



{"id":15434,"date":"2024-08-09T23:05:03","date_gmt":"2024-08-09T21:05:03","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15434"},"modified":"2024-08-09T11:08:45","modified_gmt":"2024-08-09T09:08:45","slug":"nature-6","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15434","title":{"rendered":"Laisser passer les animaux sauvages"},"content":{"rendered":"<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans le magazine\u00a0<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/magazine2024-2.html\">L\u2019Environnement<\/a>. Abonnez vous gratuitement<a href=\"https:\/\/www.bafu.admin.ch\/bafu\/fr\/home\/documentation\/magazine\/service-lecteurs-du-magazine-l-environnement.html\">\u00a0ici.<\/a><\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Les corridors \u00e0 faune sont comme les autoroutes ou les voies ferr\u00e9es des animaux. M\u00eame s\u2019ils ne sont pas aussi pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9limit\u00e9s que les infrastructures destin\u00e9es aux humains, ils forment un r\u00e9seau que la faune sauvage emprunte pour migrer d\u2019est en ouest ou du nord au sud sauf quand des obstacles infranchissables se mettent en travers de leur chemin.<\/p>\n<p><strong>Prendre en compte la faune et la flore <\/strong><\/p>\n<p>\u00abActuellement, 16% des corridors \u00e0\u00a0faune sont interrompus et 56%, perturb\u00e9s \u00bb, explique Adrien Zeender, responsable de l\u2019\u00e9valuation \u00e9cologique des infrastructures routi\u00e8res nationales \u00e0 la section Gestion du\u00a0paysage de l\u2019OFEV. En effet, le\u00a0mitage du territoire et les infrastructures de transport exercent une\u00a0pression sur les espaces naturels. \u00abDes ann\u00e9es\u00a01940 jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e en vigueur de l\u2019ordonnance relative \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019impact sur l\u2019environnement en 1988, l\u2019impact sur la flore n\u2019\u00e9tait pas pris en compte lors de la construction de routes et\u00a0celui sur la faune, encore moins. \u00bb Pourtant, les personnes charg\u00e9es de\u00a0la planification des infrastructures de transport ont rapidement pris conscience des probl\u00e8mes que le morcellement des biotopes pouvait causer aux animaux sauvages. Les\u00a0premiers passages \u00e0 faune en Europe datent des ann\u00e9es\u00a01960. \u00abLe probl\u00e8me \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 connu, mais il n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 suffisamment pris au\u00a0s\u00e9rieux\u00bb, pr\u00e9cise Adrien Zeender.<\/p>\n<p>Pour de nombreuses esp\u00e8ces, la\u00a0mobilit\u00e9 est indispensable \u00e0 leur survie. Que ce soit lors de migrations saisonni\u00e8res, comme pour les cerfs, mais aussi pour \u00e9viter les probl\u00e8mes de consanguinit\u00e9 survenant lorsque les animaux sont limit\u00e9s \u00e0 un espace trop restreint. \u00abCes am\u00e9nagements profitent aussi \u00e0 la flore, explique Adrien Zeender, en utilisant les corridors, les animaux diss\u00e9minent les graines et favorisent ainsi la dispersion des plantes. \u00bb M\u00eame pour des animaux qui se d\u00e9placent en\u00a0volant, les autoroutes peuvent constituer un obstacle, c\u2019est notamment le cas pour les chauves-souris volant \u00e0 basse altitude.<\/p>\n<p><strong>Traverser l\u2019autoroute sans danger <\/strong><\/p>\n<p>Les lacunes en termes d\u2019am\u00e9nagement constat\u00e9es par le pass\u00e9 sont progressivement corrig\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019assainissement des corridors et la construction de passages \u00e0 faune. La Suisse compte aujourd\u2019hui 44\u00a0passages pour grande faune. La plupart sont des passages sup\u00e9rieurs, mais on d\u00e9nombre aussi quelques passages inf\u00e9rieurs. Sans compter qu\u2019il existe aussi des passages \u00e0 petite faune, comme les passages \u00e0 amphibiens ou\u00a0encore les passages \u00e0 poissons. Les passages \u00e0 faune sup\u00e9rieurs attirent souvent le regard en raison de leur taille. En effet, ils doivent \u00eatre aussi larges que possible. L\u2019exp\u00e9rience a montr\u00e9 que construire des passerelles de 50\u00a0m\u00e8tres de large est pertinent. En plus de la largeur, il est important de pr\u00e9voir un am\u00e9nagement vari\u00e9 et naturel et un dispositif efficace pour prot\u00e9ger les animaux de la lumi\u00e8re des phares et du bruit. Ces mesures optimisent l\u2019utilisation des dispositifs et \u00e0 permettre aux animaux de traverser sans \u00eatre d\u00e9rang\u00e9s.