



{"id":1706,"date":"2004-11-09T00:00:00","date_gmt":"2004-11-08T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1706"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"documentaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1706","title":{"rendered":"Henriette Favez, travestie vaudoise qui fascine Cuba"},"content":{"rendered":"<p>Qui \u00e9tait vraiment Henriette Favez? Comment brosser un portrait exhaustif de cette pionni\u00e8re du mouvement f\u00e9ministe qui disait \u00eatre n\u00e9e \u00e0 Lausanne en 1791, changea d&rsquo;identit\u00e9 \u00e0 Paris pour devenir chirurgienne avant de partir pour Cuba? Comment raconter son proc\u00e8s l\u00e0-bas &#8212; l&rsquo;un des plus retentissants de l&rsquo;\u00e9poque &#8212; pour avoir \u00e9pous\u00e9 une personne de son sexe?<\/p>\n<p>Un film documentaire sorti cet \u00e9t\u00e9 \u00e0 Cuba tente de percer son myst\u00e8re. Le r\u00f4le principal a \u00e9t\u00e9 confi\u00e9 \u00e0 une com\u00e9dienne vaudoise, Graziella Torrigiani, qui, pour camper le personnage d&rsquo;Henriette, n&rsquo;a eu que peu d&rsquo;informations historiquement fiables sur son pass\u00e9 en Europe. \u00abSes d\u00e9clarations lors de son proc\u00e8s sont tout ce que nous en savons, explique la com\u00e9dienne. Et ses propos sont parfois compl\u00e8tement incoh\u00e9rents.\u00bb<\/p>\n<p>Si Henriette soutenait \u00eatre n\u00e9e en 1791 \u00e0 Lausanne, place de la Riponne, un document des archives cantonales indique qu&rsquo;elle a vu le jour \u00e0 Bavois en 1786. Elle pr\u00e9tend avoir perdu tr\u00e8s t\u00f4t ses parents. Adopt\u00e9e par un oncle, colonel d&rsquo;un r\u00e9giment suisse \u00e0 la solde de la France, elle aurait \u00e9t\u00e9 emmen\u00e9e \u00e0 Paris et \u00e9lev\u00e9e au milieu des soldats.<\/p>\n<p>\u00abSon esprit se fa\u00e7onna d&rsquo;une mani\u00e8re virile, qui atrophia en elle l&rsquo;\u00e2me f\u00e9minine, et fit de cette cr\u00e9ature un \u00eatre insexu\u00e9, hybride\u00bb, relate son biographe, L\u00e9once Grasilier, dans un ouvrage paru en 1900*. Le colonel, pr\u00e9occup\u00e9 de la masculinit\u00e9 de sa ni\u00e8ce, aurait alors d\u00e9cid\u00e9 de la marier \u00e0 un chasseur fran\u00e7ais, qui mourra peu apr\u00e8s sur le champ de bataille de la campagne d&rsquo;Allemagne, et de qui elle aura un enfant mort \u00e0 la naissance.<\/p>\n<p>\u00abPouss\u00e9e par le d\u00e9sir de secourir les malheureux\u00bb, la Suissesse d\u00e9cide d&rsquo;entreprendre des \u00e9tudes de m\u00e9decine, indique son biographe. Elle suit une formation \u00e0 Paris, o\u00f9, sous l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;Henry Faber, elle dit avoir obtenu le titre de chirurgien et s&rsquo;\u00eatre engag\u00e9e dans une commission l&rsquo;attachant \u00e0 la Grande Arm\u00e9e napol\u00e9onienne. Prisonni\u00e8re en Espagne, l&rsquo;h\u00e9ro\u00efne apprendra la langue du pays, avant de recommencer une vie \u00e0 Cuba, en 1819.<\/p>\n<p>Reconnue pour son talent et devenue Enrique Faber, elle sera nomm\u00e9e, selon les documents officiels, par le capitaine g\u00e9n\u00e9ral au poste de m\u00e9decin l\u00e9giste \u00e0 Baracoa. Mais de nombreuses protestations s&rsquo;ensuivent. \u00abC&rsquo;\u00e9tait le petit Suisse du coin, relate Graziella Torrigiani, qui a men\u00e9 des recherches sur Henriette-Enrique pendant son temps libre. Il \u00e9tait jalous\u00e9 par ses confr\u00e8res et tr\u00e8s mal vu parce qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas citoyen espagnol.