



{"id":180,"date":"1999-08-26T00:00:00","date_gmt":"1999-08-25T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=180"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"theatre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=180","title":{"rendered":"\u00abGodot\u00bb revisit\u00e9 par Bondy: une histoire d&rsquo;amour"},"content":{"rendered":"<p>S&rsquo;il y a un spectacle \u00e0 retenir de toute la saison th\u00e9\u00e2trale suisse 1998-1999, c&rsquo;est \u00abEn attendant Godot\u00bb de Samuel Beckett mis en sc\u00e8ne par Luc Bondy. Ceux qui l&rsquo;ont rat\u00e9 ont maintenant deux chances de le revoir: la semaine prochaine au Vidy Lausanne (lieu de sa cr\u00e9ation) et en automne \u00e0 l&rsquo;Od\u00e9on de Paris. Deux occasions \u00e0 ne pas manquer, en attendant une tourn\u00e9e europ\u00e9enne. Pour deux raisons essentielles.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re, c&rsquo;est que Luc Bondy a rassembl\u00e9 le meilleur quartet de com\u00e9diens franco-suisses que l&rsquo;on puisse imaginer pour le texte de Beckett: Serge Merlin, G\u00e9rard Desarthe, Fran\u00e7ois Chattot et Roger Jendly. Ou quatre monstres compl\u00e9mentaires.<\/p>\n<p>La seconde, c&rsquo;est que le metteur en sc\u00e8ne, avec sa sensibilit\u00e9 mitteleurop\u00e9enne, est le meilleur traducteur des infimes mouvements de l&rsquo;\u00e2me que l&rsquo;on ait sur nos sc\u00e8nes. Cela lui permet d&rsquo;offrir une lecture in\u00e9dite de ce classique sur lequel tout a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 dit, Godot ayant eu droit \u00e0 toutes les interpr\u00e9tations: Godot est Dieu, la mort, quand il n&rsquo;est pas femme. Ceci, alors que Beckett s&rsquo;est toujours acharn\u00e9 \u00e0 r\u00e9p\u00e9ter que Godot est Godot, un point c&rsquo;est tout.<\/p>\n<p>Bondy, lui, le premier, donne \u00e0 entendre la partition jou\u00e9e par les deux couples masculins de la pi\u00e8ce comme&#8230; une partition de couple. Sans aucunement laisser sous-entendre qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;homosexualit\u00e9 &#8211; \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 tous les mythes anglais se r\u00e9v\u00e8lent homosexuels, de Shakespeare \u00e0 Robin des Bois. Non. Simplement, il laisse entendre et voir \u00e0 quel point les dialogues entre les hommes d\u00e9clinent \u00e0 l&rsquo;infini l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre seul et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de la vie \u00e0 deux. Et peu importe les sexes des personnes mises en pr\u00e9sence &#8211; le dialogue est universel. <\/p>\n<p>La pr\u00e9sence de l&rsquo;autre est suffocante, l&rsquo;absence de l&rsquo;autre est intol\u00e9rable. \u00abOn peut toujours se quitter, si tu crois que \u00e7a vaut mieux\u00bb, dit Vladimir. \u00abMaintenant, ce n&rsquo;est plus la peine\u00bb, r\u00e9pond Estragon. Tout est dans le texte, les sc\u00e8nes de m\u00e9nage entre Vladimir et Estragon comme la relation sado-masochiste unissant Pozzo et Lucky &#8211; la fameuse dialectique du bourreau et de la victime, du ma\u00eetre et de l&rsquo;esclave. <\/p>\n<p>Simplement, il a fallu attendre Bondy, tortur\u00e9 de l&rsquo;amour, insatiable s\u00e9ducteur, sp\u00e9cialiste d&rsquo;Arthur Schnitzler, de la Vienne d\u00e9but de si\u00e8cle, pour que cette musique, jusque-l\u00e0 en sourdine, \u00e9clate. Pour que les quatre personnages de Godot ne soient pas r\u00e9duits \u00e0 quatre marionnettes cens\u00e9es repr\u00e9senter l&rsquo;absurde beckettien, mais quatre hommes de chair et d&rsquo;os, qui s&rsquo;aiment et se d\u00e9chirent. L&rsquo;attente est longue, l&rsquo;ennui \u00e9treint, mais la route est toujours trop br\u00e8ve. Etre deux, c&rsquo;est l&rsquo;enfer, mais \u00eatre seul, c&rsquo;est encore pire, disent Beckett et Bondy. <\/p>\n<p>L&rsquo;image qui cl\u00f4t somptueusement le spectacle en est l&rsquo;affirmation la plus d\u00e9chirante: sur cette route qui plonge dans le public et court vers une ligne de fuite, Vladimir et Estragon sont couch\u00e9s l&rsquo;un sur l&rsquo;autre. Irr\u00e9m\u00e9diablement unis. Et le sexe, dans cette histoire de couple? \u00abEt si on se pendait? Ce serait un moyen de bander\u00bb, r\u00e9pond Becket, avec son habituel humour noir. Le sexe, dans cette pi\u00e8ce, est \u00abab-sc\u00e8ne\u00bb, l&rsquo;objet du d\u00e9sir \u00e9tant hors-champ.<\/p>\n<p>Car le sexe m\u00e8ne droit \u00e0 la mort, comme le r\u00e9p\u00e8te Beckett \u00e0 la suite de Shakespeare. \u00abLa vie n&rsquo;est qu&rsquo;une ombre qui passe, un pauvre histrion qui se pavane et s&rsquo;\u00e9chauffe une heure sur la sc\u00e8ne et puis qu&rsquo;on n&rsquo;entend plus&#8230; Une histoire cont\u00e9e par un idiot, pleine de fureur et de bruit et qui ne veut rien dire\u00bb, dit MacBeth. \u00abA cheval sur une tombe et une naissance difficile. Au fond du trou, r\u00eaveusement, le fossoyeur applique ses fers. On a le temps de vieillir. L&rsquo;air est plein de nos cris\u00bb, r\u00e9pond Beckett, quatre si\u00e8cles plus tard. Restons ensemble, malgr\u00e9 tout, souligne Bondy aujourd&rsquo;hui, qui nous quitte avec cette inoubliable image d&rsquo;un Vladimir et d&rsquo;un Estragon serr\u00e9s l&rsquo;un contre l&rsquo;autre. Pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLausanne, Th\u00e9\u00e2tre de Vidy, du 1 au 5 septembre 1999, t\u00e9l +41 21\/619.45.45<\/p>\n<p>Paris, Od\u00e9on, du 21 septembre au 24 octobre 1999<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La c\u00e9l\u00e8bre pi\u00e8ce de Samuel Beckett constitue la bonne surprise de la saison th\u00e9\u00e2trale. Apr\u00e8s un nouveau passage \u00e0 Lausanne la semaine prochaine, elle sera jou\u00e9e cet automne \u00e0 Paris.<\/p>\n","protected":false},"author":10,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-180","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/180","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/10"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=180"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/180\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=180"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=180"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=180"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}