



{"id":1927,"date":"2005-09-22T00:00:00","date_gmt":"2005-09-21T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1927"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"interview","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1927","title":{"rendered":"La r\u00e9volution de Reuters sur le march\u00e9 de l\u2019info"},"content":{"rendered":"<p>Vous n\u2019avez pas fini d\u2019entendre parler de Reuters. La v\u00e9n\u00e9rable agence pr\u00e9pare en coulisses l\u2019un des plus ambitieux paris de son histoire: passer du statut de grossiste \u00e0 celui de d\u00e9taillant.<\/p>\n<p>En d\u2019autres termes, le g\u00e9ant des services financiers veut d\u00e9sormais concurrencer des marques comme CNN et BBC sur leur propre terrain, celui de la diffusion d\u2019info \u00e0 tr\u00e8s large \u00e9chelle vers le consommateur final: vous.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas la mati\u00e8re premi\u00e8re qui lui manque. Avec ses 2\u2019300 journalistes r\u00e9partis sur tous les points du globe, Reuters reste l\u2019un des plus gros producteurs de donn\u00e9es informatives. Mais depuis sa cr\u00e9ation en 1851, l\u2019entreprise a toujours cultiv\u00e9 une strat\u00e9gie de type business-to-business, tant dans le domaine financier (qui lui rapporte pr\u00e8s de cinq milliards de dollars par an) que dans celui de l\u2019actualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9raliste (quelques centaines de millions). De part et d\u2019autre, ses clients sont toujours des professionnels. De la finance ou des m\u00e9dias.<\/p>\n<p>A la t\u00eate du groupe depuis 2001, et premier non-journaliste parvenu \u00e0 ce poste, l\u2019Am\u00e9ricain Tom Glocer, 46 ans, estime que les nouveaux clients potentiels de Reuters ne se limitent plus aux entreprises.<\/p>\n<p>La migration vers le Web de l\u2019industrie t\u00e9l\u00e9visuelle a fait chuter les co\u00fbts de diffusion, ce qui permet au grossiste d\u2019images vid\u00e9o \u2013 qu\u2019il est depuis longtemps \u2013 d\u2019attaquer le march\u00e9 de d\u00e9tail.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9 au terme d\u2019un vaste programme de restructuration baptis\u00e9 Fast Forward qui vise \u00e0 r\u00e9duire les effectifs de Reuters de 4&rsquo;500 personnes, Tom Glocer peut enfin s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019\u00e9largissement de son business.<\/p>\n<p>Nous l\u2019avons rencontr\u00e9 \u00e0 la fin ao\u00fbt dans les \u00e9l\u00e9gants bureaux genevois de la compagnie, qui jouent le r\u00f4le de back-up pour la multinationale: tout y est dupliqu\u00e9 de mani\u00e8re \u00e0 reprendre le service au cas o\u00f9 le si\u00e8ge de Londres \u00e9tait victime d\u2019une attaque.<\/p>\n<p>Gen\u00e8ve abrite aussi le si\u00e8ge de ses activit\u00e9s europ\u00e9ennes. \u00abLe march\u00e9 suisse pr\u00e9sente pour nous l\u2019avantage d\u2019\u00eatre tr\u00e8s exigeant en mati\u00e8re de service: si nos produits marchent ici, ils se vendront ailleurs, dit Tom Glocer. De plus, le pays est stable, s\u00fbre, et peu susceptible de devenir la cible d\u2019un attentat.\u00bb<\/p>\n<p><b>Vous avez lanc\u00e9 le site <a href=http:\/\/tv.reuters.com target=_blank class=std>tv.reuters.com<\/a> en libre acc\u00e8s sur internet. Quel est son mod\u00e8le \u00e9conomique?<br \/>\nTom Glocer:<\/b> Personne ne peut pr\u00e9dire l\u2019\u00e9volution du march\u00e9 de l&rsquo;information en ligne. Il faut donc exp\u00e9rimenter. Comme nous produisons \u00e9norm\u00e9ment de contenu de grande qualit\u00e9 pour nos clients professionnels, pourquoi ne pas en utiliser une partie pour une offre qui s&rsquo;adresse directement au consommateur final? Pendant des ann\u00e9es, nous nous sommes content\u00e9s du r\u00f4le de fournisseur \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re-plan, alors que les diffuseurs se constituaient des audiences formidables avec notre contenu.