



{"id":1562,"date":"2004-04-13T00:00:00","date_gmt":"2004-04-12T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1562"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"epoque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1562","title":{"rendered":"Le smack sur la bouche, nouveau rituel adolescent"},"content":{"rendered":"<p>Deux \u00e9tudiantes se retrouvent dans la cour de l&rsquo;\u00e9cole. En guise de salut amical et au lieu des trois bises classiques, elles \u00e9changent un baiser furtif, sur les l\u00e8vres. Si cette sc\u00e8ne peut encore cr\u00e9er la surprise de ce c\u00f4t\u00e9-ci de la Sarine, elle est devenue parfaitement banale dans les cantons al\u00e9maniques o\u00f9, depuis quelques ann\u00e9es, la pratique du \u00absmack\u00bb fait partie des moeurs adolescentes: le l\u00e8vre-\u00e0-l\u00e8vre, \u00e0 la russe, a remplac\u00e9 le joue-contre-joue.<\/p>\n<p>\u00abTout le monde fait \u00e7a dans ma r\u00e9gion, y compris les filles timides et les plus s\u00e9rieuses\u00bb, raconte Karin, 16 ans, qui habite un village bernois. M\u00eame constat dans la m\u00e9tropole zurichoise, o\u00f9 Kim, 16 ans, distribue des baisers sur les l\u00e8vres sans m\u00eame y pr\u00eater attention: \u00abDepuis que j&rsquo;ai 13 ans, je fais des smacks sur la bouche non seulement \u00e0 mes copines, mais aussi aux filles que je serai amen\u00e9e \u00e0 revoir. C&rsquo;est plus rapide que de se faire trois bises et c&rsquo;est plus personnel.\u00bb<\/p>\n<p>De nombreuses adolescentes \u00e9tendent cette pratique \u00e0 l&rsquo;ensemble de leurs proches: \u00abC&rsquo;est aussi comme \u00e7a que j&#8217;embrasse mes soeurs, et m\u00eame certains gar\u00e7ons que je connais bien\u00bb, raconte Mirianne, \u00e9tudiante bernoise de 16 ans. L\u00e0 encore, personne ne s&rsquo;en offusque. \u00abMon petit ami n&rsquo;est pas du tout jaloux, pour lui c&rsquo;est normal de se saluer ainsi\u00bb, ajoute Karin. Les gar\u00e7ons se plient volontiers \u00e0 cette pratique, mais seulement avec les filles.<\/p>\n<p>La plupart des adolescentes expliquent qu&rsquo;elles ont adopt\u00e9 ce baiser chaste sur les l\u00e8vres d\u00e8s leur arriv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole secondaire, vers 12 ans, selon un sch\u00e9ma classique: les nouvelles venues imitent leurs a\u00een\u00e9es dans l&rsquo;espoir de s&rsquo;int\u00e9grer plus facilement et de gagner leur respect. Et la premi\u00e8re fois? Le baiser initial repr\u00e9sente-t-il une sorte de rite de passage \u00e0 l&rsquo;adolescence? Les novices doivent-elles verbaliser cet acte pour lui enlever sa charge \u00e9rotique? Apparemment pas. \u00abLe premier smack s&rsquo;\u00e9change naturellement, sans en parler avant\u00bb, raconte Rahel, 16 ans, dans un sourire qui d\u00e9voile un diamant incrust\u00e9 dans sa dent &#8212; comme pour attirer les regards vers cette bouche qu&rsquo;elle offre volontiers en signe d&rsquo;amiti\u00e9.<\/p>\n<p>\u00abLa premi\u00e8re fois que j&rsquo;ai vu deux adolescentes s&#8217;embrasser sur la bouche, \u00e7a m&rsquo;a paru vraiment bizarre, commente Jo\u00eblle, assistante de direction dans une \u00e9cole de fran\u00e7ais \u00e0 Gen\u00e8ve. Les deux filles \u00e9taient al\u00e9maniques.\u00bb Cette pratique se limite en effet \u00e0 la partie germanophone du pays. La fronti\u00e8re culturelle est m\u00eame particuli\u00e8rement nette: \u00abLa plupart des filles al\u00e9maniques le font, et aucune romande\u00bb, assure Lionel, 19 ans, \u00e9tudiant en ville de Bienne, o\u00f9 les deux communaut\u00e9s cohabitent.<\/p>\n<p>La mode du baiser sur la bouche s&rsquo;inscrit donc dans un ph\u00e9nom\u00e8ne plus large, celui du \u00abK\u00fcssgraben\u00bb (foss\u00e9 du baiser) auquel le journaliste Christoph B\u00fcchi a consacr\u00e9 un chapitre entier de son livre \u00abMariage de raison\u00bb (\u00e9ditions Zo\u00e9). \u00abDe mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, on s&#8217;embrasse volontiers en Suisse romande, alors que du c\u00f4t\u00e9 al\u00e9manique, entre amis ou coll\u00e8gues, on pr\u00e9f\u00e8re se serrer la main, et cela m\u00eame entre femmes, dit-il. J&rsquo;ai aussi observ\u00e9 que le langage du corps est plus r\u00e9serv\u00e9 en Suisse al\u00e9manique, m\u00eame si, paradoxalement, le rapport au corps y est plus naturel.