



{"id":1603,"date":"2004-06-14T00:00:00","date_gmt":"2004-06-13T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1603"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1603","title":{"rendered":"La mont\u00e9e du nazisme vue de l&rsquo;int\u00e9rieur"},"content":{"rendered":"<p>Depuis quelques jours, l\u2019Euro 2004 de football a pris le pas sur les comm\u00e9morations du soixanti\u00e8me anniversaire du d\u00e9barquement en Normandie. Le lecteur friand de se m\u00e9nager des pauses lecture entre deux matches ne m\u2019en voudra pas de revenir sur la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale et en particulier sur la mont\u00e9e du nazisme en Allemagne.<\/p>\n<p>Pratiquant la vulgarisation historique \u00e0 large spectre &#8212; dans l\u2019enseignement, la presse et les mus\u00e9es &#8212; depuis assez longtemps, je sais par exp\u00e9rience qu\u2019il est tr\u00e8s difficile de trouver de vrais instruments de compr\u00e9hension de la formidable crise qui, vingt ans \u00e0 peine apr\u00e8s l\u2019horrible boucherie de la Premi\u00e8re Guerre mondiale, a plong\u00e9 le monde dans les massacres industrialis\u00e9s de la Deuxi\u00e8me Guerre mondiale: g\u00e9nocide des Juifs, extermination des Slaves, destruction des villes allemandes, Hiroshima, pour n\u2019en mentionner que les aspects les plus voyants.<\/p>\n<p>Confront\u00e9 \u00e0 la st\u00e9rilit\u00e9 intellectuelle des grandes fresques historiques pr\u00e9tendument objectives, d\u00e9courag\u00e9 par les recherches \u00e9rudites difficilement transmissibles au profane, effray\u00e9 par la superficialit\u00e9 (\u00e0 quelques exceptions pr\u00e8s) du grand ou du petit \u00e9cran, je me suis rabattu depuis quelques ann\u00e9es sur l\u2019\u0153uvre historique intime qui, m\u00ealant le \u00abje\u00bb au \u00abnous\u00bb ou au \u00abeux\u00bb donne une perception imm\u00e9diate des \u00e9v\u00e9nements et privil\u00e9gie leur dimension proprement humaine, tout en tissant en toile de fond le d\u00e9cor politique, social ou militaire dans lequel l\u2019action se d\u00e9roule. Saisir l\u2019individu dans son autonomie par rapport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 pour comprendre le mouvement du monde. <\/p>\n<p>Dans ce but, j\u2019ai <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=398 target=_Blank class=std>signal\u00e9<\/a> aux lecteurs de Largeur.com (il y a d\u00e9j\u00e0 4 ans !) le \u00ab<a href= http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2878580346\/largeurcom08 target=_blank class=std>Journal<\/a>\u00bb de L\u00e9on Werth et, <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=549 target=_blank class=std>quelques mois<\/a> plus tard, ce monument de l\u2019histoire du nazisme que sont les deux volumes publi\u00e9s du <a href= http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2020443228\/ target=_blank class=std>journal intime<\/a> de Victor Klemperer.<\/p>\n<p>Je n\u2019avais pas cach\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque l\u2019\u00e9moi provoqu\u00e9 par la d\u00e9couverte de Klemperer, la relecture de l\u2019histoire allemande \u00e0 laquelle j\u2019avais d\u00fb me livrer. Mais Werth et Klemperer \u00e9tant tous deux juifs, l\u2019un fran\u00e7ais, l\u2019autre allemand, la surprise \u00e9tait, si je puis dire, attendue. Il s\u2019agissait de victimes du nazisme relatant avec pr\u00e9cision les vicissitudes de leur statut de victimes. Il en va tout autrement avec le livre de Sebastian Haffner, \u00ab<a href= http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2742745874\/largeurcom08 target=_Blank class=std>Histoire d\u2019un Allemand<\/a>\u00bb traduit en fran\u00e7ais il y a deux ans et que je d\u00e9couvre \u00e0 l\u2019occasion d\u2019une nouvelle \u00e9dition augment\u00e9e qui vient de para\u00eetre.