



{"id":1937,"date":"2005-10-09T00:00:00","date_gmt":"2005-10-08T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1937"},"modified":"2016-07-07T11:36:14","modified_gmt":"2016-07-07T09:36:14","slug":"mariages","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1937","title":{"rendered":"L&rsquo;amour suisse made in China"},"content":{"rendered":"<p>Ying Wu habite depuis 20 ans en Suisse. Consultante en t\u00e9l\u00e9coms, cette charmante trentenaire parle presque sans accent et se sent int\u00e9gr\u00e9e. Mais \u00abje n&rsquo;arrive toujours pas \u00e0 m&rsquo;y faire compl\u00e8tement!, avoue-t-elle. Le plus dur, c&rsquo;est l&rsquo;individualisme. Ce n&rsquo;est pas r\u00e9ellement un manque de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 chez les Suisses, mais une distance entre les gens, probablement \u00e0 cause de la faible densit\u00e9 de population. Ici, on vit dans des bulles, on se tient physiquement \u00e9loign\u00e9s, on n&rsquo;engage pas le dialogue facilement avec les autres.\u00bb<\/p>\n<p>La critique revient souvent dans la bouche des Chinois de Suisse. Il suffit d&rsquo;entrer dans un m\u00e9tro \u00e0 Shanghai pour comprendre que la proximit\u00e9 physique n&rsquo;effraie pas les Asiatiques, pas plus que l&rsquo;intrusion dans l&rsquo;espace priv\u00e9: un Chinois lira le journal de son voisin par-dessus son \u00e9paule, puis le soul\u00e8vera pour lire la fin de l&rsquo;article. Partout, on s&rsquo;adresse la parole sans formule de politesse, souvent \u00e0 voix haute, au point que les Occidentaux ont l&rsquo;impression que les Chinois s&rsquo;insultent tout le temps. \u00abLa communication est plus directe en Chine. Il est normal de s&rsquo;adresser aux autres pour tout et rien, c&rsquo;est une forme d&rsquo;entraide, rel\u00e8ve Tianning Ning, arriv\u00e9e de Harbin en 1993. Ici, je me surprends \u00e0 h\u00e9siter \u00e0 appeler mon voisin, m\u00eame si j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;avoir laiss\u00e9 mon four allum\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Les couples sino-suisses doivent faire face \u00e0 des chocs culturels, mais pas forc\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 on les attend. \u00abAvoir autant de choix, \u00e7a complique horriblement la vie!\u00bb, r\u00e9sume Norine Chen-L\u00fcthy, en Suisse depuis 1996. \u00abEn Chine, quand ce n&rsquo;est pas le gouvernement, ce sont les parents qui d\u00e9cident. Etudes, nombre d&rsquo;enfants, style vestimentaire: il y a des marches \u00e0 suivre, des codes, m\u00eame si la situation change depuis ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es. Je n&rsquo;avais jamais rien d\u00e9cid\u00e9 par moi-m\u00eame, puis, ici, je devais sans cesse faire des choix: habiter en ville ou \u00e0 la campagne, quelle voiture conduire, travailler ou pas, \u00e0 quel pourcentage. J&rsquo;en avais le vertige!\u00bb<\/p>\n<p>La grande majorit\u00e9 des 4000 Chinois qui vivent en Suisse sont des femmes. C&rsquo;est que, depuis 1990, les mariages de Suisses avec des Chinoises ont augment\u00e9 de 293%. \u00abC&rsquo;est dans la tradition chinoise que l&rsquo;homme reste chez lui et que la femme aille s&rsquo;installer dans la famille de son mari\u00bb, explique Claudia Berger, une des rares Suissesses mari\u00e9es \u00e0 un Chinois. \u00abEn Chine, les femmes ont plus de peine que les hommes \u00e0 trouver du travail, ajoute son \u00e9poux Fei Wang. Alors elles vont chercher \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. La Chinoise mise tout sur l&rsquo;ascension sociale de son mari. Elle est attir\u00e9e par les Occidentaux et la promesse de r\u00e9ussite qu&rsquo;ils v\u00e9hiculent.\u00bb<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;autre sens, les Suisses mari\u00e9s \u00e0 des Chinoises \u00e9voquent la douceur de leur regard, et celle de leur peau. S\u00fbres de leur charme aupr\u00e8s des Occidentaux, les Chinoises susurrent d&rsquo;ailleurs ce slogan aux expatri\u00e9s de passage: \u00abOnce you go Asian, you never go Caucasian.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>\u00abLe syst\u00e8me scolaire suisse est catastrophique\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><strong><font size=\"2\">Claudia Berger, 47 ans, charg\u00e9e d&rsquo;enseignement du chinois \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9. Fei Wang, 43 ans, enseigne la calligraphie chinoise. Mari\u00e9s en 1993, deux enfants.