



{"id":16239,"date":"2026-02-15T19:15:45","date_gmt":"2026-02-15T18:15:45","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=16239"},"modified":"2026-02-15T19:52:21","modified_gmt":"2026-02-15T18:52:21","slug":"economie-96","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=16239","title":{"rendered":"Pouvoir d\u2019achat: la fin de l\u2019exception suisse? (partie 1)"},"content":{"rendered":"<hr \/>\n<p>Dossier r\u00e9alis\u00e9 par Julien Crevoisier, Carole Berset, Erik Freudenreich et Gabriel Sigrist<\/p>\n<hr \/>\n<p>L\u2019inflation a ralenti et les salaires r\u00e9els sont repartis \u00e0 la hausse en 2025, malgr\u00e9 des r\u00e9sultats \u00e9conomiques mitig\u00e9s. Les sp\u00e9cialistes esp\u00e8rent que l\u2019appareil de production suisse retrouvera sa vitalit\u00e9 en 2026, port\u00e9 par la stabilisation des droits de douane am\u00e9ricains et le retour attendu de la demande allemande en produits industriels. En mati\u00e8re de consommation int\u00e9rieure, les indicateurs sont \u00e9galement au vert. Tout porte \u00e0 croire que les prix resteront stables, voire diminueront. Pourtant, la population ressent une forte pression sur son portefeuille. Les salaires r\u00e9els restent inf\u00e9rieurs aux niveaux d\u2019avant Covid. En raison des incertitudes et des obstacles au commerce mondial, certaines PME exportatrices parviennent tout juste \u00e0 revaloriser les salaires \u00e0 la hauteur de l\u2019augmentation des prix.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des consommateurs, le rench\u00e9rissement n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 progressif et constant pour tout le monde. Les d\u00e9penses courantes de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9 augmentent plus vite que les prix moyens, plombant les bas revenus et la classe moyenne. La progression de certains postes de d\u00e9penses incompressibles fait logiquement cro\u00eetre les inqui\u00e9tudes. Pour l\u2019heure, ce sont principalement les bas revenus qui sont touch\u00e9s, et le rench\u00e9rissement finira m\u00e9caniquement par \u00e9roder les marges de la classe moyenne.<\/p>\n<p>Face \u00e0 ce constat, les \u00e9conomistes sont partag\u00e9s. Les Suisses b\u00e9n\u00e9ficient toujours d\u2019un fort pouvoir d\u2019achat en comparaison internationale, l\u2019\u00e9conomie reste comp\u00e9titive et le tissu industriel r\u00e9siste bien aux difficult\u00e9s conjoncturelles. Mais le creusement des in\u00e9galit\u00e9s commence \u00e0 \u00e9corner l\u2019image du mod\u00e8le lib\u00e9ral \u00ab\u00e0 la suisse\u00bb, alors qu\u2019aucune solution durable face \u00e0 la hausse de certains postes de d\u00e9penses essentiels ne semble se dessiner. L\u2019\u00e9conomiste Sergio Rossi plaide pour une politique industrielle et mon\u00e9taire plus interventionniste et pour des primes maladies d\u00e9termin\u00e9es en fonction du salaire pour soulager le portefeuille des m\u00e9nages<em>.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>\u00abLe co\u00fbt de la vie pour de nombreux m\u00e9nages augmente davantage que la moyenne calcul\u00e9e par l\u2019IPC\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le taux d\u2019inflation mesur\u00e9 par l\u2019indice des prix \u00e0 la consommation est rest\u00e9 relativement stable en Suisse. Mais ces donn\u00e9es contrastent avec le sentiment de la majorit\u00e9 de la population, qui estime que son pouvoir d\u2019achat s\u2019affaiblit.