



{"id":1637,"date":"2004-08-02T00:00:00","date_gmt":"2004-08-01T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1637"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"portrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1637","title":{"rendered":"Le retour de la Qu\u00e9b\u00e9coise"},"content":{"rendered":"<p>D\u00e8s la poign\u00e9e de main, franche, Nicola Thibaudeau annonce la couleur: \u00abJe ne suis pas l\u00e0 pour parler de moi mais de mon entreprise et des gens qui m&rsquo;entourent. J&rsquo;ai envie que mes employ\u00e9s retrouvent leur fiert\u00e9 de travailler ici car cette entreprise revient de loin.\u00bb C&rsquo;est \u00e0 Bienne que Largeur.com a retrouv\u00e9 l&rsquo;ancienne patronne de Mecanex, toujours aussi volubile et \u00e9nergique. <\/p>\n<p>Depuis son d\u00e9part il y a deux ans de la soci\u00e9t\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans la m\u00e9canique spatiale, elle avait disparu de la circulation et notamment des m\u00e9dias qui aimaient tant interroger cette businesswoman atypique \u00e0 la moindre occasion. On avait certes not\u00e9 son passage au conseil d&rsquo;administration de la BCV en 2002 &#8211; \u00abJe me suis plong\u00e9e dans ces comptes pendant des mois&#8230;\u00bb -, mais \u00e0 part \u00e7a, plus rien.<\/p>\n<p>\u00abCertains pensaient que j&rsquo;avais d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;arr\u00eater ma carri\u00e8re, que j&rsquo;allais passer mon temps \u00e0 donner des conf\u00e9rences dans des h\u00f4tels&#8230; C&rsquo;est mal me conna\u00eetre! J&rsquo;ai besoin de cr\u00e9er quelque chose avec une \u00e9quipe, pas avec du papier. Mais je ne voulais pas non plus foncer dans une start-up: c&rsquo;est une culture dans laquelle les entrepreneurs n&rsquo;ont souvent appris qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9penser, pas \u00e0 vendre des produits. Mais arr\u00eatons de parler de moi.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise, donc. Depuis d\u00e9cembre, Nicola Thibaudeau, 43 ans, dirige <a href=http:\/\/www.mpsag.com target=_blank class=std>MPS<\/a>, une usine de m\u00e9canique \u00e0 Bienne (150 collaborateurs) qui \u00abfabrique des choses r\u00e9elles, avec des vraies gens\u00bb. \u00abJ&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 contact\u00e9e par un chasseur de t\u00eates zurichois. L&rsquo;entreprise avait besoin d&rsquo;un nouveau souffle apr\u00e8s une lourde restructuration. J&rsquo;ai tout de suite eu envie de relever ce d\u00e9fi.\u00bb <\/p>\n<p>MPS fabrique des roulements \u00e0 billes de haute pr\u00e9cision ainsi que des micromoteurs et des syst\u00e8mes m\u00e9caniques miniaturis\u00e9s destin\u00e9s \u00e0 l&rsquo;automation et aux applications m\u00e9dicales, voire spatiales.<\/p>\n<p>L&rsquo;usine a une longue histoire: n\u00e9e en 1936 sous le nom de RMB, elle se sp\u00e9cialise d\u00e9j\u00e0 dans des roulements \u00e0 billes qui finissent dans des gyroscopes, des fraises de dentiste, des patins \u00e0 roulettes et m\u00eame dans les combinaisons des astronautes qui sont all\u00e9s sur la Lune. Une deuxi\u00e8me usine est ouverte \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 \u00e0 Bonfol dans le Jura.