



{"id":1560,"date":"2004-04-08T00:00:00","date_gmt":"2004-04-07T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1560"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1560","title":{"rendered":"Le p\u00e9riple intellectuel de Jo\u00eblle Kuntz \u00e0 travers les fronti\u00e8res"},"content":{"rendered":"<p>Comme tout le monde, j\u2019ai vu d\u2019innombrables h\u00f4tels Terminus, sans y descendre. Je me suis aussi laiss\u00e9 souvent transporter \u00e0 un terminus de bus ou de tramway pour me retrouver paum\u00e9 au milieu de terrains vagues. Mais jamais je n\u2019aurais pens\u00e9 qu\u2019il avait exist\u00e9 une fois une divinit\u00e9 nomm\u00e9e Terminus charg\u00e9e de pr\u00e9sider au respect des bornes et limites de la Rome h\u00e9ro\u00efque fond\u00e9e par Romulus en 753 avant J.-C.!<\/p>\n<p>C\u2019est sous le patronage de cette divinit\u00e9 que Jo\u00eblle Kuntz a plac\u00e9 son <a href= http:\/\/www.amazon.fr\/exec\/obidos\/ASIN\/2012356958\/largeurcom08 target=_Blank class=std>dernier essai<\/a> dont le sous-titre \u00abR\u00e9flexions sur les fronti\u00e8res d\u2019un monde globalis\u00e9\u00bb est plus explicite mais nettement moins enchanteur. <\/p>\n<p>La fin des bornes, des limites, des fronti\u00e8res, l\u2019affaire m\u00e9rite que l\u2019on s\u2019y arr\u00eate. Jo\u00eblle Kuntz le fait de mani\u00e8re alerte et stimulante, en gardant toujours au fil de digressions parfois surprenantes la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019humeur de la fillette qui s\u2019amusait \u00e0 sautiller entre France et Suisse sur sa fronti\u00e8re, le Foron, ruisseau des confins genevois:<\/p>\n<p><font size=2><\/p>\n<ul>Je saute sur les pierres qui font un passage. Un pas \u00e0 gauche, c\u2019est la Suisse, le monde de la Suisse, la m\u00e8re, l\u2019\u00e9cole s\u00e9v\u00e8re o\u00f9 il faut \u00e9crire en script, ne pas arriver en retard; un pas \u00e0 droite, la France, le beurre moins cher, l\u2019\u00e9criture souple et li\u00e9e dans le cahier scolaire, des cousins, des grands-parents, smala pleine de ragots et d\u2019histoires. En \u00e9quilibre sur la pierre du milieu, je joue \u00e0 deviner de quel c\u00f4t\u00e9 mon corps va tomber\u2026<\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Heureuse Jo\u00eblle que l\u2019histoire ne contraignit jamais \u00e0 choisir! Elle a pu en toute qui\u00e9tude cultiver son compatriotisme franco-suisse, tout en l\u2019\u00e9largissant au fil de ses d\u00e9couvertes ou de ses amiti\u00e9s \u00e0 d\u2019autres territoires immenses par leur pass\u00e9 tel le Portugal ou leur culture comme cette <a href=http:\/\/www.largeur.com\/expArt.asp?artID=1359>Bucovine<\/a> nagu\u00e8re flamboyante mais ensevelie aujourd\u2019hui sous les ruines de la Seconde Guerre mondiale.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re se pr\u00eate \u00e0 toutes les r\u00eaveries, chacun la percevant \u00e0 sa mani\u00e8re, \u00e0 moins, bien s\u00fbr, de se heurter aux barbel\u00e9s et miradors dont les r\u00e9gimes communistes se firent une sp\u00e9cialit\u00e9. Dans \u00abAdieu \u00e0 Terminus\u00bb, il en est une qui fait un \u00e9cho lointain au Foron d\u2019Annemasse, c\u2019est la Porta do Cerco, la porte que les Chinois dress\u00e8rent pour isoler Macao, ville portugaise, du continent:<\/p>\n<p><font size=2><\/p>\n<ul>La Porta do Cerco fut la jointure terrestre minuscule des civilisations occidentale et chinoise. Pos\u00e9e sur l\u2019isthme \u00e9troit qui retient l\u2019\u00eele au continent, elle est d\u2019abord un mur de pierres, ouvert les jours de march\u00e9. Les Chinois l\u2019ont construite en 1573, soixante ans apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des Portugais, pour contenir leur sans-g\u00eane, contr\u00f4ler le trafic des marchandises et en toucher les taxes. La concession qu\u2019ils font \u00e0 ces \u00e9trangers habiles en affaires et bien arm\u00e9s pour les aider \u00e0 chasser le pirate est accompagn\u00e9e d\u2019une avertissement \u00e9crit en id\u00e9ogrammes \u00e0 fronton de la porte: \u00abCraignez notre grandeur et respectez notre vertu.