\u00bb<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e sur l&rsquo;\u00eele, Enrique \u00e9pouse Juana. Les raisons qui l&rsquo;ont pouss\u00e9e \u00e0 le faire sont tout aussi \u00e9nigmatiques. Voulait-elle calmer les esprits? Ou, comme elle l&rsquo;a d\u00e9clar\u00e9 au proc\u00e8s, cherchait-elle \u00e0 venir en aide \u00e0 cette orpheline et avoir de la compagnie en \u00e9change?<\/p>\n<p><center><img src=images\/large101104art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>\u00abAu sixi\u00e8me jour apr\u00e8s le mariage, Juana, qui ne comprend pas pourquoi son mari ne remplit pas ses fonctions, va dans sa chambre et d\u00e9couvre qu&rsquo;Henri est Henriette\u00bb, raconte Graziella Torrigiani. En 1823, Juana de L\u00e9on d\u00e9pose une plainte formelle contre celle qui est son mari. Elle d\u00e9clare qu&rsquo;une \u00abcr\u00e9ature, habill\u00e9e en homme qui se nomme Enrique Faber, et s&rsquo;intitule praticien en chirurgie, se disant natif des cantons de la Suisse, la rechercha en mariage\u00bb, indiquent les minutes du proc\u00e8s.<\/p>\n<p>La jeune femme explique ne pas avoir pu soup\u00e7onner que \u00ables desseins de ce monstre ne tendaient rien moins qu&rsquo;\u00e0 profaner les sacrements, et \u00e0 se jouer de la mani\u00e8re la plus cruelle et la plus odieuse d&rsquo;une jeune fille\u00bb.<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier 1823, Henriette est conduite \u00e0 la prison de Santiago de Cuba. Lors des interrogatoires, elle nie son sexe f\u00e9minin. Il faut que des m\u00e9decins fassent un \u00abexamen m\u00e9dico-l\u00e9gal de son identit\u00e9\u00bb pour qu&rsquo;elle avoue enfin: \u00abJe suis un individu du sexe f\u00e9minin.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abCette histoire est d&rsquo;une incroyable modernit\u00e9\u00bb, estime Jean-Claude Richard, ancien ambassadeur suisse \u00e0 Cuba, qui a encourag\u00e9 l&rsquo;Office suisse de la coop\u00e9ration (DDC) \u00e0 co-financer le documentaire. Consid\u00e9r\u00e9e sous l&rsquo;angle religieux, historique ou sexuel, la vie d&rsquo;Henriette Favez l&rsquo;a captiv\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9part.<\/p>\n<p>Mais quelle est la part du vrai et du faux dans l&rsquo;histoire d&rsquo;Henriette? Les pi\u00e8ces du proc\u00e8s permettent de reconstituer sa vie d&rsquo;avant son d\u00e9part pour Cuba, telle qu&rsquo;elle l&rsquo;a relat\u00e9e devant la justice. Mais \u00abil est probable qu&rsquo;elle ait racont\u00e9 un roman pour \u00e9garer la justice et cacher son identit\u00e9\u00bb, explique L\u00e9once Grasilier, qui s&rsquo;est bas\u00e9 sur ces documents l\u00e9gaux pour tenter d&rsquo;\u00e9claircir l&rsquo;\u00e9nigme autour du pass\u00e9 de la chirurgienne.<\/p>\n<p>Loin de s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 sa vie en prison, l&rsquo;histoire d&rsquo;Henriette se poursuit en Floride, o\u00f9, d&rsquo;apr\u00e8s son biographe, la d\u00e9port\u00e9e reprendra ses v\u00eatements d&rsquo;homme et recommencera \u00e0 exercer sa profession de chirurgien. <\/p>\n<p>En effet, apr\u00e8s trois mois d&#8217;emprisonnement o\u00f9 Henriette n&rsquo;avait pas arr\u00eat\u00e9 d&rsquo;attirer l&rsquo;attention sur elle en poussant des cris hyst\u00e9riques et en se tailladant les veines, elle fut expuls\u00e9e de Cuba et interdite de tous les territoires espagnols.