



{"id":15463,"date":"2024-08-20T22:53:48","date_gmt":"2024-08-20T20:53:48","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15463"},"modified":"2024-08-20T15:16:37","modified_gmt":"2024-08-20T13:16:37","slug":"bruit-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15463","title":{"rendered":"Des espaces verts, des espaces calmes"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans le magazine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/magazine2024-2.html\">L\u2019Environnement<\/a>. Abonnez vous gratuitement<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/service-lecteurs-du-magazine-l-environnement.html\">\u00a0ici.<\/a><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Mardi matin sur la B\u00fcrkliplatz de Zurich. Trond Maag, urbaniste et collaborateur scientifique de la division Bruit et rayonnement non ionisant (RNI) de l\u2019OFEV, se prom\u00e8ne \u00e0 travers les grands arbres s\u00e9culaires dont les cimes forment un \u00e9pais feuillage au-dessus de la place. En d\u00e9pit de la v\u00e9g\u00e9tation, l\u2019environnement est assez sonore : de la route qui longe le lac s\u2019\u00e9chappe un bruit de circulation constant, entrecoup\u00e9 d\u2019un canon de moteurs vrombissants. \u00ab S\u2019il y a autant de bruit au milieu de la place malgr\u00e9 les arbres, c\u2019est \u00e0 cause de l\u2019asphalte, explique Trond Maag, les surfaces imperm\u00e9abilis\u00e9es et planes propagent le son, tandis que les sols perm\u00e9ables l\u2019absorbent. La neige fra\u00eeche en est un bon exemple. \u00bb<\/p>\n<p>Le trafic constitue la principale source de bruit en Suisse. Selon le monitoring de la Conf\u00e9d\u00e9ration, le bruit de la circulation routi\u00e8re est jug\u00e9 incommodant ou nuisible par environ 1,1 million de personnes en journ\u00e9e, et presque autant la nuit. \u00c0 cela s\u2019ajoutent les \u00e9missions sonores des chantiers, de l\u2019industrie et de l\u2019artisanat. Ces nuisances touchent majoritairement la population des villes et des agglom\u00e9rations. Le d\u00e9veloppement vers l\u2019int\u00e9rieur accentue en outre le probl\u00e8me. Afin d\u2019exploiter pleinement les surfaces des terrains, les logements et b\u00e2timents se multiplient d\u00e9sormais sur des sites expos\u00e9s au bruit et \u00e0 proximit\u00e9 des routes. La croissance de la population r\u00e9sidante entra\u00eene par ailleurs une augmentation du volume du trafic.<\/p>\n<p>Cons\u00e9quence: un besoin accru de calme et de repos que les for\u00eats, les prairies et les champs qui bordent l\u2019espace urbain ne peuvent enti\u00e8rement satisfaire. \u00ab Il faut davantage d\u2019espaces verts intra-urbains, facilement accessibles \u00e0 pied depuis le domicile ou le lieu de travail \u00bb, souligne Trond Maag. Il peut s\u2019agir de parcs, de cimeti\u00e8res, de promenades et de terrasses au bord de l\u2019eau, mais aussi de petits lieux de refuge tels que des cours int\u00e9rieures v\u00e9g\u00e9talis\u00e9es ou des pelouses et des places au sein des zones habit\u00e9es. Les responsables politiques en ont \u00e9galement pris acte. La r\u00e9vision de la loi sur la protection de l\u2019environnement doit permettre de mieux coordonner la protection contre le bruit et le d\u00e9veloppement de l\u2019urbanisation. Lors de la planification d\u2019une augmentation de l\u2019espace habitable dans des zones d\u00e9j\u00e0 b\u00e2ties, il faudra d\u00e9sormais cr\u00e9er des espaces ouverts servant \u00e0 la d\u00e9tente et pr\u00e9voir d\u2019autres mesures pour pr\u00e9server la tranquillit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>\u00c9couter avec les yeux <\/strong><\/p>\n<p>Mais qu\u2019est-ce que le calme? Et que faut-il pour cr\u00e9er des lieux r\u00e9ellement propices \u00e0 la d\u00e9tente dans les zones urbaines? Nicole Bauer, psychologue de l\u2019environnement \u00e0 l\u2019Institut WSL, travaille sur ces questions. Un clapotis sonore l\u2019accompagne tandis qu\u2019elle se prom\u00e8ne le long de la Reppisch, la petite rivi\u00e8re qui traverse la ville de Dietikon, telle un ruban vert et bleu, avant de se jeter dans la Limmat. Pr\u00e8s des bancs situ\u00e9s sur la berge, le niveau sonore de l\u2019eau avoisine les 57 dB, soit \u00e0 peu pr\u00e8s autant que les voitures qui passent.