



{"id":15526,"date":"2024-09-09T22:44:27","date_gmt":"2024-09-09T20:44:27","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15526"},"modified":"2024-09-09T17:37:52","modified_gmt":"2024-09-09T15:37:52","slug":"medecins-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15526","title":{"rendered":"Le syst\u00e8me de sant\u00e9 en danger"},"content":{"rendered":"<p>Il se pourrait qu\u2019apr\u00e8s une dizaine d\u2019appels, la messagerie d\u2019un-e g\u00e9n\u00e9raliste vous r\u00e9p\u00e8te qu\u2019il est impossible d\u2019obtenir un rendez-vous si vous n\u2019\u00eates pas d\u00e9j\u00e0 patient-e de ce cabinet. Il se pourrait m\u00eame que vous en veniez, comme le font d\u00e9j\u00e0 certaines personnes, \u00e0 scruter les n\u00e9crologies o\u00f9 le g\u00e9n\u00e9raliste est souvent remerci\u00e9. Vous pourriez alors objecter\u200a: \u00abJe sais que vous avez une place, puisqu\u2019une de vos patientes est d\u00e9c\u00e9d\u00e9e.\u00bb En 2021, une enqu\u00eate de la F\u00e9d\u00e9ration romande des consommateurs montre qu\u2019en fonction des r\u00e9gions, il faut parfois s\u2019y prendre jusqu\u2019\u00e0 30\u00a0fois pour obtenir un rendez-vous. Une situation qui risque d\u2019empirer ces prochaines ann\u00e9es face au vieillissement de la population et au d\u00e9ficit de rel\u00e8ve. En Suisse, il manquera 2300\u00a0m\u00e9decins de famille en 2033, selon la Soci\u00e9t\u00e9 suisse de m\u00e9decine interne. \u00abIl faut des g\u00e9n\u00e9ralistes, ces m\u00e9decins de famille proches de la population repr\u00e9sentent un maillon essentiel\u00bb, dit St\u00e9fanie Monod, vice-directrice de l\u2019\u00c9cole de formation postgradu\u00e9e m\u00e9dicale. Les universit\u00e9s accordent plus de temps \u00e0 la m\u00e9decine de premier recours et des r\u00e9flexions sont men\u00e9es pour rendre l\u2019environnement de travail des m\u00e9decins de famille plus agr\u00e9able. Un renforcement de l\u2019interprofessionalit\u00e9 se dessine \u00e9galement. Mais il faut faire vite, car les \u00e9tudes de m\u00e9decine sont longues.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>1\/ Manifestations concr\u00e8tes du manque de g\u00e9n\u00e9ralistes<\/strong><\/span><\/p>\n<p>En Suisse, l\u2019inad\u00e9quation entre le nombre de m\u00e9decins form\u00e9s par rapport aux besoins de la population se creuse. Et m\u00eame si la statistique m\u00e9dicale 2023 de la FMH constate une l\u00e9g\u00e8re augmentation (800\u00a0\u00e9quivalents plein temps de plus que l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente), l\u2019organisation pr\u00e9cise que cette hausse ne suffira pas \u00e0 combler l\u2019insuffisance de personnel qualifi\u00e9. Au manque global de m\u00e9decins s\u2019ajoute une rar\u00e9faction des sp\u00e9cialistes de la m\u00e9decine de premier recours, qui comprend les p\u00e9diatres, les gyn\u00e9cologues, les psychiatres et les m\u00e9decins de famille.<\/p>\n<p><strong>La surcharge des urgences<\/strong><\/p>\n<p>Ce manque menace directement la vitalit\u00e9 du syst\u00e8me de sant\u00e9. Faute de g\u00e9n\u00e9raliste, les personnes qui rencontrent un probl\u00e8me de sant\u00e9 se rendent aux urgences. Une habitude particuli\u00e8rement probl\u00e9matique, parce qu\u2019elle contribue \u00e0 engorger ce service et \u00e0 gonfler les co\u00fbts de la sant\u00e9. En plus, ce syst\u00e8me n\u2019est pas fait pour r\u00e9pondre de mani\u00e8re optimale \u00e0 la majorit\u00e9 des probl\u00e9matiques pour lesquelles les gens consultent. \u00abOn croit souvent que le recours facilit\u00e9 aux services des urgences est ad\u00e9quat, pr\u00e9cise S\u00e9bastien Jotterand, g\u00e9n\u00e9raliste \u00e0 Aubonne et co\u00adpr\u00e9sident de l\u2019association M\u00e9decins de famille Suisse. Ce n\u2019est pas le cas. La mission des urgences est principalement d\u2019exclure le tr\u00e8s grave sans pour autant trouver exactement de quoi souffre la personne.