



{"id":1717,"date":"2004-11-23T00:00:00","date_gmt":"2004-11-22T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1717"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"rencontres","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1717","title":{"rendered":"\u00abLittle Russia\u00bb \u00e0 Gen\u00e8ve"},"content":{"rendered":"<p>Les Russes que l&rsquo;on croise \u00e0 Gen\u00e8ve ne sont pas forc\u00e9ment des oligarques qui claquent leurs dollars entre les palaces de la rive droite et les boutiques de la rive gauche. Car en marge de cette communaut\u00e9 voyante, c&rsquo;est tout un petit monde d&rsquo;immigr\u00e9s russophones qui s&rsquo;organise dans des conditions plus sommaires, notamment dans les quartiers des Eaux-Vives et des P\u00e2quis. <\/p>\n<p>Etudiants, artistes n\u00e9buleux et travailleurs de l&rsquo;ombre y partagent souvent le m\u00eame toit. Samedi dernier, ils \u00e9taient tous au concert de Vopli Vidoplyasova, un groupe de rock ukrainien qui se produisait au Palladium. R\u00e9guli\u00e8rement, ils se retrouvent le mercredi soir \u00e0 l&rsquo;Opera House, et le lendemain au Memphis.<\/p>\n<p>\u00abNous venons de lancer les \u00ab\u00a0soir\u00e9es russes\u00a0\u00bb tous les jeudis, dit Faouzi Fertani, le tenancier de cet \u00e9tablissement du quartier de Rive. On se rend compte qu&rsquo;il y a un march\u00e9 croissant. Nous servons de la bi\u00e8re russe, de la vodka bien s\u00fbr, et des sp\u00e9cialit\u00e9s: sardines et tomates confites russes, toast aux oeufs de lump, etc.\u00bb<\/p>\n<p>Pas encore d&rsquo;esturgeon dans les bars genevois&#8230; Et pas non plus dans les logements, o\u00f9 le menu des f\u00eates ne change gu\u00e8re: patates, poulet, vodka et rock russe \u00e0 plein tube. Ce soir, c&rsquo;est chez Youri, 28 ans, que se r\u00e9unit la petite \u00e9quipe. Une vingtaine de personnes, entass\u00e9es dans un studio de 10 m2. Programme: boire, manger et danser.<\/p>\n<p>Dans cette grande maison un peu d\u00e9labr\u00e9e, les origines sont diverses mais on parle russe \u00e0 tous les \u00e9tages. C&rsquo;est l&#8217;employeur de Youri qui loue ce petit meubl\u00e9 pour lui. Les autres locataires ont trouv\u00e9 un logis ici par des interm\u00e9diaires qu&rsquo;ils pr\u00e9f\u00e8rent ne pas \u00e9voquer. Arriv\u00e9 de Riga (Lettonie) il y a trois mois, Youri ne parle pas encore le fran\u00e7ais. Il travaille au noir sur un chantier pour 20 francs de l&rsquo;heure. Pas d&rsquo;assurance, pas de vacances et pas de visa (puisqu&rsquo;il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire depuis que la Lettonie a rejoint l&rsquo;Union europ\u00e9enne).<\/p>\n<p>\u00abEt pas besoin de parler fran\u00e7ais pour creuser des trous. Avec mon chef, je baragouine anglais, et j&rsquo;utilise les mains pour dialoguer avec mes coll\u00e8gues albanais\u00bb, dit-il en russe, traduit par son voisin. Youri appartient \u00e0 une fili\u00e8re slave de travailleurs ill\u00e9gaux. Un de ses amis de Lettonie, qui effectuait le m\u00eame travail \u00e0 Gen\u00e8ve, lui a donn\u00e9 les instructions pour reprendre sa place et l&rsquo;appartement. <\/p>\n<p>\u00abMa m\u00e8re me parlait toujours de la Suisse comme d&rsquo;un pays paradisiaque: les paysages, les montagnes, la richesse. Elle \u00e9tait enthousiaste quand je lui ai dit que j&rsquo;allais venir ici. Mais la r\u00e9alit\u00e9 est beaucoup plus dure. Je travaille sur appel et je ne peux rien pr\u00e9voir \u00e0 l&rsquo;avance. Parfois, je m&rsquo;\u00e9puise jour et nuit pendant deux semaines, et puis plus rien pendant un mois. Les conditions sont tellement difficiles que je ne sais pas si je vais rester.\u00bb<\/p>\n<p>Irina tient un discours diff\u00e9rent. Contrairement \u00e0 Youri, cette belle danseuse de cabaret ukrainienne de 23 ans parle parfaitement fran\u00e7ais. \u00abC&rsquo;est essentiel pour mon travail car je dois faire la conversation au bar avec les clients. Je commence \u00e0 21 heures pour encourager \u00e0 consommer. Les shows s&rsquo;encha\u00eenent \u00e0 partir de 23 heures. C&rsquo;est la quatri\u00e8me fois que je viens en Suisse. Je reste environ 4 \u00e0 5 mois, et je remonte \u00e0 Kiev le reste de l&rsquo;ann\u00e9e. Ma famille ne sait pas que je fais ce travail. Je leur dis que je suis artiste. D&rsquo;ailleurs, je danse depuis toute petite et je me consid\u00e8re comme une vraie professionnelle, pas comme les autres danseuses de cabaret.\u00bb<\/p>\n<p>Moins fatigu\u00e9, Vladimir est ravi de sa situation de \u00abjeune gar\u00e7on au pair\u00bb, un titre incongru pour ce costaud de 24 ans qui vient de Mogilev, en Bi\u00e9lorussie. Dans sa famille d&rsquo;accueil, en France voisine, il ne s&rsquo;occupe pas seulement des enfants, mais travaille depuis quatre mois pour retaper la maison: peinture, toiture, jardinage, etc. Nourri et log\u00e9, il re\u00e7oit environ 90 euros par semaine. \u00abJe vais essayer de passer l&rsquo;examen d&rsquo;entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 l&rsquo;ann\u00e9e prochaine, dit-il dans un fran\u00e7ais parfait. J&rsquo;avais de l&rsquo;avance: je prenais d\u00e9j\u00e0 des cours de fran\u00e7ais chez moi.\u00bb<\/p>\n<p>Le statut d&rsquo;\u00e9tudiant est int\u00e9ressant pour ces jeunes Russes, car il donne la possibilit\u00e9 de travailler l\u00e9galement. Avec des emplois dans des bureaux, Anastassia Glazova et Veronica Karyuk, toutes deux \u00e9tudiantes russes \u00e0 Gen\u00e8ve, ne s&rsquo;en sortent pas trop mal. Entre eux, les russophones de Gen\u00e8ve se serrent les coudes. \u00abNous nous soutenons tr\u00e8s fort avec nos amis baltes ou ukrainiens, dit-elle. M\u00eame s&rsquo;il y a des diff\u00e9rences culturelles et de niveau social entre nous, la langue nous r\u00e9unit.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans L&rsquo;Hebdo du 19 novembre 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Loin des clich\u00e9s nouveaux riches, la communaut\u00e9 russophone genevoise est largement constitu\u00e9e par des \u00e9tudiants et des travailleurs de l&rsquo;ombre. Portraits et t\u00e9moignages.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1717","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1717","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1717"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1717\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1717"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1717"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1717"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}