



{"id":15955,"date":"2025-11-13T16:00:02","date_gmt":"2025-11-13T15:00:02","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15955"},"modified":"2025-11-14T13:56:35","modified_gmt":"2025-11-14T12:56:35","slug":"violences","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15955","title":{"rendered":"Le racisme \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital nuit au personnel soignant"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est un regard m\u00e9fiant, voire apeur\u00e9, qui se pose sur la m\u00e9decin quand elle entre dans la chambre d\u2019h\u00f4pital et qu\u2019elle ne ressemble pas \u00e0 ce que l\u2019on s\u2019\u00e9tait imagin\u00e9. Concr\u00e8tement, on assiste par exemple \u00e0 une remise en question des comp\u00e9tences de la personne charg\u00e9e de prodiguer des soins, des remarques de sa hi\u00e9rarchie sur sa ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise, ou, plus grave, un refus net de se faire soigner de la part de patient-es. Les \u00e9quipes m\u00e9dicales ne sont pas \u00e9pargn\u00e9es par les discriminations raciales, qu\u2019elles \u00e9manent de patient-es, de visiteurs, visiteuses ou m\u00eame de coll\u00e8gues. \u00abLorsque l\u2019on d\u00e9nonce des discriminations raciales dans les soins, notre premier r\u00e9flexe est de penser aux patient-es. On a beaucoup parl\u00e9 du syndrome m\u00e9diterran\u00e9en r\u00e9cemment, soit un biais qui consiste \u00e0 penser que certaines populations exag\u00e8rent la douleur\u00bb, confirme Patrick Bodenmann, chef du D\u00e9partement vuln\u00e9rabilit\u00e9s et m\u00e9decine sociale \u00e0 Unisant\u00e9, et cocr\u00e9ateur d\u2019un enseignement sur le racisme dans la pratique m\u00e9dicale. \u00abMalheureusement, le personnel m\u00e9dical est lui aussi confront\u00e9 au racisme. Des coll\u00e8gues ont, par exemple, vu leur statut de m\u00e9decin remis en question du simple fait qu\u2019ils \u00e9taient racis\u00e9s\u00bb, poursuit le m\u00e9decin, \u00e9voquant un \u00abtabou\u00bb autour de ces discriminations. Dans un environnement surcharg\u00e9 comme l\u2019est un h\u00f4pital, avec des urgences quotidiennes, un personnel sous tension et manquant de temps pour se lancer dans des d\u00e9marches administratives, il est facile de ne pas s\u2019attarder sur une remarque ou un comportement irrespectueux. Pourtant, les r\u00e9percussions sur le long terme de ce \u00abracisme ordinaire\u00bb sont, elles, bien r\u00e9elles.<\/p>\n<p><strong>Donn\u00e9es absentes, cons\u00e9quences pr\u00e9sentes<\/strong><\/p>\n<p>Kevin Dzi est doctorant \u00e0 l\u2019Institut des humanit\u00e9s en m\u00e9decine (IHM) et travaille depuis 2022 sur les discriminations au sein du syst\u00e8me de sant\u00e9, dont le racisme v\u00e9cu par le personnel m\u00e9dico-soignant qui regroupe les \u00e9quipes infirmi\u00e8res, aides-soignantes et les m\u00e9decins. Une \u00e9tude encore pauvre en Suisse. \u00abLes statistiques dont nous disposons sur le sujet proviennent majoritairement de recherches am\u00e9ricaines et anglaises. Les \u00e9tudes en Europe sont quasi inexistantes. En Suisse, par exemple, il n\u2019est pas autoris\u00e9 de collecter des informations ethno-raciales, contrairement aux \u00c9tats-Unis, ce qui complique les recherches sur ce sujet\u00bb, pointe le doctorant qui d\u00e9plore la croyance, encore tenace dans la soci\u00e9t\u00e9, d\u2019un racisme inexistant dans nos contr\u00e9es. Une enqu\u00eate men\u00e9e aupr\u00e8s de 800\u202fm\u00e9decins am\u00e9ricain-es nous apprend ainsi qu\u2019au cours des cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, 59% des m\u00e9decins ont entendu