\u00bb Aussi, la consultation aux urgences implique un \u00e9ternel recommencement, puisqu\u2019il faut syst\u00e9matiquement faire part de son historique de sant\u00e9 \u00e0 un-e interne qu\u2019on voit pour la premi\u00e8re fois. S\u00e9bastien Jotterand souligne aussi la perte d\u2019informations qu\u2019implique ce fonctionnement. Car, en l\u2019absence d\u2019un m\u00e9decin traitant, les renseignements obtenus sur l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9 de la personne et le d\u00e9tail des traitements administr\u00e9s seront perdus.<\/p>\n<p><strong>Renoncement aux soins<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque les urgences se substituent au m\u00e9decin de famille, l\u2019acc\u00e8s aux soins devient aussi particuli\u00e8rement compliqu\u00e9. En effet, les urgences sont organis\u00e9es d\u2019abord pour la prise en charge de probl\u00e8mes de sant\u00e9 aigus. Consulter pour des sympt\u00f4mes g\u00eanants mais qui n\u2019engagent pas le pronostic vital imposera aux individus concern\u00e9s une longue attente. \u00abNon seulement cette dynamique a pour effet de surcharger l\u2019h\u00f4pital d\u00e9j\u00e0 sous tension, mais elle emp\u00eache en m\u00eame temps tout le travail de pr\u00e9vention, capital pour assurer une bonne sant\u00e9 \u00e0 la population, explique St\u00e9fanie Monod. Par ailleurs, la limitation d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la m\u00e9decine de famille peut induire un renoncement aux soins.\u00bb Effectivement, personne ne pourrait \u00eatre admis aux urgences pour faire un check-up ou obtenir des explications ou des conseils sur sa sant\u00e9. En l\u2019absence d\u2019un m\u00e9decin de famille, ces types d\u2019examens pr\u00e9ventifs sont simplement \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n<p>Or, la procrastination de la consultation a de lourdes cons\u00e9quences pour le syst\u00e8me de sant\u00e9. Car souvent, plus on attend, plus les actes m\u00e9dicaux et les interventions pour se faire soigner seront importants et donc co\u00fbteux. Se dessine alors une spirale infernale dans laquelle le manque de g\u00e9n\u00e9ralistes entra\u00eene une lacune importante au niveau de la pr\u00e9vention et donc potentiellement plus de personnes malades r\u00e9clamant alors encore plus de m\u00e9decins pour \u00eatre trait\u00e9es. Il est pourtant prouv\u00e9 que la m\u00e9decine de premier recours, en plus de jouer un r\u00f4le essentiel en mati\u00e8re de pr\u00e9vention, sait r\u00e9soudre 94,3% des probl\u00e8mes de sant\u00e9 tout en repr\u00e9sentant seulement 7,9% des co\u00fbts de la sant\u00e9, comme le souligne l\u2019\u00e9tude Workforce\u202f2020 du Centre universitaire de m\u00e9decine de premier recours des deux B\u00e2les.<\/p>\n<p><strong>Aspirer les m\u00e9decins \u00e0 l\u2019\u00e9tranger<\/strong><\/p>\n<p>Pour tenter de combler le manque, la Suisse engage \u00e9norm\u00e9ment de m\u00e9decins form\u00e9s \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. La F\u00e9d\u00e9ration des m\u00e9decins suisses indique ainsi que 40% des praticien-nes viennent d\u2019un autre pays. Une pratique qui pose des questions \u00e9thiques, car en engageant des m\u00e9decins \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, la Suisse profite de l\u2019investissement que les autres pays injectent dans la formation. Ces pays ne peuvent pas retirer les b\u00e9n\u00e9fices, puisque leurs jeunes m\u00e9decins s\u2019\u00e9chappent une fois professionnalis\u00e9s.<\/p>\n<p>Pourtant, au niveau de la formation d\u00e9j\u00e0, les places sont limit\u00e9es. Pour entamer le cursus universitaire de m\u00e9decine, il faut non seulement r\u00e9ussir son examen, mais aussi se classer parmi les meilleur-es. C\u2019est ce qu\u2019on appelle le numerus clausus, une m\u00e9thode qui limite le nombre d\u2019individus pouvant suivre les \u00e9tudes de m\u00e9decine par ann\u00e9e. Ce qui veut dire qu\u2019il est possible de r\u00e9ussir l\u2019examen, sans pour autant \u00eatre assur\u00e9-e d\u2019avoir une place.