


{"id":15757,"date":"2025-07-01T17:00:24","date_gmt":"2025-07-01T15:00:24","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15757"},"modified":"2025-07-01T08:47:01","modified_gmt":"2025-07-01T06:47:01","slug":"sylviculture","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15757","title":{"rendered":"Comment les forestiers pr\u00e9parent l\u2019avenir"},"content":{"rendered":"<p>\u00abVous voyez ce mini-ch\u00eane? Si on ne fait rien, il ne passera pas l\u2019\u00e9t\u00e9.\u00bb La serpe de Patrick Ginggen s\u2019abat sur les ronces et les h\u00eatres qui cernent la jeune pousse. \u00abIci, la nature ferait du h\u00eatre, mais nous voulons du ch\u00eane\u00bb, explique le garde forestier de Boudry, dans le canton de Neuch\u00e2tel. Sous une pluie printani\u00e8re, il \u00absoigne\u00bb une petite parcelle d\u00e9gag\u00e9e de cette for\u00eat situ\u00e9e sur la rive gauche des gorges de l\u2019Areuse, pour favoriser l\u2019arbre aux feuilles lob\u00e9es. Friand de chaleur, le ch\u00eane est adapt\u00e9 au r\u00e9chauffement climatique, contrairement au h\u00eatre, qui appr\u00e9cie la fra\u00eecheur et craint la s\u00e9cheresse. Dans cette r\u00e9gion de basse altitude expos\u00e9e au sud, cette essence aura du mal \u00e0 survivre. Avec sa serpe, Patrick Ginggen \u00abpr\u00e9pare l\u2019avenir\u00bb.<\/p>\n<p>Du ch\u00eane est cultiv\u00e9 dans cette r\u00e9gion depuis le Moyen-\u00c2ge \u00abpour la p\u00e2ture des cochons\u00bb, raconte le garde forestier. C\u2019est pourquoi de tr\u00e8s vieux repr\u00e9sentants de cette essence peuplent d\u00e9j\u00e0 les lieux. Pas besoin de semer des glands, donc. Le sol en regorge. Mais pour qu\u2019ils se transforment en ch\u00eanes, il leur faut du soleil. Pour ce faire, on a le choix entre attendre qu\u2019une temp\u00eate fasse tomber des arbres ou acc\u00e9l\u00e9rer les choses par des coupes pour cr\u00e9er des puits de lumi\u00e8re. Les forestiers comme Patrick Ginggen se transforment alors en \u00e9clairagistes, ajustant le variateur selon les esp\u00e8ces privil\u00e9gi\u00e9es et les sp\u00e9cificit\u00e9s locales.<\/p>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Interventions restreintes<\/strong>\u00a0<\/span><\/h4>\n<p>Les grandes \u00e9claircies d\u2019un hectare, c\u2019est du pass\u00e9\u00a0 dans ce type de secteur chaud et ensoleill\u00e9. Elles ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duites progressivement et l\u2019\u00e9quipe du Centre forestier de la Montagne de Boudry exp\u00e9rimente depuis quelques ann\u00e9es des ouvertures de quelques centaines de m\u00e8tres carr\u00e9s seulement. \u00abL\u2019id\u00e9e est d\u2019intervenir par petites touches, afin de conserver un maximum le couvert forestier et de ne pas ass\u00e9cher les sols\u00bb, souligne notre interlocuteur.<\/p>\n<p>Dans la zone o\u00f9 nous nous trouvons, d\u00e9garnie il y a six ou sept ans, des ch\u00eanes atteignent d\u00e9j\u00e0 deux m\u00e8tres de haut. Ils seront chaperonn\u00e9s pendant une vingtaine d\u2019ann\u00e9es. \u00abUn gros probl\u00e8me, ce sont les ronces, dit Patrick Ginggen. Elles poussent tr\u00e8s vite et le ch\u00eane ne passe pas \u00e0 travers.\u00bb Elles doivent \u00eatre r\u00e9guli\u00e8rement sectionn\u00e9es ou arrach\u00e9es, \u00e0 la main. Et puis il y a le h\u00eatre, qui joue \u00e0 domicile et n\u2019entend pas abandonner la partie si facilement. \u00abSi on ne le ralentit pas, il va faire de l\u2019ombre au ch\u00eane avec son feuillage et entraver sa croissance\u00bb, insiste le garde forestier en donnant de la serpe autour de lui. Un noisetier passe aussi sous sa lame. Les buissons ne sont pas les bienvenus pour l\u2019instant, trop concurrentiels \u00e0 ce stade.<\/p>\n<p>Un peu plus loin, hors du p\u00e9rim\u00e8tre test, deux majestueux ch\u00eanes d\u2019un si\u00e8cle et demi se dressent c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. Leurs couronnes se touchent, ce qui ne pla\u00eet pas \u00e0 Patrick Ginggen. \u00abNous allons peut-\u00eatre devoir en enlever un. Le but est d\u2019avoir la plus grande couronne possible, pour optimiser la production de bois et de fruits. Aucun autre arbre ne doit venir la chatouiller.\u00bb Ch\u00eanes y compris. Certains sp\u00e9cimens jouissent toutefois d\u2019une immunit\u00e9 particuli\u00e8re. Comme cet individu de taille plus modeste, marqu\u00e9 d\u2019un \u00abH\u00bb orange. \u00abC\u2019est un arbre habitat. Il abrite des pics et des chauves-souris. On ne le touche pas<\/p>\n<div id=\"attachment_15758\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignnone\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" aria-describedby=\"caption-attachment-15758\" class=\"size-medium wp-image-15758\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/foret-300x199.