\u00bb<\/p>\n<p>Constat identique chez son confr\u00e8re Freddy Gsteiger, qui consacre sa chronique hebdomadaire du Temps aux rapports entre Romands et Al\u00e9maniques: \u00abSi on part de l&rsquo;id\u00e9e re\u00e7ue que les Al\u00e9maniques sont moins d\u00e9monstratifs, alors ces baisers sur la bouche, plut\u00f4t chaleureux, indiquent que les jeunes Al\u00e9maniques veulent se d\u00e9marquer de leurs a\u00een\u00e9s.\u00bb Certaines adolescentes vont jusqu&rsquo;\u00e0 revendiquer cette volont\u00e9 d&rsquo;inverser les clich\u00e9s: \u00abOn g\u00e9n\u00e9ralise en disant que les Suisses allemands sont plus froids: mais vous voyez bien, on est tr\u00e8s ouverts!, s&rsquo;exclame Rahel. D&rsquo;habitude, les Romands nous regardent bizarrement quand on s&#8217;embrasse sur la bouche. Je suis jeune fille au pair, et la premi\u00e8re fois que ma famille d&rsquo;accueil a \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin de mes bises affectueuses, ils ont trouv\u00e9 \u00e7a curieux. Maintenant ils n&rsquo;y pr\u00eatent plus attention.\u00bb<\/p>\n<p>N&rsquo;y aurait-il pas aussi un zeste de provocation dans cette volont\u00e9 des adolescentes d&rsquo;afficher leurs contacts labiaux? Fran\u00e7ois Ladame, psychanalyste et auteur des \u00abEternels adolescents: comment devenir adulte\u00bb, constate que la soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;interdits s&rsquo;est transform\u00e9e en soci\u00e9t\u00e9 du possible: \u00abActuellement, il r\u00e8gne un certain flou artistique autour des normes culturelles, dit-il. Nous vivons dans une soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;individualisme o\u00f9 chacun concocte ses propres r\u00e8gles. Et en m\u00eame temps, il y a beaucoup d&rsquo;imitations que ce soit au niveau des v\u00eatements, des formes du corps.\u00bb Ce mim\u00e9tisme, associ\u00e9 \u00e0 une grande libert\u00e9, favoriserait la diffusion de nouveaux comportements tels que le baiser sur la bouche. \u00abNous importons all\u00e8grement des traditions qui ne sont pas les n\u00f4tres\u00bb, poursuit Fran\u00e7ois Ladame.<\/p>\n<p>Freddy Gsteiger rel\u00e8ve que \u00abcertains parents embrassent aussi leurs enfants sur les l\u00e8vres, \u00e0 l&rsquo;am\u00e9ricaine. De telles habitudes viennent sans doute des s\u00e9ries t\u00e9l\u00e9s des pays voisins.\u00bb Ce qui expliquerait l&rsquo;apparition d&rsquo;un \u00abfoss\u00e9 du baiser\u00bb: \u00abLes r\u00e9gions linguistiques de la Suisse ne sont pas impr\u00e9gn\u00e9s par les m\u00eames r\u00e9f\u00e9rences: elles ne subissent pas les m\u00eames influences culturelles.\u00bb<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 des traditions r\u00e9gionales, la g\u00e9n\u00e9ralisation du baiser sur les l\u00e8vres r\u00e9v\u00e8le un nouveau rapport \u00e0 l&rsquo;intimit\u00e9. Pierre Sind\u00e9lar, psychiatre et sexologue \u00e0 Gen\u00e8ve, a remarqu\u00e9 que \u00abl&rsquo;acc\u00e8s aux zones intimes des autres est plus facile d\u00e9sormais. De ce fait, certaines parties du corps se banalisent. Avec cette pratique, les adolescentes \u00abd\u00e9s\u00e9rotisent\u00bb totalement la bouche, une zone aux connotations \u00e9rog\u00e8nes \u00e9videntes. Et le risque de d\u00e9rive reste pr\u00e9occupant. On peut se demander si ces adolescentes franchiront de nouvelles limites pour se signifier leur amiti\u00e9.\u00bb <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des jeunes filles qui s\u2019embrassent sur les l\u00e8vres en toute innocence: cette pratique s\u2019est g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans les pr\u00e9aux de Suisse al\u00e9manique. Banalisation des zones intimes ou simple provocation? Enqu\u00eate.<\/p>\n","protected":false},"author":18108,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-1562","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1562","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/18108"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1562"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1562\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1562"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1562"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1562"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}