



{"id":15302,"date":"2024-06-28T22:46:39","date_gmt":"2024-06-28T20:46:39","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15302"},"modified":"2024-06-28T15:50:09","modified_gmt":"2024-06-28T13:50:09","slug":"interview-70","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15302","title":{"rendered":"Maurine Mercier: \u00abJ\u2019ai besoin de beaucoup de libert\u00e9\u2009\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Son reportage audio en deux parties, pour la Radio T\u00e9l\u00e9vision Suisse (RTS), sur une survivante des massacres de Boutcha, en Ukraine, lui a valu, une fois de plus, les plus hautes r\u00e9compenses de la profession. Mais l\u2019essentiel est ailleurs pour Maurine Mercier, habitu\u00e9e \u00e0 travailler dans les zones sensibles du globe: donner la parole, toujours, aux t\u00e9moins, ces h\u00e9ro\u00efnes et h\u00e9ros comme elle les qualifie, qui ont le courage de dire l\u2019indicible.<\/p>\n<p>N\u00e9e \u00e0 Lausanne d\u2019une m\u00e8re qu\u00e9b\u00e9coise, infirmi\u00e8re, et d\u2019un p\u00e8re vaudois, ancien avocat et professeur de droit, Maurine Mercier a grandi juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9, \u00e0 Pully. Elle y a suivi toute sa scolarit\u00e9 avant d\u2019\u00e9tudier les relations internationales \u00e0 Gen\u00e8ve et \u00e0 Madrid. Apr\u00e8s avoir couvert la guerre au Donbass, puis la Libye, l\u2019Alg\u00e9rie et la Tunisie, elle couvre la guerre en Ukraine. Elle nous a consacr\u00e9 cette interview, en visio depuis son appartement de Kiev, avec une d\u00e9contraction et une humilit\u00e9 qui font presque oublier les risques qu\u2019elle court au quotidien. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019on sonne \u00e0 sa porte pour lui livrer des bonbonnes d\u2019eau\u2009: \u00ab\u2009L\u2019eau du robinet est encore moins potable depuis les bombardements\u2009\u00bb, s\u2019excuse-t-elle presque, apr\u00e8s avoir r\u00e9ceptionn\u00e9 ses r\u00e9serves.<\/p>\n<p><strong>Quand avez-vous d\u00e9cid\u00e9 de vous installer \u00e0 Kiev? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Maurine Mercier<\/strong>: J\u2019ai besoin de vivre sur place pour me sentir l\u00e9gitime, comprendre un pays et amener des nuances. Je suis venue en Ukraine pour trois mois en mars 2022, mais j\u2019ai vite vu que ce serait compliqu\u00e9 de repartir parce qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un \u00e9v\u00e9nement international majeur qui pouvait se transformer en quelque chose de bien plus grand encore. Je m\u00e8ne une vie normale \u00e0 Kiev, avec un appartement, ma voiture toute pourrie ramen\u00e9e de Tunisie et un contrat \u00e0 temps partiel avec la RTS. En parall\u00e8le, je collabore avec Radio France et RTBF (Radio T\u00e9l\u00e9vision Belge francophone, ndlr).<\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s plus de six ans en Afrique du Nord, le changement a-t-il \u00e9t\u00e9 difficile? <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai laiss\u00e9 mon c\u0153ur l\u00e0-bas, mais je le laisse dans tous les endroits o\u00f9 je vis parce que je m\u2019attache aux gens. Je mentirais en disant que j\u2019ai un coup de c\u0153ur pour l\u2019Ukraine, je suis plus m\u00e9diterran\u00e9enne que slave dans l\u2019\u00e2me. Mais je me suis \u00e9galement li\u00e9e \u00e0 des gens ici.<\/p>\n<p><strong>Est-ce qu\u2019un autre conflit, ailleurs, pourrait vous faire quitter Kiev? <\/strong><\/p>\n<p>Non, je travaille toujours sur la longueur. Sinon, je ferais toutes les guerres du monde parce qu\u2019elles m\u00e9ritent toutes une couverture m\u00e9diatique. Par exemple, le conflit isra\u00e9lo-palestinien\u2009: je n\u2019ai jamais mis les pieds dans la r\u00e9gion. Je pense que je serais assez peu l\u00e9gitime. Je ne cours pas apr\u00e8s les guerres, mais apr\u00e8s le fait de mettre en lumi\u00e8re une situation. Je souhaite raconter la paix en Ukraine. Elle sera difficile, mais j\u2019esp\u00e8re qu\u2019elle arrivera le plus vite possible.