<\/p>\n<p>De grands micromoteurs RMB s&rsquo;est rendue c\u00e9l\u00e8bre dans les milieux scientifiques et techniques en d\u00e9veloppant Smoovy, le plus petit moteur du monde. Si cela ne repr\u00e9sente que 5% de l&rsquo;activit\u00e9 du groupe aujourd&rsquo;hui, ces micromoteurs ont propuls\u00e9 l&rsquo;entreprise sur des march\u00e9s \u00e0 fort potentiel. <\/p>\n<p>Avec son partenaire asiatique bas\u00e9 en Malaisie, l&rsquo;entreprise biennoise en a par exemple fabriqu\u00e9 500&rsquo;000 destin\u00e9s \u00e0 motoriser les clapets du t\u00e9l\u00e9phone mobile Samsung. \u00abCette application n&rsquo;a cependant pas tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 commercialement car les usagers pr\u00e9f\u00e8rent ouvrir leur mobile \u00e0 la main\u00bb, constate Nicola Thibaudeau en d\u00e9pliant manuellement son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>MPS d\u00e9veloppe aussi des applications m\u00e9-dicales comme une petite pompe \u00e0 morphine, vendue \u00e0 Medtronic, qui a demand\u00e9 trois ans de d\u00e9veloppement. MPS produira 15&rsquo;000 pompes par an, un joli succ\u00e8s technique et commercial. \u00abNotre objectif pour MPS: passer d&rsquo;un chiffre d&rsquo;affaires de 18 \u00e0 37 millions en quatre ans.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;entreprise voit l&rsquo;avenir plus sereinement qu&rsquo;en 2002, quand l&rsquo;orage s&rsquo;est abattu sur elle: le groupe Myonic, nouveau nom de RMB, d\u00e9cide alors de centraliser ses activit\u00e9s en Allemagne. Presque aucun employ\u00e9 ne d\u00e9m\u00e9nage pour garder son emploi. Les cadres de la filiale suisse poursuivent l&rsquo;activit\u00e9 et commencent un processus de restructuration en vue de trouver un repreneur. Lorsque la holding allemande Faulhaber cr\u00e9e MPS en reprenant les activit\u00e9s suisses de l&rsquo;entreprise, l&rsquo;effectif est d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9 de 314 \u00e0 115 employ\u00e9s.<\/p>\n<p>La voix de la directrice r\u00e9sonne dans la halle. \u00abVous voyez, tous ces locaux vides, c&rsquo;est d\u00e9primant!\u00bb Elle pr\u00e9f\u00e8re les ateliers bruyants. Chaussures blanches et costume cr\u00e8me, elle ondule entre machines, taches d&rsquo;huile et employ\u00e9s en blouse de travail. Sa voix forte couvre le sifflement des tours et des machines \u00e0 commande num\u00e9rique.<\/p>\n<p>\u00abJe connais cette usine de fond en comble car, pendant mes premiers mois ici, j&rsquo;ai pass\u00e9 plusieurs heures \u00e0 chaque poste de travail jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je me sente capable d&rsquo;effectuer la t\u00e2che de tous les employ\u00e9s.\u00bb Y compris le poste de \u00abcontr\u00f4leur de billes\u00bb, qui consiste \u00e0 v\u00e9rifier la qualit\u00e9 des sph\u00e8res minuscules au moyen d&rsquo;un microscope en fonction des reflets de la lumi\u00e8re. \u00abIl m&rsquo;a fallu un temps fou pour voir la diff\u00e9rence entre les bonnes et les mauvaises, mais maintenant j&rsquo;y arrive!\u00bb Une proximit\u00e9 presque familiale s&rsquo;est install\u00e9e dans l&rsquo;usine. \u00abJe pense que les employ\u00e9s se confient plus facilement \u00e0 une femme.\u00bb<\/p>\n<p>Pour Fran\u00e7ois Huguelet, membre de la direction de MPS, \u00abfemme ou homme, ce n&rsquo;\u00e9tait pas l&rsquo;important, mais il nous fallait quelqu&rsquo;un de comp\u00e9tent et d&rsquo;\u00e9nergique pour reprendre les r\u00eanes de l&rsquo;entreprise. Elle a rapidement redonn\u00e9 confiance au personnel.\u00bb Si Nicola Thibaudeau a su s&rsquo;imposer dans le monde tr\u00e8s masculin de la m\u00e9canique, c&rsquo;est qu&rsquo;elle a commenc\u00e9 tr\u00e8s jeune \u00e0 y diriger des \u00e9quipes.<\/p>\n<p>Au Canada, elle travaillait comme ing\u00e9nieur de production chez IBM. La microm\u00e9canique de pr\u00e9cision l&rsquo;am\u00e8nera logiquement en Suisse. \u00abPour IBM, je d\u00e9veloppais une machine avec Ismeca, \u00e0 La Chaux-de-Fonds, pour fabriquer des syst\u00e8mes d&rsquo;\u00e9lectro-optique. J&rsquo;ai pass\u00e9 plusieurs mois sur place pour mettre au point cette machine. J&rsquo;ai tout de suite ador\u00e9 la Suisse, les montagnes, les gens.