



{"id":1878,"date":"2005-07-12T00:00:00","date_gmt":"2005-07-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1878"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"dans la poche...","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1878","title":{"rendered":"&#8230;de mon sac \u00e0 dos: Maurice Chappaz"},"content":{"rendered":"<p>Le sac \u00e0 dos appelle la randonn\u00e9e en montagne. On peut aimer sauter d\u2019une vall\u00e9e \u00e0 l\u2019autre en compagnie de <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1869 target=blank class=std>Chichkine<\/a>, mais on peut aussi avoir un faible pour la balade calme, r\u00e9flexive, m\u00e9ditative en moyenne montagne, l\u00e0 o\u00f9 la hauteur prise est suffisante pour maintenir une juste distance entre les choses de la vie et celles de l\u2019esprit.<\/p>\n<p>Dans ce cas, une possibilit\u00e9 est de se rendre dans la vall\u00e9e de Bagnes en compagnie de son habitant le plus illustre, le po\u00e8te Maurice <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/ecrivains\/chappaz.htm#top target=_blank class=std>Chappaz<\/a>.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s vous \u00eatre procur\u00e9 l\u2019admirable \u00abMaurice Chappaz\u00bb que Christophe Carraud vient de consacrer au vieux <a href=http:\/\/www.laffont.fr\/seghers\/cgi-bin\/livreseghers.asp?code=2-232-12252-2  target=_blank class=std>Bagnard<\/a> et apr\u00e8s l\u2019avoir gliss\u00e9 dans votre sac malgr\u00e9 son poids (400 gr.) et son format (16,5 cm sur 19,5), vous partirez en direction du Grand-Saint-Bernard.<\/p>\n<p>A Sembrancher, prenez sur la gauche en direction de Verbier et de la vall\u00e9e de Bagnes. A l\u2019entr\u00e9e du Ch\u00e2ble, vous franchissez le pont sur la Dranse et levez un \u0153il sur la vieille b\u00e2tisse entour\u00e9e d\u2019arbres qui se trouve sur la droite. C\u2019est l\u2019ancienne r\u00e9sidence d\u2019\u00e9t\u00e9 de l\u2019abb\u00e9 de Saint-Maurice qui fut autrefois seigneur de la vall\u00e9e. C\u2019est aujourd\u2019hui la demeure de Maurice Chappaz. Cette maison s\u2019appelle l\u2019Abbaye. Tradition et religion:<\/p>\n<ul><font size=2> Je n\u2019ai pu oublier, \u00e9crit Chappaz dans \u00abL\u2019Evangile selon Judas\u00bb, ces cinq syllabes du plus confidentiel des ha\u00efka\u00efs, ce \u00abCeci est mon corps\u00bb, depuis que dans mon village je l\u2019ai entendu. Si maintenant je rouvre les yeux, si je per\u00e7ois un morceau d\u2019ombre ou de neige sur la montagne, une perle de ros\u00e9e au dos d\u2019une feuille qui bouge avec une chenille, un papillon qui s\u2019enfuit, si je touche une marguerite, remue une pierre laquelle devient musicale dans la m\u00e9moire de l\u2019ombre, si j\u2019entre dans la fatigue, l\u2019errance de l\u2019eau ou de l\u2019arbre, le filet du brouillard o\u00f9 dispara\u00eet ma demeure\u2026 oui, si je vois autour de moi tous les hommes baiser le monde, \u00eatre hant\u00e9s par le souvenir; et mourir, et pouvoir, je le crois, \u00eatre r\u00e9veill\u00e9s de la mort, face \u00e0 tout, j\u2019entends: \u00abCeci est mon corps\u00bb. (p. 47 \u2013 les citations sont extraites de l\u2019ouvrage de Carraud) <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Portant le nom de saint Maurice, ayant pass\u00e9 de longues ann\u00e9es au coll\u00e8ge de Saint-Maurice, <a href=http:\/\/www.culturactif.ch\/photo-auteurs\/voixetvisageschappaz.htm target=_blank class=std>Chappaz<\/a> est catholique, d\u2019une foi solide et proclam\u00e9e en pr\u00e8s de septante ans d\u2019\u00e9criture. Ce n\u2019est pas \u00e0 quelques mois de ses nonante ans qu\u2019il va changer. Autant le savoir avant de marcher en sa compagnie. Moi qui ne le suis plus, cela ne me d\u00e9range pas. Au contraire: je trouve plut\u00f4t stimulants ces retours sur une culture un peu vieillotte qui s\u2019accordait parfaitement \u00e0 la d\u00e9funte civilisation alpine mais qui nous laisse d\u00e9sarm\u00e9s face \u00e0 la mondialisation:<\/p>\n<ul><font size=2> J\u2019appartiens \u00e0 un pays qui a chang\u00e9 en vingt ou trente ans. En restant ici en Valais, j\u2019ai pour finir fait un voyage tout aussi grand que si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 en Am\u00e9rique. (p.19) <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>A deux cents m\u00e8tres de chez Chappaz, un <a href=http:\/\/www.verbier.ch target=_blank class=std>t\u00e9l\u00e9ph\u00e9rique<\/a> vous hissera au milieu des alpages de La Chaux d\u2019o\u00f9 part le sentier des Chamois qui, serpentant \u00e0 une altitude d\u2019environ 2500m (il vaut mieux ne pas avoir le vertige!) sur le flanc du Bec des Rosses vous conduira \u00e0 la cabane de Louvie au-dessus de Fionnay.