<\/p>\n<p><strong>Vous resteriez au-del\u00e0 de la guerre? <\/strong><\/p>\n<p>Pas \u00e0 vie, mais quelques ann\u00e9es, oui. Je suis dans ce pays pour faire mon travail, donc tant qu\u2019il me para\u00eet int\u00e9ressant et que j\u2019arrive \u00e0 le faire correctement, je reste.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 quel moment le journalisme s\u2019est-il impos\u00e9 dans votre vie? <\/strong><\/p>\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas une vocation. Moi, je voulais juste un m\u00e9tier qui me permette de voyager. Adolescente, j\u2019avais m\u00eame envisag\u00e9 d\u2019\u00eatre animatrice au Club Med! Puis, j\u2019ai voulu \u00eatre photographe. Apr\u00e8s mes \u00e9tudes, je me suis tourn\u00e9e vers l\u2019humanitaire. Mais, lors de stages dans des organisations internationales, j\u2019ai compris que ce n\u2019\u00e9tait pas pour moi. Je suis un peu une b\u00eate sauvage, je crains les hi\u00e9rarchies, les grosses structures, l\u2019inertie, l\u2019inefficience. J\u2019ai besoin de beaucoup de libert\u00e9. C\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que j\u2019ai voulu \u00eatre journaliste, et plus particuli\u00e8rement faire de la radio.<\/p>\n<p><strong>Avant d\u2019arriver \u00e0 la radio, c\u2019est chez TVRL, la t\u00e9l\u00e9vision lausannoise anc\u00eatre de La T\u00e9l\u00e9 Vaud-Fribourg, que vous faites vos d\u00e9buts. <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019avais d\u00e9croch\u00e9 cette place apr\u00e8s avoir postul\u00e9 partout en Suisse romande pendant deux ans. Personne d\u2019autre n\u2019avait voulu de moi! Je dois beaucoup \u00e0 TVRL et La T\u00e9l\u00e9 parce qu\u2019elles m\u2019ont tout appris\u2009: filmer, pr\u00e9senter, faire du journalisme, la d\u00e9brouillardise&#8230; Je ne pourrais pas faire ce que je fais aujourd\u2019hui sans elles. J\u2019ai eu un plaisir fou \u00e0 bosser pour les m\u00e9dias locaux parce que je faisais du terrain, m\u00eame si le rythme \u00e9tait effr\u00e9n\u00e9, avec un reportage par jour. Je garde une estime \u00e9norme pour mes coll\u00e8gues qui font \u00e7a sur la longueur.<\/p>\n<p><strong>Des souvenirs marquants de ces ann\u00e9es formatrices? <\/strong><\/p>\n<p>Oui, l\u2019une de mes premi\u00e8res interviews\u2009: celle avec Daniel Br\u00e9laz (ancien syndic de Lausanne, ndlr). Je savais \u00e0 peine r\u00e9gler ma cam\u00e9ra, je devais l\u2019interroger sur un dossier fiscal complexe et en plus, je craignais de me retrouver devant ce personnage qu\u2019on m\u2019avait d\u00e9crit comme assez caract\u00e9riel. J\u2019\u00e9tais arriv\u00e9e en tremblant, mais il m\u2019a accueillie avec une sympathie et une p\u00e9dagogie incroyables. Un autre sujet qui m\u2019a marqu\u00e9e \u00e9tait celui que j\u2019avais intitul\u00e9 \u00ab\u2009Les travailleurs de l\u2019ombre\u2009\u00bb, sur des gens qui, dans le cadre de leur m\u00e9tier, \u00e9taient priv\u00e9s de la lumi\u00e8re du jour et exer\u00e7aient parfois dans des conditions ill\u00e9gales. J\u2019avais \u00e9t\u00e9 \u00e9pat\u00e9e par leur courage de t\u00e9moigner malgr\u00e9 les risques de perdre leur emploi.