



{"id":16358,"date":"2026-05-04T18:43:36","date_gmt":"2026-05-04T16:43:36","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=16358"},"modified":"2026-05-04T18:25:58","modified_gmt":"2026-05-04T16:25:58","slug":"crise-4","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=16358","title":{"rendered":"Peur sur la vigne (1\u00e8re partie)"},"content":{"rendered":"<p><span style=\"font-size: 10pt;\"><strong>Dossier r\u00e9alis\u00e9 par Gabriel Sigrist, Julien Crevoisier et Erik Freudenreich<\/strong><\/span><\/p>\n<p>De Gen\u00e8ve \u00e0 Sion, l\u2019arrachage de ceps a commenc\u00e9 dans de nombreux vignobles. Cette pratique, subventionn\u00e9e par l\u2019Etat \u00ab\u00e0 condition que l\u2019\u00e9ventuelle replantation ne se fasse pas avant dix ans\u00bb, est un cr\u00e8ve-c\u0153ur pour les vignerons. Elle illustre l\u2019ampleur de la crise que traverse aujourd\u2019hui la viticulture suisse.<\/p>\n<p>L\u2019an dernier, les vendanges suisses ont produit 82 millions de litres de vin, tandis que 126 millions ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9s. Dans un contexte de recul de la consommation et de march\u00e9 tr\u00e8s lib\u00e9ralis\u00e9, la concurrence \u00e9trang\u00e8re exerce une pression croissante sur les producteurs suisses. La situation a fait r\u00e9agir la Berne f\u00e9d\u00e9rale. En plus d\u2019une aide de 10 millions de francs destin\u00e9e \u00e0 accompagner le redimensionnement des parcelles viticoles, le Conseil f\u00e9d\u00e9ral, sous l\u2019impulsion du ministre de l\u2019\u00e9conomie et ancien vigneron Guy Parmelin, souhaite durcir les conditions d\u2019importation en conditionnant l\u2019obtention de quotas de vin \u00e9tranger \u00e0 l\u2019achat de raisins suisses. Les entreprises importatrices participeraient donc \u00e0 la valorisation de la production nationale.<\/p>\n<p>Face \u00e0 l\u2019\u00e9volution des habitudes de consommation, observ\u00e9e depuis plusieurs ann\u00e9es, la branche commence aussi (et enfin) \u00e0 s\u2019adapter. Plusieurs producteurs pionniers ont ainsi lanc\u00e9 des gammes de vins d\u00e9salcoolis\u00e9s dans le canton de Vaud et du Valais. D\u2019autres s\u2019inspirent des tendances internationales pour s\u00e9duire une client\u00e8le qui se tourne vers des vins plus l\u00e9gers, p\u00e9tillants ou nature, ou plus qualitatifs. Le d\u00e9veloppement \u00e0 l\u2019export constitue une autre piste pour consolider un secteur qui d\u00e9pend encore \u00e0 plus de 98% de la demande int\u00e9rieure. La viticulture suisse traverse une temp\u00eate majeure, et il lui faudra des ann\u00e9es pour retrouver son \u00e9quilibre. Des producteurs aux importateurs, en passant par les politiques, tous misent sur la r\u00e9silience d\u2019une activit\u00e9 introduite en Suisse il y a plus de 800 ans, et qui s\u2019est impos\u00e9e comme l\u2019un des symboles de la culture et du paysage helv\u00e9tiques.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><u>Le chiffre cl\u00e9:<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"font-size: 24pt;\">-21% <\/span>en un an<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est la chute de la consommation de vins rouges suisses selon le dernier rapport de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019agriculture publi\u00e9 en 2025. En comparaison, la demande pour les rouges \u00e9trangers a fl\u00e9chi de <strong>-3,7%<\/strong>.