



{"id":15606,"date":"2024-10-02T22:40:03","date_gmt":"2024-10-02T20:40:03","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15606"},"modified":"2024-10-01T18:18:41","modified_gmt":"2024-10-01T16:18:41","slug":"climat-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15606","title":{"rendered":"R\u00e9chauffement: Des arbres soumis au stress thermique\u2009"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans le magazine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/magazine2024-3.html\">L\u2019Environnement<\/a>. Abonnez vous gratuitement<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/service-lecteurs-du-magazine-l-environnement\/service-d-abonnement-magazine.html\">\u00a0ici.<\/a><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Les cubes de verre aux allures futuristes du site de l\u2019Institut f\u00e9d\u00e9ral de recherches sur la for\u00eat, la neige\u00a0et le paysage WSL de Birmensdorf,\u00a0\u00e0 Zurich, sont visibles de loin. En s\u2019approchant, on se rend compte\u00a0que les serres vitr\u00e9es sont construites de mani\u00e8re \u00e0 emp\u00eacher l\u2019eau de pluie de s\u2019infiltrer. Sur certaines structures,\u00a0les parois lat\u00e9rales sont l\u00e9g\u00e8rement ouvertes afin de contr\u00f4ler la temp\u00e9rature. \u00c0 travers les vitres, on aper\u00e7oit des ch\u00eanes pubescents et des h\u00eatres d\u2019environ 6 ans. Ces installations,\u00a0des \u00e9cosyst\u00e8mes MODOEK, servent de terrain d\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009Nous nous demandons quelles essences d\u2019arbres sont aptes\u00a0\u00e0 affronter l\u2019avenir\u2009\u00bb, explique\u00a0Marcus Schaub du WSL, responsable de cette installation de recherche en tant que chef du groupe \u00c9cophysiologie. Depuis 1992, les chercheurs ont ainsi la possibilit\u00e9 de mesurer les cycles de l\u2019eau, du carbone et des nutriments des arbres au sein de cette exp\u00e9rience. Marcus Schaub ouvre la porte de l\u2019une des serres vitr\u00e9es et \u00e9carte un c\u00e2ble orange afin de mieux voir les petits arbres qu\u2019elle abrite. Seuls certains d\u2019entre eux ont l\u2019aspect de jeunes arbres sains en plein air.<\/p>\n<p><strong>Le h\u00eatre souffre, le ch\u00eane\u00a0se porte bien<\/strong><\/p>\n<p>Ce projet de recherche a commenc\u00e9 il y a huit ans. Christoph Bachofen, collaborateur scientifique, participe \u00e0 sa gestion. \u00ab\u2009Nous voulons d\u00e9couvrir, dans des conditions constantes et contr\u00f4l\u00e9es, comment ces essences de h\u00eatre et de ch\u00eane se comportent\u2009\u00bb, explique-t-il.\u00a0La s\u00e9cheresse due \u00e0 la chaleur entra\u00eene un risque croissant pour nos for\u00eats. Toutes les essences ne s\u2019accommodent pas de la hausse des temp\u00e9ratures et de la baisse des pr\u00e9cipitations.<\/p>\n<p>Les chercheurs ont choisi ces arbres pour l\u2019exp\u00e9rimentation parce que l\u2019on sait d\u00e9j\u00e0 que la chaleur provoque de graves dommages pour le h\u00eatre au nord des Alpes lors des \u00e9t\u00e9s caniculaires. En revanche, le ch\u00eane pubescent est une esp\u00e8ce qui s\u2019adapte bien \u00e0 la s\u00e9cheresse, puisqu\u2019il pousse en Europe occidentale, centrale et m\u00e9ridionale. \u00ab\u2009Cette essence remplacera probablement le pin sylvestre\u00a0\u00e0 moyen terme en Valais, comme le montre une exp\u00e9rience d\u2019irrigation du WSL dans le Bois de Finges\u2009\u00bb, pr\u00e9cise Marcus Schaub.<\/p>\n<p>Pour savoir si cette esp\u00e8ce de ch\u00eane est vraiment un arbre d\u2019avenir en Suisse, quatre conditions climatiques sont simul\u00e9es dans les seize serres situ\u00e9es derri\u00e8re l\u2019institut de recherche. Dans les quatre serres t\u00e9moins baptis\u00e9es \u00ab\u2009Control\u2009\u00bb, les arbres sont irrigu\u00e9s sans restriction. Comme les serres sont install\u00e9es sur des bassins en b\u00e9ton, il est possible de mesurer avec pr\u00e9cision la teneur en eau du sol. La temp\u00e9rature dans ces espaces est la m\u00eame qu\u2019\u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur. Dans quatre autres serres, les arbres ne re\u00e7oivent que\u00a0la moiti\u00e9 de l\u2019eau dont les sp\u00e9cimens ont besoin. Un autre quart des arbres pousse avec une temp\u00e9rature ambiante sup\u00e9rieure de cinq degr\u00e9s \u00e0 celle de l\u2019environnement naturel, garantie en permanence par des ventilateurs de chauffage plac\u00e9s\u00a0au centre des serres.