\u00bb<\/ul>\n<p><\/font><\/p>\n<p>Cela marcha pendant cinq longs si\u00e8cles, chacun craignant et respectant. <\/p>\n<p>Mais tous les partages ne se firent pas aussi simplement. Le dernier que connut l\u2019Europe \u2013 d\u00e9cid\u00e9 et dessin\u00e9 par les vainqueurs de Hitler \u00e0 Yalta \u2013 ne prit forme que petit \u00e0 petit quand les peuples concern\u00e9s d\u00e9couvrirent les uns apr\u00e8s les autres qu\u2019ils \u00e9taient en de\u00e7\u00e0 ou au-del\u00e0 du Rideau de fer. Par contre les Am\u00e9rindiens ne surent pas grand chose du partage n\u00e9goci\u00e9 loin au-dessus de leurs t\u00eates par les conqu\u00e9rants portugais en espagnols dans une petite bourgade sur les rives du Douro, Tordesillas. En 1494, Christophe Colomb avait juste eu le temps de rentrer des terres nouvelles, ils s\u2019entendirent sur une \u00abligne de marcation\u00bb allant du p\u00f4le aux \u00eeles du Cap-Vert et donnant \u00e0 l\u2019Espagne toutes les terres qu\u2019elle d\u00e9couvrirait \u00e0 370 lieues du Cap-Vert:<\/p>\n<p><font size=2><\/p>\n<ul>Une fois d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e, la ligne est localis\u00e9e avec un grand soin de pr\u00e9cision puisque des exp\u00e9ditions conjointes de savants portugais et espagnols sont envoy\u00e9es sur les lieux pour v\u00e9rifier que l\u2019on s\u2019entend bien sur le sens des mots et la justesse de la mesure employ\u00e9e. Ainsi plac\u00e9e dans la bo\u00eete \u00e0 outil de la politique, elle va d\u00e9terminer la conduite de tous les acteurs. Les signataires d\u2019abord vont en gros la respecter, tandis que ceux auxquels personne n\u2019a rien demand\u00e9, Fran\u00e7ais, Anglais, Hollandais, vont se faire un plaisir de l\u2019ignorer ou d\u2019en d\u00e9truire la l\u00e9gitimit\u00e9.<\/font><\/ul>\n<p>Dans un monde fini dont tout est connu, o\u00f9 chaque pouce de territoire a un propri\u00e9taire, la question de la fronti\u00e8re surgit d\u00e8s qu\u2019il s\u2019agit d\u2019affirmer un droit. Sa perception d\u00e9pend des situations. Les Etats-nations se sont dot\u00e9s de fronti\u00e8res national(ist)es rigides que les Rroms narguent, contournent ou violent en raison de leur propre syst\u00e8me de valeur :<\/p>\n<p><font size=2><\/p>\n<ul>Ils ne r\u00e9clament pas d\u2019Etat, leur fronti\u00e8re est la route. Ils ne demandent rien, sauf de pouvoir continuer \u00e0 marcher en paix sur le trajet balis\u00e9 des migrations ancestrales. Rien ? Pour les non-tsiganes qui ont \u00e0 statuer, c\u2019est demander la lune.<\/font><\/ul>\n<p>La fronti\u00e8re est un des bas-c\u00f4t\u00e9s trop peu questionn\u00e9 de l\u2019humanit\u00e9. Jo\u00eblle Kuntz, elle, en suit avec d\u00e9lectation les contours non seulement sur la terre ferme, mais aussi en mer ou dans les airs. Ainsi le passage du nuage toxique de Tchernobyl, dangereux sur la rive suisse du Foron, inoffensif du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, a pos\u00e9 de nouveaux probl\u00e8mes. Si l\u2019on ne peut plus \u00eatre libre comme l\u2019air, si l\u2019air que l\u2019on respire est empoisonn\u00e9, cela pose un probl\u00e8me de souverainet\u00e9 des Etats et de respect des voisins. Donc de nouvelles limites, discut\u00e9es dans des forums internationaux comme celui de Kyoto.<\/p>\n<p>De borne en borne, Jo\u00eblle Kuntz nous emm\u00e8ne dans un voyage plan\u00e9taire qui lui permet de faire en quelque sorte un \u00e9tat des lieux avant la g\u00e9n\u00e9ralisation annonc\u00e9e de la globalisation, de la disparition programm\u00e9e des limites. Comme l\u2019auteure fait partie de ceux qui disent \u00abVoyager exige une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 que je n\u2019ai pas\u00bb, le p\u00e9riple est intellectuel et nous prom\u00e8ne dans la g\u00e9ographie, l\u2019histoire, la philosophie, voire l\u2019\u00e9conomie avec une gr\u00e2ce et un enjouement que ces disciplines ne suscitent que rarement. Et le lecteur, reconnaissant, ne boude pas son plaisir.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nJo\u00eblle Kuntz, \u00abAdieu \u00e0 Terminus. R\u00e9flexions sur les fronti\u00e8res d\u2019un monde globalis\u00e9\u00bb. Paris, Hachette Litt\u00e9ratures, 283 pages, 19 euros.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00abAdieu \u00e0 Terminus\u00bb, la journaliste raconte la fin des fronti\u00e8res de mani\u00e8re alerte et stimulante, en gardant toujours la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 d\u2019humeur de la fillette qui s\u2019amusait \u00e0 sautiller entre France et Suisse.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1560","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1560","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1560"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1560\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1560"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1560"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1560"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}