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce ce qui vous a pouss\u00e9e \u00e0 devenir correspondante freelance en Afrique du Nord\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>Toujours ce besoin de mouvement qui fait partie de moi depuis mon enfance, pass\u00e9e entre la Suisse et le Qu\u00e9bec. Je ne peux pas m\u2019imaginer rester au m\u00eame endroit toute ma vie. Je n\u2019ai pas l\u2019esprit assez \u00e9lev\u00e9 pour voyager int\u00e9rieurement, donc je le fais physiquement (rires)\u2009! \u00catre confront\u00e9e \u00e0 d\u2019autres mani\u00e8res de faire, langues, contextes, nous \u00e9l\u00e8ve. Depuis que je voyage, j\u2019apprends surtout que je ne sais rien et c\u2019est tr\u00e8s excitant de ne pas \u00eatre gonfl\u00e9e de certitudes. Je me trouve toujours plus idiote \u00e0 chaque d\u00e9placement, mais je pense que c\u2019est la meilleure le\u00e7on que je puisse me donner.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15303\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Photo-Maurine-Mercier.webp\" alt=\"\" width=\"1080\" height=\"810\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Photo-Maurine-Mercier.webp 1080w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Photo-Maurine-Mercier-300x225.webp 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Photo-Maurine-Mercier-1024x768.webp 1024w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/06\/Photo-Maurine-Mercier-768x576.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1080px) 100vw, 1080px\" \/><\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce que vos s\u00e9jours \u00e0 l\u2019\u00e9tranger vous ont appris sur la Suisse?<\/strong><\/p>\n<p>Quand je rentre, je flaire la paix et je mesure la chance qu\u2019on a. La paix, c\u2019est tr\u00e8s pr\u00e9caire. Il faut la savourer. J\u2019ai aussi appris \u00e0 voir la beaut\u00e9 de Lausanne, mais je l\u2019avais d\u00e9j\u00e0 vue un peu avant de partir, gr\u00e2ce au photographe Sebasti\u00e3o Salgado que j\u2019avais interview\u00e9. Je lui avais confi\u00e9 que je m\u2019ennuyais \u00e0 Lausanne. Il m\u2019a fait regarder le L\u00e9man, les Alpes et m\u2019a dit\u2009: \u00ab\u2009C\u2019est parce que vous ne regardez pas bien\u2009! Il faut ouvrir les yeux plus grands.\u2009\u00bb Il m\u2019a fait prendre conscience qu\u2019il n\u2019y avait pas beaucoup de villes comme Lausanne. C\u2019est un merveilleux \u00e9crin, mais \u00e0 force d\u2019y vivre, je ne m\u2019en rendais plus compte.<\/p>\n<p><strong>Que repr\u00e9sente le L\u00e9man pour vous\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>Le L\u00e9man, c\u2019est ma vie\u2009! C\u2019est toute l\u2019histoire avec mon papa, Pierre Mercier, le type le plus extra du monde. Il m\u2019a appris \u00e0 naviguer. Je fais de la voile avec lui depuis que je suis n\u00e9e. Il a un petit bateau, amarr\u00e9 \u00e0 Ouchy. Pour sortir du port, comme il n\u2019y a pas de moteur pour ne pas polluer, on pagaie. J\u2019ai v\u00e9cu les grandes peurs de ma vie et mes plus beaux souvenirs sur ce voilier. Mon p\u00e8re serait g\u00ean\u00e9 que je dise \u00e7a, mais il est une esp\u00e8ce de mythe du L\u00e9man\u2009! Il a 85 ans et continue de faire la Transl\u00e9manique en solitaire.<\/p>\n<p><strong>Avez-vous pris part \u00e0 des courses \u00e9galement\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai fait le Bol d\u2019or quand j\u2019avais environ 13 ans. Ma s\u0153ur et moi formions une vraie \u00e9quipe de bras cass\u00e9s\u2009! Mais mon p\u00e8re \u00e9tait \u00e0 la barre et je crois qu\u2019on a sign\u00e9 un des records du voilier (rires).<\/p>\n<p><strong>Trouvez-vous Lausanne chang\u00e9e depuis votre d\u00e9part\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>Oui, elle est devenue plus sympa parce qu\u2019il y a de plus en plus de monde et de brassage de cultures, ce qui lui am\u00e8ne de la gaiet\u00e9, de la vie. Je suis tr\u00e8s fi\u00e8re de voir \u00e7a. Il y a aussi \u00e9norm\u00e9ment de terrasses aujourd\u2019hui, ce qui la rend encore plus vivante.