<\/p>\n<p>Pour suivre leurs \u00e9tudes, un certain nombre d\u2019\u00e9tudiant-es suisses se rendent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, en particulier en Roumanie. Cette alternative int\u00e9ressait seulement 13\u00a0personnes en 2004\u20132005, contre 111 en 2023. Une fois les \u00e9tudes termin\u00e9es, les jeunes m\u00e9decins reviennent syst\u00e9matiquement en Suisse pour exercer.<\/p>\n<p><strong>D\u00e9part \u00e0 la retraite report\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>La difficult\u00e9 \u00e0 trouver un m\u00e9decin de famille est une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle est confront\u00e9e la population. Mais sont concern\u00e9s aussi les g\u00e9n\u00e9ralistes, qui ne parviennent pas \u00e0 partir \u00e0 la retraite, faute de rel\u00e8ve. En janvier dernier, l\u2019\u00e9mission <em>Mise au point<\/em> se rendait \u00e0 Hauterive dans le canton de Fribourg. Il y a l\u00e0 Andr\u00e9 Schaub, un g\u00e9n\u00e9raliste qui tente de remettre son cabinet et de confier sa patient\u00e8le \u00e0 un autre m\u00e9decin de famille, sereinement. La mise \u00e0 disposition d\u2019un local ainsi que le pr\u00eat de 300\u2019000\u00a0francs sans int\u00e9r\u00eats n\u2019ont pas suffi \u00e0 attirer la rel\u00e8ve.<\/p>\n<p>Andr\u00e9 Schaub n\u2019est pas le seul dans cette situation. Le vieillissement des m\u00e9decins de famille, et donc l\u2019arr\u00eat de leur activit\u00e9 ces prochaines ann\u00e9es, inqui\u00e8te. Plus d\u2019un-e g\u00e9n\u00e9raliste sur trois a plus de 60\u00a0ans, r\u00e9v\u00e8le la RTS en se basant sur le registre des autorisations de pratiquer.<\/p>\n<p>Alors comment expliquer que cette sp\u00e9cialit\u00e9 qui allie connaissances scientifiques pointues et importante dimension humaine, et qui joue un r\u00f4le aussi capital pour assurer le bon fonctionnement d\u2019un syst\u00e8me de sant\u00e9, d\u00e9sint\u00e9resse au point d\u2019entra\u00eener une p\u00e9nurie\u200a?<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15527\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/090924.jpg\" alt=\"\" width=\"469\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/090924.jpg 469w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/09\/090924-300x199.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 469px) 100vw, 469px\" \/><\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>2\/ Examen d\u2019un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat pour la m\u00e9decine <\/strong><\/span><\/p>\n<p>Souvent oppos\u00e9e \u00e0 tort \u00e0 la m\u00e9decine sp\u00e9cialis\u00e9e, la m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale a mauvaise r\u00e9putation. Dans l\u2019imaginaire collectif, le m\u00e9decin de famille serait un m\u00e9decin non sp\u00e9cialis\u00e9, qui aurait arr\u00eat\u00e9 sa formation plus t\u00f4t que les autres, renon\u00e7ant \u00e0 se sp\u00e9cialiser dans la chirurgie, l\u2019urologie ou encore l\u2019oncologie. C\u2019est faux. Le nombre d\u2019ann\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 l\u2019obtention d\u2019un titre de m\u00e9decin de famille en cabinet est le m\u00eame que celui n\u00e9cessaire pour op\u00e9rer un c\u0153ur. \u00abOn oublie trop souvent que les g\u00e9n\u00e9ralistes sont des sp\u00e9cialistes de m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale, rappelle St\u00e9fanie Monod. Cette orientation, souvent consid\u00e9r\u00e9e, \u00e0 tort, comme plus accessible est aussi complexe, voire plus, que n\u2019importe quelle autre sp\u00e9cialit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une formation centr\u00e9e sur l\u2019h\u00f4pital<\/strong><\/p>\n<p>Au niveau de la