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>\u00abC\u2019est la pire crise que la branche n\u2019ait jamais connu\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le vignoble suisse souffre d\u2019une consommation d\u00e9croissante et d\u2019une concurrence \u00e9trang\u00e8re toujours plus f\u00e9roce. Le secteur oscille entre d\u00e9termination et r\u00e9signation.<\/strong><\/p>\n<p>La population boit toujours moins, notamment du fait des jeunes g\u00e9n\u00e9rations qui prennent le danger des exc\u00e8s d\u2019alcool bien plus au s\u00e9rieux que leurs a\u00efeux. En Suisse, la production indig\u00e8ne reste toutefois largement inf\u00e9rieure \u00e0 la demande, couverte \u00e0 pr\u00e8s de deux tiers par les vins import\u00e9s. Une situation qui nourrit la frustration de certains producteurs qui appellent \u00e0 une meilleure protection des vignobles locaux. Le soutien politique reste pour l\u2019heure timide. Certains acteurs de la branche s\u2019organisent pour r\u00e9pondre aux nouvelles tendances des consommateurs.<\/p>\n<ol>\n<li><strong>La sobri\u00e9t\u00e9 devient tendance <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Les ventes de vin en Suisse ont recul\u00e9 de pr\u00e8s 26% en 30 ans. A l\u2019\u00e9chelle mondiale aussi, la consommation de vin ne cess de diminuer depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es. En 2025, l\u2019Organisation internationale du vin (OIV) a estim\u00e9 le volume consomm\u00e9 dans le monde \u00e0 214 millions d\u2019hectolitres, soit 3,3 % de moins qu\u2019en 2023. La consommation mondiale a ainsi atteint son plus bas niveau depuis plus de 60 ans. Selon l\u2019organisme bas\u00e9 \u00e0 Dijon (F), la fili\u00e8re est confront\u00e9e aux m\u00eames al\u00e9as inflationnistes et g\u00e9opolitiques que le reste de l\u2019\u00e9conomie mais, en plus, le vin n\u2019est plus aussi tendance, notamment aupr\u00e8s des jeunes. Interrog\u00e9 \u00e0 ce sujet, le groupe vaudois Schenk, l\u2019un des principaux encaveurs romands, se montre r\u00e9sign\u00e9. \u00abIl faut se rendre \u00e0 l\u2019\u00e9vidence, ce d\u00e9clin est structurel. Nos ventes sont sous pression comme pour tous les intervenants du secteur.\u00bb Cette tendance de fond est notamment due \u00e0 une pr\u00e9vention accrue et \u00e0 une prise de conscience du public face aux dangers de l\u2019alcool. Pour r\u00e9pondre \u00e0 cette \u00e9volution rapide de la demande, une solution consiste \u00e0 privil\u00e9gier les variantes \u00e0 faible teneur en alcool, ou d\u00e9salcoolis\u00e9es. Mais cette transition se heurte \u00e0 des \u00e9cueils techniques majeurs. \u00abNous l\u2019avons constat\u00e9 avec la bi\u00e8re: le d\u00e9veloppement d\u2019alternatives sans alcool \u00e0 la hauteur des attentes du consommateur peut prendre 20 \u00e0 30 ans\u00bb, estime Philippe Herminjard, charg\u00e9 de projet aupr\u00e8s de la f\u00e9d\u00e9ration Vignoble Suisse. Certains commencent toutefois \u00e0 s\u2019organiser en ce sens. D\u00e9but 2026, 17 producteurs issus de diff\u00e9rentes r\u00e9gions du pays se sont r\u00e9unis \u00e0 Perroy (VD) pour produire du vin d\u00e9salcoolis\u00e9 selon une technique dernier cri. Pr\u00e8s de 33&rsquo;000 bouteilles ont ainsi \u00e9t\u00e9 produites.