<\/strong><\/p>\n<p>Trois quarts de la population estiment que la situation de la classe moyenne risque de se d\u00e9t\u00e9riorer ces prochaines ann\u00e9es, et seuls 3% pensent qu\u2019elle s\u2019am\u00e9liorera. C\u2019est le constat morose qui \u00e9mane d\u2019une enqu\u00eate du quotidien <em>Le Temps <\/em>r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 l\u2019automne 2025. Une situation inqui\u00e9tante li\u00e9e au rench\u00e9rissement du co\u00fbt de la vie et \u00e0 la stagnation des revenus.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 en croire les chiffres publi\u00e9s par l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de la statistique, les salaires r\u00e9els sont rest\u00e9s relativement stables ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, et ont m\u00eame augment\u00e9 apr\u00e8s la crise de 2008. Sur les neuf premiers mois de 2025, l\u2019augmentation des revenus du travail, ajust\u00e9s de l\u2019inflation, a atteint 0,7%. Une premi\u00e8re apr\u00e8s trois ans cons\u00e9cutifs de baisse. En termes r\u00e9els, les salaires ont toutefois baiss\u00e9 de pr\u00e8s de 1,5% entre 2020 et 2025, selon les donn\u00e9es de l\u2019OFS. Une baisse du pouvoir d\u2019achat qui peut para\u00eetre modeste de prime abord.<\/p>\n<p><strong>Le pi\u00e8ge de la moyenne<\/strong><\/p>\n<p>Mais force est de constater que ce recul semble assez fort pour \u00eatre ressenti par les m\u00e9nages. Il faut rappeler que la valeur des salaires r\u00e9els est obtenue en corrigeant les salaires nominaux par l\u2019inflation. Un ph\u00e9nom\u00e8ne mesur\u00e9 par l\u2019Indice des prix \u00e0 la consommation (IPC), qui regroupe tous les prix sous une grande moyenne d\u00e9coulant d\u2019un \u00abpanier-type\u00bb cens\u00e9e refl\u00e9ter les habitudes de consommation du Suisse moyen. \u00abMais cette m\u00e9thode ne tient pas compte du fait que les postes de consommation diff\u00e8rent consid\u00e9rablement en fonction du revenu. En r\u00e9alit\u00e9, le co\u00fbt de la vie pour de nombreux m\u00e9nages augmente davantage que la moyenne calcul\u00e9e par l\u2019IPC\u00bb, dit Samuel Bendahan, enseignant \u00e0 HEC Lausanne et conseiller national PS\/VD.<\/p>\n<p>En 2022, le chercheur avait publi\u00e9 une \u00e9tude remarqu\u00e9e sur l\u2019\u00e9volution effective du co\u00fbt de la vie en fonction du revenu. \u00abOn remarque que, depuis 1990, les m\u00e9nages les plus modestes (4&rsquo;000 francs, ou moins, par mois) ont perdu 30% de pouvoir d\u2019achat.\u00bb Les classes moyennes et moyennes-sup\u00e9rieures ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es. Le pouvoir d\u2019achat d\u2019un m\u00e9nage touchant 10&rsquo;000 francs par mois a fl\u00e9chi de 15% sur la m\u00eame p\u00e9riode. \u00abEn fait, seuls les revenus sup\u00e9rieurs \u00e0 16\u2019000 francs mensuels ont vu leur situation s\u2019am\u00e9liorer.\u00bb<\/p>\n<p>L\u2019augmentation des biens et services de base se r\u00e9percute plus fortement sur les bas revenus. Or, ce sont pr\u00e9cis\u00e9ment ces postes de d\u00e9penses qui ont le plus augment\u00e9 ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es (<em>voir infographie<\/em>). Le logement, l\u2019\u00e9nergie, l\u2019assurance de base et l\u2019alimentation font notamment partie des d\u00e9penses incontournables, qui occupent une part nettement plus importante dans le budget des m\u00e9nages modestes que dans celui des plus ais\u00e9s.