<\/p>\n<p><b>Qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9? <\/b><br \/>\nLa diffusion de programmes de TV traditionnels n\u00e9cessitait des investissements importants. Ce n&rsquo;est plus le cas. Gr\u00e2ce \u00e0 internet, on peut d\u00e9sormais diffuser de la vid\u00e9o en streaming \u00e0 des co\u00fbts raisonnables, et concentrer ses d\u00e9penses pour le contenu. Du moment que nous avons d\u00e9j\u00e0 ce contenu, ainsi qu&rsquo;une marque relativement connue au niveau mondial, sans oublier 2\u2019300 journalistes \u00e0 disposition, il est relativement facile de se positionner sur ce nouveau march\u00e9. Mais malheureusement, nous ne pouvons pas faire de ce projet notre priorit\u00e9. La plus grande partie de nos investissements continue \u00e0 aller du c\u00f4t\u00e9 de nos services financiers, car c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;on fait le plus d&rsquo;argent. Cela dit, j&rsquo;aimerais beaucoup pouvoir d\u00e9velopper, au cours des cinq prochaines ann\u00e9es, une source de revenu significative avec le streaming vid\u00e9o, en imposant la marque Reuters.<\/p>\n<p><b>Vous voulez faire de Reuters une marque grand public? <\/b><br \/>\nElle l\u2019est d\u00e9j\u00e0, ce qui est assez surprenant si on tient compte de nos maigres efforts en mati\u00e8re de branding. Reuters est r\u00e9cemment apparu en deuxi\u00e8me position des marques britanniques les plus connues, selon les enqu\u00eates d&rsquo;Interbrand. Il est m\u00eame arriv\u00e9 qu&rsquo;on d\u00e9passe des enseignes comme Gucci! Les gens voient les photos dans leur journal et remarquent qu&rsquo;elles viennent de Reuters. Et le public plus \u00e2g\u00e9 a entendu parler de l&rsquo;histoire de la compagnie et de ses communications par pigeons voyageurs d\u00e8s 1851, etc. Il y a d\u2019ailleurs un d\u00e9calage entre notre notori\u00e9t\u00e9 et la nature de nos activit\u00e9s. La marque est tr\u00e8s visible, mais l&rsquo;essentiel de nos affaires continue \u00e0 s&rsquo;effectuer dans le domaine professionnel. D\u00e9sormais, nous voulons que notre business occupe autant de place que la marque. Il y a l\u00e0 un immense potentiel, surtout si l&rsquo;on consid\u00e8re des march\u00e9s comme ceux de la Russie, de l&rsquo;Inde et de la Chine.<\/p>\n<p><b>A qui s\u2019adressent vos nouveaux services? <\/b><br \/>\nJe pense \u00e0 l&rsquo;investisseur individuel. Outre nos syst\u00e8mes pour les salles de trading, nous proposons des produits destin\u00e9s \u00e0 la gestion de fortune individuelle. Notre vision est la suivante: si nous pouvons avoir une relation directe, de type business-to-consumer, avec une client\u00e8le relativement sophistiqu\u00e9e qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 l&rsquo;actualit\u00e9 mondiale, et qui a aussi besoin d&rsquo;information pour g\u00e9rer ses propres finances, nous pouvons jouer sur les deux plans. Nos tests nous ont d\u00e9montr\u00e9 que la marque Reuters est reconnue comme ind\u00e9pendante, neutre, juste et objective. Nous sommes donc bien plac\u00e9s. Si nous pouvons d\u00e9velopper cette relation directe avec des individus priv\u00e9s, en m\u00eame temps que des produits destin\u00e9s aux conseillers financiers et aux g\u00e9rants de fortunes, alors nous serons en mesure d\u2019\u00e9tablir un lien int\u00e9ressant entre les deux. Pour leur publicit\u00e9, nos clients professionnels sont tr\u00e8s int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 cette audience que nous agr\u00e9geons et que nous appelons les \u00abinfluentials\u00bb: des gens jeunes, professionnels, \u00e9duqu\u00e9s, riches, clients pour la banque priv\u00e9e. De son c\u00f4t\u00e9, cette audience individuelle est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 conna\u00eetre les opportunit\u00e9s que proposent les professionnels de la gestion de fortune.