



{"id":16362,"date":"2026-05-05T17:00:39","date_gmt":"2026-05-05T15:00:39","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=16362"},"modified":"2026-05-04T18:29:03","modified_gmt":"2026-05-04T16:29:03","slug":"crise-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=16362","title":{"rendered":"Peur sur la vigne (2e partie)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>Suite du dossier, r\u00e9alis\u00e9 par Gabriel Sigrist, Julien Crevoisier et Erik Freudenreich<\/strong><\/span><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Pierre-Alain Bapst, nouveau directeur de Swiss Wine Promotion<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abLe vin import\u00e9 est notre adversaire commun\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>L\u2019organe de promotion table sur la sensibilisation et le renforcement de l\u2019image de marque pour tenir t\u00eate \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re.<\/strong><\/p>\n<p>Le Fribourgeois Pierre-Alain Bapst a repris le 1<sup>er<\/sup> mars 2026 la direction de Swiss Wine Promotion, apr\u00e8s neuf ans pass\u00e9s \u00e0 la t\u00eate de Terroir Fribourg. Sa mission: faire conna\u00eetre et d\u2019accompagner les produits suisses de la vigne sur le march\u00e9 local et international. Une t\u00e2che qui s\u2019annonce primordiale \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 les difficult\u00e9s s\u2019accumulent pour la branche. Sans minimiser l\u2019ampleur des d\u00e9fis \u00e0 venir, l\u2019homme de 47 ans assure que le vin suisse n\u2019a pas encore jou\u00e9 tous ces atouts.<\/p>\n<p><strong>La fili\u00e8re viti-vinicole est en difficult\u00e9. Comment la soutenir par le biais de la promotion?<\/strong><\/p>\n<p>Il est clair que tous les vignobles suisses ont un adversaire commun: le vin import\u00e9. Dans ce contexte, il faut que les acteurs suisses fassent front commun pour d\u00e9fendre leur travail. Cela passe par une communication plus ambitieuse et mieux coordonn\u00e9e sur le plan national. Nous devons sensibiliser le consommateur des raisons de choisir un cru issu de la viticulture suisse. Pour cela, nous devons mieux valoriser les qualit\u00e9s des vins suisses au travers des vignerons et des encaveurs de nos r\u00e9gions, et insister sur le patrimoine que repr\u00e9sente la viticulture helv\u00e9tique. L\u2019approche a tr\u00e8s bien fonctionn\u00e9 pour le Gruy\u00e8re AOP, qui est aujourd\u2019hui pl\u00e9biscit\u00e9 y compris en Suisse al\u00e9manique, et qui s\u2019exporte m\u00eame \u00e0 l\u2019international. En tant que fervent d\u00e9fenseur de l\u2019\u00e9conomie locale, je pars du principe qu\u2019une personne qui gagne sa vie en Suisse devrait dans la mesure de ses possibilit\u00e9s privil\u00e9gier le terroir helv\u00e9tique, qui offre une vari\u00e9t\u00e9 de choix tr\u00e8s qualitatifs.<\/p>\n<p><strong>Quels sont les principaux arguments des vins suisses, au-del\u00e0 de leur aspect \u00ablocal\u00bb?<\/strong><\/p>\n<p>Le vin est pass\u00e9 d\u2019une consommation alimentaire \u00e0 une consommation de plaisir. Il faut donc que la fili\u00e8re fasse primer la qualit\u00e9 sur la quantit\u00e9. Nous sommes d\u00e9j\u00e0 sur la bonne voie. Les vins suisses ont beaucoup gagn\u00e9 en qualit\u00e9 ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Avec la Haute \u00e9cole de viticulture et d\u2019\u0153nologie de Changins, la branche peut compter sur des formations de pointe et sur la recherche pour forger l\u2019avenir des m\u00e9tiers de la vigne et de la cave, en misant sur l\u2019innovation et la durabilit\u00e9. En tant que Fribourgeois, j\u2019aime prendre l\u2019exemple du vignoble du Vully: les domaines de la r\u00e9gion ont \u00e9tabli une charte pour encadrer les m\u00e9thodes de production et de vinification de deux c\u00e9pages embl\u00e9matiques de la r\u00e9gion: le traminer et le freiburger, afin d\u2019en am\u00e9liorer l\u2019image de marque aupr\u00e8s du public, avec un certain succ\u00e8s. Cet exemple illustre le potentiel du vignoble suisse, qui se caract\u00e9rise par une surface relativement restreinte, mais une tr\u00e8s grande diversit\u00e9 (<em>plus de 250 c\u00e9pages, selon Swiss Wine, ndlr.