



{"id":1523,"date":"2004-02-18T00:00:00","date_gmt":"2004-02-17T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1523"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1523","title":{"rendered":"Un \u00abPodium\u00bb calibr\u00e9 pour le prime-time de TF1"},"content":{"rendered":"<p>Yann Moix se situe dans le sillage de ces romanciers qui, pour ne pas voir leur \u0153uvre trahie par d\u2019autres, se sont charg\u00e9s de les porter eux-m\u00eames \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran*. Mais son cas est plus subtil, puisqu\u2019il a \u00e9crit le roman dans le seul but de convaincre Beno\u00eet Poelvoorde, et avec lui les financiers, d\u2019en faire un film. <\/p>\n<p>\u00abClaude Fran\u00e7ois n\u2019a aucun m\u00e9rite, il est n\u00e9 Claude Fran\u00e7ois. Moi, en revanche, j\u2019ai d\u00fb travailler dur pour le devenir\u00bb, dit Bernard, un chanteur sans g\u00e9nie qui a fait de \u00absosie de Cloclo\u00bb son m\u00e9tier. Une passion qui le ronge, au grand dam de sa femme (Julie Depardieu), qui le m\u00e9prise d\u2019avoir si peu de personnalit\u00e9. Pour ne pas lui d\u00e9plaire, Bernard accepte de d\u00e9crocher et devient conseiller bancaire. <\/p>\n<p>Mais les dettes contract\u00e9es du temps de sa gloire &#8212; notamment l\u2019achat du vrai t\u00e9l\u00e9phone de Claude Fran\u00e7ois \u00abpour le prix d\u2019une r\u00e9sidence secondaire\u00bb &#8212; obligent le couple et leur fils \u00e0 vivre dans un appartement t\u00e9moin, visit\u00e9 plusieurs fois par jour par des acheteurs potentiels. Un jour que la petite famille d\u00e9jeune devant la t\u00e9l\u00e9vision, Bernard entend qu\u2019Evelyne Thomas lance un appel d\u2019offres pour une grande soir\u00e9e des sosies.<\/p>\n<p>Quelques heures plus tard, Couscous, son ancien manager, le harc\u00e8le pour qu\u2019il remonte sur sc\u00e8ne. Bernard replonge et entra\u00eene son fils dans sa chute en lui faisant chanter avec lui  \u00abLe T\u00e9l\u00e9phone pleure\u00bb. Le fils: \u00abPapa, c\u2019est quoi un sosie?\u00bb Le p\u00e8re, embarrass\u00e9, improvise: \u00abCa vient d\u2019Osiris, le dieu \u00e9gyptien qui garantit la survie dans l\u2019au-del\u00e0\u00bb. Etymologie farfelue mais logique: comme tous les autres clones de Cloclo, Bernard assure l\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00e0 son idole. <\/p>\n<p>\u00abPodium\u00bb est un film plut\u00f4t dr\u00f4le, certes, mais incertain sur son identit\u00e9. Ce n\u2019est pas une fantaisie \u00e0 l\u2019italienne, tendre et ironique comme \u00abTandem\u00bb par exemple qui parlait d\u2019un couple d\u2019animateurs ringards sans deuxi\u00e8me degr\u00e9 discriminant. Ce n\u2019est pas non plus une com\u00e9die burlesque sur l\u2019univers des sosies, pas davantage une satire sur la soci\u00e9t\u00e9 des idoles. On est tr\u00e8s loin \u00e9galement de la r\u00e9flexion vertigineuse sur la prolif\u00e9ration des images telle que l\u2019a men\u00e9e Spike Jonze avec \u00abBeing John Malkovitch\u00bb. <\/p>\n<p>Si le spectacle fonctionne (bande-son sautillante, dialogues savoureux), le film de Yann Moix ne d\u00e9passe pas la farce kitsch. Tape \u00e0 l\u2019\u0153il mais sans regard, \u00abPodium\u00bb manque singuli\u00e8rement d\u2019id\u00e9es de cin\u00e9ma, sauf au d\u00e9but, pendant la premi\u00e8re demi-heure dans l\u2019appartement t\u00e9moin, g\u00e9n\u00e9rateur de gags visuels et de situations absurdes. Un monde factice pour un homme factice. <\/p>\n<p>Ensuite, le film tourne en rond. Etrangement, plus Beno\u00eet Poelvoorde s\u2019anime, plus il est habit\u00e9 par l\u2019\u00e9nergie in\u00e9puisable de son idole, plus le film s\u2019essouffle. <\/p>\n<p>A quoi attribuer ce paradoxe? D\u2019abord \u00e0 la psychologie rudimentaire des personnages. Comme dans une BD, Couscous ne fait rien d\u2019autre que manger et dormir; la femme de Bernard est r\u00e9duite au r\u00f4le de flic et Bernard joue son double r\u00f4le avec une alternance trop pr\u00e9visible. Et cela, m\u00eame si Beno\u00eet Poelvoorde r\u00e9ussit \u00e0 r\u00e9unir en un seul personnage les deux influences qui le portent depuis le d\u00e9but de sa carri\u00e8re, le c\u00f4t\u00e9 teigneux col\u00e9rique de Louis de Fun\u00e8s et la modestie \u00e9mouvante de Bourvil. <\/p>\n<p>L\u2019autre probl\u00e8me est esth\u00e9tique. En parodiant les grands shows t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s des ann\u00e9es 70, ceux de Maritie et Gilbert Carpentier notamment, \u00abPodium\u00bb devient une sorte de d\u00e9calque des \u00e9missions de vari\u00e9t\u00e9s, la fra\u00eecheur en moins, la technique en plus: \u00e9crans altern\u00e9s, montage saccad\u00e9 et duos virtuels. Pour \u00eatre imm\u00e9diatement identifiable et complice du public de t\u00e9l\u00e9vision qu\u2019il entend drainer au cin\u00e9ma, Yann Moix r\u00e9duit la port\u00e9e de son sc\u00e9nario, simplifi\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame, au profit d\u2019une efficacit\u00e9 toute t\u00e9l\u00e9visuelle, un m\u00e9lange de nostalgie, de second degr\u00e9 moqueur et de sentimentalit\u00e9 qui n\u2019exclut pas le cynisme, \u00e0 l\u2019image de la fin abominablement consensuelle.<\/p>\n<p>La culture populaire que semble affectionner Yann Moix est moins celle de la chanson &#8212; qui ne peut se d\u00e9guster qu\u2019au premier degr\u00e9 &#8212; que celle de la t\u00e9l\u00e9vision et de son cort\u00e8ge d\u2019\u00e9motions pr\u00e9fabriqu\u00e9es.  \u00abPodium\u00bb fera, \u00e0 n\u2019en point douter, une excellente audience lors de son passage en prime time sur TF1, coproductrice du film.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n*Parmi les romanciers qui ont eux-m\u00eame port\u00e9 leur livre \u00e0 l\u2019\u00e9cran, on peut citer Cyril Collard (\u00abLes nuits fauves\u00bb), Vincent Ravalec (\u00abCantique de la racaille\u00bb), Jean-Philippe Toussaint (\u00abLa patinoire\u00bb) ou bient\u00f4t Emmanuel Carr\u00e8re (\u00abLa moustache\u00bb).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le film de Yann Moix est une com\u00e9die d\u00e9cevante, en d\u00e9pit de dialogues savoureux et de quelques sc\u00e8nes r\u00e9ussies. Beno\u00eet Poelvoorde synth\u00e9tise de Fun\u00e8s et Bourvil.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1523","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1523","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1523"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1523\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1523"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1523"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1523"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}