



{"id":16313,"date":"2026-03-29T15:50:33","date_gmt":"2026-03-29T13:50:33","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=16313"},"modified":"2026-03-27T17:58:08","modified_gmt":"2026-03-27T16:58:08","slug":"therapie-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=16313","title":{"rendered":"Soigner la d\u00e9pression par l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Pr\u00e8s de 6% des adultes dans le monde souffrent de d\u00e9pression, selon l\u2019Organisation mondiale de la sant\u00e9. Le traitement repose le plus souvent sur des antid\u00e9presseurs, mais dans environ un tiers des cas, ceux-ci restent sans effet. Pour ces formes dites r\u00e9sistantes, une autre voie existe: le traitement par l\u2019\u00e9lectricit\u00e9.<\/p>\n<p>Au CHUV, la prise en charge est assur\u00e9e par l\u2019Unit\u00e9 de psychiatrie interventionnelle du Service universitaire de psychiatrie de l\u2019\u00e2ge avanc\u00e9. \u00abNous avons \u00a0commenc\u00e9 il y a une quinzaine d\u2019ann\u00e9es avec une petite activit\u00e9 d\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, puis nous avons \u00a0progressivement \u00e9largi notre palette d\u2019outils\u00bb, explique le docteur Kevin Swierkosz-Lenart, responsable de l\u2019unit\u00e9. Aujourd\u2019hui, celle-ci propose plusieurs approches compl\u00e9mentaires de psychiatrie interventionnelle, adapt\u00e9es aux diff\u00e9rentes formes de d\u00e9pression r\u00e9sistante. Trois traitements sont actuellement disponibles: l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, la k\u00e9tamine et la stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne r\u00e9p\u00e9titive.<\/p>\n<p><strong>Efficacit\u00e9 largement document\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Loin des clich\u00e9s de l\u2019inconscient collectif, qui pr\u00e9sentent l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie comme un traitement archa\u00efque et inefficace, cette technique b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un large consensus dans la litt\u00e9rature scientifique quant \u00e0 son efficacit\u00e9. Chez les patient-es pr\u00e9sentant les formes les plus r\u00e9sistantes de d\u00e9pression, son efficacit\u00e9 atteint environ 80%, un taux nettement sup\u00e9rieur \u00e0 celui des antid\u00e9presseurs.<\/p>\n<p>Le traitement peut \u00eatre propos\u00e9 \u00e0 tout \u00e2ge, y compris chez les personnes \u00e2g\u00e9es, et ne n\u00e9cessite pas d\u2019hospitalisation. Il se d\u00e9roule le plus souvent en ambulatoire, \u00e0 raison d\u2019une douzaine de s\u00e9ances d\u2019une heure, g\u00e9n\u00e9ralement deux fois par semaine. La personne est alors bri\u00e8vement anesth\u00e9si\u00e9e et re\u00e7oit un relaxant musculaire afin d\u2019\u00e9viter tout mouvement et pr\u00e9venir les risques de blessure.<\/p>\n<p>\u00abLe traitement en lui-m\u00eame dure environ cinq minutes. On ne voit presque rien, le ou la patient-e est endormi-e et ne bouge pas. On ne l\u2019intube pas, c\u2019est une anesth\u00e9sie tr\u00e8s courte.\u00bb Un courant \u00e9lectrique bref et de faible intensit\u00e9 est ensuite envoy\u00e9 dans le cerveau afin de d\u00e9clencher, de mani\u00e8re contr\u00f4l\u00e9e, une crise convulsive comparable \u00e0 celles observ\u00e9es lors de l\u2019\u00e9pilepsie. \u00abLa stimulation dure huit secondes, la crise environ deux minutes, et c\u2019est termin\u00e9\u00bb, d\u00e9veloppe le docteur. La personne est ensuite conduite en salle de r\u00e9veil, avant de pouvoir quitter l\u2019h\u00f4pital dans l\u2019heure qui suit le traitement.<\/p>\n<p>Les effets secondaires restent limit\u00e9s. Le plus fr\u00e9quent concerne la m\u00e9moire: des troubles amn\u00e9siques, \u00e0 la fois r\u00e9trogrades (concernant des souvenirs anciens) et ant\u00e9rogrades (li\u00e9s \u00e0 la formation de nouveaux souvenirs), peuvent survenir au cours du traitement. \u00abL\u2019amn\u00e9sie peut \u00eatre l\u2019effet \u00a0le plus troublant\u00bb, reconna\u00eet Kevin Swierkosz-Lenart. Des effets transitoires li\u00e9s \u00e0 l\u2019anesth\u00e9sie peuvent \u00e9galement appara\u00eetre, notamment une confusion au r\u00e9veil, observ\u00e9e chez environ un-e patient-e sur dix. Ces troubles s\u2019estompent g\u00e9n\u00e9ralement apr\u00e8s la fin du traitement.<\/p>\n<p>Cette forme de th\u00e9rapie n\u2019induit aucune l\u00e9sion du cerveau observable: \u00abUne id\u00e9e tr\u00e8s r\u00e9pandue dans le grand public, et que j\u2019ai m\u00eame d\u00e9j\u00e0 entendue chez des chercheurs en neurosciences, voudrait que l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie entra\u00eene des pertes neuronales. Or, ce n\u2019est tout simplement pas le cas. On peut faire passer une IRM \u00e0 quarante personnes ayant suivi un traitement avec de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 et \u00e0 quarante autres qui n\u2019en ont jamais b\u00e9n\u00e9fici\u00e9: on n\u2019observerait aucune diff\u00e9rence entre les deux groupes\u00bb, rectifie le psychiatre.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9ponse claire et rapide<\/strong><\/p>\n<p>\u00abCe qui est frappant avec l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie, c\u2019est la rapidit\u00e9 du retour clinique, souligne le sp\u00e9cialiste. On sait vite si \u00e7a fonctionne.\u00bb L\u00e0 o\u00f9 les antid\u00e9presseurs n\u00e9cessitent parfois plusieurs mois, voire des ann\u00e9es, pour produire leurs effets, une s\u00e9rie de s\u00e9ances d\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie s\u2019\u00e9tend g\u00e9n\u00e9ralement sur quelques semaines seulement.