<\/p>\n<p>Les petits arbres du dernier quart\u00a0de l\u2019installation sont plac\u00e9s dans des conditions encore plus extr\u00eames. Non seulement ils re\u00e7oivent deux fois moins d\u2019eau, mais ils doivent aussi survivre avec une temp\u00e9rature de cinq degr\u00e9s suppl\u00e9mentaires. \u00ab\u2009Nous voulons savoir ce qui se passerait si ces conditions survenaient au cours\u00a0des 100 ou 200 prochaines ann\u00e9es\u2009\u00bb, explique Christoph Bachofen.<\/p>\n<p><strong>Le manque d\u2019eau comme\u00a0probl\u00e8me majeur<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019impact de telles conditions sur les arbres est \u00e9vident\u2009: les petits arbres des serres extr\u00eames, o\u00f9 est simul\u00e9e une s\u00e9cheresse thermique, apparaissent ch\u00e9tifs. Ils ne mesurent pas plus de 50 centim\u00e8tres de haut. Alors que le nombre de feuilles des ch\u00eanes\u00a0a diminu\u00e9, les h\u00eatres ont r\u00e9duit la taille des leurs. La plupart d\u2019entre eux ont l\u2019air malades. Les bords des feuilles\u00a0se recourbent l\u00e9g\u00e8rement et prennent une teinte brune. Les arbres sont parfois plant\u00e9s de mani\u00e8re isol\u00e9e ou par groupes. \u00ab\u2009Ces diff\u00e9rentes combinaisons permettent d\u2019\u00e9tudier l\u2019effet de la composition des esp\u00e8ces. C\u2019est-\u00e0-dire, observer l\u2019effet de la concurrence entre les diff\u00e9rents sp\u00e9cimens et \u00e9tablir qui en profite ou qui la subit.\u2009\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15607\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Large011024.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Large011024.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Large011024-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/10\/Large011024-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>Ce dispositif sert aussi \u00e0 mesurer l\u2019entraide potentielle des arbres. En r\u00e9alit\u00e9, on en observe aucune. Au contraire, les essences se disputent l\u2019eau \u00e0 disposition et ce sont les ch\u00eanes qui gagnent. Un ph\u00e9nom\u00e8ne clairement visible dans la serre suivante, o\u00f9 les arbres re\u00e7oivent suffisamment d\u2019eau, mais sont constamment expos\u00e9s \u00e0\u00a0des temp\u00e9ratures sup\u00e9rieures de cinq degr\u00e9s. Marcus Schaub \u00e9value \u00e9galement la croissance des arbres.\u00a0Ici, les ch\u00eanes mesurent pr\u00e8s de trois m\u00e8tres de haut \u2013 environ deux fois plus que les h\u00eatres. Pourtant, ils n\u2019ont pas l\u2019air de pouvoir survivre longtemps. Leurs tiges sont si fines qu\u2019elles doivent \u00eatre attach\u00e9es \u00e0 un tuteur.<\/p>\n<p><strong>Le facteur temps joue\u00a0un r\u00f4le important<\/strong><\/p>\n<p>Les chercheurs examinent \u00e9galement l\u2019int\u00e9rieur de leurs arbres cobayes. Dans les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes, Janisse Deluigi, doctorante, v\u00e9rifie comment la photosynth\u00e8se des arbres soumis \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience s\u2019adapte \u00e0 l\u2019augmentation des temp\u00e9ratures. Elle observe \u00e0 quelle vitesse les feuilles peuvent absorber le CO2 et lib\u00e9rer de l\u2019humidit\u00e9. Cette question est existentielle, car la premi\u00e8re r\u00e9action des arbres \u00e0 la chaleur et \u00e0 la s\u00e9cheresse est de fermer les stomates de leurs feuilles afin de ne pas perdre trop d\u2019eau. Mais en m\u00eame temps, elles devraient absorber par les stomates ouverts le CO2 dont elles ont besoin pour la formation de sucre \u2013 donc de nourriture pour leur croissance. Ainsi, dans des situations extr\u00eames, l\u2019arbre se retrouve face \u00e0 un dilemme\u2009: il doit pour ainsi dire d\u00e9cider s\u2019il veut mourir de soif ou de faim.<\/p>\n<p>\u00ab\u2009La bonne nouvelle des derniers r\u00e9sultats de recherche est que si\u00a0un arbre a suffisamment de temps, il peut ajuster sa temp\u00e9rature optimale pour la photosynth\u00e8se, explique Christoph Bachofen. Ce seuil est ainsi d\u00e9cal\u00e9 de 24 \u00e0 27 degr\u00e9s.