<\/p>\n<p>N\u00e9 en 1907 dans une famille de la bourgeoisie protestante de droite, Haffner raconte (probablement en s\u2019inspirant de son journal intime) ses souvenirs de la p\u00e9riode 1914-1933. Il \u00e9crivit son livre \u2013 tr\u00e8s construit sur le plan litt\u00e9raire \u2013 en 1939, alors qu\u2019il vivait en exil en Angleterre. Il avait 32 ans. Cet ouvrage ne fut jamais publi\u00e9 de son vivant, ce sont ses enfants qui le d\u00e9couvrirent, cach\u00e9 dans un tiroir de son bureau, \u00e0 sa mort en 1999. <\/p>\n<p>Il s\u2019agit donc d\u2019une \u0153uvre \u00e9crite au moment o\u00f9 Hitler \u00e9tait \u00e0 son apog\u00e9e. Or les analyses pr\u00e9visionnelles de Haffner sur l\u2019immanquable faillite du nazisme et du Reich mill\u00e9naire \u00e0 court terme sont d\u2019une telle acuit\u00e9 et d\u2019une telle justesse que les critiques mirent en cause l\u2019originalit\u00e9 de l\u2019ouvrage \u00e0 sa parution et pr\u00e9tendirent que son auteur l\u2019avait en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9crit apr\u00e8s la guerre. Des analyses scientifiques du papier et de l\u2019encre prouv\u00e8rent le contraire.<\/p>\n<p>Sebastian Haffner commence son r\u00e9cit par des souvenirs d\u2019enfance de la guerre de 14-18, en insistant sur le d\u00e9sarroi allemand apr\u00e8s la d\u00e9faite: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abNovembre 18: la guerre finissait, les femmes retrouvaient leurs maris, les hommes retrouvaient leur vie, mais curieusement, cette situation n\u2019\u00e9voque nulle id\u00e9e de f\u00eate, bien au contraire; elle est synonyme d\u2019aigreur, de d\u00e9faite, de peur, de fusillades absurdes, de confusion \u2013 et ben s\u00fbr de mauvais temps.\u00bb<\/font><\/ul>\n<p>Les \u00abfusillades absurdes\u00bb ne sont autres que les tentatives r\u00e9volutionnaires qui \u00e9clat\u00e8rent en divers points de l\u2019Allemagne. Haffner a beau \u00eatre de droite, son constat s\u2019\u00e9l\u00e8ve au-dessus des partis: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abDurant quinze jours, il n\u2019y eut pas de journaux \u00e0 Berlin, mais seulement des coups de feu proches et lointains \u2013 et des rumeurs. Puis les journaux reparurent, le gouvernement avait gagn\u00e9, et le jour suivant on apprit que Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg avaient \u00e9t\u00e9 abattus, tous deux alors qu\u2019ils tentaient de s\u2019enfuir. Pour autant que je le sache, c\u2019est l\u00e0 l\u2019acte de naissance de cette fa\u00e7on de traiter les adversaires politiques qui est devenue depuis la r\u00e8gle \u00e0 l\u2019est du Rhin: on les abat alors qu\u2019ils tentent de s\u2019enfuir. Elle \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque si peu famili\u00e8re que nombre de gens prirent l\u2019expression \u00e0 la lettre et y ajout\u00e8rent foi. C\u2019\u00e9taient des temps civilis\u00e9s. \u00bb<\/font><\/ul>\n<p>Pendant les ann\u00e9es qui suivirent l\u2019Allemagne ne connut que violences et affrontements politiques, crise \u00e9conomique et ch\u00f4mage, avant qu\u2019en 1926 le gouvernement influenc\u00e9 par Stresemann ne parvienne \u00e0 r\u00e9tablir le calme: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abOn avait tout ce