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"199\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/foret-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2025\/07\/foret.jpg 468w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-15758\" class=\"wp-caption-text\">Patrick Ginggen (r), F\u00f6rster beim Kanton Neuenburg, am Montag (05.05.25) in einem Waldst\u00fcck in Boudry. Caroline Krajcir\/Lunax\/BAFU<\/p><\/div>\n<div class=\"mx-auto ~px-5\/20 lg:~px-20 xl:px-0 max-w-4xl\" data-editor-target=\"4\">\n<div class=\"bard\">\n<p><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Les le\u00e7ons de\u00a0<em>Lothar\u00a0<\/em><\/strong>\u00a0<\/span><\/p>\n<p>Les m\u00e9thodes appliqu\u00e9es \u00e0 Boudry constituent un parfait exemple de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration foresti\u00e8re proche de la nature, telle que pratiqu\u00e9e aujourd\u2019hui en Suisse. \u00abCe mode de sylviculture s\u2019inspire des processus naturels afin de faciliter la transformation de la for\u00eat face au r\u00e9chauffement climatique\u00bb, r\u00e9sume Robert Jenni depuis son bureau \u00e0 Berne. Collaborateur scientifique \u00e0 la Division For\u00eats de l\u2019Office f\u00e9d\u00e9ral de l\u2019environnement (OFEV), sp\u00e9cialiste de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration aupr\u00e8s de la Conf\u00e9d\u00e9ration. \u00abUne temp\u00eate comme\u00a0<em>Lothar<\/em>\u00a0en 1999 nous a montr\u00e9 que des trou\u00e9es peuvent dynamiser la for\u00eat de mani\u00e8re tr\u00e8s forte, en permettant l\u2019installation d\u2019esp\u00e8ces h\u00e9liophiles et en amenant de la diversit\u00e9\u00bb, ajoute le sp\u00e9cialiste. Et justement, plus la for\u00eat est diversifi\u00e9e, plus elle est r\u00e9siliente.<\/p>\n<p>C\u2019est ce qui explique l\u2019int\u00e9r\u00eat des coupes contr\u00f4l\u00e9es, qui imitent le travail de la nature. \u00abCe n\u2019est pas parce qu\u2019on abat de vieux arbres qu\u2019on d\u00e9truit la for\u00eat, au contraire\u00bb, rassure Robert Jenni. Du reste, certains peuplements ont d\u00fb \u00eatre massivement exploit\u00e9s ces derni\u00e8res ann\u00e9es en raison de la prolif\u00e9ration de ravageurs. C\u2019est le cas de l\u2019\u00e9pic\u00e9a, victime du bostryche, un col\u00e9opt\u00e8re.<\/p>\n<p>Souvent, il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019effectuer des plantations apr\u00e8s un d\u00e9boisement. Selon le rapport forestier 2025 de l\u2019OFEV, elles ne repr\u00e9sentent que 9,1% du rajeunissement en Suisse. \u00abUne plantation co\u00fbte cinq \u00e0 dix fois plus cher qu\u2019une surface laiss\u00e9e \u00e0 la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle, indique Robert Jenni. Il faut pr\u00e9parer le terrain, acheter les plants, les prot\u00e9ger contre l\u2019app\u00e9tit du gibier. On le fait dans certains cas, car les arbres qui se ress\u00e8ment ne sont pas toujours ceux que l\u2019on attend. Et s\u2019il n\u2019y a pas de ch\u00eanes, il n\u2019y a pas de glands.\u00bb Pour savoir quoi planter, les praticiens peuvent se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019application Tree App de la Conf\u00e9d\u00e9ration.<\/p>\n<p>En parlant de gibier, son go\u00fbt pour les arbrisseaux complique-t-il la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration? \u00ab\u00c7a d\u00e9pend des endroits, r\u00e9pond Robert Jenni. Les donn\u00e9es de l\u2019Inventaire forestier national sont insuffisantes pour refl\u00e9ter les sp\u00e9cificit\u00e9s r\u00e9gionales. La mise en valeur de donn\u00e9es cantonales nous a n\u00e9anmoins d\u00e9montr\u00e9 que dans bien des cas la situation est satisfaisante, mais il y a clairement aussi des points noirs, notamment dans les Alpes.\u00bb<\/p>\n<h4><span style=\"font-size: 14pt;\"><strong>Avenir incertain<\/strong>\u00a0<\/span><\/h4>\n<p>Retour \u00e0 Boudry. La pluie redouble d\u2019intensit\u00e9. Dans ces bois, les chevreuils ne posent actuellement pas de probl\u00e8me, selon Patrick Ginggen. Le lynx semble faire son travail de r\u00e9gulation. Le garde forestier a d\u2019autres soucis, \u00e0 commencer par les plantes invasives: ailantes,\u00abJe pense qu\u2019elles vont \u00e9voluer plus vite qu\u2019on ne le croit.