<\/p>\n<p>On ne qualifierait toutefois pas le clapotis de la rivi\u00e8re de bruit ind\u00e9sirable. Au contraire, il est agr\u00e9able, car il couvre les bruits du trafic alentour. \u00abLa seule indication des d\u00e9cibels ne permet pas d\u2019\u00e9valuer dans quelle mesure un lieu est per\u00e7u comme calme et reposant \u00bb, souligne Nicole Bauer. \u00abLe calme est bien plus que l\u2019absence de bruit. \u00bb<\/p>\n<p>Dans le cadre d\u2019une \u00e9tude financ\u00e9e par l\u2019OFEV, Nicole Bauer et deux coll\u00e8gues ont analys\u00e9, dans dix lieux de d\u00e9tente du Plateau suisse \u2013 dont les rives de la Reppisch \u00e0 Dietikon \u2013, quels bruits \u00e9taient per\u00e7us comme agr\u00e9ables et lesquels \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s comme g\u00eanants. Les sons de la nature tels que le chant des oiseaux, le coassement des grenouilles, le bourdonnement des abeilles, le chant des grillons, le murmure d\u2019un ruisseau et le souffle du vent ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9s par les personnes interrog\u00e9es, tandis que le bruit des avions, du trafic routier ou des chantiers ont troubl\u00e9 leur qui\u00e9tude.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15465\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/img_Ash.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/img_Ash.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/img_Ash-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/img_Ash-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>Nicole Bauer pr\u00e9cise qu\u2019outre le volume sonore, notre perception et notre \u00e9valuation des bruits entrent \u00e9galement en jeu. Les sons qui ne correspondent pas \u00e0 l\u2019environnement dans lequel nous sommes nous frappent davantage. \u00abQuand je me prom\u00e8ne en for\u00eat, le bruit de mes pas sur le chemin de terre est assez fort, voire plus fort que celui d\u2019un avion qui vole au loin. Mais je n\u2019y pr\u00eate pas attention, parce que ce bruit vient de moi et qu\u2019il est naturel lors d\u2019une balade en for\u00eat, contrairement \u00e0 celui de l\u2019avion. \u00bb<\/p>\n<p>De plus, notre perception de l\u2019intensit\u00e9 sonore est relative. Dans un endroit calme, nous entendons mieux les bruits parasites. Inversement, un lieu nous semblera tranquille s\u2019il est moins bruyant que son environnement. \u00abDes aspects visuels peuvent en outre influencer notre perception d\u2019un lieu\u00bb, compl\u00e8te Nicole Bauer. Une zone pi\u00e9tonne tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e g\u00e9n\u00e8re souvent une sensation de stress, m\u00eame si le niveau sonore y est peu \u00e9lev\u00e9. En revanche, il est prouv\u00e9 qu\u2019un environnement naturel et la vue de plantes ont un effet apaisant. Il est toutefois difficile de quantifier dans quelle mesure le calme visuel peut compenser le bruit.<\/p>\n<p><strong>L\u2019acoustique dans la ville de Zurich <\/strong><\/p>\n<p>Selon Trond Maag, de l\u2019OFEV, il n\u2019est pas judicieux de trop miser sur les aspects visuels lors de la conception d\u2019espaces ouverts. \u00ab Le vert est toujours pr\u00e9f\u00e9rable au gris. Mais les arbres ne suffisent pas \u00e0 rendre un endroit moins bruyant. \u00bb De nombreux facteurs doivent \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s pour cr\u00e9er dans l\u2019espace urbain des lieux apaisants, \u00e0 la fois visuellement et acoustiquement. La distance par rapport \u00e0 la route, l\u2019orientation et la forme des fa\u00e7ades des b\u00e2timents environnants, la topographie, la nature du sol, l\u2019eau et la v\u00e9g\u00e9tation sont autant d\u2019aspects qui ont un impact sur la sonorit\u00e9 d\u2019un lieu.<\/p>\n<p>Trond Maag en fait la d\u00e9monstration lors d\u2019une promenade dans le centreville de Zurich. Depuis la B\u00fcrkliplatz, nous longeons le lac en direction de l\u2019Arboretum, un parc verdoyant bord\u00e9 d\u2019arbres s\u00e9culaires. Bien que la route \u00e0 plusieurs voies contourne directement le parc, le sol d\u00e9simperm\u00e9abilis\u00e9 et l\u2019\u00e9cran form\u00e9 par les haies et les arbres rendent l\u2019endroit nettement moins bruyant que le quai du lac, ouvert et en grande partie asphalt\u00e9. L\u2019itin\u00e9raire se poursuit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019ancien jardin botanique situ\u00e9 sur une colline, un bastion des anciennes fortifications de la ville. Une fois en haut, le bruit du trafic n\u2019est plus que diffus. \u00abSur un site sur\u00e9lev\u00e9 comme celui-ci, on s\u2019\u00e9loigne automatiquement de la route. De plus, les b\u00e2timents alentour font un peu \u00e9cran au bruit de la circulation\u00bb, explique Trond Maag. L\u2019impact de la diff\u00e9rence de hauteur est encore plus net dans le Schanzengraben. Longeant le canal qui relie le lac et la Sihl, la promenade idyllique traverse le centre-ville en contrebas des rues. En d\u00e9pit de la proximit\u00e9 de la gare centrale, le trafic est quasiment imperceptible. On ne voit et on n\u2019entend rien du tumulte de la ville.