<\/em>). Cette offre vari\u00e9e permet de fournir au consommateur une palette compl\u00e8te de vari\u00e9t\u00e9s. Il y en a pour tous les go\u00fbts!<\/p>\n<p><strong>Certains parlent pourtant d\u2019une d\u00e9synchronisation entre l\u2019offre et la demande Comment la production de vin peut-elle s\u2019adapter aux go\u00fbts du public?<\/strong><\/p>\n<p>En g\u00e9n\u00e9ral, il faut que les producteurs prennent connaissance des tendances et agissent en cons\u00e9quence. Il est vrai que la fili\u00e8re suisse a peut-\u00eatre manqu\u00e9 d\u2019anticiper le succ\u00e8s des vins mousseux. Cette cat\u00e9gorie de produits s\u2019est tr\u00e8s largement d\u00e9velopp\u00e9e ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Les vins p\u00e9tillants se distinguent parmi les rares produits viticoles porteurs de croissance. Aujourd\u2019hui, l\u2019\u00e9crasante majorit\u00e9 des mousseux consomm\u00e9s en Suisse proviennent de France ou d\u2019Italie. M\u00eame s\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019une petite part du march\u00e9, il faut que la production se d\u00e9veloppe en Suisse.<\/p>\n<p><strong>Swiss Wine Promotion mise \u00e9galement sur l\u2019aspect de la durabilit\u00e9 pour renforcer l\u2019image de marque aupr\u00e8s des consommateurs.<\/strong><\/p>\n<p>Oui, nous tablons notamment sur la durabilit\u00e9 sociale. C\u2019est un \u00e9l\u00e9ment diff\u00e9renciateur pour la Suisse, par rapport \u00e0 d\u2019autres pays viticoles importants qui fonctionnent diff\u00e9remment. La culture du vignoble helv\u00e9tique repose principalement sur des domaines de quelques hectares, et sur des entreprises \u00e0 taille humaine solidement ancr\u00e9es dans le tissu \u00e9conomique local. Les vignerons et les encaveurs jouent un r\u00f4le social de proximit\u00e9, et participent activement \u00e0 la formation de la rel\u00e8ve, \u00e0 la transmission du savoir-faire, \u00e0 l\u2019utilisation des sols et la pr\u00e9servation de notre patrimoine.<\/p>\n<p><strong>Une autre priorit\u00e9 de la strat\u00e9gie de Swiss Wine Promotion, pr\u00e9sent\u00e9e en d\u00e9cembre 2025, est celle du d\u00e9veloppement de l\u2019\u0153notourisme. Cette solution est d\u00e9j\u00e0 explor\u00e9e par certains acteurs de la branche, mais certains s\u2019y refusent ou n\u2019en ont pas les moyens.<\/strong><\/p>\n<p>On ne pourrait pas imaginer la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne, Lavaux ni m\u00eame La C\u00f4te sans leurs vignes. C\u2019est un patrimoine paysager exceptionnel sur lequel la branche doit capitaliser. Certains domaines souhaitent s\u2019engager sur cette voie. Notre r\u00f4le est de les soutenir en faisant conna\u00eetre leur offre et de leur fournir l\u2019accompagnement dont ils auraient besoin pour lancer des services d\u2019\u0153notourisme ou des exp\u00e9riences immersives. Cela passera par davantage de formation dans l\u2019\u0153notourisme. Nous pr\u00e9voyons \u00e9galement de mettre \u00e0 disposition du mat\u00e9riel et des supports de communication qui permettent \u00e0 chaque vigneron de renseigner des visiteurs. Nous pouvons \u00e9galement communiquer sur ces activit\u00e9s en collaboration avec Suisse Tourisme avec qui nous avons un partenariat strat\u00e9gique.