<\/p>\n<ol start=\"2\">\n<li><strong>Des fronti\u00e8res \u00abgrandes ouvertes\u00bb<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Le vignoble suisse est loin de se trouver dans une situation de surproduction de vin <em>stricto sensu<\/em>, dans la mesure o\u00f9 les volumes produits par les vignes suisses sont largement inf\u00e9rieurs \u00e0 la quantit\u00e9 totale de vin consomm\u00e9 dans le pays. Les vins \u00e9trangers subissent \u00e9galement la baisse de la demande, mais nettement moins que les crus indig\u00e8nes. En 2025, l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019agriculture relevait que la part de march\u00e9 des vins suisses avait recul\u00e9 de 3,4%, pour s\u2019\u00e9tablir \u00e0 35,5%. La chute a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement rude pour les vins rouges, avec un recul de 20% sur un an. Les d\u00e9fenseurs du terroir y voient le r\u00e9sultat d\u2019une concurrence asym\u00e9trique avec les vins internationaux, dont les co\u00fbts de production sont bien plus faibles. Or, les vignerons suisses ne profitent pour l\u2019instant pas \u2013 ou peu \u2013 du libre-\u00e9change: 98% de la production est destin\u00e9e au march\u00e9 int\u00e9rieur. C\u2019est nettement plus qu\u2019en moyenne mondiale (58,4% en 2022 selon l\u2019OMC).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-16329\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-1-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-1-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/Images_Du_Jour_peur-vin-1.jpg 468w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Depuis 2001, la Suisse autorise l\u2019entr\u00e9e sur son territoire de 170 millions de litres de vin \u00e9tranger \u00e0 des conditions tarifaires pr\u00e9f\u00e9rentielles. Au vu des niveau de consommation actuelle, certains estiment cette mesure d\u00e9risoire. \u00abEn 25 ans, les contingents d\u2019importation n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 atteints. Dans un contexte o\u00f9 la consommation chute, on peut s\u00e9rieusement s\u2019interroger sur leur utilit\u00e9. Actuellement, on peut dire que les fronti\u00e8res sont grandes ouvertes\u00bb, observe Philippe Herminjard. Certains professionnels de la branche appellent la Conf\u00e9d\u00e9ration \u00e0 se montrer plus ferme vis-\u00e0-vis de l\u2019importation de vins. Les r\u00e9ponses politiques commencent \u00e0 s\u2019articuler. Une coalition de pr\u00e8s de 500 vignerons s\u2019appr\u00eate \u00e0 lancer une initiative f\u00e9d\u00e9rale exigeant de baisser les contingents tarifaires. En septembre 2025, le Grand conseil vaudois, sous l\u2019impulsion de l\u2019UDC et du PLR, a adopt\u00e9 une r\u00e9solution demandant de conditionner l\u2019attribution des parts des quotas aux importateurs qui ach\u00e8tent aussi du vin suisse. Certains brandissent ces mesures protectionnistes, mais elles sont loin de faire l\u2019unanimit\u00e9 chez les repr\u00e9sentants de la branche et il n\u2019est pas s\u00fbr qu\u2019elles recueillent le soutien du Palais f\u00e9d\u00e9ral.<\/p>\n<ol start=\"3\">\n<li><strong>Un probl\u00e8me trop \u00abwelsch\u00bb pour int\u00e9resser Berne<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>Si la Suisse veut r\u00e9duire ses importations de vin, il est tr\u00e8s probable qu\u2019elles doivent le faire aux d\u00e9pens d\u2019autres secteurs agricoles qui exportent davantage, notamment la fili\u00e8re fromag\u00e8re. Les contingents tarifaires ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9s avec les gouvernements \u00e9trangers et ne peuvent pas \u00eatre modifi\u00e9s unilat\u00e9ralement sans contrevenir aux r\u00e8gles de l\u2019OMC.