



{"id":1860,"date":"2005-06-16T00:00:00","date_gmt":"2005-06-15T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1860"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"dans la poche...","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1860","title":{"rendered":"&#8230;de mon sac \u00e0 dos: Robert Walser"},"content":{"rendered":"<p>Depuis une trentaine d\u2019ann\u00e9es, j\u2019ai toujours dans la poche de mon <a href=http:\/\/www.librairie-compagnie.fr\/archives\/aout2000\/marche.htm#top target=_blank class=std>sac \u00e0 dos<\/a> une petite place pour un livre de Robert Walser, le prince des promeneurs, mon \u00e9crivain de pr\u00e9dilection.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but, alors qu\u2019il n\u2019\u00e9tait pas encore traduit en fran\u00e7ais, je me fournissais, en raison de mes m\u00e9diocres connaissances en allemand litt\u00e9raire, chez l\u2019\u00e9diteur italien Adelphi qui publia les principaux textes de Walser dans son \u00e9l\u00e9gant collection de poche.<\/p>\n<p>Maintenant que Zo\u00e9 et Gallimard se disputent les traductions en fran\u00e7ais, je n\u2019ai plus que l\u2019embarras du choix.<\/p>\n<p>Ainsi, cette \u00abPasseggiata\u00bb, lue avec un grand bonheur en 1976, m\u2019est revenue en \u00abPromenade\u00bb en fran\u00e7ais chez Gallimard en 1987 avant que je la retrouve incorpor\u00e9e aujourd\u2019hui dans le volume \u00abSeeland\u00bb publi\u00e9 par Zo\u00e9 dans une nouvelle traduction. Le succ\u00e8s appelle le succ\u00e8s. Dommage que ces \u00e9diteurs n\u2019aient fait preuve de clairvoyance un peu plus t\u00f4t.<\/p>\n<p>En effet, Robert Walser n\u2019est pas un \u00e9crivain allemand venu d\u2019un bled paum\u00e9 d\u2019Europe centrale, il est n\u00e9 en 1878 \u00e0 Bienne ville bilingue s\u2019il en est, y a v\u00e9cu de longues ann\u00e9es et a parcouru la r\u00e9gion en long et en large, parapluie noir au bras, chapeau mou sur la t\u00eate.<\/p>\n<p>Mais les \u00e9diteurs ont certes une excuse: si Robert Walser connut un certain succ\u00e8s \u00e0 Berlin avant la premi\u00e8re guerre mondiale, il sombra ensuite dans l\u2019oubli, un oubli qui ne fut pas \u00e9tranger \u00e0 son effondrement psychique et \u00e0 son internement dans des asiles psychiatriques \u00e0 Berne d\u2019abord, puis \u00e0 Herisau o\u00f9 il mourut fin d\u00e9cembre 1956.<\/p>\n<p>Le 6 janvier 1957, dans l&rsquo;article n\u00e9crologique qu&rsquo;il donna \u00e0 la \u00abNational Zeitung\u00bb de B\u00e2le en souvenir de l&rsquo;ami qui venait de dispara\u00eetre, Carl Seelig raconte: \u00abJamais je n&rsquo;oublierai ce matin d&rsquo;automne o\u00f9 nous allions \u00e0 pied de Teufen \u00e0 Speicher, \u00e0 travers une brume \u00e9paisse comme de l&rsquo;ouate. Je lui dis ce jour-l\u00e0 que son \u0153uvre litt\u00e9raire durerait peut-\u00eatre autant que celle de Gottfried Keller. Il s&rsquo;arr\u00eata, comme enracin\u00e9 dans le sol, me regarda de l&rsquo;air le plus grave et me dit que si je tenais \u00e0 notre amiti\u00e9, je ne vienne plus jamais lui faire de pareils compliments. Lui, Robert Walser, \u00e9tait un z\u00e9ro et voulait \u00eatre oubli\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>En 1957, il l&rsquo;\u00e9tait en effet. Il s&rsquo;\u00e9tait m\u00eame donn\u00e9 beaucoup de peine pour s&rsquo;ensevelir dans l&rsquo;oubli en se retirant de la circulation d\u00e8s 1929 (il avait alors 51 ans) et se r\u00e9fugier dans les asiles psychiatriques de Waldau (Berne) puis de Herisau (Appenzell) en prenant grand soin de ne se d\u00e9marquer en rien des malades ordinaires. Et ce, malgr\u00e9 l&rsquo;ampleur de l&rsquo;\u0153uvre qu&rsquo;il portait sur ses \u00e9paules, malgr\u00e9 les signes d&rsquo;admiration que quelques rares &#8212; mais importants: Rilke, Musil, Hesse&#8230; &#8212; confr\u00e8res en \u00e9criture lui avaient fait parvenir.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1960, trois ans apr\u00e8s la mort de l&rsquo;\u00e9crivain, que Marthe Robert permit au lecteur fran\u00e7ais de le d\u00e9couvrir. Elle fit para\u00eetre chez Grasset la traduction de \u00abL&rsquo;Institut Benjamenta\u00bb (aujourd&rsquo;hui disponible dans la collection \u00abL&rsquo;Imaginaire\u00bb chez Gallimard), le roman que Walser publia \u00e0 Berlin en 1909. Mais les choses en rest\u00e8rent l\u00e0. Grasset ne publia rien d&rsquo;autre et ses admirateurs durent rester sur leur faim jusqu\u2019\u00e0 ce que Gallimard ne reprenne le flambeau vingt ans plus tard.