



{"id":15468,"date":"2024-08-22T22:36:35","date_gmt":"2024-08-22T20:36:35","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15468"},"modified":"2024-08-22T17:30:22","modified_gmt":"2024-08-22T15:30:22","slug":"visite-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15468","title":{"rendered":"Marcher au c\u0153ur de Lausanne le nez en l\u2019air"},"content":{"rendered":"<p>C\u2019est une habitude de fixer le macadam pentu et fr\u00e9quemment pav\u00e9 quand on traverse Lausanne. Or, il suffit de lever les yeux pour d\u00e9couvrir sculptures et enseignes, autant de d\u00e9tails qui se nichent souvent en hauteur. Notre balade, qui explore principalement les zones pi\u00e9tonnes, commence au centre-ville, sur la terrasse de la \u2009<strong>Pinte Besson<\/strong>, l\u2019un des dix plus vieux bars \u00e0 vin d\u2019Europe et premier bistrot de Lausanne, ouvert en 1781. \u00abAu premier \u00e9tage, on d\u00e9couvre deux fen\u00eatres en verre v\u00e9nitien, agr\u00e9ment\u00e9es de vitraux, explique Carlos Beiro, patron de l\u2019\u00e9tablissement depuis tout juste vingt ans. \u00c0 leur droite, on distingue les armoiries vaudoises et un soldat muni d\u2019un drapeau suisse, et \u00e0 gauche, un motif ornemental avec les noms Joss et Blanc, propri\u00e9taires de la b\u00e2tisse au XVIe si\u00e8cle.\u00bb<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019angle de la guinguette, on contourne une fontaine surmont\u00e9e depuis 1940 d\u2019une \u2009statue, <strong>La Marchande de poissons<\/strong>. Elle est sign\u00e9e Milo Martin, sculpteur vaudois \u00e0 qui l\u2019on doit de nombreuses \u0153uvres en ville, dont la \u2009d\u00e9esse romaine Aurore, couch\u00e9e \u00e0 la place Saint-Fran\u00e7ois. Derri\u00e8re la marchande, un b\u00e2timent \u00e0 colonnades, ancien poste de police\u2009 \u00e0 cheval et \u00e0 v\u00e9lo jusque dans les ann\u00e9es 1960, abrite Disc-\u00e0-Brac, adresse pris\u00e9e des amateurs de vinyles neufs et d\u2019occasion. De l\u00e0, on s\u2019engouffre dans la <strong>rue pi\u00e9tonne de la Tour<\/strong>, tr\u00e8s anim\u00e9e avec ses nombreux restaurants et bars, tel le Cylure, sp\u00e9cialis\u00e9 dans les bi\u00e8res artisanales.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du Moyen \u00c2ge, cette rue, situ\u00e9e hors des remparts de la ville, \u00e9tait bord\u00e9e de jardins et peupl\u00e9e d\u2019artisans. \u00abEn levant les yeux, on note que les b\u00e2tisses d\u2019origine \u00e9taient toutes construites sur le m\u00eame mod\u00e8le\u2009: un ou deux \u00e9tages pos\u00e9s au-dessus du rez-de-chauss\u00e9e, explique Ariane Devanth\u00e9ry, historienne de la culture \u00e0 Lausanne et auteure de plusieurs ouvrages sur l\u2019histoire du voyage en Suisse. L\u2019augmentation d\u00e9mographique au XVIIIe si\u00e8cle a n\u00e9cessit\u00e9 de sur\u00e9lever les maisons en rajoutant des \u00e9tages au style architectural parfois diff\u00e9rent.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Une tour pour dernier rempart\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>On arpente cette ruelle color\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 la <strong>tour de l\u2019Ale<\/strong>, \u00e9rig\u00e9e en 1340. Dernier vestige des remparts m\u00e9di\u00e9vaux, d\u00e9truits au XIXe si\u00e8cle, elle s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de 20 m\u00e8tres. \u00c0 son sommet, six cr\u00e9neaux sont ferm\u00e9s par une pi\u00e8ce en bois. C\u2019est derri\u00e8re ces volets, qui se levaient ou se rabattaient pour faire obstacle aux projectiles ennemis, qu\u2019\u00e9taient post\u00e9s les soldats au Moyen \u00c2ge.<\/p>\n<p>On fait un petit d\u00e9tour par la <strong>place Chauderon<\/strong> o\u00f9 se dresse le si\u00e8ge de l\u2019ancien Cr\u00e9dit Foncier Vaudois \u2013 maintenant Banque Cantonale Vaudoise (BCV) \u2013 b\u00e2ti en 1908. Son avant-toit r\u00e9v\u00e8le une frise sous la corniche: \u00abCe sont les \u00e9cussons des communes vaudoises o\u00f9 le Cr\u00e9dit Foncier poss\u00e9dait des agences\u00bb, explique l\u2019historienne.