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong><em>Au sens du BIT, le ch\u00f4mage est aussi \u00e9lev\u00e9 en Suisse que chez ses voisins<\/em><\/strong><\/p>\n<p><em>Pour sonder l\u2019\u00e9tat du march\u00e9 du travail, les autorit\u00e9s suisses ont recours \u00e0 deux m\u00e9thodes de calcul: <strong>le taux de ch\u00f4mage du SECO<\/strong> et le<strong> taux de ch\u00f4mage au sens du Bureau international du travail (BIT)<\/strong>. Deux instruments de mesure distincts: le premier rend compte du nombre d\u2019inscrits aupr\u00e8s d\u2019un Office r\u00e9gional de placement (2,9% en novembre 2025 en moyenne nationale). Le second recense l\u2019ensemble des personnes disponibles pour travailler et ayant effectu\u00e9 des recherches d\u2019emploi au cours du mois pr\u00e9c\u00e9dent. Au troisi\u00e8me trimestre 2025, ce taux a atteint <strong>5,1% en moyenne en Suisse<\/strong>. C\u2019est toujours moins qu\u2019en France (7,7%) ou qu\u2019en moyenne europ\u00e9enne (5,9%), mais <strong>c\u2019est plus qu\u2019en Allemagne (4%). <\/strong>Une situation qui perdure depuis la fin des ann\u00e9es 2010. La situation s\u2019est notamment d\u00e9grad\u00e9e du fait des ch\u00f4meurs de longue dur\u00e9e de plus de 50 ans, dont l\u2019employabilit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 largement \u00e9branl\u00e9e par la num\u00e9risation.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>L\u2019inflation touche plus durement les d\u00e9penses courantes<\/strong><\/p>\n<p><strong>Entre loyer, \u00e9nergie et assurance maladie, pr\u00e8s d\u2019un cinqui\u00e8me de la population est d\u00e9j\u00e0 proche du point de rupture. Au-del\u00e0 des d\u00e9penses courantes, le co\u00fbt de loisirs augmentent aussi plus vite que les salaires.<\/strong><\/p>\n<p>Selon une \u00e9tude r\u00e9alis\u00e9e par la Haute \u00e9cole sp\u00e9cialis\u00e9e bernoise, les 10% des personnes ayant les revenus les plus faibles consacrent un tiers de leur revenu aux d\u00e9penses quotidiennes, un tiers au logement et un cinqui\u00e8me aux primes d\u2019assurances maladies. Autrement dit, pr\u00e8s de 90% de leur revenu est directement absorb\u00e9 par les d\u00e9penses de base. Pr\u00e8s d\u2019un m\u00e9nage suisse sur cinq consacre environ 75% de son budget \u00e0 ces postes de d\u00e9penses courantes <em>(voir infographie)<\/em>. \u00abCe contexte n\u2019est pas enti\u00e8rement nouveau\u00bb, explique Oliver H\u00fcmbelin, auteur de l\u2019\u00e9tude \u00abComment les d\u00e9penses courantes accentuent les in\u00e9galit\u00e9s\u00bb. \u00abSi les d\u00e9penses courantes et les primes d\u2019assurance maladies continuent d\u2019augmenter plus vite que les salaires, la situation deviendra bient\u00f4t tr\u00e8s tendue pour les m\u00e9nages aux plus bas revenus. On constate pourtant que les solutions politiques tardent \u00e0 se manifester.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une hausse sans fin<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>+156%. C\u2019est le taux de croissance des primes maladies de base en Suisse entre 1999 et 2024. Les co\u00fbts de la sant\u00e9 sont donc \u2013 de loin \u2013 le poste de d\u00e9penses qui augmente le plus vite. Sur le dernier quart de si\u00e8cle, la hausse a \u00e9t\u00e9 constante et la tendance pourrait s\u2019acc\u00e9l\u00e9rer sous l\u2019effet du vieillissement de la population. \u00c0 l\u2019horizon 2050, les d\u00e9penses li\u00e9es \u00e0 la sant\u00e9 pourraient repr\u00e9senter pr\u00e8s d\u2019un franc sur six d\u00e9pens\u00e9s en Suisse. Les m\u00e9canismes de protection existent, notamment au travers des subsides accord\u00e9s par les cantons, mais ils sont souvent sous-utilis\u00e9s. \u00abPour obtenir ces aides, il faut les solliciter soi-m\u00eame. Certains m\u00e9nages pr\u00e9caris\u00e9s ne savent pas qu\u2019ils y ont droit\u00bb, rel\u00e8ve Oliver H\u00fcmbelin.