\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 de la Canadienne est remarqu\u00e9e par Philippe Jacopin, alors administrateur du groupe Cortaillod. \u00abElle avait un savoir-faire impressionnant. Et sa personnalit\u00e9 &#8211; son humour, son approche directe &#8211; contrastait dans le milieu des ing\u00e9nieurs qui sont souvent introvertis. Sa puissance de tir est incroyable. Cela ne me posait aucun probl\u00e8me qu&rsquo;elle soit une femme, m\u00eame s&rsquo;il n&rsquo;y en avait aucune dans les directions d&rsquo;entreprises de ce genre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque. On a fait les d\u00e9marches administratives pour pouvoir l&rsquo;engager en Suisse. Nous sommes rest\u00e9s amis depuis.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abJe ne veux pas rater l&rsquo;action\u00bb A 29 ans, Nicola Thibaudeau se retrouve directrice de l&rsquo;usine Cicorel de La Chaux-de-Fonds. \u00abLes gars ne trouvaient pas grave que je sois Qu\u00e9b\u00e9coise, c&rsquo;\u00e9tait mieux que si j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 une Neuch\u00e2teloise du bas!\u00bb, dit-elle dans un \u00e9clat de rire. \u00abMes meilleurs amis ici sont encore aujourd&rsquo;hui les gens que j&rsquo;ai rencontr\u00e9s juste apr\u00e8s mon arriv\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Chaque matin, Nicola Thibaudeau saute dans son tram \u00e0 l&rsquo;aube. \u00abJe me l\u00e8ve \u00e0 5 h 30 pour ne pas rater l&rsquo;action.\u00bb Elle n&rsquo;a pas encore quitt\u00e9 sa maison sur La C\u00f4te, qu&rsquo;elle occupe avec son mari et ses deux enfants, mais s&rsquo;appr\u00eate \u00e0 acqu\u00e9rir une r\u00e9sidence sur plans pr\u00e8s de Neuch\u00e2tel. \u00abJ&rsquo;adore Neuch\u00e2tel et comme mon mari travaille dans la r\u00e9gion l\u00e9manique et moi \u00e0 Bienne, c&rsquo;est \u00e0 mi-chemin. On s&rsquo;est connus au Tessin lors d&rsquo;un cours de management. Il a \u00e9t\u00e9 directeur d&rsquo;h\u00f4pital, puis il a travaill\u00e9 dans l&rsquo;assurance. Mais il est dans l&rsquo;horlogerie maintenant, un secteur plus proche du mien.\u00bb<\/p>\n<p>Mecanex a \u00e9t\u00e9 son grand coup de coeur. Une r\u00e9ussite qui lui a valu le Prix Veuve Cliquot de la femme d&rsquo;affaires en 1997. \u00abQuand je l&rsquo;ai achet\u00e9e avec mon associ\u00e9 Volker Gass en 1995, j&rsquo;avais peu de sous: j&rsquo;ai trouv\u00e9 500 000 francs et emprunt\u00e9 le reste \u00e0 l&rsquo;UBS&#8230;\u00bb En 2000, lorsqu&rsquo;elle vend l&rsquo;entreprise au groupe Ruag, le chiffre d&rsquo;affaires atteint 8 millions. Cette aventure \u00e0 la t\u00eate de l&rsquo;entreprise vaudoise l&rsquo;a \u00abbeaucoup enrichie\u00bb, avoue-t-elle en riant. Elle n&rsquo;en dira pas davantage. \u00abOn a d\u00e9j\u00e0 bien assez parl\u00e9 de moi, non?\u00bb<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Entrepreneuse phare de Suisse romande, Nicola Thibaudeau s&rsquo;\u00e9tait faite plus discr\u00e8te apr\u00e8s son d\u00e9part de Mecanex. Largeur.com l&rsquo;a retrouv\u00e9e \u00e0 la t\u00eate de MPS, une petite entreprise biennoise de m\u00e9canique de pr\u00e9cision.<\/p>\n","protected":false},"author":22,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-1637","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1637","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/22"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1637"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1637\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1637"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1637"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1637"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}