



{"id":15834,"date":"2025-08-24T16:00:29","date_gmt":"2025-08-24T14:00:29","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15834"},"modified":"2025-08-21T18:09:18","modified_gmt":"2025-08-21T16:09:18","slug":"traitement-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15834","title":{"rendered":"VIH, comment tout a chang\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Vivre avec le VIH et mener une vie similaire au reste de la population? En Suisse, ce n\u2019est pas seulement possible, c\u2019est la norme. Aujourd\u2019hui, toute personne qui porte le virus et qui suit un traitement antir\u00e9troviral efficace ne d\u00e9veloppera pas le sida. Elle ne transmettra pas non plus le virus. Une r\u00e9alit\u00e9 pourtant souvent m\u00e9connue. En cause, le poids des id\u00e9es re\u00e7ues, souvent discriminantes et une population mal inform\u00e9e.<\/p>\n<p>Depuis le d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie, les progr\u00e8s dans le traitement et la compr\u00e9hension du VIH sont consid\u00e9rables. Matthias Cavassini, m\u00e9decin-chef du service des maladies infectieuses au CHUV, r\u00e9sume ainsi la situation: \u00abLa r\u00e9ponse \u00e0 l\u2019interrogation: qu\u2019est-ce qui a chang\u00e9 en quarante ans est simple: tout a chang\u00e9\u00bb.<\/p>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Le tournant de 1996<\/span><\/h4>\n<p>Le Virus de l\u2019Immunod\u00e9ficience Humaine (VIH) est un r\u00e9trovirus qui s\u2019attaque au syst\u00e8me immunitaire. Sans traitement, cette infection peut \u00e9voluer vers le Syndrome d\u2019immunod\u00e9ficience acquise, connue sous son acronyme \u00abSida\u00bb. C\u2019est en 1981 que les premiers cas de sida sont signal\u00e9s aux \u00c9tats-Unis. Cette \u00e9pid\u00e9mie mondiale cause des infections au VIHqui, face \u00e0 l\u2019absence de traitements efficaces, \u00e9voluent vers le sida. Longtemps, le virus reste myst\u00e9rieux et redoutable. Il g\u00e9n\u00e8re une v\u00e9ritable panique sociale, qui se traduit par la stigmatisation des populations les plus touch\u00e9es, \u00e0 l\u2019image de la communaut\u00e9 gay.<\/p>\n<p>Durant des ann\u00e9es, les personnes s\u00e9ropositives vivent avec une esp\u00e9rance de vie tr\u00e8s r\u00e9duite. Elles ne meurent pas du sida, mais d\u2019autres infections et cancers qui profitent de leur syst\u00e8me immunitaire hautement affaibli par le VIH. Il faudra attendre quinze ans pour qu\u2019un traitement efficace \u00e9merge. L\u2019ann\u00e9e 1996 voit\u00a0l\u2019arriv\u00e9e des trith\u00e9rapies. Pour la premi\u00e8re fois, une combinaison de m\u00e9dicaments permet de contr\u00f4ler efficacement le virus, de r\u00e9duire sa charge virale et de restaurer l\u2019immunit\u00e9 des patient-es. Le VIH devient une maladie chronique, qui n\u2019est plus n\u00e9cessairement mortelle.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Lexique<\/span><\/h4>\n<div class=\"glossary-bloc-inner\">\n<div class=\"glossary-word\">\n<p class=\"glossary-word-title\"><strong>Personne sous traitement efficace: <\/strong>un individu vivant avec le VIH mais ne transmettant pas le virus.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"glossary-word\">\n<p class=\"glossary-word-title\"><strong>Population \u00e0 forte pr\u00e9valence: <\/strong>groupes de personnes o\u00f9 le VIH est statistiquement plus pr\u00e9sent.<\/p>\n<\/div>\n<div class=\"glossary-word\">\n<p class=\"glossary-word-title\"><strong>Charge virale ind\u00e9tectable: <\/strong>le virus est pr\u00e9sent mais non transmissible.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Trith\u00e9rapies et injections espac\u00e9es<\/span><\/h4>\n<\/div>\n<\/div>\n<p>Au fil des ann\u00e9es, les traitements n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019am\u00e9liorer. Ils sont devenus plus simples \u00e0 suivre, mieux tol\u00e9r\u00e9s et moins contraignants. \u00abQuand les premiers traitements du VIH sont apparus, ils \u00e9taient invasifs et lourds pour les patient-es. Ce n\u2019est plus le cas. La qualit\u00e9 de vie s\u2019en trouve largement am\u00e9lior\u00e9e\u00bb, explique Matthias Cavassini.