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-16297\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/INVIVO_DEPRESSION-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/INVIVO_DEPRESSION-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/03\/INVIVO_DEPRESSION.jpg 468w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Son efficacit\u00e9 est estim\u00e9e \u00e0 environ 80% chez les patient-es atteint-es de d\u00e9pression r\u00e9sistante, mais certains syndromes sp\u00e9cifiques, comme la catatonie, pr\u00e9sentent des r\u00e9sultats encore plus spectaculaires. Ce syndrome neuropsychiatrique, marqu\u00e9 par un repli extr\u00eame, une immobilit\u00e9 prolong\u00e9e et parfois un arr\u00eat de l\u2019alimentation, peut engager le pronostic vital. \u00abDans ces cas, l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie est recommand\u00e9e et peut \u00a0sauver des vies. Ce traitement a une efficacit\u00e9 de presque 100%, selon les m\u00e9ta-analyses.\u00bb<\/p>\n<p>Si les r\u00e9sultats cliniques font l\u2019objet d\u2019un large consensus, leurs m\u00e9canismes biologiques restent partiellement compris. Les crises induites semblent modifier la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, notamment dans des r\u00e9gions impliqu\u00e9es dans la r\u00e9gulation de l\u2019humeur comme l\u2019hippocampe, et activer certains syst\u00e8mes de neurotransmission.<\/p>\n<p><strong>Vers de nouveaux traitements \u00e9lectriques<\/strong><\/p>\n<p>Mais l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie n\u2019est pas seule. D\u2019autres techniques non-m\u00e9dicamenteuses, moins invasives, existent dans la prise en charge de la d\u00e9pression. La stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne, d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9e au CHUV, offre une alternative cibl\u00e9e sans anesth\u00e9sie. Et de nouvelles techniques \u00e9mergent.<\/p>\n<p>Une \u00e9tude publi\u00e9e fin 2024 dans la revue <i>Nature<\/i> a soulign\u00e9 le potentiel de la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant direct pour le traitement de la d\u00e9pression. Cette technique repose sur l\u2019application de faibles courants \u00e9lectriques en surface du cr\u00e2ne, de mani\u00e8re indolore et sans anesth\u00e9sie, afin de moduler l\u2019excitabilit\u00e9 neuronale de fa\u00e7on cibl\u00e9e. Plus simple et plus l\u00e9g\u00e8re que d\u2019autres approches, elle pourrait, \u00e0 terme, \u00eatre utilis\u00e9e en ambulatoire, voire \u00e0 domicile, dans des protocoles strictement encadr\u00e9s.<\/p>\n<p>Encore en phase d\u2019\u00e9valuation, son efficacit\u00e9 clinique reste d\u00e9battue. Mais si les r\u00e9sultats se confirment, la stimulation transcr\u00e2nienne \u00e0 courant direct pourrait ouvrir la voie \u00e0 une d\u00e9mocratisation des traitements non-m\u00e9dicamenteux.<\/p>\n<p><strong>Une r\u00e9putation indue<\/strong><\/p>\n<p>Invent\u00e9e \u00e0 Rome en 1938 par Ugo Cerletti et Lucio Bini, l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie portait \u00e0 l\u2019origine le nom d\u2019\u00ab\u00e9lectrochoc\u00bb. Rapidement, la m\u00e9thode a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e, dans l\u2019imaginaire collectif, \u00e0 un traitement violent, symbole d\u2019une psychiatrie tortionnaire. Au point que le terme est entr\u00e9 dans le langage courant pour d\u00e9signer un \u00e9v\u00e9nement brutal, marquant.<\/p>\n<p>Si les crises convulsives (comparables \u00e0 des crises d\u2019\u00e9pilepsie) pouvaient en effet \u00eatre impressionnantes \u00e0 ses d\u00e9buts, \u00abce n\u2019\u00e9tait pas non plus la \u201cgalerie des horreurs\u201d que l\u2019on imagine parfois. Techniquement, il est impossible d\u2019\u00eatre conscient lors d\u2019un \u00e9lectrochoc: l\u2019induction de la crise entra\u00eene imm\u00e9diatement une perte de connaissance\u00bb pr\u00e9cise le Dr Swierkosz-Lenart.\u00a0 D\u00e8s les ann\u00e9es 1940, l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie a \u00e9t\u00e9 pratiqu\u00e9e sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale, sans douleur pour la personne.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, cette technique de traitement fait l\u2019objet de nombreuses publications scientifiques, son efficacit\u00e9 fait consensus et elle figure dans les recommandations de prise en charge des troubles mentaux.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque les antid\u00e9presseurs ne suffisent plus, l\u2019\u00e9lectroconvulsivoth\u00e9rapie offre une r\u00e9ponse aux formes r\u00e9sistantes de cette maladie mentale.<\/p>\n","protected":false},"author":20336,"featured_media":16297,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[7],"tags":[1299],"class_list":["post-16313","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-technophile","tag-paru-dans-in-vivo","technophile"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16313","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20336"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=16313"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16313\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":16316,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/16313\/revisions\/16316"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/16297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=16313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=16313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=16313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}