<\/p>\n<p><strong>Les espaces verts ne sont pas des \u00abbouche-trous\u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Comme le montre ce parcours \u00e0 travers Zurich, les espaces verts offrent calme et d\u00e9tente m\u00eame dans des endroits centraux, pour autant que les conditions soient favorables. Mais l\u2019am\u00e9nagement de ces espaces est parfois complexe. Selon l\u2019acoustique d\u2019un lieu, il convient en effet d\u2019associer des mesures qui r\u00e9duisent efficacement le niveau de bruit, comme la d\u00e9simperm\u00e9abilisation du sol, et des mesures qui modifient la perception du bruit, comme l\u2019eau. L\u2019\u00e9tude de Nicole Bauer montre en effet que le clapotis d\u2019une rivi\u00e8re ou le ruissellement d\u2019une fontaine peuvent \u00eatre per\u00e7us comme agr\u00e9ables, en plus de masquer le bruit du trafic.<\/p>\n<p>Selon Trond Maag, les espaces non construits ne doivent toutefois pas \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme des bouchetrous. \u00abDans un projet de construction, les espaces ouverts sont souvent int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la fin, l\u00e0 o\u00f9 il reste de la place. Ce sont parfois des zones qui ne se pr\u00eatent pas \u00e0 la d\u00e9tente et que les gens finissent m\u00eame par \u00e9viter. Nous devons inclure l\u2019espace non construit dans notre r\u00e9flexion initiale et lui accorder autant d\u2019importance qu\u2019aux b\u00e2timents. \u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>En bref<\/strong>: Les espaces verts am\u00e9liorent la qualit\u00e9 de vie du point de vue phonique: ils r\u00e9duisent le niveau sonore et modifient favorablement la perception du bruit, m\u00eame au centre-ville.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>\u00c0 l&rsquo;\u00e9coute dans la vall\u00e9e de la Limmat\u00a0<\/strong><\/p>\n<p>Un projet portant sur la qualit\u00e9 sonore est en cours dans la vall\u00e9e de la Limmat, entre Zurich et Baden. Dans cette zone urbaine dense, travers\u00e9e par l\u2019un des axes autoroutiers et ferroviaires les plus fr\u00e9quent\u00e9s du pays, le bruit du trafic est constant, m\u00eame \u00e0 proximit\u00e9 de la rivi\u00e8re et sur les versants de la vall\u00e9e. On y trouve pourtant des endroits paisibles, notamment le long de la Reppisch, \u00e0 Dietikon. Le projet \u00abRuheorte. H\u00f6rorte\u00bb, soutenu par la Conf\u00e9d\u00e9ration, sensibilise \u00e0 la qualit\u00e9 acoustique de l\u2019environnement. Entre autres initiatives, des promenades sonores dans plusieurs communes de la vall\u00e9e invitent \u00e0 une exploration auditive du paysage et rappellent l\u2019importance de l\u2019am\u00e9nagement acoustique des espaces ext\u00e9rieurs.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le bruit est omnipr\u00e9sent en milieu urbain. Bien planifi\u00e9s et am\u00e9nag\u00e9s, les espaces verts non construits peuvent am\u00e9liorer le bien-\u00eatre de la population en att\u00e9nuant les nuisances sonores.<\/p>\n","protected":false},"author":20331,"featured_media":15465,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-15463","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15463","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20331"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15463"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15463\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15467,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15463\/revisions\/15467"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15465"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15463"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15463"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15463"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}