<\/p>\n<p><strong>Les priorit\u00e9s de Swiss Wine Promotion incluent le d\u00e9veloppement des exportations. Seuls 2% de la production nationale sont vendus \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Comment activer ce levier?<\/strong><\/p>\n<p>Beaucoup de producteurs ne souhaitent pas s\u2019y risquer parce qu\u2019ils estiment que les d\u00e9marches sont trop complexes. Mais certains y parviennent notamment gr\u00e2ce un agent ou un distributeur bas\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Notre r\u00f4le est de favoriser les synergies et de proposer aux acteurs qui y voient du potentiel de pr\u00e9senter leurs produits \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00c0 l\u2019occasion du salon Wine Paris qui s\u2019est tenu en f\u00e9vrier 2026 dans la capitale fran\u00e7aise, 26 vignerons ont fait le d\u00e9placement avec nous. Pour convaincre les consommateurs \u00e9trangers, nous pouvons miser sur la r\u00e9putation d\u2019excellence de la Suisse. Nous pourrions \u00e9galement \u00e9laborer des strat\u00e9gies communes avec d\u2019autres fili\u00e8res \u00e0 succ\u00e8s, comme le fromage ou le tourisme, qui ont aussi vocation \u00e0 attirer des consommateurs internationaux.<\/p>\n<p><strong>Une tendance tr\u00e8s pr\u00e9sente en ce moment est celle du \u00abno-low\u00bb, \u00e0 savoir les vins \u00e0 faible teneur en alcool. Comment vous positionnez-vous par rapport \u00e0 cette demande?<\/strong><\/p>\n<p>Je suis convaincu que la question de la consommation d\u2019alcool continuera d\u2019occuper une place centrale dans la soci\u00e9t\u00e9. Dans ce contexte-l\u00e0, offrir un produit d\u00e9salcoolis\u00e9 ou all\u00e9g\u00e9, \u00e0 base de raisin, travaill\u00e9 par un vigneron et un encaveur, constitue une piste incontournable. Je comprends que certains vignerons ou encaveurs consid\u00e8rent que cela revient \u00e0 d\u00e9naturer leur produit, mais il faut aussi entendre la demande des consommateurs. Les producteurs peuvent aussi y trouver leur compte. Il ne faut pas oublier que les produits alcoolis\u00e9s incitent souvent \u00e0 une consommation mod\u00e9r\u00e9e, par exemple lors du repas de midi ou avant de conduire. Une offre sans alcool pourrait non seulement contenter plus de consommateurs, mais aussi \u00e9couler des volumes importants.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-16327\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-2-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-2-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-2.jpg 468w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>L\u2019\u00e9mergence des vins p\u00e9tillants et de l\u2019\u0153notourisme <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les d\u00e9boires de la branche poussent les acteurs \u00e0 diversifier leur offre pour assurer leur avenir. Au menu: exportations, biodynamie, p\u00e9tillants naturels et exp\u00e9riences immersives.<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLes grands domaines auront plus de mal \u00e0 \u00e9couler leurs productions\u00bb, constate Pierre Fonjallaz, viticulteur \u00e0 Epesses (VD). Les producteurs cherchent de plus en plus \u00e0 se distinguer et \u00e0 diversifier leurs sources de revenus. Fondateur du salon Lavaux Vin Bio et d\u00e9put\u00e9 vert au Grand conseil, Pierre Fonjallaz a repris le domaine \u00e0 son p\u00e8re en 2000 et y a progressivement introduit la biodynamie. Une m\u00e9thode d\u2019exploitation de la vigne qui proscrit tout recours \u00e0 des proc\u00e9d\u00e9s de synth\u00e8se, et limite le volume d\u2019intrants autoris\u00e9s pour la vinification \u00e0 des niveaux plus restrictifs que le \u00abbio\u00bb. \u00abUtiliser des biocides alors que l\u2019on travaille avec le vivant me paraissait contradictoire.