



{"id":1601,"date":"2004-06-10T00:00:00","date_gmt":"2004-06-09T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1601"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"futbol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1601","title":{"rendered":"Ballons vraiment ronds, Lettons b\u00e9ton et cr\u00e9tin romain \u00e0 l\u2019Euro 2004"},"content":{"rendered":"<p>Les bookmakers, c\u2019est bien connu, ne sont pas gens \u00e0 s\u2019\u00e9mouvoir de la philosophie politique. Comme ils ne connaissent que la vile arithm\u00e9tique du langage de l\u2019argent, ils estiment les chances des \u00e9quipes en les \u00e9talonnant sur leurs r\u00e9sultats pr\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n<p>A cette aune, la Lettonie est pour eux plus qu\u2019une inconnue. Un hasard, presque un accident. Si bien que la cote des Lettons pour l\u2019Euro 2004 est mis\u00e9rable, avec 100\/1 &#8212; seule l\u2019\u00e9quipe de Suisse fait moins mal. (Aussi, pour gagner gros, il faut parier sur une improbable finale Suisse-Lettonie le 4 juillet prochain \u00e0 20:45 \u00e0 Lisbonne).<\/p>\n<p>Mais pour nous, la Lettonie est un miracle. Imaginez: voil\u00e0 un pays, balte de surcro\u00eet, qui n\u2019existait pas en 1990. En 1991, implosion de l\u2019Union sovi\u00e9tique aidant, il fait son apparition sur la sc\u00e8ne internationale, drapeau, ambassades \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, si\u00e8ge \u00e0 l\u2019ONU et compagnie.<\/p>\n<p>La seule \u00e9quipe \u00abconnue\u00bb de cette petite nation, bient\u00f4t prosp\u00e8re, est le Skonto Riga, qui \u00e9choue en g\u00e9n\u00e9ral en 32\u00e8 de finale de la Coupe de l\u2019UEFA. Seulement voil\u00e0, ces dernier temps, les Lettons ont un moral en acier tremp\u00e9. Ils se qualifient tout d\u2019abord \u00e0 l\u2019automne dernier pour la comp\u00e9tition portugaise.<\/p>\n<p>Ils adh\u00e8rent ensuite \u00e0 l\u2019Union Europ\u00e9enne, le 1er mai dernier, rejoignant la grande famille europ\u00e9enne dont ils avaient \u00e9t\u00e9 exclus par le Kremlin pendant un demi-si\u00e8cle. Riga baigne dans un printemps europhile, port\u00e9e par une puissante symbolique de l\u2019appartenance  au continent que l\u2019Euro 2004 vient sublimer.<\/p>\n<p>Alors? Alors il faudra les suivre avec enthousiasme, ces Lettons, car l\u2019enthousiasme, c\u2019est leur seul atout pour \u00e9viter l\u2019\u00e9limination au premier tour, dans un groupe D peu am\u00e8ne, surnomm\u00e9 comme il se doit \u00able groupe de la mort\u00bb. Celui-ci, outre nos bons amis de la Baltique, comprend en effet rien moins que l\u2019Allemagne, peu agr\u00e9able \u00e0 voir jouer, mais toujours efficace; les Pays-Bas, excellents quand les disputes historiques entre N\u00e9erlandais de souche et joueurs originaires du Surinam ou d\u2019Indon\u00e9sie ne tournent pas \u00e0 l\u2019affrontement post-colonial; et la R\u00e9publique Tch\u00e8que, qui aurait d\u00e9j\u00e0 gagn\u00e9 l\u2019Euro 1996, sans un complexe d\u2019inf\u00e9riorit\u00e9 face \u00e0 l\u2019Allemagne qui remonte au moins \u00e0 la bataille de la Montagne-Blanche au tout d\u00e9but du 17\u00e8 si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Les Lettons, en fin de compte, ont une chance: leur histoire est tout aussi charg\u00e9e. <\/p>\n<p>L\u2019autre grande d\u00e9couverte de l\u2019Euro 2004 sera une sph\u00e8re parfaite. Le ballon officiel de la comp\u00e9tition est, pour la toute premi\u00e8re fois\u2026 parfaitement rond. L\u2019objet, manufactur\u00e9 par une grande marque de produits sportifs germanique, ne l\u2019avait jusqu\u2019ici jamais \u00e9t\u00e9. <\/p>\n<p>Expliquons-nous: comme ils \u00e9taient cousus entre eux, les diff\u00e9rents morceaux de cuir offraient quelques minuscules asp\u00e9rit\u00e9s, rendant la chose (tr\u00e8s) l\u00e9g\u00e8rement imparfaite. Oh, rien de grave. Personne ne s\u2019en rendait compte, ni les joueurs ni les spectateurs, et le ballon restait toute de m\u00eame nettement plus rond que les boules de chiffon utilis\u00e9es par les gosses des bidonvilles de Kinshasa.