<\/p>\n<p>La politique f\u00e9d\u00e9rale se retrouve contrainte d\u2019op\u00e9rer une inconfortable pes\u00e9e d\u2019int\u00e9r\u00eats entre les diff\u00e9rentes branches. Au vu de la concentration du vignoble dans les r\u00e9gions latines (environ 80% de la production nationale), la question alimente par ailleurs le clivage entre les parlementaires romands et al\u00e9maniques. Les germanophones \u00e9tant largement majoritaires, leur soutien est indispensable pour que la Suisse puisse ren\u00e9gocier les quotas d\u2019importation de vin.\u00a0Mais jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, le sort du vignoble suisse n\u2019a pas r\u00e9ussi \u00e0 mobiliser les forces politiques d\u2019outre-Sarine. \u00abDepuis 1994, nous avons relev\u00e9 44 interventions parlementaires au sujet des contingents tarifaires. Toutes ont \u00e9t\u00e9 refus\u00e9es\u00bb, poursuit Philippe Herminjard.<\/p>\n<ol start=\"4\">\n<li><strong>Potentiel inexploit\u00e9<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p>La fili\u00e8re doit aussi \u00e9voluer avec son temps. Au-del\u00e0 de la tendance au \u00abno-low\u00bb (sans alcool ou \u00e0 faible teneur en alcool), les attentes des consommateurs \u00e9voluent aussi sur le segment des boissons alcoolis\u00e9es. Le vin mousseux est aujourd\u2019hui per\u00e7u par beaucoup comme une oasis de prosp\u00e9rit\u00e9, avec une croissance attendue avoisinant les 5% d\u2019ici 2030. La marge de progression pour les vins suisses est importante. Selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par la Haute \u00e9cole de viticulture de Changins (VD), les parts de march\u00e9 du vin mousseux suisse en grande surface ne repr\u00e9sentent que 12% en Suisse romande et 3% en Suisse al\u00e9manique. Les vins effervescents consomm\u00e9s par les Romands proviennent majoritairement d\u2019Italie (49%) et de France (33%). La faible part de march\u00e9 des vins mousseux en Suisse, pays dont la tradition s\u2019inscrit dans les vins tranquilles, offre une nouvelle opportunit\u00e9 de valorisation de la production vitivinicole suisse. R\u00e9pondre \u00e0 cette nouvelle demande demande toutefois des efforts tant de la part des acteurs de la branche que de la classe politique. Les premiers pour adapter leurs modes de production et les seconds pour s\u2019assurer de conditions-cadres ad\u00e9quates pour que les vins suisses puissent se mesurer \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Actuellement, les vins mousseux ne font pas partie des produits soumis aux contingents d\u2019importation. Bonne nouvelle: le chasselas, vari\u00e9t\u00e9 la plus cultiv\u00e9e en Suisse, avec pr\u00e8s d\u2019un quart des surfaces, est un candidat cr\u00e9dible pour le d\u00e9veloppement d\u2019une variante p\u00e9tillante.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>La Conf\u00e9d\u00e9ration mise sur les aides financi\u00e8res et la recherche<\/strong><\/p>\n<p>Fin 2025, les chambres ont accord\u00e9 une enveloppe de 10 millions de francs suppl\u00e9mentaires \u00e0 la branche viticole. Des ressources destin\u00e9es \u00e0 \u00abinvestir de mani\u00e8re cibl\u00e9e dans le maintien et le d\u00e9veloppement de structures comp\u00e9titives\u00bb, selon le communiqu\u00e9 de la Conf\u00e9d\u00e9ration. En 2026, il a toutefois \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9 que ce montant serait utilis\u00e9 dans le cadre des plans d\u2019arrachage de vignes mis en place par les cantons, notamment en Valais, dans le canton de Vaud et \u00e0 Gen\u00e8ve. Mais la Conf\u00e9d\u00e9ration soutient aussi le vignoble par d\u2019autres moyens. Fin janvier, l\u2019agroscope, le centre f\u00e9d\u00e9ral de recherche en agronomie, annon\u00e7ait l\u2019arriv\u00e9e de 7 nouvelles vari\u00e9t\u00e9s de vigne, r\u00e9sistantes au mildiou et \u00e0 l\u2019o\u00efdium, des maladies qui endommagent r\u00e9guli\u00e8rement les r\u00e9coltes. Les p\u00e9pini\u00e9ristes devront bient\u00f4t planter ces nouveaux c\u00e9pages. Les premiers plantages sont attendus pour 2029.