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, des traitements injectables \u00e0 longue dur\u00e9e d\u2019action sont disponibles. Ces traitements sous-cutan\u00e9s permettent de soigner avec deux injections intra-musculaires deux fois par mois. \u00ab\u00c0 l\u2019avenir, on esp\u00e8re pouvoir soigner par des injections bi-annuelles.\u00bb D\u00e9sormais l\u2019esp\u00e9rance de vie des personnes s\u00e9ropositives est comparable \u00e0 celle de la population g\u00e9n\u00e9rale. Le quotidien d\u2019une personne vivant avec le VIH ne diff\u00e8re donc presque plus de celui de la population g\u00e9n\u00e9rale, si ce n\u2019est qu\u2019un traitement \u00e0 vie reste n\u00e9cessaire.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il de la gu\u00e9rison? \u00abLa situation est complexe\u00bb, pose Matthias Cavassini. \u00c0 ce jour, seuls quelques cas de r\u00e9missions ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9s, souvent \u00e0 la suite de greffes de moelle osseuse r\u00e9alis\u00e9es pour traiter des cancers h\u00e9matologiques et pas le VIH directement. \u00abCela sugg\u00e8re bien de nouvelles pistes de recherches mais elles ne sont pas encore accessibles pour les patient-es\u00bb, souligne Matthias Cavassini. Pour le sp\u00e9cialiste en infectiologie, la priorit\u00e9 actuelle est l\u2019acc\u00e8s universel aux traitements antir\u00e9troviraux, qui permettent de vivre avec le VIH sans transmission ni progression de la maladie. Dans de nombreux pays du continent africain cet acc\u00e8s est aujourd\u2019hui menac\u00e9 par des d\u00e9cisions politiques, dont celles du pr\u00e9sident des \u00c9tats-Unis Donald Trump. \u00abIl faut r\u00e9aliser que l\u2019urgence est l\u00e0: continuer \u00e0 diminuer le nombre de nouvelles infections et lutter contre de telles d\u00e9cisions qui risquent de balayer des ann\u00e9es de lutte contre le VIH\u00bb, insiste Matthias Cavassini.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00abQuand j\u2019ai re\u00e7u le diagnostic, je me suis vue mourir dans l\u2019ann\u00e9e\u00bb<\/span><\/h4>\n<p><span style=\"font-size: 12pt;\"><strong>Infirmi\u00e8re sp\u00e9cialis\u00e9e, Ellen Cart apprend sa s\u00e9ropositivit\u00e9 en 2016, apr\u00e8s un bilan sanguin. Elle ne s\u2019y attendait pas. Aujourd\u2019hui elle insiste sur l\u2019importance de parler du VIH.<\/strong><\/span><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone  wp-image-15835\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/130825-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"298\" height=\"198\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/130825-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/130825-272x182.jpg 272w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/08\/130825.jpg 468w\" sizes=\"auto, (max-width: 298px) 100vw, 298px\" \/><\/p>\n<p>\u00abUn tsunami d\u2019\u00e9motions\u00bb, d\u00e9crit-elle. Malgr\u00e9 ses connaissances m\u00e9dicales, elle est imm\u00e9diatement projet\u00e9e des ann\u00e9es en arri\u00e8re. \u00abJ\u2019ai fait ma formation \u00e0 Londres. Mon premier poste \u00e9tait dans une unit\u00e9 d\u2019urgences o\u00f9 l\u2019on accueillait des patient-es atteint-es du sida aux joues \u00e9maci\u00e9es, avec le sarcome de Kaposi, une forme de cancer qui provoque notamment des taches sur la peau ou encore des maladies opportunistes\u2026 Quand j\u2019ai re\u00e7u le diagnostic, je me suis vue mourir dans l\u2019ann\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Tr\u00e8s vite, les \u00e9quipes m\u00e9dicales la rassurent. Elle conna\u00eet les bonnes questions \u00e0 poser. Elle comprend qu\u2019elle ne va pas mourir, qu\u2019elle va vivre. Et m\u00eame bien vivre. Pourtant, un autre combat commence: celui du silence. \u00abAu d\u00e9but, je ne voulais pas en parler. Il fallait d\u2019abord que j\u2019accepte la maladie moi-m\u00eame. Je faisais partie des personnes qui pensaient \u00eatre inform\u00e9es, alors que non. M\u00eame dans certains domaines m\u00e9dicaux, les avanc\u00e9es sur le VIH ne sont pas bien connues. Moi-m\u00eame, je me stigmatisais.