des d\u00e9clarations irrespectueuses concernant un trait de caract\u00e8re, principalement la couleur de peau, le sexe, l\u2019\u00e2ge ou l\u2019origine ethnique. Les m\u00e9decins noirs et les m\u00e9decins am\u00e9ricains d\u2019origine asiatique sont les plus susceptibles de d\u00e9clarer avoir entendu des remarques tendancieuses de la part de patient-es. Les infirmier-\u00e8res, davantage en contact avec les patient-es, sont en premi\u00e8re ligne (violences, insultes, humiliations, agressions sexuelles), puis viennent les m\u00e9decins (genre, nationalit\u00e9, couleur de peau).<\/p>\n<p>Arriv\u00e9e en Suisse en 1982 de R\u00e9publique d\u00e9mocratique du Congo pour suivre des \u00e9tudes d\u2019infirmi\u00e8re au CHUV, Chantal Ngarambe Buffat se souvient de remarques lanc\u00e9es \u00e0 la vol\u00e9e par sa hi\u00e9rarchie: \u00abTu as l\u2019air lente, mais tu finis toujours \u00e0 l\u2019heure\u00bb, des rapports examin\u00e9s avec plus d\u2019attention que ceux rendus par ses coll\u00e8gues, ou d\u2019un patient affirmant \u00abqu\u2019elle n\u2019est pas comme les autres Noirs\u00bb. \u00abNotre diff\u00e9rence est visible; nous sommes, d\u00e8s lors, plus scrut\u00e9s que les autres. Nous devons faire preuve de plus d\u2019\u00e9nergie pour montrer que nous avons notre place\u00bb, t\u00e9moigne l\u2019infirmi\u00e8re, qui officie aujourd\u2019hui au D\u00e9partement sant\u00e9, travail et environnement (DSTE) d\u2019Unisant\u00e9.<\/p>\n<p>Les cons\u00e9quences de ces agressions quotidiennes sont importantes: perte de motivation, faible estime de soi, manque de concentration, absent\u00e9isme, burn-out, incidence sur la relation de soins. Sur le plan physique, Yaotcha d\u2019Almeida, psychologue et autrice du livre\u00a0<i>Impact des microagressions et de la discrimination raciale sur la sant\u00e9 mentale des personnes racis\u00e9es<\/i><sup>1<\/sup>, rappelle que le stress engendr\u00e9 par le racisme a \u00e9galement des cons\u00e9quences sur le plan physique, sous la forme de maladies cardio\u00advasculaires, d\u2019ulc\u00e8res, d\u2019hypertension ou de maladies inflammatoires. \u00ab\u00c0 la fin de la journ\u00e9e, il ne faut pas oublier que ce sont les patient-es aussi qui en font les frais. Une concentration d\u00e9faillante peut avoir des r\u00e9percussions malheureuses sur la prise en charge m\u00e9dicale\u00bb, insiste Kevin Dzi.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-medium wp-image-15957\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/301025-copie-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/301025-copie-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/301025-copie.jpg 469w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/p>\n<p><strong>Assurer un lieu de travail sain<\/strong><\/p>\n<p>Pourtant, encore trop peu de plaintes et de dol\u00e9ances sont d\u00e9pos\u00e9es au sein de l\u2019h\u00f4pital, et ce, malgr\u00e9 la pr\u00e9sence de situations racistes, pointe le r\u00e9cent travail de master d\u2019\u00e9tudiantes en m\u00e9decine<sup>2<\/sup>\u00a0de la FBM-UNIL. \u00abIl est essentiel que le personnel m\u00e9dical n\u2019ait pas peur de t\u00e9moigner. Le tabou est encore fort parce qu\u2019on craint pour sa place de travail ou parce qu\u2019on ne veut pas \u00eatre vu comme un trouble-f\u00eate\u00bb, constate Kevin Dzi. Sans compter que dans l\u2019imaginaire collectif, les professionnel-les de la sant\u00e9 doivent faire preuve de r\u00e9silience face aux situations difficiles. \u00abUn h\u00f4pital doit proposer des canaux de signalement neutres et anonymes, o\u00f9 les professionnel-les se sentent libres de t\u00e9moigner en toute s\u00e9curit\u00e9\u00bb, selon le chercheur.