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Quand le vin suisse se r\u00e9invente<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une vingtaine de viticulteurs viennent de participer \u00e0 des essais de d\u00e9salcoolisation. Une premi\u00e8re \u00e9tape vers un centre d\u00e9di\u00e9 au vin sans alcool en Suisse romande.<\/strong><\/p>\n<p>En novembre 2025 et en f\u00e9vrier 2026, deux sessions pilotes de d\u00e9salcoolisation ont r\u00e9uni 17 producteurs issus de cinq cantons romands \u00e0 Perroy (VD). Pr\u00e8s de 29\u2019000 litres de vin y ont \u00e9t\u00e9 trait\u00e9s, pour un total de 33\u2019000 bouteilles. \u00c0 l\u2019initiative de ce projet in\u00e9dit en Suisse: Marc Vicari, fondateur de l\u2019entreprise \u00abLa Vigneronne \u2013 pleasure for everyone\u00bb. Son objectif: convaincre les producteurs de s\u2019engager dans l\u2019\u00e9laboration de vins sans alcool de grande qualit\u00e9 et de participer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019ici \u00e0 quelques mois d\u2019un centre de d\u00e9salcoolisation dot\u00e9 d&rsquo;\u00e9quipements de derni\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Pour cet entrepreneur qui a fait toute sa carri\u00e8re dans le domaine viticole, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour le vin sans alcool est n\u00e9 d\u2019une exp\u00e9rience personnelle. \u00abIl y a trois ans, un interm\u00e8de m\u00e9dical m\u2019a oblig\u00e9 \u00e0 faire une pause dans ma consommation. Pendant cette p\u00e9riode, je me suis tourn\u00e9 vers le gin sans alcool, ayant constat\u00e9 qu\u2019il n\u2019existait quasiment aucune production de vin suisse sans alcool.\u00bb<\/p>\n<p>Il s\u2019int\u00e9resse alors \u00e0 l\u2019offre disponible \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. \u00abEn France, le vin sans alcool est con\u00e7u le plus souvent dans une optique industrielle, o\u00f9 la notion de produit d\u2019origine se perd et le r\u00e9sultat s\u2019av\u00e8re souvent d\u00e9cevant.\u00bb Il se tourne alors vers l\u2019Allemagne. \u00abDans la r\u00e9gion du Palatinat, j\u2019ai rencontr\u00e9 un producteur qui est devenu mon mentor, Christian Nett. C\u2019est avec lui que j\u2019ai d\u00e9couvert qu&rsquo;il est possible de fabriquer des vins sans alcool v\u00e9ritablement qualitatifs, qui figurent par ailleurs sur la carte de nombreux restaurants allemands.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Tendance de fond<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019\u00e9mergence de ces produits s\u2019inscrit dans une tendance de fond o\u00f9 la consommation d\u2019alcool tend \u00e0 se rar\u00e9fier notamment chez la jeune g\u00e9n\u00e9ration, constate Karine Szegedi, responsable du secteur Consommation chez Deloitte Suisse. \u00abBoire un verre de vin \u00e0 midi est devenu presque exceptionnel pour les personnes en activit\u00e9, tandis qu&rsquo;au sein des jeunes g\u00e9n\u00e9rations, il est aujourd\u2019hui socialement accept\u00e9 de sortir et de faire la f\u00eate sans boire d\u2019alcool. Par ailleurs, les jeunes conducteurs passent d\u00e9sormais trois ans avec un permis \u00e0 l\u2019essai qui impose une tol\u00e9rance z\u00e9ro pour l\u2019alcool. Cela cr\u00e9e des habitudes durables.