<\/p>\n<p>Pour rejoindre la rue de l\u2019Ale et ses commerces, il suffit de rep\u00e9rer le cygne qui d\u00e9core l\u2019enseigne de la\u2009<strong>Brasserie du Cygne<\/strong>, l\u2019un des caf\u00e9s historiques lausannois. Ouverte en 1912, elle doit son nom aux cygnes de l\u2019\u00e9tang de la villa \u00abLe Pavillon\u00bb, qui se trouvait auparavant \u00e0 la place de la BCV. Les mercredis et samedis matin, le march\u00e9 prend ses quartiers dans cette rue qui nous m\u00e8ne jusqu\u2019\u00e0 <strong>l\u2019\u00e9glise Saint-Laurent<\/strong>. \u00abCe temple \u00e9tait de style gothique, mais les Bernois, qui ont administr\u00e9 Lausanne pendant deux si\u00e8cles, l\u2019ont reconstruit en deux temps au XVIIIe si\u00e8cle\u00bb, raconte notre guide. L\u2019\u00e9glise est donc aujourd\u2019hui de style baroque, comme en t\u00e9moigne le fa\u00eete de la fa\u00e7ade principale avec ses volutes d\u00e9coratives. L\u2019horloge, con\u00e7ue en 1765, est surmont\u00e9e d\u2019un clocheton coiff\u00e9 par une girouette en forme de coq. \u00ab\u00c0 l\u2019\u00e9poque, seuls les tr\u00e8s riches portaient une montre \u00e0 gousset, d\u2019o\u00f9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019indiquer l\u2019heure sur les b\u00e2timents de r\u00e9f\u00e9rence dans chaque quartier.\u00bb<\/p>\n<p>Nous gagnons ensuite la place Saint-Fran\u00e7ois par le Grand-Pont. <strong>L\u2019\u00e9glise Saint-Fran\u00e7ois<\/strong>, la premi\u00e8re en Suisse romande \u00e0 arborer des motifs d\u00e9coratifs de style gothique rayonnant \u2013 comme l\u2019attestent des flammes sculpt\u00e9es dans les dentelles de pierre des deux fen\u00eatres ouest de la fa\u00e7ade nord \u2013 abrite depuis 1930 un pigeonnier, ouvert au public. Au nord-est de la place partent deux art\u00e8res pi\u00e9tonnes et pav\u00e9es\u2009: la rue Saint-Fran\u00e7ois et la rue de Bourg. Entre elles culmine <strong>le b\u00e2timent de la joaillerie Bucherer<\/strong>, autrefois librairie Payot. \u00c0 son sommet, un ornement sculpt\u00e9, encadr\u00e9 de corbeilles fleuries baroques, affiche la raison sociale de l\u2019entreprise suisse, n\u00e9e \u00e0 Lausanne \u2013 Payot Cie fond\u00e9e en 1835 \u2013 faisant de cette fa\u00e7ade une sorte de gigantesque enseigne.<\/p>\n<p>En descendant la <strong>rue Saint-Fran\u00e7ois<\/strong>, notre regard se porte sur les 18 enseignes en fer forg\u00e9, r\u00e9cemment r\u00e9nov\u00e9es, qui surplombent chaque commerce depuis 1970. Elles repr\u00e9sentent saint Fran\u00e7ois d\u2019Assise. Selon la l\u00e9gende, il parlait aux oiseaux. D\u2019ailleurs, il en tient un dans sa main!<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15477\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/ing.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/ing.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/ing-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/ing-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Des blasons color\u00e9s sous le toit<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 la rue Centrale, nous remontons jusqu\u2019\u00e0 la place de la Palud, domin\u00e9e par le beffroi de <strong>l\u2019H\u00f4tel de Ville<\/strong>, b\u00e2ti en 1675. Sous son avant-toit, des motifs d\u00e9coratifs et deux gargouilles expressives \u00e0 l\u2019effigie de dragons, rajout\u00e9es en 1698, accrochent le regard.<\/p>\n<p>Un petit tunnel nous permet de contourner l\u2019immeuble et de gagner la charmante place de la Louve pour un coup d\u2019\u0153il \u00e0\u2009<strong>l\u2019Annexe de l\u2019H\u00f4tel de Ville<\/strong>, construite en 1914. Sous sa corniche, on d\u00e9couvre un alignement de blasons aux couleurs de Lausanne \u2013 rouge en bas et blanc en haut. \u00ab\u2009Ils repr\u00e9sentent les cinq quartiers de la ville ancienne\u2009\u00bb, pr\u00e9cise Ariane Devanth\u00e9ry. Le symbole de chaque quartier est peint sur les armoiries, telles les deux tours encadrant une porte pour la Cit\u00e9 ou la grille pour saint Laurent, symbole de son martyre. Pour l\u2019anecdote, au Moyen \u00c2ge, la corporation des R\u00f4tisseurs a revendiqu\u00e9 ce saint patron, br\u00fbl\u00e9 sur un gril en l\u2019an 258 \u00e0 Rome.