



{"id":1761,"date":"2005-01-27T00:00:00","date_gmt":"2005-01-26T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1761"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"paradoxe","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1761","title":{"rendered":"La Suisse ach\u00e8te de la technologie mais ne sait pas s\u2019en servir"},"content":{"rendered":"<p>Jadis, Xavier Comtesse aurait \u00e9t\u00e9 fou du roi. Pay\u00e9 pour dire au souverain des v\u00e9rit\u00e9s d\u00e9plaisantes, en se prot\u00e9geant derri\u00e8re le bouclier de l&rsquo;humour.<\/p>\n<p>Il a adapt\u00e9 son r\u00f4le \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. Le salaire de Comtesse \u2013 directeur de l&rsquo;antenne romande du think tank <a href=http:\/\/www.avenir-suisse.ch target=_blank class=std>Avenir Suisse<\/a>, \u00e0 Gen\u00e8ve \u2013 est pay\u00e9 par les grandes multinationales suisses, mais le math\u00e9maticien neuch\u00e2telois fait exactement le m\u00eame job: il passe son temps \u00e0 dire ses v\u00e9rit\u00e9s f\u00e2cheuses \u00e0 un pays complaisant et bloqu\u00e9.<\/p>\n<p>Comtesse publie cette semaine un <a href=http:\/\/largeur.com\/as target=_blank class=std>livre<\/a> \u00e0 la r\u00e9daction duquel Largeur.com a particip\u00e9. Son titre semble sortir d&rsquo;un des syst\u00e8mes de traduction automatique offerts gratuitement sur l&rsquo;internet. Accrochez-vous: \u00abDartfish, Logitech, Swissquote &#038; Co. Les transformeurs IT, les nouveaux acteurs du changement. Dix exp\u00e9riences d&rsquo;entreprises IT en Suisse\u00bb.<\/p>\n<p>Le chaos stylistique du titre est trompeur car le livre est direct, percutant et n\u00e9cessaire. La Suisse se repose sur ses lauriers et prend du retard dans la comp\u00e9tition mondiale. L\u2019auteur essaye d&rsquo;en d\u00e9crypter les raisons et de proposer des rem\u00e8des \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9tude de plusieurs entreprises.<\/p>\n<p>(Ajoutons entre parenth\u00e8ses que les th\u00e8ses avanc\u00e9es dans ce livre n&rsquo;ont rien \u00e0 voir avec le \u00abn\u00e9o-lib\u00e9ralisme\u00bb dont l&rsquo;auteur et son employeur Avenir Suisse ont souvent \u00e9t\u00e9 tax\u00e9s).<\/p>\n<p>Ce livre et d&rsquo;autres \u00e9tudes similaires sont d&rsquo;autant plus indispensables que les entrepreneurs ont mauvaise presse en Suisse. Ils sont regard\u00e9s avec m\u00e9fiance: on m\u00e9prise leur ambition, on a de la peine \u00e0 c\u00e9l\u00e9brer leur courage et \u00e0 reconna\u00eetre leur capacit\u00e9 \u00e0 prendre des risques. Tr\u00e8s souvent, on jalouse leur succ\u00e8s au lieu d&rsquo;admettre leur r\u00f4le essentiel pour le bon fonctionnement d&rsquo;un pays et de son \u00e9conomie. <\/p>\n<p>Mais revenons \u00e0 Comtesse et au titre de son livre. L&rsquo;angle d&rsquo;approche est celui de la technoculture. Il consid\u00e8re la technologie comme \u00e9l\u00e9ment incontournable et indispensable (mais pas unique) du devenir social et \u00e9conomique. Le livre s&rsquo;ouvre alors sur un constat inou\u00ef: en comparaison internationale, la Suisse est syst\u00e9matiquement dans le groupe de t\u00eate en termes de consommation de technologies de l&rsquo;information et de la communication. \u00abLes Suisses sont des acheteurs fr\u00e9n\u00e9tiques\u00bb, dit Comtesse, tant par les montants consacr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;IT que par la rapidit\u00e9 d&rsquo;adoption.<\/p>\n<p>Mais si on analyse comment les entreprises et les citoyens utilisent ces technologies et les gains de productivit\u00e9 qui en sont issus, la Suisse \u00abest tr\u00e8s s\u00fbrement en queue du peloton\u00bb. L&rsquo;auteur s\u2019inqui\u00e8te de ce qu\u2019il appelle le \u00abparadoxe suisse\u00bb. Alors que d&rsquo;autres pays ont fait des bonds en mati\u00e8re de productivit\u00e9, la Suisse stagne depuis bient\u00f4t vingt ans. A un tr\u00e8s haut niveau de pouvoir d\u2019achat, c&rsquo;est vrai, mais elle stagne.