<\/p>\n<p><strong>Depuis 2022, logements et \u00e9nergie continuent d\u2019augmenter<\/strong><\/p>\n<p>Ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, de nouveaux postes de d\u00e9penses ont alourdi la facture pour les m\u00e9nages. L\u2019invasion russe en Ukraine a provoqu\u00e9 la flamb\u00e9e des prix de l\u2019\u00e9nergie (+27% en 2023) et la situation sur le march\u00e9 immobilier s\u2019est aussi tendue. Pour la moiti\u00e9 de la population suisse, le logement absorbe entre 15% et 30% des revenus. \u00abLa hausse des loyers a aussi \u00e9t\u00e9 plus brutale que celle des primes maladies, dit Oliver H\u00fcmbelin, cela a notamment renforc\u00e9 la perception du rench\u00e9rissement dans la population depuis 2022.\u00bb<\/p>\n<p>La baisse des taux hypoth\u00e9caires prononc\u00e9e le 1<sup>er<\/sup> septembre 2025 devrait permettre \u00e0 certains de demander des baisses de loyer. \u00abMais la p\u00e9nurie de logement continue de mettre les locataires sous pression\u00bb, note le sp\u00e9cialiste. En d\u00e9cembre 2025, le taux d\u2019inflation dans le secteur \u00ablogement et \u00e9nergie\u00bb s\u2019\u00e9l\u00e8ve encore \u00e0 environ 15% sur cinq ans, et se maintient sur une l\u00e9g\u00e8re tendance \u00e0 la hausse.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-16240\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/PME_Pouvoir_achat-1-300x209.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"209\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/PME_Pouvoir_achat-1-300x209.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/PME_Pouvoir_achat-1.jpg 446w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p>Les transports se sont aussi brusquement rench\u00e9ris en 2022. M\u00eame si les prix ont diminu\u00e9 depuis, ils restent largement au-dessus des niveaux observ\u00e9s en d\u00e9cembre 2020 (+9% en d\u00e9cembre 2025). Au-del\u00e0 des biens et services de base, l\u2019acc\u00e8s aux loisirs, au tourisme et \u00e0 la culture est aussi devenu plus difficile. Entre d\u00e9cembre 2020 et d\u00e9cembre 2025, les prix de l\u2019h\u00f4tellerie-restauration (+11%) et de la culture et des loisirs (+7%) ont augment\u00e9 plus vite que les salaires.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019\u00e9volution du pouvoir d\u2019achat d\u00e9pend en partie des habitudes de consommation et varie donc passablement d\u2019une personne \u00e0 l\u2019autre. Mais il est clair que l\u2019augmentation des prix affectent aussi les classes moyennes. Le sentiment de perte de pouvoir d\u2019achat de la population semble tout \u00e0 fait justifi\u00e9\u00bb, dit Mathieu Grob\u00e9ty, directeur de l\u2019Institut d\u2019\u00e9conomie appliqu\u00e9e (Crea) de l\u2019Universit\u00e9 de Lausanne. Pour conserver le niveau de vie des Suisses, l\u2019\u00e9conomiste plaide stimuler la productivit\u00e9, \u00abla cl\u00e9 pour que la richesse par habitant continue d\u2019augmenter\u00bb. Pour ce faire, pas de recette miracle: il faut renforcer les conditions-cadres qui ont fait le succ\u00e8s du mod\u00e8le suisse, en permettant aux entreprises d\u2019acc\u00e9der \u00e0 une main d\u2019\u0153uvre qualifi\u00e9e, en soutenant les conventions collectives de travail pour prot\u00e9ger les salaires, et en investissant dans la formation.<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Devenir propri\u00e9taire, un r\u00eave de plus en plus inaccessible<\/strong><\/p>\n<p><strong>Seuls 36% des m\u00e9nages suisses sont propri\u00e9taires, un taux parmi les plus bas d&rsquo;Europe. Une situation qui ne risque pas d\u2019\u00e9voluer positivement en raison de la raret\u00e9 de l\u2019offre et de l\u2019explosion des prix.