



{"id":1572,"date":"2004-04-27T00:00:00","date_gmt":"2004-04-26T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1572"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1572","title":{"rendered":"\u00abCapturing the Friedmans\u00bb, le meilleur documentaire de l&rsquo;ann\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\u00abCapturing the Friedmans\u00bb ressemble \u00e0 du sable mouvant. Plus on avance dans la narration, plus le film se d\u00e9robe \u00e0 notre raisonnement, \u00e0 notre discernement, \u00e0 notre d\u00e9sir de v\u00e9rit\u00e9. Il y a plusieurs raisons \u00e0 cette confusion &#8212; la n\u00f4tre pas celle du film, dont l\u2019architecture est impeccable. <\/p>\n<p>La premi\u00e8re rel\u00e8ve de la multiplications des points de vue (celui des bourreaux, des victimes, des enqu\u00eateurs et des t\u00e9moins), dont aucun n&rsquo;est fiable; la seconde de la sophistication du montage qui m\u00eale films de famille en super 8 et interviews r\u00e9centes; la troisi\u00e8me r\u00e9sulte de la modification des t\u00e9moignages au fil du temps (le film couvre plusieurs ann\u00e9es). \u00abCapturing the Friedmans\u00bb emprunte la forme de la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9, ou plut\u00f4t du docu-soap, pour instruire une enqu\u00eate qui se termine par mille points d\u2019interrogation.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s 1h45 de projection, on ne sait toujours pas quoi penser de cette sale affaire. Qui est coupable? Et de quoi? Les crimes d\u00e9nonc\u00e9s ont-ils vraiment eu lieu? Le p\u00e8re a-t-il abus\u00e9 de ses fils? Les fils ont-ils h\u00e9rit\u00e9 du vice de leur p\u00e8re? Le syst\u00e8me des aveux est-il fiable? Qui manipule qui? Pour voir clair dans ce documentaire en tous points fascinant et d\u00e9stabilisant, le plus simple est d\u2019en trier tous les param\u00e8tres, un \u00e0 un.<\/p>\n<p><b>L\u2019histoire<\/b><br \/>\nDans les ann\u00e9es 80, les Friedman, famille juive am\u00e9ricaine issue de la classe moyenne, voient leur monde s\u2019\u00e9crouler quand le p\u00e8re, enseignant mod\u00e8le, est accus\u00e9 d\u2019avoir abus\u00e9 de plusieurs enfants. Pire, un de ses fils, Jesse, 18 ans, serait son complice. Un soir de Thanksgiving, les deux hommes sont embarqu\u00e9s par la police sous les yeux des m\u00e9dias qui s\u2019empressent de r\u00e9percuter le sordide fait divers. Quelques mois plus tard, 1000 chefs d\u2019inculpation leur seront signifi\u00e9s. Atroce fait divers ou fantasme collectif? Quoiqu\u2019il en soit, la communaut\u00e9 locale se d\u00e9cha\u00eene et la famille se d\u00e9sint\u00e8gre.<\/p>\n<p><b>L\u2019origine du film<\/b><br \/>\nAu d\u00e9part, Andrew Jarecki souhaitait r\u00e9aliser un film sur les clowns d\u2019anniversaire dans la r\u00e9gion de New York. Il a donc accompagn\u00e9 pendant trois mois le plus fameux d\u2019entre eux, David Friedman. En cours de tournage, David, tr\u00e8s agressif \u00e0 l\u2019\u00e9gard de sa m\u00e8re, ne cessait d\u2019\u00e9voquer un secret de famille dont il ne pouvait pas parler. Intrigu\u00e9 par son comportement, \u00e9tonn\u00e9 par sa col\u00e8re, Andrew Jarecki a commenc\u00e9 \u00e0 faire des recherches et a d\u00e9couvert toutes les coupures de presse relatives \u00e0 la famille Friedman, expos\u00e9e \u00e0 la vindicte populaire dans les ann\u00e9es 80. Le documentaire changea alors d\u2019objet. Pour l\u2019aider dans son investigation, David Friedman lui remet tous les films en super 8 tourn\u00e9s en famille, d\u2019abord par son p\u00e8re qu\u2019il n\u2019a cess\u00e9 d\u2019adorer puis par lui-m\u00eame et son fr\u00e8re. Tout a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9, les moments heureux comme les p\u00e9riodes de crise. En tout, 25 heures de vid\u00e9o. Ce mat\u00e9riau sera combin\u00e9 avec les t\u00e9moignage, treize ans plus tard, des m\u00eames protagonistes.