



{"id":1517,"date":"2004-02-10T00:00:00","date_gmt":"2004-02-09T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1517"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1517","title":{"rendered":"\u00abNathalie\u00bb, un thriller \u00e9rotique et chaste"},"content":{"rendered":"<p>Comme dans un film noir des ann\u00e9es quarante, \u00abNathalie\u00bb raconte l\u2019histoire d\u2019une manipulation, avec d\u00e9tective, femme fatale et victime. Sauf qu\u2019ici, les r\u00f4les changent en cours de film: la victime peut \u00eatre d\u00e9tective, le d\u00e9tective devenir femme fatale et la femme fatale se r\u00e9v\u00e9ler l\u2019homme de l\u2019affaire.<\/p>\n<p>Un jour, Catherine (Fanny Ardant) d\u00e9couvre que son mari Bernard (G\u00e9rard Depardieu) la trompe. Occasionnellement? R\u00e9guli\u00e8rement? Des aventures sans lendemain? Des liaisons qui durent? Lui pr\u00e9tend l\u2019aimer encore et l\u2019assure que ses escapades ne comptent pas. Doit-elle le croire?<\/p>\n<p>Au lieu de tomber en d\u00e9pression ou d\u2019accepter la fatalit\u00e9 de l\u2019usure conjugale, cette grande bourgeoise, gyn\u00e9cologue de m\u00e9tier (d\u00e9tail un peu lourd pour signifier son d\u00e9sir de contr\u00f4le sur la sexualit\u00e9) va oser un march\u00e9 extravagant: engager une entra\u00eeneuse, Marlene (Emmanuelle B\u00e9art), pour s\u00e9duire son mari et lui faire raconter ensuite tous d\u00e9tails de leur relation. Ainsi saura-t-elle ce que l\u2019homme qu\u2019elle aime exige des autres alors qu\u2019ils ne font plus l\u2019amour ensemble depuis longtemps.<\/p>\n<p>Mais avant toute chose, Catherine va rebaptiser Marlene, pr\u00e9nom trop codifi\u00e9, en Nathalie. C\u2019est par le verbe, et plus encore l\u2019acte de nommer, que prend corps cette aventure \u00e9rotique.<\/p>\n<p>C\u2019est par le verbe, surtout, que na\u00eet la troisi\u00e8me femme du film: un personnage de fiction cr\u00e9\u00e9 de toutes pi\u00e8ces par Catherine &#8212; auteure et spectatrice de cette dr\u00f4le de partition &#8212; et Marlene, actrice et metteure en sc\u00e8ne des r\u00e9cits \u00e9rotiques qu\u2019elle relate \u00e0 sa \u00abcliente\u00bb. Comme dans une pi\u00e8ce de Marivaux, les personnages avancent masqu\u00e9s. Ici, tout n\u2019est qu\u2019apparence, mensonge et illusion. Ou peut-\u00eatre pas.<\/p>\n<p>Le dispositif de ce sixi\u00e8me film d\u2019Anne Fontaine (qui avait d\u00e9j\u00e0 r\u00e9alis\u00e9 \u00abNettoyage \u00e0 sec\u00bb et \u00abComment j\u2019ai tu\u00e9 mon p\u00e8re\u00bb) s\u2019av\u00e8re assez simple. Nathalie parle et Catherine \u00e9coute. La jeune femme relate avec une tranquille cruaut\u00e9 le d\u00e9sir qu\u2019elle inspire \u00e0 Bernard, ce qu\u2019ils font ensemble dans les chambres d\u2019h\u00f4tel, ce qu\u2019il lui dit dans l\u2019amour et ce qu\u2019il lui a promis dans un proche avenir. Elle peut m\u00eame raconter qu\u2019elle a joui. \u00abNathalie \u00e9videmment, pas Marlene puisqu\u2019elle fait son travail\u00bb, pr\u00e9cise la prostitu\u00e9e.<\/p>\n<p>Pour l\u2019\u00e9pouse comme pour l\u2019entra\u00eeneuse, Nathalie est un fantasme, la femme qu\u2019elle r\u00eave d\u2019\u00eatre, le d\u00e9positaire de leurs d\u00e9sirs les plus secrets. Mais c\u2019est aussi leur lien.