<\/p>\n<p>La fatigue venant, vous pourrez, au col Termin (2648 m), face \u00e0 un panorama somptueux et dominant, \u00e0 pic, de quinze cents m\u00e8tres le fond de la vall\u00e9e, faire une halte et lire quelques pages (pp. 104 et suivantes) consacr\u00e9es par Carraud \u00e0 la litt\u00e9rature de montagne et singuli\u00e8rement \u00e0 deux \u0153uvres de Chappaz, \u00abLe Journal des 4000\u00bb et \u00abLa Haute Route\u00bb. Comme il se doit, Carraud part de la c\u00e9l\u00e8bre lettre de P\u00e9trarque connue sous le titre d\u2019\u00abAscension du mont Ventoux \u00bb :<\/p>\n<ul><font size=2> Elle relate l\u2019ascension du Ventoux, un jour de 1336 (\u2026) Le plus important \u00e0 ce stade, c\u2019est, comme on l\u2019a si souvent soulign\u00e9, le parall\u00e9lisme que P\u00e9trarque \u00e9tablit entre l\u2019ascension et la m\u00e9ditation int\u00e9rieure (\u2026) La tradition spirituelle de l\u2019ascension importe moins ici que le croisement de l\u2019introspection et du cheminement r\u00e9el. A vrai dire, cette tradition y est m\u00eame subvertie, parce que c\u2019est d\u2019une plong\u00e9e en soi qu\u2019il s\u2019agit plus que d\u2019une \u00e9l\u00e9vation qui permettrait de se lib\u00e9rer du bouleversement int\u00e9rieur en quittant les parages terrestres. <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Sept si\u00e8cles plus tard, Chappaz marche du m\u00eame pas :<\/p>\n<ul><font size=2> J\u2019\u00e9tais pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter et \u00e0 cheminer \u00e0 travers les montagnes. Je me d\u00e9bats comme je peux contre la lettre morte, la bri\u00e8vet\u00e9 de l\u2019existence, la dissolution de nos efforts. <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p><a href=http:\/\/www.valaispano.ch\/Louvie\/Lac\/lac.html target=_blank class=std>Louvie<\/a> est l\u2019endroit id\u00e9al pour faire \u00e9tape. Chamois et marmottes surveillent de loin la terrasse de la cabane pos\u00e9e pr\u00e8s du lac. A quelques dizaines de m\u00e8tres, un promontoire vertigineux domine la vall\u00e9e, offre le coucher de soleil inoubliable:<\/p>\n<ul><font size=2> Et puis il y a ce soleil qui se couche sur la neige. Je suis tout m\u00e2chur\u00e9 de rose maintenant. Mes mains sont roses, mon manteau est rose. C\u2019est le rire de ma bouche que l\u2019\u00e9bullition de ces dix mille cimes. Ha, ha ! Plus bas on distingue le ventre des for\u00eats, les plis des bures ; apr\u00e8s le tournis brun des alpages les cycles bleus des aiguilles de sapins. J\u2019aime t\u00e2ter ce ventre puis tirer sur les cravates noires et froides des pentes, mes d\u00e9valoirs, mes ravines. Je pelote les \u00eeles grasses, les \u00eeles vertes. Je me penche dans le vide, j\u2019effleure les rocs, j\u2019avale mon bouillon de taillis, je caresse mes fiefs de gentianes et les fiefs de taconnets. A ma rencontre viennent des rondes de corneilles, des toits d\u2019ardoise, un agneau de lait et un g\u00e9nisson noir qui parcourent \u00e0 saut un pr\u00e9 sous le gribouillis des pommiers. (p.252) <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Le lendemain, si vous avez le pied ferme, vous suivrez l\u2019itin\u00e9raire propos\u00e9 par ce pr\u00e9cieux <a href=http:\/\/www.randalp.com\/louvie.html target=_blank class=std>site<\/a>, mais \u00e0 la fin de la journ\u00e9e, lorsque vous serez \u00e0 l\u2019\u00e9curie du Cr\u00eat r\u00e9cemment restaur\u00e9e, vous poursuivrez votre chemin sur le sentier de gauche en direction de Mauvoisin.<\/p>\n<p>La randonn\u00e9e est plus p\u00e9nible que celle de la veille, car il y a deux cols \u00e0 franchir. Mais il vaut la peine de l\u2019entreprendre parce que le chemin, quand il est trac\u00e9, traverse la r\u00e9gion de S\u00e9vereu o\u00f9, dans les ann\u00e9es 1920, on r\u00e9introduisit le bouquetin. Et, surtout, parce que le col du Sarclau, \u00e0 plus de 2600 m, est si \u00e9troit, si raide que vous y passez juste la t\u00eate, comme \u00e0 travers une fen\u00eatre, pour que votre regard plonge sur le hameau Bonatschiesse, en bas, au bord du torrent. Chappaz:<\/p>\n<ul><font size=2> J\u2019ai besoin de ces franchissements. Je me rends bien compte que ces cols sont des femmes, des vagins d\u2019ombre, de neige d\u2019ardoises. Des \u00abfen\u00eatres\u00bb disent les gens des vall\u00e9es. (p.58) <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Vous n\u2019aurez pas sur cette fen\u00eatre la place suffisante pour poser votre sac. Mais quelques m\u00e8tres plus bas, sur un replat, vous pourrez boire \u00e0 votre gourde et, peut-\u00eatre, c\u00e9der \u00e0 la m\u00e9lancolie:<\/p>\n<ul><font size=2> Qui \u00e9tais-je? O\u00f9 en suis-je?