



{"id":1727,"date":"2004-12-07T00:00:00","date_gmt":"2004-12-06T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1727"},"modified":"2017-07-12T11:30:47","modified_gmt":"2017-07-12T09:30:47","slug":"maintenant","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1727","title":{"rendered":"Entrez imm\u00e9diatement dans l\u2019hypermodernit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019y suis entr\u00e9e en curieuse&#8230; pour me retrouver tr\u00e8s rapidement transform\u00e9e en acheteuse potentielle. \u00abCes gants ne sont vraiment pas chers. Moins de vingt francs, c\u2019est quasi donn\u00e9!\u00bb Mon regard quitte le bac o\u00f9 reposent des dizaines de clones du produit convoit\u00e9 et s\u2019arr\u00eate sur une pancarte: \u00abJetzt oder nie!\u00bb<\/p>\n<p>\u00abMaintenant ou jamais!\u00bb Cette injonction consum\u00e9riste m\u2019avait d\u00e9j\u00e0 frapp\u00e9e il y a peu chez Globus, qui jouait aussi la carte de l\u2019urgence. Ici, dans le magasin de la cha\u00eene allemande <a href=http:\/\/www.tchibo.ch\/is-bin\/INTERSHOP.enfinity\/eCS\/Store\/ch\/-\/CHF\/TdChShowTemplate-ShowIt?TemplateId=ch_de_filial_finder_einzel&#038;filiale=bern&#038;ansicht=aussen target=_blank class=std>Tchibo<\/a> qui vient de s\u2019ouvrir \u00e0 Berne (d\u2019ici 2006, soixante autres commerces du m\u00eame type devraient s\u2019installer en Suisse), ce slogan rev\u00eat une pertinence toute particuli\u00e8re.<\/p>\n<p>En effet, il se peut fort bien que demain, je ne retrouve plus une seule paire de gants \u00e0 vingt francs, ni aucun des articles qui m\u2019entourent aujourd\u2019hui. Chez Tchibo, c\u2019est \u00abchaque semaine un nouveau monde\u00bb (\u00abjede Woche eine neue Welt\u00bb). Tout participe \u00e0 la fi\u00e8vre acheteuse, car tout est hyperavantageux, hyperfutile et hyper\u00e9ph\u00e9m\u00e8re. <\/p>\n<p>Entre les rayons de Tchibo, me voici replong\u00e9e dans \u00ab<a href=http:\/\/www.lire.fr\/critique.asp\/idC=46173\/idR=213\/idG=8 target=_blank class=std>Les temps hypermodernes<\/a>\u00bb que je viens de lire. Le dernier ouvrage de Gilles Lipovetsky annonce notre passage \u00e0 l\u2019\u00e2ge \u00abhypermoderne\u00bb. <\/p>\n<p>\u00abHypercapitalisme, hyperterrorisme, hyperindividualisme, hypermarch\u00e9, hypertexte. Tout est hyper aujourd\u2019hui. Au point que la notion de postmodernit\u00e9 devient un peu d\u00e9su\u00e8te\u00bb, diagnostique l\u2019auteur.<\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 postmoderne, caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019\u00e9croulement des grandes id\u00e9ologies et le d\u00e9veloppement de l\u2019individualisme; la vie en \u00ablibre service\u00bb, c\u2019est du pass\u00e9. <\/p>\n<p>La soci\u00e9t\u00e9 hypermoderne appara\u00eet comme celle o\u00f9 l\u2019on vit le temps comme une pr\u00e9occupation majeure. Elle se signale par la g\u00e9n\u00e9ralisation du r\u00e8gne de l\u2019urgence. \u00abL\u2019\u00e9poque hypermoderne est contemporaine du sentiment de rar\u00e9faction du temps.\u00bb<\/p>\n<p>Ce nouveau rapport au temps est illustr\u00e9 par la passion consum\u00e9riste. Pour Lipovetsky, nul doute que la fi\u00e8vre des achats ne soit un pis-aller, une mani\u00e8re de combler la vacuit\u00e9 du pr\u00e9sent et du futur (\u00abCompulsion pr\u00e9sentiste de la consommation et r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019horizon temporel de nos soci\u00e9t\u00e9s font bien syst\u00e8me\u00bb, \u00e9crit-il).<\/p>\n<p>Le d\u00e9sir fondamental du consommateur hypermoderne serait de rajeunir son exp\u00e9rience du temps, la revivifier par des nouveaut\u00e9s s\u2019offrant comme des semblants d\u2019aventures. Il faut, selon le sociologue-philosophe fran\u00e7ais, penser l\u2019hyperconsommation comme une cure de jouvence \u00e9motionnelle ind\u00e9finiment recommenc\u00e9e. \u00abDans la furie consum\u00e9riste s\u2019exprime le refus du temps us\u00e9 et r\u00e9p\u00e9titif, un combat contre le vieillissement du senti qui accompagne l\u2019ordinaire des jours.\u00bb<\/p>\n<p>Le slogan \u00abMaintenant ou jamais\u00bb, l\u2019incitation \u00e0 la satisfaction imm\u00e9diate des envies, est embl\u00e9matique de cette culture du primat de l\u2019ici-maintenant. Partout se d\u00e9ploie l\u2019obsolescence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e  &#8212; une semaine chez Tchibo &#8212; des produits de l\u2019offre et des m\u00e9canismes de la s\u00e9duction.  <\/p>\n<p>\u00abL\u2019extase du toujours nouveau s\u2019est substitu\u00e9 aux esp\u00e9rances du futur. Aux politiques de l\u2019avenir radieux a succ\u00e9d\u00e9 la consommation comme promesse d\u2019un pr\u00e9sent euphorique\u00bb, constate Lipovetsky.<\/p>\n<p>De passage \u00e0 Paris, j\u2019h\u00e9sitais entre l\u2019<a href=http:\/\/www.evene.fr\/agenda\/fich.php?ide=3143 target=_blank class=std>expo<\/a> de Hirschhorn et une galerie qui me d\u00e9\u00e7oit rarement: les <a href=http:\/\/www.soniarykiel.fr\/ target=_blank class=std>vitrines<\/a> de Sonia Rykiel comme autant d\u2019installations sur le Boulevard St-Germain. Ne m\u2019\u00e9tant pas d\u00e9plac\u00e9e dans la capitale fran\u00e7aise pour me replonger dans mon Blocherland quotidien, j\u2019ai opt\u00e9 pour la boutique de luxe. <\/p>\n<p>Oh! surprise, un  slogan en rien dans l\u2019air du temps m\u2019y attendait: \u00abLes belles choses que vous r\u00e9servent l\u2019avenir\u2026 \u00bb figurait sur chaque vitrine, r\u00e9dig\u00e9 dans les principales langues europ\u00e9ennes. Quelle lecture en faire? Au premier, au deuxi\u00e8me, \u00e0 moins que cela ne soit au troisi\u00e8me degr\u00e9?<\/p>\n<p>La grande pr\u00eatresse de la mode parisienne refuserait-t-elle d\u2019entrer dans l\u2019hypermodernit\u00e9?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Vous avez l\u2019impression que le temps se rar\u00e9fie? Vous aimeriez rajeunir votre exp\u00e9rience du moment pr\u00e9sent? Alors lisez cette chronique: c\u2019est maintenant ou jamais.<\/p>\n","protected":false},"author":375,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1298],"class_list":["post-1727","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","tag-chroniques","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1727","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/375"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1727"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1727\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5852,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1727\/revisions\/5852"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1727"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1727"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1727"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}