<\/p>\n<p>De nombreux efforts sont donc d\u00e9ploy\u00e9s pour que le franchissement des autoroutes et des voies ferr\u00e9es soit facilit\u00e9 pour les animaux. Mais la\u00a0partie n\u2019est pas encore gagn\u00e9e. Les\u00a0besoins en passages \u00e0 faune et\u00a0la mise en place des mesures dans ce domaine sont loin d\u2019\u00eatre combl\u00e9s, selon Cristina Boschi, biologiste de la faune et responsable de ces corridors pour le canton d\u2019Argovie. \u00abTrop de corridors sont encore perturb\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Les autoroutes constituent les barri\u00e8res les plus importantes au d\u00e9placement des animaux, non pas en raison de la densit\u00e9 du trafic, mais parce qu\u2019elles sont syst\u00e9matiquement cl\u00f4tur\u00e9es, ironiquement pour prot\u00e9ger les animaux sauvages et les automobilistes. \u00abMais les animaux ont absolument besoin de franchir les barri\u00e8res, explique Adrien Zeender, collaborateur scientifique \u00e0\u00a0l\u2019OFEV. Du coup, la faune sauvage va longer les cl\u00f4tures jusqu\u2019\u00e0 la prochaine entr\u00e9e d\u2019autoroute et se\u00a0retrouver sur la chauss\u00e9e. En cas de stress, un cerf adulte serait m\u00eame capable de sauter par-dessus des cl\u00f4tures d\u2019autoroute de deux m\u00e8tres de haut. Des passages \u00e0 faune fonctionnels contribuent donc \u00e0 la\u00a0s\u00e9curit\u00e9 du trafic. \u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15435\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/LN_image_ASH_1.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/LN_image_ASH_1.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/LN_image_ASH_1-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/08\/LN_image_ASH_1-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019elles sont hautement fr\u00e9quent\u00e9es, les routes non cl\u00f4tur\u00e9es constituent aussi une barri\u00e8re pratiquement infranchissable. On estime que leur travers\u00e9e est impossible \u00e0 partir d\u2019un\u00a0trafic de 10000\u00a0v\u00e9hicules par jour. L\u2019importance de la circulation nocturne joue un r\u00f4le particuli\u00e8rement d\u00e9cisif, car c\u2019est la nuit que les d\u00e9placements dans les corridors \u00e0\u00a0faune sont les plus nombreux.<\/p>\n<p>Si les routes sont tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9es, l\u2019espace deviendra insuffisant pour les\u00a0animaux. \u00abDe plus en plus de tron\u00e7ons sont concern\u00e9s en Suisse\u00bb, explique Adrien Zeender qui fait \u00e9tat d\u2019une augmentation consid\u00e9rable du trafic au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Le probl\u00e8me va donc \u00e9galement s\u2019aggraver sur les routes cantonales.<\/p>\n<p><strong>Les cris du sanglier comme alerte <\/strong><\/p>\n<p>Tous les probl\u00e8mes ne n\u00e9cessitent pas forc\u00e9ment la construction d\u2019un passage \u00e0 faune. Dans le cas des routes cantonales, il est possible de mettre en place des syst\u00e8mes d\u2019avertissement de pr\u00e9sence bidirectionnels. Ils avertissent les animaux d\u00e8s qu\u2019il y a un trafic dangereux, ou ils avertissent les usagers de la route d\u00e8s que le gibier se trouve \u00e0\u00a0proximit\u00e9 de la route. D\u2019apr\u00e8s Adrien Zeender, ce sont les mesures sur les\u00a0conducteurs qui s\u2019av\u00e8rent plus efficaces. Ces syst\u00e8mes d\u2019avertissement combinent des panneaux lumineux \u00abAttention gibier!\u00bb \u00e0 une r\u00e9duction temporaire de la vitesse.<\/p>\n<p>Inversement, les syst\u00e8mes d\u2019alerte destin\u00e9s aux animaux sont plus appropri\u00e9s pour les voies ferr\u00e9es en\u00a0raison du temps de freinage des trains. Des syst\u00e8mes anticollision bioacoustiques sont en train d\u2019\u00eatre test\u00e9s. Les animaux sont particuli\u00e8rement sensibles aux signaux d\u2019alarme des geais ou des chevreuils, par exemple. Mais les plus efficaces sont\u00a0les cris de douleur des sangliers, diffus\u00e9s au passage d\u2019un train. \u00abLes\u00a0animaux apprennent ainsi qu\u2019un train repr\u00e9sente un danger.\u00bb<\/p>\n<p>Les voies ferr\u00e9es posent g\u00e9n\u00e9ralement moins de probl\u00e8mes que les routes. \u00abPour commencer, elles ne\u00a0sont pas cl\u00f4tur\u00e9es et les trains circulent peu, voire pas du tout la\u00a0nuit, du moins sur les lignes r\u00e9gionales.\u00bb L\u2019identification des impacts \u00e9cologiques engendr\u00e9s par les infrastructures de transport r\u00e9clame une observation minutieuse, comme le montre Adrien Zeender. Les corridors emprunt\u00e9s par les amphibiens le long des voies ferr\u00e9es n\u2019ont commenc\u00e9 \u00e0\u00a0\u00eatre cartographi\u00e9s que r\u00e9cemment. Lorsque ces passages traversent une\u00a0route, on constate de\u00a0nombreux animaux \u00e9cras\u00e9s. En\u00a0revanche, lorsque les amphibiens sont contraints de franchir des voies ferr\u00e9es pour rejoindre leurs lieux de reproduction, ce drame \u00e9cologique passe inaper\u00e7u alors qu\u2019il concerne plusieurs centaines de sites en Suisse. Une fois que leur parcours est\u00a0connu, il est possible de restaurer la connectivit\u00e9 en nivelant le ballast sous les voies, afin de permettre aux\u00a0animaux de traverser.