<\/p>\n<p>La vie exacte qu&rsquo;a men\u00e9e la Lausannoise apr\u00e8s son arriv\u00e9e aux Etats-Unis est inconnue. On ne la retrouve que pr\u00e8s de 25 ans plus tard, en 1848, soignant les malades \u00e0 VeraCruz sous le costume des religieuses de Saint-Vincent-de-Paul, sous le nom de Soeur Marie-Madeleine. Le lieu et date de la mort d&rsquo;Henriette Favez sont inconnus \u00e0 ce jour. \u00abTout un travail de recherche historique doit encore \u00eatre fait\u00bb, poursuit la com\u00e9dienne vaudoise.<\/p>\n<p>Ce travail est en train d&rsquo;\u00eatre effectu\u00e9 par Julio C\u00e9sar Gonz\u00e1lez, historien cubain sp\u00e9cialis\u00e9 dans la cause f\u00e9minine. D&rsquo;autres auteurs cubains, historiens et romanciers, se sont inspir\u00e9s de la vie de la Lausannoise et l&rsquo;ont \u00e9voqu\u00e9e dans leurs <a href=http:\/\/www.cubanet.org\/CNews\/y01\/nov01\/26o6.htm target=_Blank class=std>publications<\/a>. En Europe, cette femme m\u00e9decin reste quasi m\u00e9connue.<\/p>\n<p> \u00abHenriette est pourtant une pionni\u00e8re, estime Graziella Torrigiani. C&rsquo;est important d&rsquo;avoir des mod\u00e8les comme elle aujourd&rsquo;hui. Elle ne s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e devant rien et a transgress\u00e9 tous les interdits pour exercer son m\u00e9tier.\u00bb<\/p>\n<p>Diffus\u00e9 sur les grands \u00e9crans en avant-premi\u00e8re, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision nationale, le film \u00abFavez\u00bb rencontre un vif succ\u00e8s \u00e0 Cuba. Il a notamment \u00e9t\u00e9 programm\u00e9 au Habana Film Festival en d\u00e9cembre, mais il cherche encore un distributeur en Suisse.<\/p>\n<p>La r\u00e9alisatrice et documentaliste L\u00eddice P\u00e9rez L\u00f2pez avait s\u00e9duit le programme de coop\u00e9ration suisse \u00e0 Cuba avec son travail de dipl\u00f4me sur Henriette Favez. La DDC a donc financ\u00e9 son documentaire \u00e0 hauteur de 10 000 francs. \u00abOutre le fait que l&rsquo;histoire est fascinante, le lien \u00e9vident entre la Suisse et Cuba a \u00e9galement plu\u00bb, pr\u00e9cise Jean-Claude Richard.<\/p>\n<p>Cet hommage \u00e0 Henriette deviendra peut-\u00eatre un long m\u00e9trage. Tel est en tout cas ce que souhaite L\u00eddice P\u00e9rez L\u00f2pez. \u00abC&rsquo;est une histoire de sacrifice, dit-elle, une histoire que doivent conna\u00eetre toutes ces femmes qui continuent \u00e0 \u00eatre exploit\u00e9es sans que leurs droits ne soient reconnus, vivant dans l&rsquo;ombre d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 machiste qui ne les laisse pas aller de l&rsquo;avant.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n*\u00abHenriette Faber, femme-m\u00e9decin\u00bb, par L\u00e9once Grasilier. Extrait des Archives provinciales de m\u00e9decine, Paris, 1900.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nUne version de cet article est parue dans L\u2019Hebdo du 4 novembre 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cette chirurgienne n\u00e9e \u00e0 Lausanne au XVIIIe si\u00e8cle est consid\u00e9r\u00e9e comme une pionni\u00e8re du f\u00e9minisme. Un film cubain retrace son existence spectaculaire.<\/p>\n","protected":false},"author":18314,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1706","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1706","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18314"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1706"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1706\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1706"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1706"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1706"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}