



{"id":155,"date":"1999-07-28T00:00:00","date_gmt":"1999-07-27T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=155"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"folklore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=155","title":{"rendered":"La pol\u00e9mique du ranz des vaches (remix\u00e9 par la F\u00eate des vignerons)"},"content":{"rendered":"<p>Le folklore romand n\u2019a jamais suscit\u00e9 beaucoup d\u2019empoignades. On l\u2019entretient avec indiff\u00e9rence, comme on arrose un g\u00e9ranium: en regardant par la fen\u00eatre. Il en va ainsi depuis des d\u00e9cennies. Et voil\u00e0 qu\u2019une interpr\u00e9tation du fameux ranz des vaches d\u00e9clenche une avalanche d\u2019indignations \u00e0 l\u2019occasion de l\u2019ultime F\u00eate des Vignerons du si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Il faut savoir que la F\u00eate des Vignerons se c\u00e9l\u00e8bre au rythme mou des g\u00e9n\u00e9rations. 1905, 1927, 1955, 1977, 1999. A chaque fois, les Romands s\u2019y retrouvent autour d\u2019un verre de blanc et d\u2019un spectacle original, avec partition et livret compos\u00e9s sp\u00e9cialement. Vigne, Vaud, vendanges, le patrimoine d\u2019une minorit\u00e9.<\/p>\n<p>Pi\u00e8ce ma\u00eetresse de ce show folklorique, le c\u00e9l\u00e9brissime \u00ablyoba\u00bb que reprennent en choeur tous les spectateurs. Ce \u00abranz\u00bb (\u00abair de berger, chanson pastorale suisse\u00bb, selon le Petit Robert) appartient \u00e0 la tradition romande depuis plusieurs si\u00e8cles et fait encore fr\u00e9mir dans les maisonn\u00e9es. Son origine exacte se perd dans la nuit des temps gru\u00e9riens, mais l\u2019on sait que la F\u00eate des vignerons l\u2019int\u00e9gra dans son spectacle pour la premi\u00e8re fois en 1819. Depuis, il en est devenu le clou.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9lodie en mineur fait toute l\u2019attractivit\u00e9 de la manifestation veveysane. Si les spectateurs acceptent de rester assis pendant des heures sur les gradins, c\u2019est souvent dans l\u2019attente de cet instant magique o\u00f9 ils ressentiront le grand frisson patriote: chanter le ranz des vaches en choeur. Lundi dernier, lors de la premi\u00e8re repr\u00e9sentation de la F\u00eate 99, pr\u00e8s de 16000 spectateurs s\u2019\u00e9taient d\u00e9plac\u00e9s. Mais au moment o\u00f9 retentit la premi\u00e8re mesure, patatra, ils entendirent des sonorit\u00e9s contemporaines m\u00e9lang\u00e9es au \u00ablyoba, lyo-oba\u00bb.<\/p>\n<p>Dans ce r\u00e9arrangement, les m\u00e9lomanes ont pu reconna\u00eetre un hommage \u00e0 la partition du film \u00abPsycho\u00bb, compos\u00e9e par Bernard Herrmann. Les amateurs de rap ont peut-\u00eatre pens\u00e9 au \u00abGimme Some More\u00bb de Busta Rhymes. Mais la plupart des spectateurs ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9s. Etait-il vraiment n\u00e9cessaire de r\u00e9arranger ce symbole ethnomusical romand?<\/p>\n<p>Depuis la premi\u00e8re repr\u00e9sentation, on ne parle que de \u00e7a. La nouvelle interpr\u00e9tation du ranz des vaches est devenue un motif de discorde national. Les anciens crient au scandale, les modernes d\u00e9fendent l\u2019ouverture. A-t-on le droit d\u2019adapter une telle tradition au risque de d\u00e9cevoir une majorit\u00e9 de spectateurs qui, comme ils le rappellent, ont pay\u00e9 leurs billets?<\/p>\n<p>Un d\u00e9tour historique s\u2019impose ici. Les deux compositeurs incrimin\u00e9s, Michel Hostettler et Jost Meier, ne sont pas les premiers \u00e0 oser toucher au \u00ablyoba\u00bb. Des musiciens comme Berlioz, Liszt, Schumann ou m\u00eame Chopin l\u2019avaient d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9 dans leurs compositions sans que quiconque ne s\u2019en offusque.<\/p>\n<p>Depuis le XVIIIe si\u00e8cle, ce motif musical appartient au patrimoine occidental. Sa charge \u00e9vocatrice, sa langueur nostalgique ont fortement influenc\u00e9 les pr\u00e9romantiques et l\u2019ont fait conna\u00eetre dans toute l\u2019Europe. Une partition de 1828 a \u00e9t\u00e9 m\u00eame retrouv\u00e9e \u00e0 Londres par Serge Metraux: elle portait le titre \u00abHome Sweet Home, or the Ranz des vaches\u00bb. <\/p>\n<p>Partout, ce \u00absol, mi, sol, fa, r\u00e9&#8230; do, mi, sol, r\u00e9\u00bb r\u00e9sonne comme l\u2019appel du pays. Pendant des si\u00e8cles, la m\u00e9lodie des vaches s\u2019est transmise de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, franchissant les fronti\u00e8res. Plusieurs textes diff\u00e9rents lui ont \u00e9t\u00e9 associ\u00e9s. A l\u2019origine, le ranz \u00e9tait utilis\u00e9 par les armaillis de Gruy\u00e8re et codifiait l\u2019entretien du b\u00e9tail. C\u2019est seulement en 1813 que le doyen Bridel prit la peine d\u2019en imprimer la partition. Le refrain \u00aby\u00f4ba por ario\u00bb signifie \u00abappelle le b\u00e9tail pour traire\u00bb.<\/p>\n<p>On dit que le ranz des vaches \u00e9tait interdit \u00e0 Versailles sous le pr\u00e9texte qu\u2019il donnait le mal du pays aux gardes suisses. Trois si\u00e8cles plus tard, une \u00e9trange sensation s\u2019empare des spectateurs de la F\u00eate des vignerons: serait-ce la nostalgie d\u2019une m\u00e9lodie qui \u00e9voquait si bien la nostalgie et qui ne l\u2019\u00e9voque plus?<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nT\u00e9l\u00e9vision: \u00abThema: la F\u00eate des vignerons\u00bb, en direct sur Arte le dimanche 15 ao\u00fbt 1999 \u00e0 20h45.<\/p>\n<p>Expo: \u00abLyoba, le ranz des vaches\u00bb, au Mus\u00e9e gru\u00e9rien de Bulle, jusqu\u2019au 3 octobre 1999. T\u00e9l: (+41 26) 912 72 60.<\/p>\n<p>Livre: \u00abLe ranz des vaches\u00bb, de Guy Serge Metraux, \u00e9ditions 24 Heures, SFr. 49.-<\/p>\n<p>Site: <a href=http:\/\/www.lyoba.ch\/culture\/desalpe\/ranz.htm>Lyoba.ch<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019\u00e9dition 99 de la F\u00eate des vignerons d\u00e9cha\u00eene d\u00e9j\u00e0 les passions. Avait-on le droit de moderniser la m\u00e9lodie nostalgique des armaillis? Liszt et Chopin, eux, ne s\u2019en \u00e9taient pas priv\u00e9s.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-155","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/155","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=155"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/155\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=155"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=155"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=155"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}