\u00bb<\/p>\n<p>Les trois premi\u00e8res ann\u00e9es, elle garde tout pour elle. \u00abLe secret, la peur, c\u2019est un poids \u00e9norme. J\u2019ai rencontr\u00e9 des personnes qui vivent avec le VIH depuis des ann\u00e9es sans jamais en avoir parl\u00e9 \u00e0 personne. \u00c0 leurs ami-es, \u00e0 leur famille.\u00bb<\/p>\n<p>Elle aussi a v\u00e9cu dans ce paradoxe: \u00abJe savais que je n\u2019\u00e9tais pas contagieuse, que je pouvais vivre une vie normale, avoir des relations, des enfants, allaiter. Mais je n\u2019osais pas en parler. Il faut dire qu\u2019autour de moi, personne n\u2019en parlait. \u00c0 un moment, je me suis dit qu\u2019il fallait que \u00e7a change et que j\u2019\u00e9tais hypocrite. Comment m\u2019attendre \u00e0 ce que d\u2019autres parlent de leur s\u00e9ropositivit\u00e9 si, moi-m\u00eame, je cachais la mienne?\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, elle a 57 ans et se sent en pleine forme. Surtout, elle a d\u00e9cid\u00e9 de parler, justement pour que \u00e7a change. \u00abLeVIH n\u2019est pas une punition divine, ni une question de p\u00e9ch\u00e9. Ce discours religieux ou moral, cette culpabilit\u00e9 int\u00e9rioris\u00e9e, c\u2019est destructeur. Il faut en parler, et en parler sans stigmatiser. C\u2019est une infection chronique, mais nous ne sommes pas malades. Tant qu\u2019on ne parlera pas de ce que c\u2019est de vivre avec le VIH aujourd\u2019hui, les gens ne se feront pas tester. Et ils continueront de se mettre en danger.\u00bb<\/p>\n<p>M\u00eame si certaines peurs refont surface \u2013 comme lors de la pand\u00e9mie de Covid, o\u00f9 chaque fi\u00e8vre lui rappelait sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u2013 Ellen vit aujourd\u2019hui avec s\u00e9r\u00e9nit\u00e9. \u00abAutour de moi, personne ne m\u2019a rejet\u00e9e. Je vis beaucoup mieux, psychologiquement et \u00e9motionnellement, depuis que je parle de mon diagnostic. Il ne devrait pas y avoir besoin de projets pour que la parole se lib\u00e8re. Mais tant que c\u2019est n\u00e9cessaire, je veux prendre cette place et participer \u00e0 ces projets. Moi, je veux dire: on est l\u00e0, on vit bien et on n\u2019a pas \u00e0 avoir honte.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Transmission: une r\u00e9alit\u00e9 transform\u00e9e<\/span><\/h4>\n<div id=\"c1642\" class=\"frame frame-default frame-type-text frame-layout-0\">\n<p>Parmi les avanc\u00e9es majeures de la recherche, l\u2019une des plus bouleversantes concerne\u00a0la transmission du virus. Une personne vivant avec le VIH et suivant un traitement antir\u00e9troviral devient non transmissible d\u00e8s que sa charge virale demeure ind\u00e9tectable durant six mois. Ce principe, connu sous le nom de \u00abInd\u00e9tectable = Intransmissible\u00bb est le fruit d\u2019une r\u00e9volution m\u00e9dicale qui permet \u00e0 des couples s\u00e9rodiscordants \u2014 l\u2019un des partenaires \u00e9tant porteur du virus, l\u2019autre non \u2014 de vivre sereinement, sans risque de transmission m\u00eame lors de rapports sexuels non prot\u00e9g\u00e9s.<\/p>\n<\/div>\n<div id=\"c1657\" class=\"frame frame-default frame-type-text frame-layout-0\">\n<p>Pour Matthias Cavassini, une autre situation illustre le chemin parcouru par la recherche m\u00e9dicale: celle des femmes enceintes. \u00abSans traitement, le risque de transmission du VIH de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant lors d\u2019un accouchement par voie basse est de 25 \u00e0 30%, ce qui est \u00e9norme. Mais aujourd\u2019hui, une femme qui d\u00e9bute une trith\u00e9rapie pendant la grossesse peut accoucher par voie basse sans risque pour son b\u00e9b\u00e9.