<\/font><\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">\u00abMa passion pour l&rsquo;Asie est venue vers 23 ans, par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un voisin qui apprenait le chinois. Plus tard, je me suis souvenue qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de mes premiers \u00e9mois, il y avait un beau Vietnamien qui me fascinait \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de bus&#8230;\u00bb Neuch\u00e2teloise, Claudia Berger est partie deux ans en Chine en 1985 \u00e9tudier \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Nankai \u00e0 Tianjin. Puis a poursuivi ses \u00e9tudes de chinois \u00e0 Gen\u00e8ve. C&rsquo;est lorsqu&rsquo;elle retourne \u00e0 P\u00e9kin pour un cours de perfectionnement, en 1992, qu&rsquo;elle rencontre Fei Wang. \u00abIl ne restait qu&rsquo;une place dans l&rsquo;amphith\u00e9\u00e2tre, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui.\u00bb Fei raconte: \u00abJe la trouvais tellement belle, ce fut le coup de foudre. Pourtant, je n&rsquo;avais pas d&rsquo;int\u00e9r\u00eat particulier pour l&rsquo;Europe, ni pour les Occidentales.\u00bb<\/p>\n<p>Le couple passe un peu plus d&rsquo;un an en Chine, d\u00e9cide de s&rsquo;y marier, puis vient s&rsquo;installer en Suisse o\u00f9 Claudia avait un poste universitaire. \u00abC&rsquo;est \u00e0 Gen\u00e8ve qu&rsquo;on a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir les clivages culturels. Il ne supportait pas que je maintienne des relations amicales avec mes ex, une pratique courante ici, mais inimaginable en Chine. La communication posait aussi probl\u00e8me, pas forc\u00e9ment \u00e0 cause de la langue, mais de la n\u00e9cessit\u00e9 de contredire qu&rsquo;ont les hommes chinois.\u00bb<\/p>\n<p>Le couple fonde une famille \u00e0 Gen\u00e8ve, o\u00f9 Fei Wang monte une \u00e9cole de calligraphie. \u00abEn apprenant la langue, j&rsquo;ai commenc\u00e9 \u00e0 mieux appr\u00e9cier la Suisse.\u00bb Fei Wang enseigne le chinois \u00e0 ses filles, et retourne deux fois par an avec elles au pays, o\u00f9 il organise des voyages culturels avec ses \u00e9tudiants. \u00abJe suis pr\u00e9occup\u00e9 pour l&rsquo;\u00e9ducation de mes enfants, car je trouve le syst\u00e8me scolaire suisse catastrophique: on laisse beaucoup trop de libert\u00e9, alors que les enfants ont besoin d&rsquo;un cadre.\u00bb<\/p>\n<p><\/font><font size=\"2\">Une position que Claudia juge surprotectrice: \u00abDans l&rsquo;\u00e9ducation chinoise, les parents d\u00e9cident tout et les enfants n&rsquo;apprennent pas \u00e0 devenir autonomes.\u00bb<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>\u00abLes femmes de Shanghai sont incroyablement fortes\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><strong><font size=\"2\">Norine Chen, 35 ans, assistante de direction chez Caterpillar. C\u00e9dric L\u00fcthy, 33 ans, account manager chez Microsoft. Mari\u00e9s en 1998, un enfant.<\/font><\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">Dans le cadre de ses \u00e9tudes \u00e0 l&rsquo;EPFZ, C\u00e9dric L\u00fcthy effectue un stage \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger. \u00abJ&rsquo;\u00e9tais fascin\u00e9 par le dynamisme de la Chine. J&rsquo;ai donc postul\u00e9 pour passer six mois \u00e0 Shanghai. J&rsquo;y ai rencontr\u00e9 Norine, en 1995.\u00bb Coup de foudre, idylle.<\/p>\n<p>A son retour, C\u00e9dric entame les d\u00e9marches pour faire venir sa compagne. \u00abElle m&rsquo;a \u00e9crit une lettre par jour pendant sept mois. J&rsquo;ai emprunt\u00e9 15 000 francs pour son visa.\u00bb<\/p>\n<p>Norine suit des cours de fran\u00e7ais \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Neuch\u00e2tel: \u00abIl fallait que je trouve un travail dans les plus brefs d\u00e9lais pour me sentir autonome.\u00bb Encha\u00eenant les petits jobs, elle d\u00e9croche un poste chez PriceWaterhouse \u00e0 Gen\u00e8ve, puis chez Caterpillar. \u00abJ&rsquo;admire cette d\u00e9termination, rel\u00e8ve C\u00e9dric. Les femmes de Shanghai sont incroyablement fortes. Il faut sortir de ce clich\u00e9 occidental qui d\u00e9peint les Asiatiques comme soumises. En Chine, les femmes conduisent des camions, sont pr\u00e9sentes \u00e0 tous les niveaux hi\u00e9rarchiques. Ce sont des battantes.