<\/p>\n<p>Entre la gyn\u00e9cologue et la prostitu\u00e9e &#8212; qui, on le verra plus tard, est aussi esth\u00e9ticienne et aspire \u00e0 redevenir \u00e9tudiante &#8212; se noue une relations tr\u00e8s forte, une sorte de complicit\u00e9 sensuelle \u00e0 laquelle les deux femmes deviennent peu \u00e0 peu d\u00e9pendantes. Leurs rendez-vous d\u2019ailleurs s\u2019intensifient, \u00e9chappant toujours davantage au rituel qu\u2019elles s\u2019\u00e9taient fix\u00e9. Comme chez Hitchcock ou Bergman, il faut se m\u00e9fier des femmes \u00e0 priori tr\u00e8s diff\u00e9rentes, car ce sont souvent les m\u00eames: Marlene est le double de Catherine. Leur attraction, sans r\u00e9solution physique malgr\u00e9 une certaine ambigu\u00eft\u00e9, vient autant de leur dissemblance que de leur g\u00e9mellit\u00e9.<\/p>\n<p>Des sc\u00e8nes sexuelles dont Emmanuelle B\u00e9art fait un r\u00e9cit d\u00e9taill\u00e9, on ne voit rien, sinon l\u2019impact sur le visage de Fanny Ardant, parfois troubl\u00e9e, bless\u00e9e, agac\u00e9e, interloqu\u00e9e, moqueuse, r\u00eaveuse ou combl\u00e9e par procuration. Pour Anne Fontaine, comme pour Sade, l\u2019organe de la jouissance n\u2019est pas le sexe, ni m\u00eame le regard, c\u2019est la parole. L\u2019extase est exclusivement verbale. Dans jouir, il y a ou\u00efr. <\/p>\n<p>\u00abNathalie\u00bb n\u2019est donc pas un film physique ou charnel, mais profond\u00e9ment c\u00e9r\u00e9bral. A l\u2019image de sa mise en sc\u00e8ne \u00e9pur\u00e9e et sym\u00e9trique, o\u00f9 l\u2019ellipse tient lieu de moteur et le fondu au noir, souvent \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une m\u00eame sc\u00e8ne, d\u2019\u00e9vanouissement textuel. Anne Fontaine n\u2019est pas loin d\u2019une certaine abstraction japonaise: nous sommes ici dans le monde des signes, opaques et r\u00e9versibles.<\/p>\n<p>Ainsi, ce qui s\u2019annon\u00e7ait comme un vaudeville tr\u00e8s XIXe si\u00e8cle se transforme en com\u00e9die cruelle du XVIIIe. Si on peut regretter la fin un peu trop pr\u00e9visible de \u00abNathalie\u00bb, le manque de soin port\u00e9 aux personnages secondaires et sa r\u00e9solution par trop XVIe arrondissement (Anne Fontaine finit par l\u00e2cher la pute au profit de la bourgeoise) le film n\u2019en reste pas moins une approche originale et troublante de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine.<\/p>\n<p>La parole \u00e9tant au c\u0153ur du petit th\u00e9\u00e2tre imagin\u00e9 par Anne Fontaine et son sc\u00e9nariste Jacques Fieschi, il n\u2019est pas \u00e9tonnant que le choix des actrices se soit port\u00e9 sur Fanny Ardant et Emmanuelle B\u00e9art, deux corps antagonistes, deux visages aussi, mais deux voix assez proches dans leur tessiture. Leur chant se m\u00ealent \u00e0 la perfection, aid\u00e9 par une partition musicale de Michael Nyman qui renforce l\u2019aspect hypnotique de ce r\u00e9cit \u00e0 tiroirs, glac\u00e9 dessus, incandescent dessous.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une femme en engage une autre pour coucher avec son mari. Dans \u00abNathalie\u00bb, tout repose sur la puissance du verbe et le jeu subtil des apparences.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1517","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1517","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1517"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1517\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1517"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1517"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1517"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}