formation, la m\u00e9decine de premier recours peine \u00e0 se faire une place. Le cursus est majoritairement articul\u00e9 \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, o\u00f9 les futurs m\u00e9decins r\u00e9alisent la majorit\u00e9 de leurs stages. Ensuite, lors de la formation postgrade (c\u2019est-\u00e0-dire apr\u00e8s l\u2019universit\u00e9), les premi\u00e8res ann\u00e9es professionnelles sont aussi effectu\u00e9es \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n<p>En contact avec la pratique, la r\u00e9alit\u00e9 de la profession peut s\u2019av\u00e9rer particuli\u00e8rement intense. Les jeunes m\u00e9decins cumulent notamment un nombre important d\u2019heures de travail et sont potentiellement soumis \u00e0 un stress consid\u00e9rable ou encore \u00e0 une surcharge administrative. Il peut alors s\u2019op\u00e9rer un d\u00e9senchantement participant \u00e0 s\u2019\u00e9carter de la m\u00e9decine de famille en cabinet, qui r\u00e9clame, en plus d\u2019\u00eatre m\u00e9decin, d\u2019investir dans un lieu pour ses consultations, mais aussi dans une \u00e9quipe.<\/p>\n<p><strong>Une charge administrative intense <\/strong><\/p>\n<p>\u00abCes derni\u00e8res ann\u00e9es, la charge administrative reposant sur les m\u00e9decins de famille s\u2019est particuli\u00e8rement intensifi\u00e9e, d\u00e9veloppe Vanessa Kraege, vice-directrice et responsable op\u00e9rationnelle de l\u2019\u00c9cole de formation postgradu\u00e9e m\u00e9dicale. De plus en plus d\u2019entreprises demandent par exemple un certificat m\u00e9dical \u00e0 leur personnel, \u00e0 partir d\u2019un jour d\u2019absence seulement alors que les patient-es iront spontan\u00e9ment mieux en quelques heures. Les prises en charge par les m\u00e9decins de famille doivent aussi \u00eatre document\u00e9es de fa\u00e7on beaucoup plus bureaucratique que par le pass\u00e9, et font souvent l\u2019objet de demandes de justifications par les assurances. Cet accroissement des t\u00e2ches administratives engage \u00e0 la fois une perte de temps, mais engendre aussi une perte de sens.\u00bb L\u2019intensification de la charge administrative, au-del\u00e0 des m\u00e9decins de famille, concerne plus largement tout le m\u00e9tier. Une \u00e9volution qui participe \u00e0 l\u2019abandon de la profession, surtout chez les jeunes. Ainsi, parmi les 30% de m\u00e9decins qui quittent le m\u00e9tier, 35% ont moins de 35\u00a0ans et n\u2019ont parfois m\u00eame pas encore termin\u00e9 leur formation postgrade.<\/p>\n<p><strong>Les diff\u00e9rences de revenus <\/strong><\/p>\n<p>La p\u00e9nurie participe aussi \u00e0 rendre le m\u00e9tier plus rude. Dans le cas des m\u00e9decins traitants, la r\u00e9duction de leur nombre implique la prise en charge de plus de personnes et donc une surcharge de travail qui entrave l\u2019attractivit\u00e9 de la profession. Face \u00e0 ces enjeux, l\u2019\u00e9cart entre la valorisation salariale de la m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et des autres sp\u00e9cialit\u00e9s joue un r\u00f4le majeur. \u00abIl est urgent de trouver des modes de r\u00e9mun\u00e9ration compl\u00e9mentaires pour financer certaines activit\u00e9s, explique le g\u00e9n\u00e9raliste Philippe Schaller, cofondateur du Groupe m\u00e9dical d\u2019Onex, \u00e0 Gen\u00e8ve. Dans le financement \u00e0 l\u2019acte que nous connaissons actuellement, la coordination, la pr\u00e9vention ou encore l\u2019enseignement th\u00e9rapeutique ne sont pas pris en compte. Ils constituent pourtant une part essentielle de l\u2019activit\u00e9 des m\u00e9decins de famille.\u00bb<\/p>\n<p>Aussi, dans les \u00e9chelles de tarification actuelles, un acte r\u00e9alis\u00e9 par un g\u00e9n\u00e9raliste vaut moins que celui effectu\u00e9 par un dermatologue, par exemple. R\u00e9sultat\u200a: la m\u00e9decine interne est fortement sous-valoris\u00e9e financi\u00e8rement par rapport aux autres sp\u00e9cialit\u00e9s et perd encore en attractivit\u00e9 pour les jeunes m\u00e9decins en formation.