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCe n&rsquo;est que depuis tr\u00e8s r\u00e9cemment que je me sens vraiment \u00e0 la maison en Suisse\u00bb, dit Norine. Le climat, l&rsquo;alimentation, mais aussi la mani\u00e8re de vivre le couple, l&rsquo;ind\u00e9pendance de chacun, ont pos\u00e9 probl\u00e8me. C\u00e9dric raconte: \u00abLorsque nous sortons, j&rsquo;ai le contact facile, j&rsquo;aime les rencontres. Norine pr\u00e9f\u00e9rerait que nous passions l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la soir\u00e9e ensemble.\u00bb<\/p>\n<p><\/font><font size=\"2\">Il y a aussi ce qui rapproche: \u00abSa mani\u00e8re d&rsquo;aimer est faite de petites attentions: le soir, Norine pr\u00e9pare ma brosse \u00e0 dents avec du dentifrice. Et le matin, elle vient avec un jus d&rsquo;orange frais&#8230; En Chine, l&rsquo;amour s&rsquo;exprime par des gestes \u00e0 caract\u00e8re symbolique, alors que moi, en occidental, j&rsquo;ai tendance \u00e0 montrer le mien en achetant des cadeaux.\u00bb<\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<strong>\u00abMa belle-m\u00e8re m&rsquo;a appris \u00e0 trier les d\u00e9chets\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><strong><font size=\"2\">Isabel Xiao, 34 ans, gestionnaire de fortune \u00e0 la BCV. Franck Weber, 38 ans, enseignant et chercheur en Chine contemporaine. Mari\u00e9s en 1994, un enfant.<\/font><\/strong><\/p>\n<p><font size=\"2\">Franck est parti en Chine juste apr\u00e8s les \u00e9v\u00e9nements de 1989. \u00abUne bourse universitaire avait \u00e9t\u00e9 mise au concours et je m&rsquo;int\u00e9ressais \u00e0 la transformation des pays socialistes. C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;occasion de mettre en pratique ce que j&rsquo;avais \u00e9tudi\u00e9.\u00bb Il rencontre Isabel Xiao \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 du Peuple \u00e0 P\u00e9kin. Elle raconte: \u00abC&rsquo;\u00e9tait en 1990, lors du bal de la journ\u00e9e internationale de la femme. On avait chacun re\u00e7u un billet.\u00bb<\/p>\n<p>Deux ans plus tard, Franck revient en Suisse et organise la venue d&rsquo;Isabel . \u00abJe ne voulais pas me marier l\u00e0-bas. Je connaissais son pays, mais elle n&rsquo;\u00e9tait jamais sortie de Chine. C&rsquo;\u00e9tait important pour moi qu&rsquo;elle vive en Suisse un moment, qu&rsquo;on regarde comment \u00e9voluait le couple, voir si elle pouvait s&rsquo;int\u00e9grer et aimer la vie ici.\u00bb<\/p>\n<p>Isabel postule \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Lausanne, prend des cours de fran\u00e7ais \u00e0 P\u00e9kin, et rejoint son compagnon un an plus tard. \u00abCe n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e9vident de s&rsquo;int\u00e9grer, mais Franck m&rsquo;a beaucoup aid\u00e9e. En Chine, on parlait l&rsquo;anglais, puis le chinois. En plus du fran\u00e7ais, il m&rsquo;a conseill\u00e9 d&rsquo;apprendre tout de suite \u00e0 conduire, chose inutile en Chine. On s&rsquo;est mari\u00e9s en 1994. L\u00e0, c&rsquo;est sa famille qui m&rsquo;a aid\u00e9e. Ma belle-m\u00e8re m&rsquo;a appris les traditions alimentaires, et surtout \u00e0 trier les d\u00e9chets!\u00bb Isabel Xiao est encore surprise par l&rsquo;individualisme de la soci\u00e9t\u00e9 suisse: \u00abIci, \u00e0 cause du niveau de vie, on n&rsquo;a pas besoin des autres.\u00bb<\/p>\n<p><\/font><font size=\"2\">Isabel Xiao commence ensuite des \u00e9tudes d&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 HEC. En mati\u00e8re d&rsquo;int\u00e9gration, la cons\u00e9cration est venue plus tard: \u00abJe travaille dans l&rsquo;asset Management \u00e0 la BCV. Pour mon mari, c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9tape ultime de l&rsquo;int\u00e9gration: on ne pouvait pas trouver un job plus suisse!\u00bb<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 1990, les unions d&rsquo;hommes suisses avec des Chinoises ont tripl\u00e9. Comment ces couples g\u00e8rent-ils les chocs culturels? 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