<br \/>\nOn dirait l\u2019odeur du foin qui se r\u00e9veille en hiver, voici cinquante ans, les po\u00e8mes s\u2019approchaient de moi. J\u2019\u00e9tais un jeune homme solitaire avec de vrais amis. On filait, on gagnait le large. Ce qui attire maintenant l\u2019homme qui s\u2019enfonce dans la vieillesse avec sa plume, c\u2019est une ligne invisible, une fronti\u00e8re, celle de sa propre mort. J\u2019ai vu, j\u2019ai pass\u00e9 tant de cols qui varient, me suis tant exerc\u00e9 \u00e0 un chant! Que voil\u00e0 tous les chemins aujourd\u2019hui m\u00e8nent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, o\u00f9 devrait na\u00eetre, o\u00f9 est d\u00e9j\u00e0 n\u00e9 tout ce que j\u2019ai aim\u00e9. Et tous ces \u00eatres deviendront moi-m\u00eame. Ma vie les a \u00e9crits. Une angoisse, l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une feuille fr\u00e9mit mais je craindrais de ne pas mourir. (p. 291) <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Autant la mont\u00e9e au col, \u00e0 travers des \u00e9boulis, est \u00e2pre et sombre, autant la descente au milieu d\u2019une herbe fleurie est riante. Mais c\u2019est les genoux en compote que vous atteindrez <a href=http:\/\/www.mauvoisin.ch\/cadre.html target=_blank class=std>l\u2019h\u00f4tel<\/a> de Mauvoisin o\u00f9 vous oublierez votre fatigue devant un verre de fendant de Fully \u00e9labor\u00e9 par Marie-Th\u00e9r\u00e8se Chappaz, ni\u00e8ce du po\u00e8te.<\/p>\n<p>Mais deux jours de randonn\u00e9e ne suffiront peut-\u00eatre pas \u00e0 assouvir vos envies alpines et chappazienne. Dans ce cas, sans charge excessive dans votre sac, vous pouvez prolonger votre excursion de deux jours. De Mauvoisin (1840 m), par le col des Otanes (2840 m) vous pouvez rejoindre la cabane de <a href=http:\/\/www.valaispano.ch\/panossiere\/panossiere.html target=_blank class=std>Panossi\u00e8re<\/a> afin de vous incliner devant la superbe pagode du Grand Combin.<\/p>\n<p>Et le lendemain, apr\u00e8s avoir travers\u00e9 le glacier, vous franchirez le col des Avouillons (2647 m) pour gagner la cabane <a href=http:\/\/www.valaispano.ch\/brunet\/brunet.html target=_blank class=std>Brunet<\/a> (2103 m)qui offre g\u00eete et couvert.<br \/>\nPuis regagnant le fond de la vall\u00e9e, vous chantonnerez avec le po\u00e8te :<\/p>\n<ul><font size=2> Dieu s\u2019oublie. Dieu chante. Dieu passe de montagne en montagne. Il ne descend jamais plus bas que la hauteur des for\u00eats. Il respire la pomme de pin. Il marche, il brasse dans les profondes myrtilles, il p\u00e9n\u00e8tre dans les combes de rhododendrons. Il \u00e9merge sur l\u2019alpage. Il s\u2019assied sur un caillou. Il pense \u00e0 une \u00e9toile bleuettante. Il mange du pain et du fromage, boit du lait caill\u00e9 \u00e0 pleine auge\u2026<\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n\u00abMaurice Chappaz\u00bb, par Christophe Carraud, Seghers, Po\u00e8te d\u2019aujourd\u2019hui, Paris 2005, 333 pages (C\u2019est le dernier ouvrage consacr\u00e9 Chappaz. J\u2019aurai pu vous proposer la m\u00eame balade avec \u00abA-Dieu-vat\u00bb, un livre d\u2019entretiens entre le po\u00e8te et J\u00e9r\u00f4me Meizoz publi\u00e9 chez Monographic \u00e0 Sierre en 2003.)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre, une balade: la s\u00e9rie estivale de G\u00e9rard Delaloye se poursuit de mani\u00e8re alpine et chappazienne.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1878","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1878","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1878"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1878\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1878"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1878"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1878"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}