\u00bb<\/p>\n<p>Les insectes exotiques et les maladies n\u2019aident pas non plus. \u00abPrenez le fr\u00eane, une essence de lumi\u00e8re qu\u2019on aimerait encourager. Huit arbres sur dix sont d\u00e9cim\u00e9s par la chalarose, un champignon. C\u2019est dommage.\u00bb Le r\u00e9chauffement accroit aussi le risque d\u2019incendies. Autant d\u2019incertitudes avec lesquelles compose Patrick Ginggen. Malgr\u00e9 tout, il se montre confiant quant \u00e0 l\u2019avenir des for\u00eats. \u00abElles s\u2019adapteront, comme elles l\u2019ont toujours fait.\u00bb Avec un coup de pouce humain.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<section class=\"~py-10\/15\" data-editor-target=\"5\">\n<div class=\"mx-auto ~px-5\/20 lg:~px-20 xl:px-0 max-w-[65.8125rem]\">\n<div class=\"~my-4\/5 bg-green-600 text-white ~px-8\/16 ~pt-8\/12 ~pb-8\/14 conclusion\">\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013\u2013<\/div>\n<div>\n<h4 class=\"~text-3xl\/6xl font-bold\"><span style=\"font-size: 14pt;\">\u00c0 La Chaux-de-Fonds, une r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle<\/span><\/h4>\n<div class=\"prose bard text-white ~mt-4\/5 prose-p:leading-[140%] lg:prose-p:leading-[155%] prose-a:!text-green-400 prose-a:underline-offset-4 prose-strong:text-inherit\">\n<p>C\u2019\u00e9tait le 24 juillet 2023. Une temp\u00eate d\u2019une rare violence s\u2019abattait sur La Chaux-de-Fonds (NE). Elle a tout ravag\u00e9 sur un couloir de 2 kilom\u00e8tres de large. \u00abCertaines for\u00eats ont \u00e9t\u00e9 totalement mises \u00e0 plat\u00bb, rapporte Pascal Schneider, ing\u00e9nieur forestier de l\u2019arrondissement des Montagnes neuch\u00e2teloises. Pr\u00e8s de deux ans plus tard, \u00abla for\u00eat r\u00e9agit bien\u00bb, observe-t-il. Aucune plantation n\u2019a \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e. La r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration se fait naturellement. D\u00e9barrass\u00e9es des grands arbres qui leur faisaient de l\u2019ombre, les essences de lumi\u00e8re comme le merisier, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9sentes dans le sous-\u00e9tage, prosp\u00e8rent. Elles ont \u00e9t\u00e9 aid\u00e9es par une ann\u00e9e 2024 bien arros\u00e9e durant la p\u00e9riode de v\u00e9g\u00e9tation. Le fr\u00eane ou l\u2019\u00e9rable sycomore profitent aussi de leur nouvelle place au soleil. M\u00eame si, pour le fr\u00eane, la menace de la chalarose plane. Une fois matures, ces arbres que l\u2019on veut justement favoriser pour faire face au r\u00e9chauffement climatique pourront se ressemer, enclenchant un cercle vertueux. \u00abDans les zones touch\u00e9es, on devrait arriver plus rapidement \u00e0 une for\u00eat compatible avec le r\u00e9chauffement\u00bb, pronostique le forestier. De mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, la r\u00e9silience de la for\u00eat suite \u00e0 cette temp\u00eate montre l\u2019importance de sa diversit\u00e9, tant dans sa composition que dans sa structure, pour Pascal Schneider. \u00abS\u2019il y avait eu de l\u2019\u00e9pic\u00e9a partout et rien pour prendre le relai, la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration aurait \u00e9t\u00e9 nettement plus compliqu\u00e9e. La biodiversit\u00e9, c\u2019est l\u2019assurance-vie de la for\u00eat.\u00bb<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/section>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour rajeunir nos for\u00eats et favoriser les esp\u00e8ces d\u2019arbres adapt\u00e9es \u00e0 la hausse des temp\u00e9ratures, les sp\u00e9cialistes s\u2019inspirent des processus naturels. Reportage dans le canton de Neuch\u00e2tel.<\/p>\n","protected":false},"author":19892,"featured_media":15758,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-15757","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15757","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/19892"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15757"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15757\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15760,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15757\/revisions\/15760"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15758"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15757"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15757"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15757"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}