<\/p>\n<p><strong>Quand les humains font obstacle <\/strong><\/p>\n<p>Ces mesures impliquent parfois des\u00a0constructions co\u00fbteuses qui ne se r\u00e9v\u00e8lent pas directement utiles aux\u00a0hommes. \u00ab Il n\u2019est pas surprenant que les passages \u00e0 faune suscitent la\u00a0pol\u00e9mique\u00bb, d\u00e9clare Adrien Zeender. Le comportement de la population peut entraver le fonctionnement de\u00a0ces installations. En effet, il n\u2019est pas rare que certains joggeurs, des\u00a0cyclistes ou des promeneurs de chiens utilisent ces infrastructures, ce qui \u00e9loigne la faune. \u00abLes animaux sauvages ont appris \u00e0 consid\u00e9rer l\u2019homme comme un danger, explique Cristina Boschi, biologiste de la faune sauvage dans le canton d\u2019Argovie. Un\u00a0passage offre peu d\u2019\u00e9chappatoires. Si, en plus, les animaux d\u00e9tectent une odeur humaine, ils n\u2019osent plus le traverser.\u00bb<\/p>\n<p>Un projet de passage \u00e0 faune r\u00e9ussi doit donc inclure la gestion des passages de la population. Cristina Boschi \u00e9voque diverses mesures, comme la d\u00e9viation des sentiers de randonn\u00e9e et des routes foresti\u00e8res ou l\u2019installation de panneaux d\u2019information indiquant aux passants les\u00a0zones \u00e0 ne pas emprunter. \u00abIl est obligatoire d\u2019effectuer un contr\u00f4le de\u00a0chaque passage \u00e0 faune pour s\u2019assurer de sa r\u00e9ussite\u00bb, pr\u00e9cise Cristina Boschi.<\/p>\n<p>Il existe des cas difficiles parmi les animaux sauvages, admet Adrien Zeender. Une \u00e9tude publi\u00e9e en 2019 montre que les cerfs ne traversent les passages \u00e0 faune sup\u00e9rieurs que lorsque les conditions sont optimales, et que les sangliers n\u2019utilisent seulement que la moiti\u00e9 des passages \u00e9tudi\u00e9s. \u00abC\u2019est pourquoi il faut prendre en compte l\u2019environnement et\u00a0ne pas se focaliser uniquement sur le passage.\u00bb Les ouvrages peuvent par exemple \u00eatre dot\u00e9s de syst\u00e8mes de guidage permettant aux animaux de les trouver plus facilement. Les\u00a0passages difficilement accessibles, comme ceux entour\u00e9s de champs, doivent \u00eatre \u00e9quip\u00e9s d\u2019une structure capable de guider la faune. \u00abLes passages \u00e0 faune ne sont pas destin\u00e9s aux esp\u00e8ces s\u00e9dentaires, mais \u00e0 celles qui se d\u00e9placent\u00bb, rappelle Adrien Zeender. Pour \u00eatre optimale, leur construction doit donc \u00eatre suffisamment large et prot\u00e9g\u00e9e contre les \u00e9missions lumineuses ou\u00a0sonores. En d\u2019autres termes: se\u00a0situer le plus loin possible des activit\u00e9s humaines.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Attention, passage de faune <\/strong><\/p>\n<p>En principe, les sentiers p\u00e9destres ne m\u00e8nent pas \u00e0 proximit\u00e9 des passages \u00e0 faune, reconnaissables \u00e0 leur v\u00e9g\u00e9tation dense et d\u00e9pourvue de chemins. Si un randonneur tombe sur un passage \u00e0 faune, il devrait quitter le site au plus vite et surtout d\u00e9gager l\u2019entr\u00e9e. En effet, les animaux sauvages d\u00e9tectent pendant longtemps l\u2019odeur laiss\u00e9e par les \u00eatres humains et les chiens. L\u2019exp\u00e9rience montre qu\u2019ils attendent deux \u00e0 quatre heures avant d\u2019emprunter \u00e0 nouveau le passage.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des solutions existent pour permettre \u00e0 la faune de traverser les routes et les voies ferr\u00e9es. Leur taux d\u2019utilisation pourrait cependant \u00eatre am\u00e9lior\u00e9 en prenant en compte l\u2019environnement des passages et en \u00e9vitant la pr\u00e9sence humaine sur ces sites.<\/p>\n","protected":false},"author":20315,"featured_media":15435,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[1306],"class_list":["post-15434","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","tag-environnement","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15434","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20315"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15434"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15434\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15437,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15434\/revisions\/15437"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15435"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15434"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15434"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15434"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}