<\/strong><\/p>\n<p>Acheter une maison individuelle est aujourd\u2019hui devenu inabordable pour 79% des m\u00e9nages suisses avec deux personnes actives, tandis que les prix des appartements sont trop \u00e9lev\u00e9s pour 58% de ces m\u00e9nages, selon une \u00e9tude r\u00e9cente du cabinet W\u00fcest Partner.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019accessibilit\u00e9 financi\u00e8re du logement en propri\u00e9t\u00e9 est un d\u00e9fi en Suisse depuis toujours, mais il s\u2019est encore accentu\u00e9 ces derni\u00e8res ann\u00e9es, en raison de la forte demande, de la raret\u00e9 des objets disponibles et, plus r\u00e9cemment, des conditions de financement, explique Vincent Clapasson, associ\u00e9 et responsable Suisse romande chez W\u00fcest Partner. \u00c0 cela s\u2019ajoute la croissance marqu\u00e9e des loyers, qui renforce encore la pression sur le march\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, il fallait environ quatre ann\u00e9es de revenu brut pour acheter un appartement standard. \u00abAujourd\u2019hui, on se situe plut\u00f4t autour de six ann\u00e9es de salaire, soit une hausse de pr\u00e8s de 50% en une g\u00e9n\u00e9ration\u00bb, compl\u00e8te l\u2019expert.<\/p>\n<p><strong>Quand l\u2019immobilier d\u00e9croche des salaires<\/strong><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La rupture s\u2019est accentu\u00e9e \u00e0 partir de 2019. Depuis cette date, les prix de l\u2019immobilier ont augment\u00e9 d\u2019environ 26%, tandis que les revenus nominaux n\u2019ont progress\u00e9 que de 5%.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9crochage explique que l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 \u2013 si l\u2019on ne dispose pas d\u2019une fortune h\u00e9rit\u00e9e &#8212; est d\u00e9sormais r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 une minorit\u00e9 de tr\u00e8s hauts revenus, sup\u00e9rieurs \u00e0 250&rsquo;000 francs par an.<\/p>\n<p>Mais m\u00eame avec un tel salaire, qui repr\u00e9sente trois fois le revenu m\u00e9dian annuel, les limites apparaissent rapidement, explique Rapha\u00ebl Gabella, adjoint responsable Suisse romande au Centre d\u2019information et de formation immobili\u00e8re (CIFI), un organisme qui \u00e9tudie le prix des transactions immobili\u00e8res: \u00abAu centre-ville de Lausanne, le prix par m\u00e8tre carr\u00e9 des appartements en propri\u00e9t\u00e9 par \u00e9tage pour un objet standard d\u00e9passe les 15\u2019000 francs, tandis qu&rsquo;\u00e0 Gen\u00e8ve, le prix est de 23 \u00e0 25&rsquo;000 francs. Dans les villes, le revenu \u00e9voqu\u00e9 ne suffit donc d\u00e9j\u00e0 plus pour une PPE de 100 m\u00b2.\u00bb<\/p>\n<p>Des cantons comme Neuch\u00e2tel, le Jura ou certaines parties du Valais, hors zones touristiques, restent un peu plus abordables. \u00abUn revenu m\u00e9dian peut encore y suffire pour acqu\u00e9rir un appartement, avec des prix de 6000 \u00e0 7000 francs le m\u00e8tre carr\u00e9 dans certaines localit\u00e9s, dit Vincent Clapasson, de W\u00fcest Partner. On observe toutefois un ph\u00e9nom\u00e8ne de restriction qualitative. Il y a quinze \u00e0 vingt ans, un appartement de quatre pi\u00e8ces mesurait en moyenne 120 m\u00b2. Aujourd\u2019hui, on se rapproche plut\u00f4t des 100 m\u00b2. Les m\u00e9nages doivent donc accepter de r\u00e9duire la surface ou la qualit\u00e9 des finitions pour rester dans leur budget.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 la question des revenus n\u00e9cessaires, s\u2019ajoute celle des 20% de fonds propres n\u00e9cessaires pour acqu\u00e9rir un bien immobilier. \u00abCette double exigence explique pourquoi l\u2019h\u00e9ritage est devenu d\u00e9terminant pour devenir propri\u00e9taire, sans quoi il faut accepter de vivre tr\u00e8s loin des centres urbains ou consentir \u00e0 des efforts financiers consid\u00e9rables, r\u00e9sume Rapha\u00ebl Gabella. \u00c0 ce titre, les statistiques sont parlantes: le taux de propri\u00e9taires est inf\u00e9rieur \u00e0 20% chez les moins de 35 ans, autour de 30% chez les moins de 40 ans, et atteint environ 45% avant 50 ans. Plus on avance en \u00e2ge, plus la propri\u00e9t\u00e9 devient accessible.