<\/p>\n<p><span style=\"text-decoration: underline;\"><strong>3\/ Comment renforcer la m\u00e9decine de premier recours<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\u00abLa soci\u00e9t\u00e9 doit se demander quelle m\u00e9decine elle souhaite, questionne Vanessa Kraege. Une m\u00e9decine self-service, disponible sept jours sur sept et 24\u00a0heures sur 24 de laquelle on peut obtenir tout ce qu\u2019on veut, ou une m\u00e9decine de qualit\u00e9, bas\u00e9e sur le bon sens et gardant une certaine humanit\u00e9\u200a?\u00bb Pour que le m\u00e9tier de g\u00e9n\u00e9raliste regagne en attractivit\u00e9, il est important d\u2019agir sur la formation. En proposant notamment davantage de stages au sein des cabinets, pour donner un aper\u00e7u plus juste de la sp\u00e9cialit\u00e9. Il faudrait aussi agir sur le contenu des cours. \u00abDurant le cursus universitaire, trop de professeur-es tr\u00e8s sp\u00e9cialis\u00e9-es interviennent, estime St\u00e9fanie Monod. Aujourd\u2019hui, la formation est encore trop ax\u00e9e sur des maladies que les futurs m\u00e9decins verront finalement assez peu au cours de leur carri\u00e8re.\u00bb Repenser la formation s\u2019av\u00e8re ainsi essentiel. Vanessa Kraege le confirme. \u00abIl faut trouver des solutions pour former non-stop les m\u00e9decins aux avancements continus de la science, alors que celle-ci se complexifie et que les m\u00e9decins ont de moins en moins de temps. Les m\u00e9decins ont besoin de s\u2019approprier de nouveaux outils\u200a; des connaissances en mati\u00e8re de cybers\u00e9curit\u00e9 pour prot\u00e9ger les dossiers de leur patient\u00e8le ou de bons usages de l\u2019intelligence artificielle, par exemple. Ou encore, savoir utiliser toutes les fonctionnalit\u00e9s d\u2019un nouveau logiciel ou \u00eatre renseign\u00e9-es sur les questions d\u2019\u00e9thique ou de durabilit\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Travailler ensemble, imaginer de nouvelles structures<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la formation, il convient aussi de repenser la mani\u00e8re de collaborer. \u00abLes m\u00e9decins de premier recours travaillent de moins en moins seuls, pr\u00e9cise Philippe Schaller. Ils cherchent \u00e0 se regrouper et optent donc pour des organisations interprofessionnelles. Cela leur permet \u00e9galement de travailler \u00e0 temps partiel et d\u2019\u00e9viter les charges financi\u00e8res trop \u00e9lev\u00e9es.\u00bb C\u2019est ce vers quoi tendent des lieux tels que la maison de sant\u00e9 Cit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rations \u00e0 Gen\u00e8ve. L\u2019\u00e9tablissement a \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9 en 2012, sous l\u2019impulsion de Philippe Schaller. C\u2019est un lieu hybride, entre le cabinet m\u00e9dical et l\u2019h\u00f4pital, qui permet de d\u00e9charger les urgences ambulatoires. Cette maison de sant\u00e9 h\u00e9berge \u00e9galement dix lits d\u2019hospitalisation, une premi\u00e8re en Suisse. \u00abPour la population, ces maisons de sant\u00e9 pr\u00e9sentent aussi de nombreux avantages\u200a: un accueil m\u00e9dical \u00e9largi tous les jours, un dossier m\u00e9dical partag\u00e9 entre les diff\u00e9rent-es professionnel-les ainsi que des consultations sp\u00e9cialis\u00e9es si n\u00e9cessaire. Les patient-es pr\u00e9sentant des maladies chroniques ont des suivis mieux coordonn\u00e9s.