<\/p>\n<p>\u00abLa discrimination raciale en soi est rarement un motif de consultation m\u00e9dicale. Les personnes consultent en raison d\u2019une atteinte \u00e0 la sant\u00e9 (psychologique, notamment) en lien avec des facteurs professionnels, parmi lesquels peuvent \u00eatre rapport\u00e9s par les personnes qui consultent des \u00e9l\u00e9ments de discrimination raciale\u00bb, indique pour sa part Catherine Lazor-Blanchet, cheffe de l\u2019Unit\u00e9 de m\u00e9decine du personnel du CHUV. Outre un accompagnement d\u2019ordre m\u00e9dical en cas d\u2019atteinte \u00e0 la sant\u00e9, la m\u00e9decine du personnel consid\u00e8re les discriminations raciales comme toute autre all\u00e9gation mena\u00e7ant l\u2019int\u00e9grit\u00e9 personnelle sur le lieu de travail (comportements probl\u00e9matiques et abusifs) et citant des r\u00e9f\u00e9rences institutionnelles sur le respect \u00e0 l\u2019autre et la prise en charge de situations de discrimination et\/ou harc\u00e8lement.<\/p>\n<hr \/>\n<p>LE CHIFFRE<\/p>\n<div class=\"numberkey row\">\n<p class=\"number\"><strong><span class=\"timer count-number\" data-to=\"23\" data-speed=\"4000\">23<\/span>% <\/strong>des personnes employ\u00e9es dans un h\u00f4pital et interrog\u00e9es ont subi au moins une forme de discrimination ou de violence au travail au cours de l\u2019ann\u00e9e \u00e9coul\u00e9e (contre 18% de la population active en g\u00e9n\u00e9ral.)<\/p>\n<div class=\"col-lg-4\">\n<hr \/>\n<p>La formation du personnel soignant \u00e0 ces questions, mais \u00e9galement celle du public, est une donn\u00e9e essentielle pour combattre le racisme, insistent les sp\u00e9cialistes interview\u00e9-es. La solidarit\u00e9 entre pairs et le soutien de la hi\u00e9rarchie, aussi. Que faire lorsqu\u2019une personne refuse de se faire manipuler par un-e coll\u00e8gue en raison de son origine ethnique par exemple? Doit-on accepter de changer de soignant-e ou l\u2019inviter \u00e0 se faire prendre en charge dans une autre institution? \u00abL\u2019h\u00f4pital doit se montrer intransigeant face \u00e0 ces situations et garantir de bonnes conditions de travail en g\u00e9n\u00e9ral pour am\u00e9liorer le bien-\u00eatre de ses collaboratrices et collaborateurs, estime le doctorant Kevin Dzi. Moins de stress signifie aussi de meilleures relations entre coll\u00e8gues et, in fine, un impact positif sur les soins.\u00bb Et Chantal Ngarambe Buffat de rappeler: \u00abL\u2019institution doit \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence en la mati\u00e8re et un espace qui donne la place aux diff\u00e9rents parcours de vie. Sans nous, l\u2019h\u00f4pital tourne difficilement.\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Encore taboues, les discriminations raciales dont est victime le personnel m\u00e9dical ont des cons\u00e9quences importantes, aussi pour les patient-es.<\/p>\n","protected":false},"author":20343,"featured_media":15957,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-15955","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15955","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20343"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15955"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15955\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15969,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15955\/revisions\/15969"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15957"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15955"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15955"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}