\u00bb<\/p>\n<p>Les deux experts s\u2019accordent pour dire que la dynamique haussi\u00e8re des prix va se poursuivre cette ann\u00e9e, mais \u00e0 un rythme plus lent, en raison du ralentissement des cr\u00e9ations d\u2019emploi. \u00abLa Suisse restera un pays attractif, conclut Rapha\u00ebl Gabella. Une \u00e9ventuelle limitation d\u00e9mographique pourrait ralentir la dynamique, mais elle reste peu applicable. La seule solution r\u00e9aliste demeure l\u2019augmentation de l\u2019activit\u00e9 de construction, en garantissant qu\u2019elle soit qualitative, durable et bien connect\u00e9e aux transports publics.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<p><strong>Pilier de l\u2019exception suisse, les PME exportatrices se montrent prudentes<\/strong><\/p>\n<p><strong>Malgr\u00e9 les doutes qui ont \u00e9merg\u00e9 en 2025, le tissu \u00e9conomique suisse reste \u00e0 ce jour r\u00e9silient et productif. Mais sur le terrain des salaires, les PME avancent \u00e0 pas compt\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p>En 2025, le paquebot \u00e9conomique suisse a tangu\u00e9. Au troisi\u00e8me trimestre, le produit int\u00e9rieur brut a recul\u00e9 de 0,5% et le commerce ext\u00e9rieur a fl\u00e9chi de pr\u00e8s de 4% en glissement annuel. Les droits de douane am\u00e9ricains ont notamment plomb\u00e9 les exportations vers les \u00c9tats-Unis (-8,2%). La demande en produits suisses a aussi fl\u00e9chi en Allemagne et en Chine. Les exportations horlog\u00e8res ont perdu 240 millions en glissement annuel (-3,7%) et celles de la chimie-pharma 2,8 milliards (-7,2%). La conjoncture est houleuse, mais il y a lieu d\u2019esp\u00e9rer de belles \u00e9claircies dans les mois \u00e0 venir.<\/p>\n<p>\u00abL\u2019industrie manufacturi\u00e8re a beaucoup souffert ces derni\u00e8res ann\u00e9es mais la situation devrait s\u2019am\u00e9liorer \u00e0 moyen terme\u00bb, dit Alexander Rathke, expert en macro-\u00e9conomie au Centre d\u2019\u00e9tudes conjoncturelles (KOF) de l\u2019EPFZ. \u00abOn attend encore que les mesures budg\u00e9taires allemandes fassent leurs effets. Cela devrait se produire dans les mois \u00e0 venir.\u00bb En mars 2025, le Bundestag a adopt\u00e9 une r\u00e9forme du frein \u00e0 l\u2019endettement en vue de moderniser ses infrastructures et de renforcer ses capacit\u00e9s de d\u00e9fense. S\u00e9v\u00e8rement touch\u00e9s par la faiblesse de la demande allemande, les industriels suisses esp\u00e8rent que ce coup de pouce budg\u00e9taire permettra de relancer leur production.<\/p>\n<p>\u00c0 Sierre, l\u2019entreprise YZ Production Horlog\u00e8re, sp\u00e9cialiste de l\u2019assemblage microtechnique, compte effectivement sur ce nouveau d\u00e9bouch\u00e9. Pour surmonter les crises successives qui ont touch\u00e9 le secteur de l\u2019horlogerie ces cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, la PME valaisanne a choisi d\u2019orienter une partie de son activit\u00e9 vers la d\u00e9fense. Pour ce sous-traitant, la diversification des d\u00e9bouch\u00e9s s\u2019est impos\u00e9e comme la seule solution pour maintenir l\u2019activit\u00e9 \u00e0 flot. \u00abEntre le Covid, l\u2019essor des montres connect\u00e9es et les tarifs am\u00e9ricains, la production a parfois \u00e9t\u00e9 divis\u00e9e par dix. Il a fallu repenser l\u2019activit\u00e9.