<\/p>\n<p><b>Est-ce le mod\u00e8le \u00e9conomique de votre cha\u00eene de TV en ligne? <\/b><br \/>\nC\u2019est la direction que nous prenons. Mais on ne va pas d\u00e9penser des sommes d\u00e9lirantes pour r\u00e9unir un public sans savoir qui va payer et comment. On avance donc relativement lentement, en utilisant un contenu qu&rsquo;on produit de toute fa\u00e7on. Les mod\u00e8les \u00e9conomiques sont multiples: le contenu vid\u00e9o est accessible gratuitement sur Reuters.com, pour attirer un public r\u00e9gulier; ensuite, nous commencerons \u00e0 vendre des abonnements pour des produits semi-professionnels destin\u00e9s aux clients individuels. Et \u00e9videmment, nous n&rsquo;allons pas limiter cette offre aux march\u00e9s europ\u00e9ens et am\u00e9ricains. L&rsquo;Inde offre un potentiel formidable pour nous. Nous venons d&rsquo;ailleurs d&rsquo;y lancer, en partenariat avec l&rsquo;\u00e9diteur du Times of India, une cha\u00eene d&rsquo;info business et news sur le c\u00e2ble. Nous d\u00e9veloppons donc la marque Reuters, pour un service qu&rsquo;on vendra peut-\u00eatre seulement 5 dollars par mois, mais qui pr\u00e9sente un fort potentiel.<\/p>\n<p><b>Pensez-vous que Reuters ait commis une erreur, au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, en devenant fournisseur de CNN? <\/b><br \/>\nJe dis souvent \u00e0 mes collaborateurs que Reuters aurait pu, aurait d\u00fb devenir CNN. A l&rsquo;\u00e9poque, Ted Turner n&rsquo;avait que ses id\u00e9es et sa vision. De son c\u00f4t\u00e9, Reuters \u00e9tait la plus grande agence de presse, avait un service TV, une bonne marque, et 1600 journalistes r\u00e9partis tout autour du monde. Qui \u00e9tait le mieux plac\u00e9 pour lancer une cha\u00eene d&rsquo;info globale en continu? Mais Reuters s\u2019est content\u00e9 de poursuivre son mod\u00e8le \u00e9conomique traditionnel en vendant \u00e0 CNN, pour un ou deux million de dollars par an, ses meilleures infos en continu. Ted Turner a donc pu se lancer et cr\u00e9er sa marque, son audience, et fid\u00e9liser ses t\u00e9l\u00e9spectateurs. Plus tard, Yahoo est arriv\u00e9 sur le Web et l\u00e0 encore, Reuters a proc\u00e9d\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re, en devenant fournisseur. Au lieu d&rsquo;essayer d&rsquo;\u00eatre Yahoo, nous lui avons vendu une bonne partie de nos informations. Sauf que cette fois, nous avons \u00e9t\u00e9 un peu plus intelligents, car nous avons investi un million de dollars pour acqu\u00e9rir 2,5% de la compagnie. Nous avons au moins re\u00e7u quelque chose en retour! Cela dit, je ne pense pas que c&rsquo;\u00e9tait forc\u00e9ment une erreur de vendre nos infos \u00e0 des services comme CNN et Yahoo. L&rsquo;erreur, c&rsquo;\u00e9tait de n&rsquo;\u00eatre qu&rsquo;un grossiste. Si ces entreprises voulaient payer pour du contenu &#8212; et elles le veulent car elles ne peuvent pas le produire elles-m\u00eames &#8211;, \u00e7a ne me pose pas de probl\u00e8me de leur en vendre. Mais il ne faut pas leur vendre le meilleur de notre contenu. Il faut garder le meilleur pour le site de Reuters: le contenu le plus rapide, la meilleure qualit\u00e9.