<\/p>\n<p><strong>Vous pourriez encore vous y ennuyer\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>Non, je ne crois pas. Je pourrais avoir envie d\u2019y revenir, par moments&#8230; Mais justement parce que j\u2019ai appris \u00e0 la voir autrement. Je suis hyperattach\u00e9e \u00e0 Lausanne, j\u2019y ai mes parents, mes amis. Je ne m\u2019ennuie en tout cas jamais quand j\u2019y suis en vacances, c\u2019est toujours la course parce que je n\u2019arrive pas \u00e0 voir le tiers du quart de mes amis. J\u2019appr\u00e9cie aussi la proximit\u00e9 des montagnes. Je suis souvent en Valais. Je me suis mise au ski de randonn\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019emmenez-vous de la Suisse \u00e0 Kiev? <\/strong><\/p>\n<p>Les photos que je prends des gens que j\u2019aime. Je fais un truc que je n\u2019aurais jamais imagin\u00e9 faire avant\u2009: je les placarde dans mon appartement pour les avoir toujours en face de moi. Lors de mon dernier voyage, j\u2019ai aussi rapport\u00e9 de la viande s\u00e9ch\u00e9e valaisanne pour une amie ukrainienne, un peu de chocolat et du fromage.<\/p>\n<p><strong>Les lecteurs du quotidien \u00ab24 heures\u00bb vous ont \u00e9lue Personnalit\u00e9 vaudoise de l\u2019ann\u00e9e en 2023. Que repr\u00e9sente ce titre pour vous\u2009? <\/strong><\/p>\n<p>Cela m\u2019a beaucoup touch\u00e9e, parce que journaliste, c\u2019est cens\u00e9 \u00eatre le m\u00e9tier le plus d\u00e9cri\u00e9 au monde, mais aussi parce qu\u2019en tant que binationale, j\u2019ai eu l\u2019impression de me faire adopter (rires). Je suis tr\u00e8s latine et il y avait toujours une part de moi qui se sentait un peu \u00e9trang\u00e8re, parce que trop chaleureuse, trop tactile, trop tout \u00e7a. On me l\u2019avait m\u00eame reproch\u00e9 lors de ma premi\u00e8re \u00e9valuation \u00e0 la RTS\u2009: \u00abMaurine, tu t\u2019int\u00e8gres trop facilement.\u00bb Pourtant, c\u2019est cette capacit\u00e9 d\u2019int\u00e9gration qui est mon outil de travail num\u00e9ro un\u2009!<\/p>\n<p><strong>Comment avez-vous recueilli le t\u00e9moignage bouleversant d\u2019une survivante des massacres de Boutcha, viol\u00e9e pendant deux semaines par des soldats russes? <\/strong><\/p>\n<p>Il y avait beaucoup de journalistes, mais peu de journalistes femmes. Je suis rest\u00e9e deux semaines et demie sur place et j\u2019ai approch\u00e9 toutes les Ukrainiennes que je voyais. Elles \u00e9taient difficiles \u00e0 trouver parce que la plupart des gens avaient fui. Et celles qui \u00e9taient encore l\u00e0 \u00e9taient traumatis\u00e9es, elles sortaient \u00e0 peine des caves, des planques. Il fallait \u00e9tablir la confiance. C\u2019est un boulot qui demande des jours et des jours. Mais moi, je crois au temps. Le temps, c\u2019est le respect des gens. Mon interlocutrice n\u2019avait m\u00eame pas encore vu de m\u00e9decin. Je voulais qu\u2019elle puisse d\u2019abord s\u2019occuper d\u2019elle et qu\u2019elle soit vraiment s\u00fbre de vouloir rendre son t\u00e9moignage public. Quand on vit sur place, on voit les r\u00e9percussions que peuvent avoir les t\u00e9moignages, donc on prend encore plus de pr\u00e9cautions.<\/p>\n<p><strong>\u00catre une femme rend-il votre travail en zones de guerre plus difficile? <\/strong><\/p>\n<p>Non, au contraire\u2009! Par exemple en Libye, un homme journaliste ne pourra pas approcher les femmes, donc la moiti\u00e9 de la population. Une journaliste y est aussi moins en danger\u2009: je me voilais, je mettais des lunettes de soleil et personne ne me remarquait, donc j\u2019\u00e9chappais au risque de kidnapping qui est tr\u00e8s pr\u00e9sent. L\u2019Ukraine n\u2019est pas un pays conservateur, mais \u00eatre une femme reste un atout sur les lignes de front par exemple. M\u00eame s\u2019il y a des combattantes, ils sont surtout entre mecs et, c\u2019est peut-\u00eatre du machisme, mais ils ne sont pas suspicieux vis-\u00e0-vis d\u2019une femme journaliste. Je caricature un peu, mais c\u2019est pr\u00e9cieux d\u2019\u00eatre une femme dans ce m\u00e9tier. Actuellement, les femmes reporters ou photographes dans les pays en guerre sont d\u2019ailleurs plus nombreuses que les hommes.