<\/p>\n<p>Comment expliquer ce paradoxe? Partiellement du moins par des \u00e9l\u00e9ments culturels: la Suisse est un pays fascin\u00e9 par la technologie \u2013 ne sommes-nous pas tous ing\u00e9nieurs dans l&rsquo;\u00e2me? \u2013  qui a les moyens de se payer les derni\u00e8res nouveaut\u00e9s. Mais nous semblons avoir perdu la capacit\u00e9 d&rsquo;en faire bon usage, prisonniers, sugg\u00e8re Comtesse, \u00abd&rsquo;un perfectionnisme plein de lenteur et d&rsquo;une pr\u00e9f\u00e9rence donn\u00e9e au d\u00e9veloppement technologique plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;utilisation efficace et au march\u00e9\u00bb. <\/p>\n<p>L&rsquo;autre jour dans son bureau de Gen\u00e8ve, Xavier Comtesse m&rsquo;a racont\u00e9 une anecdote qu&rsquo;on ne trouve pas dans le livre: une banque genevoise avait investi une somme importante dans le renouvellement de son parc informatique. Ordinateurs dernier cri, \u00e9crans plats. Les machines ont \u00e9t\u00e9 livr\u00e9es par le constructeur. Et elles sont rest\u00e9es pendant une ann\u00e9e dans les cartons avant qu&rsquo;on commence \u00e0 les installer.<\/p>\n<p>On a \u00e9galement invent\u00e9 en Suisse des technologies remarquables: le langage informatique Pascal, par exemple (au Poly de Zurich) ou le World Wide Web (au Cern de Gen\u00e8ve). Mais leur succ\u00e8s commercial a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 ailleurs. D&rsquo;autres innovations se sont traduites en \u00e9checs commerciaux cuisants, tels les ordinateurs Lilith, Smaky ou Music: autant de noms qui n&rsquo;ont jamais atteint les oreilles du public ni, d&rsquo;ailleurs, ceux des clients potentiels. Si la science et la recherche suisse montrent une grande cr\u00e9ativit\u00e9, nous semblons en m\u00eame temps incapables de concr\u00e9tiser ces perc\u00e9es en applications commerciales \u00e0 succ\u00e8s. <\/p>\n<p>Xavier Comtesse en arrive \u00e0 un constat amer: \u00abIl semble que personne dans notre pays ne cherche vraiment \u00e0 inverser la tendance. Tout se passe comme si l&rsquo;on cherchait \u00e0 continuer \u00e0 investir davantage dans la recherche appliqu\u00e9e et dans le transfert technologique, alors que ce sont la connaissance des opportunit\u00e9s de march\u00e9, la compr\u00e9hension des besoins des clients qui font principalement d\u00e9faut\u00bb, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>La Suisse se trouve ainsi face \u00e0 un d\u00e9fi majeur \u00abqui ne consiste plus \u00e0 investir prioritairement dans les technologies de l&rsquo;information et de la communication (NTIC), mais bien \u00e0 transformer ces investissements en gains \u00e9conomiques\u00bb et \u00e0 apprendre \u00e0 commercialiser l&rsquo;innovation. Les liens \u00e9troits entre le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et les NTIC ne sont plus \u00e0 prouver. <\/p>\n<p>Comtesse identifie six facteurs cruciaux: <\/p>\n<p>1. La formation (avec une meilleure ad\u00e9quation de l&rsquo;offre de formation, qui est all\u00e9e vers le bas de gamme, au march\u00e9, qui vise plut\u00f4t le haut de gamme).<\/p>\n<p>2. La recherche et d\u00e9veloppement (en rapprochant notamment les hautes \u00e9coles des r\u00e9alit\u00e9s du march\u00e9 et en y insufflant de l&rsquo;entrepreneurship et de l&rsquo;accompagnement).<\/p>\n<p>3. La commercialisation de l&rsquo;innovation.<\/p>\n<p>4. Les mesures d&rsquo;encouragement \u00e0 la cr\u00e9ation de capital-risque.<\/p>\n<p>5. La cr\u00e9ation de march\u00e9s vraiment comp\u00e9titifs (\u00abil est grand temps que les mentalit\u00e9s \u00e9voluent dans ce pays et que les entrepreneurs voient dans la concurrence une opportunit\u00e9 et non une menace\u00bb).