<\/p>\n<p><b>Votre image est tr\u00e8s diff\u00e9rente de celle de CNN\u2026<\/b><br \/>\nEn France et en Allemagne, le public consid\u00e8re que CNN transporte un point de vue am\u00e9ricain. Reuters a l&rsquo;avantage de n&rsquo;appartenir \u00e0 aucun pays. C&rsquo;est un grand avantage. Il y a un petit c\u00f4t\u00e9 ONU. <\/p>\n<p><b>C&rsquo;est un atout pour le march\u00e9 global? <\/b><br \/>\nJe pense que la technologie nous permet d&rsquo;agr\u00e9ger une audience de 20% en Allemagne, de 30% en Jordanie, 30% en Russie, etc. Avec le streaming vid\u00e9o, par Reuters.com ou par Microsoft XP media server, on n&rsquo;a pas besoin de r\u00e9unir une audience \u00e9norme, car les co\u00fbts de diffusion restent modeste. Avec le satellite ou le c\u00e2ble, le co\u00fbt de ces canaux obligeaient \u00e0 r\u00e9unir des audiences consid\u00e9rables pour retrouver l\u2019investissement de d\u00e9part. Et par cons\u00e9quent, dans la plupart des pays d\u00e9mocratiques, cela a entra\u00een\u00e9 une baisse de qualit\u00e9 des contenus vers le plus petit commun d\u00e9nominateur. Exemple, Fox TV. Cette cha\u00eene est contrainte d\u2019adopter l\u2019approche tablo\u00efd si elle veut rentabiliser ses investissements. Avec le Web, au contraire, si vous pouvez prendre 10% dans un pays, 20% dans un autre, vous pouvez agr\u00e9ger une audience internationale int\u00e9ressante, sans investir trop. Donc le d\u00e9veloppement \u00e9conomique qui est \u00e0 l&rsquo;oeuvre joue pour nous.<\/p>\n<p><b>La concurrence est f\u00e9roce sur ce march\u00e9\u2026<\/b><br \/>\nMais nous devons essayer. Je ne veux pas \u00eatre celui qui se limite au march\u00e9 de grossiste.  Cela dit, la plus grande part de mon travail concerne la restructuration de l&rsquo;aspect financier de notre business, qui est peut-\u00eatre moins int\u00e9ressant intellectuellement, mais c&rsquo;est l\u00e0 que se trouve notre revenu. <\/p>\n<p><b>Les producteurs de contenu devraient-ils devenir distributeurs? <\/b><br \/>\nCela d\u00e9pend. Si vous \u00eates une entrerprise de contenu, vous ne pouvez pas vous limiter \u00e0 un canal. Il y a en gros trois \u00e9tages: la TV (qui ressemble de plus en plus \u00e0 un ordinateur), l&rsquo;ordinateur (desktop ou laptop) et le t\u00e9l\u00e9phone mobile. Si vous distribuez votre contenu sur des appareils mobiles, vous \u00eates oblig\u00e9s de passer par un op\u00e9rateur.<\/p>\n<p><b>Dans quelle direction allez-vous d\u00e9velopper vos services financiers? <\/b><br \/>\nLes internautes sont devenus tr\u00e8s exigeants. Ils ont l\u2019habitude d\u2019aller sur Google et de trouver imm\u00e9diatement l\u2019information qu\u2019ils y cherchent. Ils s\u2019attendent donc \u00e0 ce que leurs outils professionnels proposent les m\u00eames fonctionnalit\u00e9s, notamment pour les donn\u00e9es financi\u00e8res. C\u2019est le grand d\u00e9fi pour l\u2019ensemble de notre industrie. Mais comme nous d\u00e9veloppons d\u00e9j\u00e0 des services destin\u00e9s \u00e0 l\u2019usager individuel, nous avons un avantage: nous pouvons r\u00e9utiliser leurs fonctions &#8212; facilit\u00e9 d\u2019usage, de navigation &#8212; dans de nouveaux produits professionnels: ils sont donc bas\u00e9s sur une interface Web, ils int\u00e8grent une messagerie instantan\u00e9e et bient\u00f4t des blogs. Nos clients professionnels sont aussi int\u00e9ress\u00e9s par des fonctionnalit\u00e9s telles que les chat-rooms, de mani\u00e8re \u00e0 ce que les analystes puissent converser en direct avec les utilisateurs institutionnels, etc. Aujourd\u2019hui, ce sont les technologies de grande consommation qui influencent les outils professionnels.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans le magazine Private Banking d\u2019octobre 2005.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;agence de presse est en train de r\u00e9inventer la TV en ligne. 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