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9e comme un choix parfaitement acceptable. T\u00e9moignages de femmes &#8212; et d\u2019hommes &#8212; qui pr\u00e9f\u00e8rent ne pas procr\u00e9er.<\/p>\n","protected":false},"author":18992,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1945","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1945","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18992"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1945"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1945\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1945"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1945"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1945"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}