<\/p>\n<p>Mais cette ann\u00e9e, la technologie a apport\u00e9 au monde une r\u00e9volution de la balle. Elle n\u2019est plus cousue, mais souffl\u00e9e, dans un unique morceau de cuir. Finies, les asp\u00e9rit\u00e9s; \u00e9vapor\u00e9s, les emplois des milliers d\u2019enfants-esclaves du nord du Pakistan, qui cousaient pour un dollar par jour plusieurs centaines d\u2019unit\u00e9s chacun\u2026<\/p>\n<p>Les joueurs, jamais contents (mais ce sont des esclaves mieux stipendi\u00e9s), pr\u00e9tendent que le ballon nouveau est trop rond, que ses trajectoires sont \u00abflottantes\u00bb, et que les longues passes transversales seront plus compliqu\u00e9es, m\u00eame pour des g\u00e9nies comme David Beckham ou Zinedine Zidane. La perfection de la sph\u00e8re menace la sph\u00e8re de la perfection. <\/p>\n<p>Pour passer \u00e0 tout autre chose, nous avons envie de vous parler de Francesco Totti. Moins pour ses \u00e9volutions sur le terrain, qui sont \u0153uvre d\u2019orf\u00e8vre, que pour le caract\u00e8re du personnage. L\u2019homme, 27 ans, est le meneur de jeu de l\u2019AS Roma, l\u2019une des meilleures \u00e9quipes transalpines. Il est aussi, tout naturellement, l\u2019\u00e2me de la Squadra Azzura, qui pourrait bien finir un jour par remporter \u00e0 nouveau une comp\u00e9tition majeure au lieu de se faire sortir aux penalties, ou crucifier par un \u00abbut en  or\u00bb comme en finale de l\u2019Euro2000 (France-Italie, 2-1).<\/p>\n<p>Mais Francesco Totti est d\u2019abord un formidable cr\u00e9tin romain, ben\u00eat au point de ne pas comprendre les questions des journalistes de Milan, car il ne ma\u00eetrise vraiment bien &#8212; et encore, c\u2019est un grand mot &#8212; que le dialecte de la Ville Eternelle.<\/p>\n<p>Depuis plusieurs ann\u00e9es, toute l\u2019Italie se d\u00e9lecte des gaffes et autres p\u00e9riphrases inou\u00efes commises par l\u2019impayable personnage. Peu rancunier, celui-ci a d\u00e9cid\u00e9 de les offrir au panth\u00e9on de la litt\u00e9rature, en publiant des anthologies. La premi\u00e8re s\u2019est vendue \u00e0 pr\u00e8s de 800&rsquo;000 exemplaires. La seconde est actuellement en sur les tables de toutes les librairies d\u2019Italie.<\/p>\n<p>Y figure quelques perles, comme celle-ci. C\u2019est Francesco Totti, qui remplit un questionnaire administratif: \u00abNom: Totti; Pr\u00e9nom: Francesco; N\u00e9: Oui\u00bb.<\/p>\n<p>Mais Totti est d\u2019abord un personnage attachant, qui reverse les droits de ses ouvrages aux enfants pauvres, visite des prisons (\u00absans le football, j\u2019aurais pu finir ici\u00bb) et dit voter \u00e0 gauche, dans un milieu r\u00e9put\u00e9 pour son amour des paradis fiscaux et des solutions politiques lib\u00e9rales.<\/p>\n<p>Sur sa route du premier tour, groupe C, Francesco Totti, n\u00e9 (\u00aboui\u00bb) en 1976, rencontrera deux tribus vikings (Su\u00e9dois et Danois) et des Bulgares qui s\u2019\u00e9taient signal\u00e9s par une opini\u00e2tret\u00e9 toute balkanique en 1994, quand ils avaient \u00e9limin\u00e9 l\u2019Allemagne en quarts de finale de la Coupe du Monde aux Etats-Unis. <\/p>\n<p>Pour le reste? Pour le reste, il faut regarder la t\u00e9l\u00e9vision. Avec une pens\u00e9e particuli\u00e8re pour l\u2019\u00e9quipe de Suisse, qui jouera dimanche contre les Croates un premier \u00abmatch de la peur\u00bb. S\u2019ils la surmontent, les joueurs de la \u00abNati\u00bb pourraient m\u00eame obtenir un r\u00e9sultat. Et entamer ainsi la partie suivante, contre l\u2019Angleterre, avec ce formidable produit dopant: la peur au ventre.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLe championnat d\u2019Europe de football se tiendra au Portugal du samedi 12 juin au dimanche 4 juillet 2004.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Il revient tous les quatre ans, et le continent n\u2019a d\u2019yeux que pour lui. Il, c\u2019est le championnat d\u2019Europe de football. Les candidats au titre supr\u00eame sont seize. Ils ne s\u2019\u00e9limineront pas par SMS. Pr\u00e9sentation subjective de l\u2019euro-enjeu.<\/p>\n","protected":false},"author":801,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1601","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1601","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/801"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1601"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1601\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1601"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1601"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1601"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}