<\/p>\n<p>6. L&rsquo;utilisation des NTIC par les administrations publiques (la description que fait Comtesse de la fa\u00e7on dont les administrations suisses ont utilis\u00e9 l&rsquo;Internet pour cr\u00e9er deux syst\u00e8mes parall\u00e8les et redondants \u2013 \u00abun guichet r\u00e9el et un virtuel\u00bb \u2013 plut\u00f4t que d&rsquo;y chercher des gains en productivit\u00e9 serait dr\u00f4le si elle n&rsquo;\u00e9tait pas tragique).<\/p>\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie du livre, Xavier Comtesse publie dix \u00e9tudes de cas, r\u00e9dig\u00e9s par des journalistes ind\u00e9pendants, sur autant d&rsquo;entreprises technologiques suisses. Il y discute les exemples n\u00e9gatifs d&rsquo;Ascom (\u00abils auraient pu devenir notre Ericsson, ils avaient la technologie, la comp\u00e9tence et la position sur le march\u00e9, et ils ont tout gaspill\u00e9\u00bb) et Swisscom (\u00abpourquoi ne sont-ils pas le principal investisseur suisse dans de start-up technologiques? Pourquoi n&rsquo;y a-t-il pas un \u00abcluster\u00bb high-tech autour de Swisscom comme il y en a autour de toute entreprise similaire ailleurs dans le monde?\u00bb). <\/p>\n<p>Mais il y parle surtout d&rsquo;exemples positifs, dont Dartfish et Swissquote, ou encore de l&rsquo;\u00e9picerie en ligne Le Shop. Il les qualifie de \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1757 target=_blank class=std>transformeurs<\/a>\u00bb. Des entreprises qui, par l&rsquo;utilisation de l&rsquo;outil technologique, ont modifi\u00e9 radicalement les m\u00e9thodes, approches, produits et services, et le cadre \u00e9conomique des secteurs dans lequel elles op\u00e8rent. Elles ne sont pas des soci\u00e9t\u00e9s de technologie ni, respectivement, des entreprises sportives, bancaires ou d&rsquo;\u00e9picerie. Elles composent une nouvelle cat\u00e9gorie d&rsquo;acteurs, qui ont invent\u00e9 des nouveaux m\u00e9tiers en r\u00e9unissant les deux comp\u00e9tences (technologique et sectorielle) dans une optique de transformation du m\u00e9tier de base. Des \u00abtransformeurs\u00bb, justement. <\/p>\n<p>Xavier Comtesse termine son livre par un appel \u00e0 l&rsquo;\u00e9tablissement, par un effort conjoint priv\u00e9-public, d&rsquo;un \u00abplan d&rsquo;action national\u00bb\u00a0\u00bb. \u00abLe but vis\u00e9 serait un usage renouvel\u00e9 des NTIC en Suisse allant dans le sens de plus de productivit\u00e9, de plus d&rsquo;\u00e9coute du client et des march\u00e9s, et d&rsquo;un changement de la nature de l&rsquo;innovation\u00bb. Au vu des faits pr\u00e9sent\u00e9s dans ce livre, il y a en effet urgence.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nCommandez <a href=http:\/\/largeur.com\/as class=std>ici<\/a> le livre \u00abDartfish, Logitech, Swissquote &#038; Co. Les transformeurs IT, les nouveaux acteurs du changement. Dix exp\u00e9riences d&rsquo;entreprises IT en Suisse\u00bb, de Xavier Comtesse, \u00e9crit avec la collaboration de Gabriel Sigrist et Pierre Grosjean (Largeur.com).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le dernier livre publi\u00e9 par Avenir Suisse met le doigt sur les incapacit\u00e9s de notre pays \u00e0 transformer ses talents, sa recherche et ses id\u00e9es en r\u00e9ussites commerciales. Compte rendu.<\/p>\n","protected":false},"author":18673,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1761","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1761","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18673"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1761"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1761\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1761"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1761"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1761"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}