\u2009\u00bb Le temps n\u00e9cessaire pour y parvenir est encore \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Mais que se passe-t-il si la temp\u00e9rature moyenne augmente\u00a0de cinq degr\u00e9s et que l\u2019arbre n\u2019a pas assez de temps pour s\u2019adapter\u2009?\u00a0\u00ab\u2009La for\u00eat pourra globalement s\u2019autor\u00e9guler\u2009\u00bb, affirme Marcus Schaub. La for\u00eat est en effet capable de s\u2019adapter naturellement au fil du temps, mais cela s\u2019accompagne d\u2019un risque \u00e9lev\u00e9 de perte de performance, impliquant par exemple le d\u00e9clin de sa fonction protectrice. L\u2019adaptation active gr\u00e2ce\u00a0\u00e0 des mesures sylvicoles doit permettre de minimiser cette perte.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>De la parcelle individuelle\u00a0\u00e0 l\u2019\u00e9cosyst\u00e8me entier\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>La strat\u00e9gie de la surveillance des for\u00eats du WSL s\u2019applique \u00e0 diff\u00e9rents niveaux. Pour observer l\u2019effet du changement climatique sur les arbres, plusieurs conditions ont \u00e9t\u00e9 cr\u00e9es. Pr\u00e9sentation des diff\u00e9rents niveaux de l\u2019exp\u00e9rience.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 1\u2009<\/strong>: Exp\u00e9riences avec des plants d\u2019arbres dans des serres climatiques enti\u00e8rement contr\u00f4l\u00e9es afin de mieux comprendre les m\u00e9canismes et les processus en r\u00e9ponse aux conditions environnementales ext\u00e9rieures.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 2<\/strong>\u2009: Exp\u00e9riences avec de jeunes arbres dans des serres semi-ouvertes.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 3\u2009<\/strong>: Exp\u00e9rience d\u2019irrigation dans le Bois de Finges, pr\u00e9vue sur plus de vingt ans, entre Lo\u00e8che et Sierre dans le Valais. Les arbres, qui peuvent atteindre 120 ans, sont partiellement irrigu\u00e9s sur un hectare et le d\u00e9ficit de pression de vapeur est r\u00e9duit, ce qui alt\u00e8re la capacit\u00e9 d\u2019\u00e9vapotranspiration des plantes.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 4\u2009<\/strong>: Depuis 1994, la recherche \u00e0 long terme sur les \u00e9cosyst\u00e8mes forestiers LWF \u00e9tudie 19 sites s\u00e9lectionn\u00e9s en Suisse. Les donn\u00e9es relatives\u00a0\u00e0 la liti\u00e8re des arbres, \u00e0 l\u2019\u00e9tat des couronnes, au flux de s\u00e8ve dans\u00a0le tronc et \u00e0 la respiration du sol\u00a0y sont enregistr\u00e9es.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 5<\/strong>\u2009: L\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9cosyst\u00e8mes forestiers entiers est enregistr\u00e9.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 6<\/strong>\u2009: Sur la base de donn\u00e9es provenant d\u2019\u00e9chantillons, l\u2019Inventaire forestier national publie notamment des r\u00e9sultats sur la surface foresti\u00e8re, l\u2019accroissement, l\u2019exploitation, la diversit\u00e9 biologique et la qualit\u00e9 des for\u00eats de protection.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0 <strong>Niveau 7\u2009<\/strong>: Toutes ces donn\u00e9es sont rassembl\u00e9es dans des mod\u00e8les de pr\u00e9vision afin d\u2019obtenir une image de la for\u00eat du futur.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Comment nos arbres forestiers r\u00e9agissent-ils au changement climatique\u2009? Une \u00e9quipe cr\u00e9e des conditions artificielles pour analyser la capacit\u00e9 d\u2019adaptation de diff\u00e9rentes essences au climat du futur. Visite d\u2019un \u00e9cosyst\u00e8me exp\u00e9rimental.<\/p>\n","protected":false},"author":20337,"featured_media":15607,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-15606","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15606","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20337"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15606"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15606\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15608,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15606\/revisions\/15608"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15607"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15606"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15606"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15606"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}