\u00bb Cette avanc\u00e9e ouvre la voie \u00e0 une maternit\u00e9 apais\u00e9e pour les personnes vivant avec le VIH. \u00abElles peuvent m\u00eame allaiter sans danger pour l\u2019enfant.\u00bb La Suisse est consid\u00e9r\u00e9e comme pionni\u00e8re dans le suivi des femmes enceintes et s\u00e9ropositives. Depuis 2018, les autorit\u00e9s sanitaires suisses accompagnent les m\u00e8res souhaitant allaiter et dont la charge virale est ind\u00e9tectable depuis six mois.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Des clich\u00e9s tenaces et faux<\/span><\/h4>\n<p><strong>Parmi les personnes interrog\u00e9es par l\u2019enqu\u00eate \u00abDans quelle mesure sommes-nous inform\u00e9-e-x-s sur le VIH en Suisse, 2024\u00bb de Gilead Sciences:<\/strong><\/p>\n<p><strong>78%\u00a0<\/strong>ignorent qu\u2019un individu vivant avec le VIH, et sous traitement depuis au moins 6 mois, ne peut pas transmettre le virus via des relations sexuelles.<\/p>\n<p><strong>45%<\/strong>\u00a0se sont faites test\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>22%<\/strong>\u00a0pensent que le VIH se transmet par un baiser.<\/p>\n<p><strong>7%\u00a0<\/strong>pensent que le VIH se transmet en partageant des toilettes.<\/p>\n<h5>Source: Enqu\u00eate Gilead Sciences :<i>\u00abDans quelle mesure sommes-nous inform\u00e9-e-x-s sur le VIH en Suisse, 2024\u00bb<\/i><\/h5>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">Une r\u00e9alit\u00e9 sociale en d\u00e9calage<\/span><\/h4>\n<p>Les progr\u00e8s scientifiques ont r\u00e9volutionn\u00e9 la prise en charge du VIH. Mais la soci\u00e9t\u00e9, elle, peine \u00e0 suivre. \u00abIl y a un d\u00e9calage profond entre l\u2019image fantasm\u00e9e du VIH et la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale\u00bb, observe David Jackson Perry, docteur en sociologie et coordinateur de projets en lien avec le VIH au CHUV.<\/p>\n<p>La confusion entre VIH et sida est l\u2019un des exemples d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 la tra\u00eene dans sa perception du virus. Dans les discours m\u00e9diatiques comme dans le langage courant, les deux termes sont souvent utilis\u00e9s de mani\u00e8re interchangeable. \u00abIl n\u2019est pas rare d\u2019entendre quelqu\u2019un dire \u201cavoir le sida\u201d pour d\u00e9signer une personne vivant avec le VIH. Or, si cette personne est sous traitement et que c\u2019est efficace, elle ne d\u00e9veloppera jamais le sida et ne transmettra jamais le virus. C\u2019est une confusion non seulement fausse, mais aussi discriminante\u00bb, insiste le sp\u00e9cialiste.<\/p>\n<p>Ce glissement s\u00e9mantique alimente une vision catastrophiste du VIH, d\u00e9connect\u00e9e des r\u00e9alit\u00e9s contemporaines. Et il ne s\u2019agirait que de la partie visible d\u2019un d\u00e9ficit plus global en mati\u00e8re de connaissances aupr\u00e8s de la population. \u00abCe qui est inqui\u00e9tant, c\u2019est que presque 80% des gens pensent \u00eatre bien inform\u00e9s, alors qu\u2019une grande partie d\u2019entre eux ne savent pas pr\u00e9cis\u00e9ment comment se transmet le virus.\u00bb<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, cette m\u00e9connaissance ne se limite pas au grand public. \u00abDes \u00e9tudes montrent que m\u00eame certain-es professionnel-les de la sant\u00e9 ne ma\u00eetrisent pas totalement les modes de transmission ni l\u2019efficacit\u00e9 des traitements. Cela peut conduire \u00e0 des erreurs de prise en charge, voire \u00e0 des refus de soins\u00bb, alerte le sp\u00e9cialiste en sant\u00e9 sexuelle.<\/p>\n<p>Pour lui, il est imp\u00e9ratif que la soci\u00e9t\u00e9 revoie son rapport au VIH et ses connaissances en la mati\u00e8re. Et cela passe notamment par une parole plus ouverte et inclusive autour de la sexualit\u00e9. \u00abIl faut cesser de penser que seules certaines communaut\u00e9s sont concern\u00e9es. Tout le monde l\u2019est, y compris les personnes h\u00e9t\u00e9rosexuelles\u00bb, mart\u00e8le-t-il. Les donn\u00e9es le confirment: au Royaume-Uni, par exemple, les nouvelles transmissions chez les personnes h\u00e9t\u00e9rosexuelles ont r\u00e9cemment d\u00e9pass\u00e9 celles observ\u00e9es au sein des communaut\u00e9s LGBTQIA+.