\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019y ajoute l\u2019essor des m\u00e9dicaments de type GLP-1, utilis\u00e9s pour la perte de poids, qui entra\u00eenent souvent une baisse drastique de la consommation d\u2019alcool. \u00abAux \u00c9tats-Unis, environ 14% des adultes utilisent d\u00e9j\u00e0 ces m\u00e9dicaments, une tendance qui commence aussi \u00e0 appara\u00eetre en Europe, avec environ 4% des adultes y ont recours au Royaume-Uni et 8% en Allemagne.\u00bb Les outils de sant\u00e9 connect\u00e9e jouent aussi un r\u00f4le dans ce ph\u00e9nom\u00e8ne. \u00abDes dispositifs comme la bague Oura, qui mesure la qualit\u00e9 du sommeil, peuvent signaler l\u2019impact de la consommation d\u2019alcool, et influencer le comportement des utilisateurs.\u00bb<\/p>\n<p><strong>D\u00e9sacraliser le vin<\/strong><\/p>\n<p>Ces boissons sans alcool sont relativement bien accept\u00e9es, mais le vin d\u00e9salcoolis\u00e9 en est encore \u00e0 ses d\u00e9buts, estime l\u2019experte. \u00abPeu de consommateurs ont eu l\u2019occasion d\u2019y go\u00fbter et l\u2019offre reste limit\u00e9e. Les vignerons eux-m\u00eames ne sont pas toujours convaincus.\u00bb Produire un vin sans alcool reste un exercice d\u00e9licat. Comme la d\u00e9salcoolisation a tendance \u00e0 exalter les caract\u00e9ristiques du vin, il est essentiel de commencer avec un vin sans d\u00e9fauts. \u00abEn Suisse, nous avons la chance de produire d\u2019excellents vins blancs et ros\u00e9s, ce qui constitue une tr\u00e8s bonne base\u00bb, souligne Marc Vicari. Autres pionniers du \u00abno-low\u00bb romands: Maxime Dizerens s\u2019est illustr\u00e9 par sa gamme de vins sans alcool produit et embouteill\u00e9s \u00e0 Lutry (VD). \u00c0 M\u00f4tiers (NE), la Maison Mauler propose d\u00e9sormais des vins mousseux sans alcool.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9fi concerne la valorisation de l\u2019alcool extrait. \u00abPour l\u2019instant, nous sommes oblig\u00e9s de le d\u00e9truire, ce qui est dommage car il est de tr\u00e8s grande qualit\u00e9.\u00a0Nous cherchons donc des pistes de valorisation dans les domaines pharmaceutique, alimentaire ou industriel\u00bb, dit Marc Vicari.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;heure, sa priorit\u00e9 demeure le bouclement du budget du centre de d\u00e9salcoolisation. \u00abJe suis assez optimiste, nous recevons de nouvelles demandes chaque semaine.\u00bb L\u2019entrepreneur rel\u00e8ve que son projet s\u2019inscrit dans l\u2019\u00e9volution du monde viticole suisse. \u00abDans les ann\u00e9es 1980, la Suisse produisait tr\u00e8s peu de types de vins diff\u00e9rents. Les ann\u00e9es 1990 ont vu \u00e9merger davantage de ros\u00e9s.\u00bb Cette \u00e9tape a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9sacraliser le vin aupr\u00e8s de nouvelles g\u00e9n\u00e9rations. \u00abLe vin sans alcool s\u2019inscrit dans cette logique. \u00c0 terme, il pourrait devenir normal pour une cave d\u2019avoir une ou deux r\u00e9f\u00e9rences sans alcool dans son assortiment.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Une version de ce dossier est parue dans le magazine <a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/\">PME<\/a>.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Face \u00e0 une concurrence \u00e9trang\u00e8re intense et une forte baisse de la consommation, la viticulture suisse lutte pour rester \u00e0 flot. 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