\u00bb YZ Production Horlog\u00e8re s\u2019est aussi rapproch\u00e9e de l\u2019entreprise s\u00e9dunoise SISS pour fabriquer des montres de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration. Sur la question des salaires, l\u2019entreprise reste vigilante. \u00abNous parvenons chaque ann\u00e9e \u00e0 accorder des augmentations des salaires li\u00e9es au rench\u00e9rissement. Mais, dans ces p\u00e9riodes difficiles, nous ne pouvons malheureusement plus prendre le risque de verser des gratifications ou des augmentations pour anciennet\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 quelques kilom\u00e8tres de l\u00e0, \u00e0 V\u00e9troz (VS), l\u2019entreprise Steinheim Audio, exportatrice d\u2019enceintes acoustiques haut de gamme, a aussi essuy\u00e9 quelques revers avec l\u2019augmentation des tarifs douaniers am\u00e9ricains et la baisse de la demande chinoise. \u00abLe franc fort est un point faible vis-\u00e0-vis de la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Nous devons veiller \u00e0 maintenir des prix comp\u00e9titifs m\u00eame en p\u00e9riode de tensions. Nous avons notamment d\u00fb r\u00e9percuter les droits de douane sur nos marges\u00bb, dit Jean-Pascal Panchard, directeur. Pour l\u2019heure, les salaires chez Steinheim suivent l\u2019inflation. \u00abEn 2025, le march\u00e9 europ\u00e9en a plut\u00f4t bien fonctionn\u00e9, ce qui a permis de d\u00e9gager une croissance malgr\u00e9 les al\u00e9as conjoncturels \u00e9manant des march\u00e9s lointains. Mais il est clair que nous restons prudents sur les salaires.\u00bb L\u2019entreprise cherche aussi \u00e0 solidifier son mod\u00e8le \u00e9conomique par la diversification. \u00abEn 2026, il est pr\u00e9vu de d\u00e9velopper une nouvelle gamme pour \u00e9largir la base de consommateurs.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Le manque de main-d\u2019\u0153uvre pourrait stimuler les salaires<\/strong><\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00e9conomiste Alexander Rathke, l\u2019agilit\u00e9 dont font preuve les petites entreprises est de bon augure. \u00abLes grands march\u00e9s \u00e9tant souvent occup\u00e9s par des grands groupes internationaux, les petites entreprises exportatrices doivent se positionner sur des march\u00e9s de niche ultrasp\u00e9cialis\u00e9s. C\u2019est ce que les PME suisses font depuis des ann\u00e9es avec succ\u00e8s\u00bb. La comp\u00e9titivit\u00e9 des exportations, l\u2019un des piliers des salaires en Suisse, reste donc solide.<\/p>\n<p>L\u2019expert rappelle que la productivit\u00e9, autre socle indispensable \u00e0 la hausse des salaires, devrait se renforcer \u00e0 l\u2019avenir. \u00abIl est probable que le d\u00e9veloppement des technologies, notamment au travers de l\u2019intelligence artificielle, m\u00e8ne \u00e0 une hausse de la productivit\u00e9.\u00bb La transition d\u00e9mographique pourrait quant \u00e0 elle aussi b\u00e9n\u00e9ficier au travail dans son rapport de force avec le capital. \u00abLa main-d\u2019\u0153uvre deviendra de plus en plus rare ces prochaines ann\u00e9es, cela exercera une pression \u00e0 la hausse des salaires\u00bb, estime le chercheur.<\/p>\n<hr \/>\n<p><em>Une version de ce dossier r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans <a href=\"https:\/\/www.pme.ch\/\">PME Magazine<\/a>.<\/em><\/p>\n<hr \/>\n<p>Voir aussi: <a href=\"https:\/\/largeur.com\/?p=16246\">seconde partie du dossier<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Suisses s\u2019inqui\u00e8tent de voir leurs factures augmenter plus vite que leurs salaires. 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