<\/p>\n<p>Ce paradoxe souligne un d\u00e9fi majeur en mati\u00e8re de pr\u00e9vention. \u00abLe message est compliqu\u00e9 \u00e0 faire passer: il ne faut pas faire peur, mais il faut responsabiliser. C\u2019est un \u00e9quilibre difficile. Il est imp\u00e9ratif que les personnes soient suffisamment sensibilis\u00e9es \u00e0 ce qu\u2019est le VIH \u2013 soit une maladie chronique qui peut toucher tout le monde \u2013 pour qu\u2019elles se sentent concern\u00e9es et aillent se faire d\u00e9pister. L\u00e0 est l\u2019urgence: banaliser le d\u00e9pistage.\u00bb<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">VIH: bien nommer pour mieux comprendre<\/span><\/h4>\n<p>Trop souvent, le VIH est encore \u00e9voqu\u00e9 avec une terminologie dat\u00e9e, stigmatisante ou m\u00e9dicalement inexacte. Pourtant, les mots justes existent. Tour d\u2019horizon s\u00e9mantique.<\/p>\n<p><strong>Qui sont les personnes concern\u00e9es?\u00a0<\/strong><br \/>\nOn ne parle plus de \u00abmalades du sida\u00bb ou de \u00abs\u00e9ropositifs\u00bb, mais de personnes vivant avec le VIH. Cette expression refl\u00e8te la r\u00e9alit\u00e9 actuelle: avec un traitement efficace, on peut vivre longtemps, en bonne sant\u00e9 et sans transmettre le virus. Au terme \u00abgroupes \u00e0 risque\u00bb, on pr\u00e9f\u00e9rera utiliser \u00abpratiques \u00e0 risque\u00bb. Le VIH \u00e9tant fortement associ\u00e9 \u00e0 la communaut\u00e9 gay, nombre de personnes h\u00e9t\u00e9rosexuelles, surtout les hommes, ne se sentent pas concern\u00e9s, alors que les infections augmentent aupr\u00e8s de cette population.<\/p>\n<p><strong>Comment en parler?<\/strong><br \/>\nOn \u00e9vite de parler \u00abd\u2019infection\u00bb ou de \u00abcas VIH\u00bb. On dira plut\u00f4t: nouveau diagnostic ou personne nouvellement diagnostiqu\u00e9e. Le VIH n\u2019est pas un jugement, encore moins une punition: c\u2019est une r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale qui se g\u00e8re.<\/p>\n<p><strong>Et la transmission?<\/strong><br \/>\nFinis les termes culpabilisants comme \u00abrapports non prot\u00e9g\u00e9s\u00bb. On parle de transmission sexuelle ou verticale (de la m\u00e8re \u00e0 l\u2019enfant), en int\u00e9grant les notions de r\u00e9duction des risques.<\/p>\n<hr \/>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">D\u00e9sapprendre la peur<\/span><\/h4>\n<p>Si le VIH continue de susciter autant de peur, c\u2019est aussi en raison de son empreinte dans l\u2019imaginaire collectif. Les campagnes de pr\u00e9vention des ann\u00e9es 1980 et 1990, souvent alarmistes, ont durablement marqu\u00e9 les esprits.<\/p>\n<p>En Suisse, la bande dessin\u00e9e \u00abJo\u00bb de Derib, diffus\u00e9e massivement dans les \u00e9coles, en est un exemple. On y suit une adolescente contamin\u00e9e par le VIH, dont l\u2019\u00e9tat se d\u00e9grade rapidement jusqu\u2019\u00e0 la mort. Les visages \u00e9maci\u00e9s, la douleur omnipr\u00e9sente et la fin tragique ont laiss\u00e9 une trace ind\u00e9l\u00e9bile dans l\u2019inconscient collectif.<\/p>\n<p>Cette \u0153uvre, comme tant d\u2019autres \u00e0 l\u2019\u00e9poque, a profond\u00e9ment associ\u00e9 le VIH \u00e0 la souffrance, \u00e0 la honte et \u00e0 une issue fatale. Or, cette image ne correspond en rien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 m\u00e9dicale en 2025. \u00abIl est temps de d\u00e9construire ces repr\u00e9sentations h\u00e9rit\u00e9es du pass\u00e9 pour faire place \u00e0 une information juste, bienveillante et actualis\u00e9e\u00bb, conclut David Jackson-Perry.