<\/p>\n<p><b>T\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 transgress\u00e9e<\/b><br \/>\nGr\u00e2ce \u00e0 cette mati\u00e8re providentielle, Andrew Jarecki a r\u00e9alis\u00e9 un documentaire in vivo sur la d\u00e9sint\u00e9gration d\u2019une famille. Tout est vrai. Les protagonistes de l\u2019affaire &#8212; les Friedmans, les avocats, les journalistes et les t\u00e9moins &#8212; sont bien ceux qu\u2019on voit \u00e0 l\u2019\u00e9cran et rien n\u2019a \u00e9t\u00e9 reconstitu\u00e9. Pourtant, cette v\u00e9rit\u00e9 dans la m\u00e9thode n\u2019inclut aucune v\u00e9rit\u00e9 philosophique. Pourquoi? Parce que les propos de tous les personnages sont habit\u00e9s par le d\u00e9ni, le mensonge (mais peut-\u00eatre pas), l\u2019affabulation, la pression de la police ou des parents, la haine de l\u2019autre, la contradiction, le mim\u00e9tisme de groupe, la foi en ce qu\u2019ils r\u00eavent plut\u00f4t qu\u2019en ce qu\u2019ils vivent. Le vrai n\u2019induit pas forc\u00e9ment la v\u00e9rit\u00e9, ni l\u2019exhibitionnisme la transparence. Telle est une des morales du film. La seule chose dont on puisse \u00eatre s\u00fbr, c\u2019est de la p\u00e9dophilie du p\u00e8re. Il l\u2019avoue lui-m\u00eame en confessant qu\u2019enfant il faisait l\u2019amour \u00e0 son fr\u00e8re cadet &#8212; lequel ne s\u2019en souvient pas du tout. A la toute fin du film, on d\u00e9couvrira n\u00e9anmoins que ce petit fr\u00e8re est devenu homosexuel. <\/p>\n<p><b>Br\u00fblot contre la justice am\u00e9ricaine<\/b><br \/>\nLe film d\u00e9nonce moins une erreur judiciaire qu\u2019une erreur dans la proc\u00e9dure judiciaire: ce fameux \u00abplaider coupable\u00bb am\u00e9ricain qui assure \u00e0 l\u2019accus\u00e9 une r\u00e9duction de peine tandis que le \u00abnon coupable\u00bb peut se r\u00e9v\u00e9ler fatal si la preuve de son innocence n\u2019est pas faite. Ce syst\u00e8me pervers encourage ouvertement le faux t\u00e9moignage et les arrangements entre avocats. Sans preuve mat\u00e9rielle autre que la perquisition de revues pornographiques ill\u00e9gales \u00e0 son domicile, la justice a condamn\u00e9 le p\u00e8re qui s\u2019est suicid\u00e9 en prison et le fils qui a \u00e9cop\u00e9 de treize ans de prison. La justice am\u00e9ricaine est non seulement co\u00fbteuse, affirme Jarecki, mais elle est aussi broyeuse de destins.<\/p>\n<p><b>Critique acerbe de l\u2019hyst\u00e9rie collective<\/b><br \/>\nLe r\u00e9alisateur d\u00e9crit l\u2019hyst\u00e9rie qui s\u2019empare de la banlieue cossue de Long Island d\u00e8s que les premiers \u00e9l\u00e9ments de l\u2019enqu\u00eate furent r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Il a retrouv\u00e9 des enfants qui s\u2019\u00e9taient plaints d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 viol\u00e9s et qui se r\u00e9tractent aujourd\u2019hui. Ils disent avoir \u00e9t\u00e9 influenc\u00e9s par la police ou par leurs parents. Mais d\u2019autres persistent dans leurs d\u00e9clarations, faisant par le menu le r\u00e9cit de ces orgies scolaires. M\u00eame la m\u00e8re, ha\u00efe de ses fils, finira par se d\u00e9solidariser de sa famille, de son mari essentiellement, pour rejoindre la norme de son quartier, de ne pas \u00eatre exclue du voisinage, de pas \u00eatre une paria. Elle se remariera des ann\u00e9es plus tard.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abCapturing the Friedmans\u00bb est actuellement sur les \u00e9crans romands. Il a re\u00e7u le grand prix du jury \u00e0 Sundance en 2003.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Actuellement \u00e0 l&rsquo;affiche, le film d\u2019Andrew Jarecki montre la lente d\u00e9sint\u00e9gration d\u2019une famille am\u00e9ricaine apr\u00e8s l\u2019arrestation du p\u00e8re accus\u00e9 de p\u00e9dophilie. Un documentaire insaisissable, vertigineux et passionnant.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1572","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1572","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1572"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1572\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1572"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1572"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1572"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}