<\/p>\n<p>En Allemagne aussi, le malheureux disparut des librairies aussi rapidement qu\u2019il y \u00e9tait entr\u00e9. Sous le nazisme, on l\u2019oublie. Apr\u00e8s la guerre, les \u00e9diteurs le m\u00e9connaissent. Mais la m\u00e9moire des grands hommes n\u2019est jamais compl\u00e8tement gomm\u00e9e, surtout s\u2019il s\u2019agit d\u2019un po\u00e8te. La chance de Walser s\u2019appela Carl Seelig, un m\u00e9c\u00e8ne qui devint son ami, se pr\u00e9occupa de sauver l\u2019\u0153uvre, \u00e9crivit un t\u00e9moignage admirable, ces \u00ab<a href=http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2869305397\/402-2152443-2100160 target=_blank class=std>Promenades avec Robert Walser<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>Mais avant que la Fondation Carl Seelig ne soit en \u00e9tat de fonctionner, un autre admirateur de Robert Walser, l\u2019\u00e9diteur Helmut Kossodo, se fit un point d\u2019honneur de l\u2019extraire de l\u2019oubli. Mais, comble de paradoxe, cet \u00e9diteur, payant de sa personne et de sa poche, publiait le po\u00e8te biennois en allemand \u00e0 Gen\u00e8ve!<\/p>\n<p>C\u2019est lui qui donna la premi\u00e8re r\u00e9\u00e9dition de \u00abDer Spaziergang\u00bb en 1967. Que cette promenade wals\u00e9rienne fut balad\u00e9e par les \u00e9diteurs!<\/p>\n<p>Outre \u00abLa Promenade\u00bb, \u00abSeeland\u00bb contient cinq autres textes dont Walser eut l\u2019inspiration au cours de p\u00e9r\u00e9grination dans cette r\u00e9gion des trois lacs rendue fameuse par Expo 02. Mais pour donner la mesure litt\u00e9raire de la r\u00e9gion, il convient de rappeler que c\u2019est l\u00e0, sur les rives du lac de Bienne, que Rousseau, il y a deux si\u00e8cles et demi, inventa le mot \u00abromantique\u00bb.<\/p>\n<p>Amateur de paysage, Walser n\u2019est pas romantique, il erre quelque part entre l\u2019hyperr\u00e9alisme et le r\u00eave illumin\u00e9. <\/p>\n<p>Ainsi, Hans qui <\/p>\n<ul><font size=2> \u00ab avait l\u2019habitude de boire du th\u00e9 r\u00e9guli\u00e8rement et en assez grande quantit\u00e9, dans l\u2019illusion que ce genre de boisson, bruyamment gargot\u00e9e, maintenait son imagination en \u00e9veil et le mettait en train (\u2026), v\u00e9cut un jour un magnifique orage, inoubliable, pendant lequel il observa surtout une chauss\u00e9e noir\u00e2tre qui longeait la ligne de chemin de fer et que la temp\u00eate, soulevant un tourbillon de poussi\u00e8re, balaya avec une violence stup\u00e9fiante. Toutes sortes d\u2019hommes, de femmes d\u2019enfants se sauvaient \u00e0 toutes jambes comme devant un monstre d\u00e9cha\u00een\u00e9. Le tout, panique, poussi\u00e8re, fum\u00e9e dense, vent moite, produisait une impression grandiose et composait un tableau aussi angoissant que s\u00e9duisant. Puis un coup de tonnerre \u00e9clata, une lourde pluie s\u2019abattit sur les toits, les rues et les gens en fuite; des \u00e9clairs d\u00e9chir\u00e8rent le ciel, tous les environs furent brusquement plong\u00e9s dans d\u2019\u00e9tranges t\u00e9n\u00e8bres. Apr\u00e8s, toutefois, le monde eut l\u2019air plus pimpant, plus gracieux. Respirant plus librement, les gens ressortirent sur le pas de leurs portes \u00e0 l\u2019air libre, nettoy\u00e9, o\u00f9 tout brillait, d\u00e9tremp\u00e9, et faisait des signes pleins d\u2019amiti\u00e9, rues, arbres et maisons luisant et saluant gaiement.\u00bb <\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Ces textes ne se r\u00e9sument pas, ne se pr\u00e9sentent pas, ils se pratiquent \u00e0 petite dose lors de ces courtes haltes qui scandent harmonieusement toute promenade en plaine. <\/p>\n<p>Le <a href=http:\/\/www.biel-seeland.ch\/f\/home\/ target=_blank class=std>Seeland<\/a> offre toutes sortes de <a href=http:\/\/www.mediatime.ch\/seeland.htm target=_blank class=std>possibilit\u00e9s<\/a> aussi vari\u00e9es les unes que les autres.<\/p>\n<p>Et comme votre bagage ne sera pas trop lourd, ce n\u2019est pas grave si \u00abSeeland\u00bb, avec ses 330 grammes, son format cossu (14,2 cm sur 21) et son \u00e9l\u00e9gante couverture blanche joliment illustr\u00e9e, n\u2019est pas  proprement parler un livre de poche.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abSeeland\u00bb, nouvelles de Robert Walser, traduction de Marion Graf, Ed. Zo\u00e9, Gen\u00e8ve, 2005, 220 pages.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nDans \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/delaloye.asp class=std>Aux sources de l&rsquo;esprit suisse<\/a>\u00bb, son dernier livre, G\u00e9rard Delaloye raconte l&rsquo;\u00e9volution de la notion d&rsquo;helv\u00e9tisme, de Rousseau \u00e0 Blocher.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Un livre, une balade: la s\u00e9rie estivale de G\u00e9rard Delaloye commence avec un recueil de Robert Walser, \u00e0 lire un soir d&rsquo;orage dans le Seeland.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1860","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1860","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1860"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1860\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1860"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1860"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1860"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}