<\/p>\n<hr \/>\n<header>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00abAu moment du diagnostic, il faut remettre \u00e0 jour les connaissances des patient-es\u00bb<\/span><\/h4>\n<\/header>\n<p>Isabel Cobos et Corine Courvoisier sont infirmi\u00e8res sp\u00e9cialis\u00e9es. Toutes deux travaillent pour la consultation ambulatoire des maladies infectieuses au CHUV. Aux c\u00f4t\u00e9s d\u2019autres professionnel-les de la sant\u00e9, dont David Jackson-Perry, elles ont mis sur pied des groupes de parole o\u00f9 les personnes concern\u00e9es par le VIH se retrouvent et \u00e9changent.<\/p>\n<p>Sur le terrain, les deux femmes sont en premi\u00e8re ligne pour aider les patient-es \u00e0 accueillir un r\u00e9cent diagnostic au VIH. \u00abNous rencontrons souvent les patient-es peu apr\u00e8s qu\u2019on leur ait annonc\u00e9 leur diagnostic. Ce qu\u2019on constate, c\u2019est que beaucoup se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 des repr\u00e9sentations tr\u00e8s anciennes, influenc\u00e9es par des images du sida vues dans des films ou entendues dans des r\u00e9cits datant du d\u00e9but de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie\u00bb.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9calage entre la r\u00e9alit\u00e9 actuelle \u2014 un VIH devenu maladie chronique \u2014 et les imaginaires collectifs est un enjeu majeur. \u00abIl est essentiel de rassurer, de remettre \u00e0 jour les connaissances et de montrer que l\u2019on peut vivre avec une bonne qualit\u00e9 de vie\u00bb.<\/p>\n<p>Car vivre avec le VIH, c\u2019est surtout d\u00e9construire les id\u00e9es re\u00e7ues sur le virus. \u00abOn explique \u00e0 la personne qu\u2019elle va pouvoir vivre normalement, avoir des relations, des enfants\u2026 Mais encore faut-il qu\u2019elle parvienne \u00e0 int\u00e9grer ces \u00e9l\u00e9ments. C\u2019est ce chemin-l\u00e0 qui prend du temps\u00bb, explique Isabel Cobos.<\/p>\n<p>\u00abBeaucoup de nos patient-es ne connaissent aucune autre personne vivant avec le VIH. Cela renforce le sentiment d\u2019\u00eatre seul-e\u00bb, compl\u00e8te Corinne Courvoisier. Pour y r\u00e9pondre, les deux soignantes ont mis en place des ateliers collectifs autour de th\u00e9matiques sensibles: comme la vie affective et sexuelle, l\u2019annonce du diagnostic ou encore le vieillissement.\u00a0\u00abL\u2019id\u00e9e est de favoriser le partage d\u2019exp\u00e9riences, d\u2019encourager les personnes \u00e0 reprendre le pouvoir sur leur sant\u00e9\u00bb, insistent les soignantes.<\/p>\n<p>Un programme de mentorat vient \u00e9galement compl\u00e9ter ce dispositif. Il permet \u00e0 des personnes vivant avec le VIH, issues de parcours vari\u00e9s, de se rendre disponibles pour accompagner d\u2019autres patient-es. \u00abCe v\u00e9cu exp\u00e9rientiel a une port\u00e9e que nos messages professionnels n\u2019ont pas toujours. Il cr\u00e9e du lien, de l\u2019identification et m\u00eame un v\u00e9ritable d\u00e9clic\u00bb, explique Corinne Courvoisier.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quarante ans apr\u00e8s la d\u00e9couverte du VIH, les avanc\u00e9es m\u00e9dicales sont impressionnantes, mais il reste du chemin \u00e0 faire pour que la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9volue.<\/p>\n","protected":false},"author":20280,"featured_media":15835,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-15834","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15834","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20280"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15834"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15834\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15838,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15834\/revisions\/15838"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15835"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15834"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15834"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15834"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}