\u00bb<\/p>\n<p>Depuis fin 2025, le Vaudois remet progressivement son domaine \u00e0 la rel\u00e8ve. Pour lui, les vins bio et nature, qui souffraient d\u2019une r\u00e9putation mitig\u00e9e aupr\u00e8s du public \u00e0 leurs d\u00e9buts, convainc toujours plus de clients qui se fid\u00e9lisent volontiers.\u00abJe d\u00e9nombre d\u00e9sormais une bonne dizaine de vignerons en Lavaux qui ont clairement persuad\u00e9 leurs clients du bien-fond\u00e9 de la d\u00e9marche et de la qualit\u00e9 du vin qui en d\u00e9coule.\u00bb Un avantage concurrentiel dans un vignoble suisse en pleine zone de turbulence? \u00abC\u2019est un \u00e9l\u00e9ment de communication important. Les th\u00e9matiques environnementales gagnent en importance aupr\u00e8s du consommateur.\u00bb La taille des surfaces d\u00e9di\u00e9es \u00e0 la viticulture bio a rapidement augment\u00e9 \u00e0 partir de 2015, passant de 600 hectares \u00e0 plus de 2&rsquo;800 en 2024. \u00abJe pense que le bio va devenir la norme quoiqu\u2019il arrive car, m\u00eame si ce march\u00e9 stagne, le consommateur pr\u00e9occup\u00e9 par sa sant\u00e9 y reviendra certainement\u00bb, dit Fran\u00e7ois Schenk, directeur du groupe homonyme, l\u2019un des plus grands encaveurs de la r\u00e9gion. Ses parts de march\u00e9 demeurent autour de 6%, mais montent \u00e0 plus de 11% pour les vins mousseux. Un autre march\u00e9 en vogue souvent cit\u00e9 en exemple pour s\u00e9duire le consommateur.<\/p>\n<p><strong>Magie des bulles<\/strong><\/p>\n<p>Pr\u00e9sente en Suisse depuis pr\u00e8s de deux si\u00e8cles, la production de vins p\u00e9tillants n\u2019a pas encore atteint son plein potentiel. Selon une \u00e9tude de la Haute \u00e9cole de viticulture et d\u2019\u0153nologie, la production de vin p\u00e9tillant constitue l\u2019une des pistes les plus pertinentes \u00e0 explorer pour les vignerons suisses. \u00abC\u2019est un segment en croissance. Nous avons donc d\u00e9velopp\u00e9 une offre compl\u00e8te avec plusieurs marques\u00bb, indique Fran\u00e7ois Schenk. Une transition aussi port\u00e9e par la jeune g\u00e9n\u00e9ration, \u00e0 l\u2019image du \u00abpet nat\u00bb (p\u00e9tillant nature) d\u00e9velopp\u00e9 par Matteo Beutler du domaine de Marcy \u00e0 Saint-Prex, et Paul de Watteville du domaine de Montbenay \u00e0 Mont-sur-Rolle.\u00a0Pour beaucoup, le vin effervescent sous toutes ses formes est le march\u00e9 \u00e0 conqu\u00e9rir pour les vignerons suisses ces prochaines ann\u00e9es, alors que seuls 5% des volumes sont produits en Suisse, la croissance de ce march\u00e9 a atteint 18% entre 2019 et 2023, alors que les vins tranquilles ont recul\u00e9 de 3,7% sur la m\u00eame p\u00e9riode. Le succ\u00e8s le plus fulgurant a \u00e9man\u00e9 des vins ros\u00e9s (+39,5%).<\/p>\n<p><strong>Japon, Singapour et \u00c9tats-Unis<\/strong><\/p>\n<p>Susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat du public pour la culture de la vigne appara\u00eet \u00e9galement comme un aspect incontournable de la viticulture contemporaine. Les offres \u0153notouristiques se d\u00e9veloppent, sur le mod\u00e8le observ\u00e9 dans les pays voisins, notamment en France, o\u00f9 la fili\u00e8re a attir\u00e9 20% de visiteurs en plus depuis le milieu des ann\u00e9es 2010. M\u00eame si les enjeux li\u00e9s au co\u00fbt de la main d\u2019\u0153uvre helv\u00e9tique demeurent. Les vins suisses et leurs sp\u00e9cificit\u00e9s vont aussi \u00e0 la rencontre de leur public \u00e0 