<\/p>\n<p><strong>Qu\u2019est-ce qui vous motive au quotidien? <\/strong><\/p>\n<p>L\u2019impression que mon devoir est de rester pour essayer de raconter sur la longueur alors que l\u2019int\u00e9r\u00eat s\u2019estompe. Je remercie les gens qui \u00e9coutent ce genre de reportages. C\u2019est le plus beau cadeau qu\u2019on puisse offrir \u00e0 toutes les personnes, tous les h\u00e9ros qui osent t\u00e9moigner. Je suis convaincue qu\u2019il faut \u00e9couter les douleurs pour pouvoir faire tourner le monde de mieux en mieux.<\/p>\n<p><strong>Toutes ces \u00e9motions que vous recueillez, comment les \u00e9vacuez-vous? <\/strong><\/p>\n<p>En me marrant avec mes potes\u2009! L\u2019amiti\u00e9, c\u2019est mon carburant. Je ris aussi du pire avec mes amis ukrainiens. On se dit tout, y compris ce qu\u2019on pourrait difficilement raconter \u00e0 ceux qui ne partagent pas notre v\u00e9cu. Je m\u2019oblige aussi \u00e0 faire de la corde \u00e0 sauter tous les jours pour \u00e9vacuer le stress, et parfois la hargne de voir des gens souffrir sans rien pouvoir faire pour eux. Il faut trouver le moyen de d\u00e9charger ce qu\u2019on vit, mais j\u2019ai aussi la chance d\u2019\u00eatre une personne tr\u00e8s heureuse \u00e0 la base, donc je vais bien.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Les adresses de Maurine<\/strong><\/p>\n<p><strong>Parc de l\u2019Hermitage<\/strong> (Avenue Louis-Vulliemin, Lausanne): \u00abJe kife les parcs \u00e0 Lausanne, surtout celui de l\u2019Hermitage. J\u2019aime le fait qu\u2019on ne fauche pas tout, qu\u2019on y laisse des zones sauvages.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Les Alli\u00e9s<\/strong> (Rue de la Pontaise 48, Lausanne): \u00abJ\u2019ai d\u00e9couvert ce restaurant tout derni\u00e8rement, durant mes vacances. C\u2019est un super endroit\u2009! Mais il est menac\u00e9, car l\u2019immeuble est cens\u00e9 \u00eatre d\u00e9truit. Des gens du quartier essaient de le sauver, j\u2019esp\u00e8re qu\u2019ils y arriveront.\u2009\u00bb<\/p>\n<p><strong>Mus\u00e9e collection de l\u2019art brut<\/strong> (Avenue des Bergi\u00e8res 11, Lausanne): \u00abOn en ressort gris\u00e9. Les \u2018\u2009fous\u2009\u2019 ne sont jamais ceux que l\u2019on pense. Pour moi, ce lieu est l\u2019espace de toutes les libert\u00e9s, un lieu qui fait sauter les cadres dans un monde trop norm\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (n\u00b0 13).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Journaliste suisse de l\u2019ann\u00e9e 2023, Maurine Mercier revient sur ses d\u00e9buts \u00e0 Lausanne et sur ce qui l\u2019a motiv\u00e9e \u00e0 partir exercer son m\u00e9tier dans des pays en guerre.<\/p>\n","protected":false},"author":20267,"featured_media":15303,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[1302],"class_list":["post-15302","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-glocal","tag-rencontres","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15302","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20267"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15302"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15302\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15305,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15302\/revisions\/15305"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15303"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15302"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15302"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15302"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}