\u00bb Ce mod\u00e8le permet aussi de r\u00e9duire la charge administrative qui p\u00e8se sur l\u2019emploi du temps des m\u00e9decins. Surtout, ces espaces facilitent l\u2019interprofessionnalit\u00e9, un \u00e9l\u00e9ment cl\u00e9 pour lutter contre la p\u00e9nurie de personnel qualifi\u00e9 dans les soins, en r\u00e9unissant une \u00e9quipe infirmi\u00e8re et de pharmacie qui peuvent s\u2019occuper de certains gestes m\u00e9dicaux. \u00abLes maisons de sant\u00e9 offrent une solution bien r\u00e9elle pour faire face \u00e0 l\u2019augmentation du nombre de personnes qui souffrent de maladies chroniques de plus en plus complexes. Pour les m\u00e9decins de famille qui d\u00e9sirent partir \u00e0 la retraite, il est aussi particuli\u00e8rement confortable de pouvoir facilement confier sa patient\u00e8le qui a d\u00e9j\u00e0 ses rep\u00e8res pour \u00eatre soign\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Finalement, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la population est plong\u00e9e dans un climat particuli\u00e8rement anxiog\u00e8ne, o\u00f9 les guerres se doublent d\u2019une d\u00e9gradation de la situation \u00e9conomique et environnementale, un syst\u00e8me de sant\u00e9 op\u00e9rant est vital. R\u00e9cemment, une \u00e9quipe de recherche de l\u2019universit\u00e9 de Copenhague a \u00e9valu\u00e9 que 82,6% des femmes et 76,7% des hommes seront concern\u00e9s par des troubles psychiques ces prochaines ann\u00e9es. Les m\u00e9decins de famille \u00e9tant souvent les premiers interlocuteurs des individus manifestant un trouble psychique, leur r\u00f4le dans le soutien pr\u00e9coce de cette population s\u2019av\u00e8re essentiel.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Orienter les futurs m\u00e9decins vers les sp\u00e9cialistes dont la population a le plus besoin<\/strong><\/p>\n<p><em>R\u00e9organiser la formation peut contribuer \u00e0 lutter contre le manque de g\u00e9n\u00e9ralistes en Suisse. Explications.<\/em><\/p>\n<p>Le projet R\u00e9former entend s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019inad\u00e9quation entre le nombre de m\u00e9decins form\u00e9s et les besoins de la population. Il s\u2019agit, par exemple, de limiter la disparit\u00e9 entre le nombre de m\u00e9decins de famille et d\u2019autres sp\u00e9cialit\u00e9s. \u00abL\u2019outil que nous d\u00e9ve\u00adloppons n\u2019intervient pas sur le contenu des formations, mais sur la mani\u00e8re dont les futurs m\u00e9decins sont orient\u00e9s et accompagn\u00e9s lors du choix de leur formation postgradu\u00e9e, c\u2019est-\u00e0-dire une fois la formation universitaire achev\u00e9e, sp\u00e9cifique \u00e0 leur sp\u00e9cialit\u00e9\u00bb, explique Nicolas P\u00e9tremand, directeur de R\u00e9former.<\/p>\n<p>Pour proposer des r\u00e9ponses efficaces au niveau des ressources m\u00e9dicales et des cantons romands, la premi\u00e8re chose est de clarifier les besoins. \u00abNous souhaitons prioritairement obtenir une meilleure image de la d\u00e9mographie m\u00e9dicale actuelle et des parcours de formation post\u00adgradu\u00e9e. Nous manquons aussi de chiffres coh\u00e9rents et document\u00e9s sur la r\u00e9partition en diff\u00e9rentes sp\u00e9cialit\u00e9s selon les besoins. Ils doivent \u00eatre estim\u00e9s en se basant sur la situation actuelle, les tendances d\u00e9mographiques et m\u00e9dicales de la population.\u00bb<\/p>\n<p>Concr\u00e8tement, R\u00e9former souhaite mettre en place un meilleur syst\u00e8me d\u2019accompagnement lors de la formation postgradu\u00e9e. \u00ab\u00c0 la mani\u00e8re d\u2019un coaching, des m\u00e9decins seniors, au clair avec les enjeux actuels de sant\u00e9 publique, accompagnent les futurs m\u00e9decins dans l\u2019\u00e9laboration d\u2019un projet de carri\u00e8re correspondant \u00e0 leurs envies et qui les oriente vers les sp\u00e9cialit\u00e9s dont la population a le plus besoin.\u00bb Car, actuellement, ce sont souvent des chef-fes de sp\u00e9cialit\u00e9s dans le cadre hospitalier qui viennent chercher des \u00e9tudiant-es ou les m\u00e9decins assistants pour leurs services. Ce sch\u00e9ma peut entra\u00eener une forme d\u2019errance qui emp\u00eache de combler les sp\u00e9cialit\u00e9s qui ont besoin de forces et qui prolongent \u00e0 outrance la p\u00e9riode de formation. \u00abLes m\u00e9decins en formation postgradu\u00e9e se retrouvent ainsi dans une boucle, encha\u00eenant les postulations. Un fonctionnement dont profite le syst\u00e8me en r\u00e9mun\u00e9rant mal ces profils, du fait qu\u2019ils n\u2019ont pas encore obtenu leurs titres de sp\u00e9cialistes.