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la place de la Louve, <strong>un grand \u00e9difice du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle<\/strong>\u2009 porte encore l\u2019inscription \u00abImprimeries \u2013 \u00c8re nouvelle\u00bb. Il atteste du r\u00f4le important qu\u2019ont jou\u00e9 les imprimeurs lausannois qui ont \u00e9dit\u00e9 quantit\u00e9 d\u2019ouvrages pendant l\u2019entre-deux guerres, lorsque le papier manquait \u00e0 Paris. L\u2019architecture de cet immeuble cossu r\u00e9v\u00e8le un m\u00e9lange d\u2019Art nouveau et de r\u00e9gionalisme: \u00ab\u00c0 son sommet, les lucarnes, coiff\u00e9es d\u2019un toit comme un chalet, \u00e9clairaient probablement des chambres de bonnes \u00e0 l\u2019\u00e9poque, indique la sp\u00e9cialiste. Entre les fen\u00eatres du dernier \u00e9tage, on distingue des bas-reliefs avec des soldats, peints selon le style hodl\u00e9rien (du grand peintre suisse Ferdinand Hodler, ndlr).\u00bb<\/p>\n<p>Nous retournons sur la place de la Palud. Au centre, la fontaine, b\u00e2tie au XVIe si\u00e8cle, est surmont\u00e9e par la\u2009<strong>statue de la Justice<\/strong> \u2013 l\u2019originale est \u00e0 l\u2019abri au Mus\u00e9e Historique Lausanne depuis 1930 (lire aussi en pages 50-51). Comme le veut la tradition, elle a les yeux band\u00e9s et tient une balance et un glaive. \u00abCe sont ses jupes relev\u00e9es qui sont inhabituelles, souligne Ariane Devanth\u00e9ry. Ce d\u00e9tail peut symboliser la Justice en marche que rien n\u2019arr\u00eate, ou signifier que la Justice n\u2019a rien \u00e0 cacher.\u00bb Quatre puissants de l\u2019\u00e9poque se trouvent \u00e0 ses pieds\u2009: le pape, le sultan de l\u2019Empire ottoman, l\u2019empereur du Saint-Empire romain germanique et un bourgeois: m\u00eame le simple citoyen est soumis \u00e0 la Justice!<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019est de la Palud, les <strong>Escaliers du March\u00e9<\/strong>\u2009grimpent jusqu\u2019au parvis de la Cath\u00e9drale. En bois d\u00e8s le Moyen \u00c2ge, ils ont cette allure depuis le d\u00e9but du XVIIIe si\u00e8cle. \u00abLe toit a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u de fa\u00e7on \u00e0 \u00eatre suffisamment haut et large pour que deux femmes portant des paniers sur la t\u00eate puissent se croiser sans qu\u2019ils ne tombent\u00bb, rench\u00e9rit notre guide. Apr\u00e8s avoir gravi ces marches, notre balade s\u2019ach\u00e8ve sur les\u2009<strong>terrasses des Jardins \u2009du Vieux-Lausanne<\/strong>, une buvette champ\u00eatre qui s\u2019ouvre en fin de journ\u00e9e \u00e0 la belle saison. De l\u00e0, la nuit tomb\u00e9e, en scrutant la Cath\u00e9drale, on apercevra peut-\u00eatre Alexandre Schmid, nouveau guet titulaire de Lausanne. Comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs depuis 1405, il scande les heures, de 22h \u00e0 2h, du haut de la tour du beffroi de Notre-Dame.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (n\u00b0 13).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Et si on s\u2019aventurait dans la capitale lausannoise le regard tourn\u00e9 vers les hauteurs\u2009? Fa\u00e7ades, moulures, statues et corniches sont autant de tr\u00e9sors qui racontent l\u2019histoire de la ville.<\/p>\n","protected":false},"author":20334,"featured_media":15477,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-15468","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15468","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20334"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15468"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15468\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15479,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15468\/revisions\/15479"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15477"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15468"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15468"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15468"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}