l\u2019international. \u00c0 l\u2019image des vins du domaine de la Colombe qui a su s\u00e9duire les \u0153nophiles du Japon, de Singapour et des \u00c9tats-Unis, en misant notamment sur la fibre originale et \u00abniche\u00bb qu\u2019\u00e9voque le vignoble \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Les exportations de crus helv\u00e9tiques restent marginales (environ 2%), mais de plus en plus de vignerons tentent de faire conna\u00eetre le fruit de leur travail dans des march\u00e9s lointains. Une d\u00e9marche encourag\u00e9e par les fa\u00eeti\u00e8res.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Laura Paccot, Domaine des Colombes <\/strong><\/p>\n<p><strong>Complantation et exportations<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abNotre chasselas s\u00e9duit \u00e0 l\u2019\u00e9tranger en tant que produit de niche\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Sur le vignoble min\u00e9ral de La C\u00f4te, Laura Paccot dirige depuis 2023 un domaine de 15 hectares enti\u00e8rement cultiv\u00e9 en biodynamie depuis 2009, et certifi\u00e9 Demeter depuis 2013. En plus de l\u2019embl\u00e9matique chasselas, la vigneronne produit plusieurs c\u00e9pages et produit m\u00eame un cru issu de la \u00abcomplantation\u00bb. Une m\u00e9thode exp\u00e9rimentale qui consiste \u00e0 cultiver plusieurs c\u00e9pages sur la m\u00eame parcelle et \u00e0 les faire fermenter ensemble. Un atout face aux al\u00e9as climatiques et sanitaires. \u00abEn cas de mildiou par exemple, la diversit\u00e9 des c\u00e9pages rend l\u2019ensemble de la r\u00e9colte plus r\u00e9siliente. Cela permet aussi d\u2019\u00e9quilibrer les taux de sucres lors d\u2019ann\u00e9es tr\u00e8s ensoleill\u00e9es\u00bb. Au d\u00e9but, le vin biodynamique int\u00e9ressait surtout un public assez \u00e9litiste, mais pas forc\u00e9ment le public de gourmands et de restaurateurs. \u00abAvec les tendances actuelles, produire du vin moins riche en alcool et tourn\u00e9 vers la qualit\u00e9 est plut\u00f4t un atout. Mais rien n\u2019est acquis, car les modes \u00e9voluent vite!\u00bb Les canaux de vente sont assez diversifi\u00e9s: encaveurs locaux, restaurateurs et plus d\u2019un tiers de la production est destin\u00e9e \u00e0 la client\u00e8le priv\u00e9e. Pr\u00e8s de 7% du vin des Colombes part pour l\u2019\u00e9tranger, principalement en France, au Japon, \u00e0 Hong Kong, \u00e0 Singapour et au Canada. La client\u00e8le internationale est s\u00e9duite par l\u2019originalit\u00e9 du vin suisse. \u00abC\u2019est un march\u00e9 de niche mis en avant par de petits importateurs qui mettent en avant la proximit\u00e9 humaine.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Maison Gilliard \u00e0 Sion<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u0152notourisme, spa et \u00abno-low\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00abLes jeunes ne viennent plus pour se saouler mais pour apprendre\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>\u00abLe vin devient un produit de luxe que la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration consomme autrement. Quand des groupes de jeunes de 20 ans viennent \u00e0 la cave, ils s\u2019int\u00e9ressent vraiment au m\u00e9tier. Ils boivent moins mais plus intelligemment\u00bb, observe Gr\u00e9gory Dubuis, directeur. En 2025, le domaine de la Maison Gilliard s\u2019est lanc\u00e9 sur le vin sans alcool avec le Porte de Novembre ICE 0,0%. Un \u00absucc\u00e8s imm\u00e9diat\u00bb, selon le directeur. Le domaine propose aussi un large \u00e9ventail d\u2019activit\u00e9s \u0153notouristiques. Une d\u00e9marche lanc\u00e9e en 2016. \u00abNous avons voulu rendre la visite interactive. Les participants doivent prendre part \u00e0 des activit\u00e9s, d\u00e9guster, trouver des ar\u00f4mes, apprendre \u00e0 analyser une robe. Le but c\u2019est d\u2019apprendre \u00e0 d\u00e9guster et mieux comprendre comment le produit est fabriqu\u00e9.