\u00bb<\/p>\n<p>En plus de renforcer le syst\u00e8me de sant\u00e9 en alignant les sp\u00e9cialisations sur les besoins r\u00e9els de la population, ce fonctionnement permet aussi de lutter contre le d\u00e9couragement des jeunes m\u00e9decins, en donnant une meilleure image de la m\u00e9decine de famille, mais aussi de la m\u00e9decine interne g\u00e9n\u00e9rale. \u00abEn mettant \u00e0 disposition une personne ressource (coach, mentor de carri\u00e8re, coordinateur de la fili\u00e8re), les futurs sp\u00e9cialistes peuvent plus facilement imaginer de nouvelles pistes si l\u2019orientation initialement convoit\u00e9e ne leur convient finalement pas ou qu\u2019ils se sentent en difficult\u00e9 face \u00e0 la pression que peut repr\u00e9senter l\u2019engagement dans un service. Cela leur permet aussi d\u2019obtenir l\u2019appui neutre d\u2019un pair qui n\u2019est pas celui qui valide l\u2019acquisition des comp\u00e9tences.\u00bb Une priorit\u00e9 est mise sur la qualit\u00e9 de l\u2019accompagnement des m\u00e9decins en formation postgradu\u00e9e qui h\u00e9sitent ou qui changent d\u2019orientation ainsi que sur les informations \u00e0 conna\u00eetre afin de prendre une d\u00e9cision document\u00e9e. Cet outil permettra de produire des donn\u00e9es et des indicateurs actuellement manquants pour piloter le syst\u00e8me, id\u00e9alement au niveau de l\u2019ensemble du pays. \u00abCes \u00e9l\u00e9ments sont utiles pour les m\u00e9decins en formation, les \u00e9tablissements et les institutions en charge de la formation des m\u00e9decins et enfin les cantons qui doivent garantir la couverture des besoins de leur population.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>4 sur 10:\u00a0<\/strong>Le nombre de personnes en Suisse qui ressentent une p\u00e9nurie de m\u00e9decins au niveau r\u00e9gional, d\u2019apr\u00e8s un sondage men\u00e9 en 2022 par le magazine \u00abDOC\u00bb \u00e9dit\u00e9 par la Soci\u00e9t\u00e9 vaudoise de m\u00e9decine.<\/p>\n<p><strong>94,3%: <\/strong>Le pourcentage des probl\u00e8mes de sant\u00e9 que peuvent r\u00e9soudre les m\u00e9decins de famille. Cela, en occasionnant seulement 7,9% des co\u00fbts, d\u2019apr\u00e8s l\u2019\u00e9tude Workforce\u202f2020 sur la m\u00e9decine de base.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 29).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En Suisse, le nombre de m\u00e9decins de famille disponibles ne suffit pas pour r\u00e9pondre aux besoins de la population. Pour limiter le risque de p\u00e9nurie, une r\u00e9organisation de la formation, l\u2019am\u00e9lioration des conditions de travail des g\u00e9n\u00e9ralistes et le renforcement de centres de sant\u00e9 hybrides constituent des pistes encourageantes.<\/p>\n","protected":false},"author":20245,"featured_media":15527,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1299],"class_list":["post-15526","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-paru-dans-in-vivo","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15526","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20245"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15526"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15526\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15528,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15526\/revisions\/15528"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15527"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15526"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15526"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15526"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}