qu\u2019on pouvait raisonnablement d\u00e9sirer en fait de libert\u00e9, d\u2019ordre et de paix ; le lib\u00e9ralisme le plus d\u00e9bonnaire r\u00e9gnait alentour, on gagnait bien sa vie, on mangeait bien, on s\u2019ennuyait un peu. Chacun \u00e9tait rendu \u00e0 son existence priv\u00e9e, cordialement invit\u00e9 \u00e0 s\u2019organiser comme il l\u2019entendait et \u00e0 faire son salut \u00e0 sa fa\u00e7on. C\u2019est alors que se produisit un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9trange \u2013 et je pense r\u00e9v\u00e9ler ici un des \u00e9v\u00e9nements politiques les plus fondamentaux de notre \u00e9poque, dont aucun journal n\u2019a parl\u00e9. Cette invitation ne fut dans l\u2019ensemble nullement suivie. On ne voulait pas. Il s\u2019av\u00e9ra que toute une g\u00e9n\u00e9ration d\u2019Allemands ne savait que faire de cette libert\u00e9 personnelle qu\u2019on lui octroyait.  Environ vingt classes d\u2019\u00e2ges, les jeunes et les tr\u00e8s jeunes (\u2026) se retrouvaient d\u00e9sempar\u00e9s, appauvris, d\u00e9\u00e7us et ennuy\u00e9s. Ils n\u2019avaient jamais appris \u00e0 vivre sur leurs r\u00e9serves, \u00e0 organiser leur petite vie priv\u00e9e pour qu\u2019elle soit grande, belle, f\u00e9conde.\u00bb<\/font><\/ul>\n<p>Pour Haffner, c\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0, au retour de la prosp\u00e9rit\u00e9, que commence \u00e0 se creuser l\u2019ab\u00eeme qui divisera les Allemands en nazis et non-nazis, la majorit\u00e9 refusant les libert\u00e9s individuelles faute de savoir s\u2019en servir et ne r\u00eavant que d\u2019aventure collective. Du pain b\u00e9nit pour Hitler qui sut exploiter \u00e0 fond cette situation.<\/p>\n<p>L\u2019ascension de Hitler accompagne la jeunesse de l\u2019auteur. Les pages qu\u2019il consacre aux premiers mois de l\u2019ann\u00e9e 1933 sont tout \u00e0 fait passionnantes dans la mesure o\u00f9 il pose les questions qu\u2019en g\u00e9n\u00e9ral personne ne se pose: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abDans l\u2019histoire de la naissance du Troisi\u00e8me Reich, il existe une \u00e9nigme non r\u00e9solue, plus int\u00e9ressante me semble-t-il que la question de sa voir qui a mis le feu au Reichstag. Et cette question, la voici: o\u00f9 sont donc pass\u00e9s les Allemands? Le 5 mars 1933, la majorit\u00e9 se pronon\u00e7ait encore contre Hitler. Qu\u2019est-il advenu de cette majorit\u00e9? Est-elle morte? A-t-elle disparu de la surface du sol? S\u2019est-elle convertie au nazisme sur le tard? Comment se fait-il qu\u2019elle n\u2019ait eu aucune r\u00e9action visible?\u00bb<\/font><\/ul>\n<p>Haffner donne sa r\u00e9ponse. Comme dans les bons films policiers, il serait dommage de la r\u00e9v\u00e9ler. Je vous en laisse la surprise.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>G\u00e9rard Delaloye a relu plusieurs journaux intimes \u00e9crits pendant la guerre. Notamment le livre de Sebastian Haffner, \u00abHistoire d\u2019un Allemand\u00bb, d\u00e9couvert 60 ans apr\u00e8s sa mort. Il apporte un \u00e9clairage \u00e9tonnant sur la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1603","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1603","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1603"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1603\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1603"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1603"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1603"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}