\u00bb Le succ\u00e8s a pouss\u00e9 le directeur \u00e0 d\u00e9velopper son offre en s\u2019inspirant des pratiques d\u2019homologues fran\u00e7ais et italiens. \u00abNous avons la chance de pouvoir compter sur l\u2019un des vignobles les plus impressionnants du pays.\u00bb Sur un vignoble en terrasse charpent\u00e9 de murs en pierres s\u00e8ches construit entre 1860 et 1904, la Maison Gilliard propose des visites guid\u00e9es, compl\u00e9t\u00e9es par des cours d\u2019\u0153nologie, des speed-datings, et des animations pour les enfants et m\u00eame un \u00abspa dans le vignoble\u00bb. Mais Gr\u00e9gory Dubuis le dit sans ambages: \u00abIl faut \u00eatre pr\u00eat \u00e0 investir dans le personnel. Avec le co\u00fbt de la main d\u2019\u0153uvre en Suisse, il est difficile de d\u00e9gager des b\u00e9n\u00e9fices avec cette activit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Matteo Beutler et Paul de Watteville<\/strong><\/p>\n<p><strong>Domaine de Marcy, Saint-Prex (VD) et du Montbenay, Mont-sur-Rolle (VD)<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Le \u00abPet Nat\u00bb Made in La C\u00f4te<\/em><\/strong><\/p>\n<p>\u00abPendant mes \u00e9tudes, j\u2019avais un peu plus de temps libre. J\u2019ai alors d\u00e9cid\u00e9 de lancer ma propre gamme de vin\u00bb, raconte Matteo Beutler. Baptis\u00e9e \u00abWine Not?\u00bb, sa marque lanc\u00e9e en 2021 se d\u00e9cline en plusieurs c\u00e9pages: chasselas, chenin, merlot, ros\u00e9 de pinot noir, tous issus du domaine de Marcy \u00e0 Saint-Prex. Le vigneron-encaveur de 28 ans a tenu \u00e0 donner \u00e0 sa production une image moderne pour se d\u00e9marquer des autres vins vaudois aupr\u00e8s de sa client\u00e8le, dont pr\u00e8s de trois quarts se trouvent en Suisse al\u00e9manique. N\u00e9 dans le canton de Berne, Matteo Beutler est venu en Suisse romande \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 15 ans pour effectuer son CFC de vigneron. En 2019, il commence une formation sup\u00e9rieure de technicien vitivinicole \u00e0 la Haute \u00e9cole de viticulture et d\u2019\u0153nologie de Changins. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il rencontre Paul de Watteville, aujourd\u2019hui directeur du domaine de Montbenay au Mont-sur-Rolle. Les deux amis ont d\u00e9cid\u00e9 de mettre leurs comp\u00e9tences en commun pour d\u00e9velopper un vin naturel p\u00e9tillant (ou \u00abp\u00e9t nat\u00bb) \u00e0 base de vermentino, un c\u00e9page italien peu courant en Suisse. \u00abLe vin naturel conna\u00eet un franc succ\u00e8s aupr\u00e8s des jeunes urbains. Pour les producteurs, la fa\u00e7on la moins risqu\u00e9e de travailler avec du vin naturel, c\u2019est d\u2019en faire du p\u00e9tillant.\u00bb Pour ce vigneron-encaveur de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, le m\u00e9tier doit \u00eatre pr\u00eat \u00e0 se r\u00e9inventer pour r\u00e9sister aux turbulences actuelles. \u00abJe vois ces al\u00e9as comme autant d\u2019opportunit\u00e9s d\u2019exp\u00e9rimenter de nouvelles choses.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Une version de ce dossier est parue dans le magazine <a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/\">PME<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 une concurrence \u00e9trang\u00e8re intense et une forte baisse de la consommation, la viticulture suisse lutte pour rester \u00e0 flot. 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