



{"id":15148,"date":"2024-05-10T23:07:44","date_gmt":"2024-05-10T21:07:44","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=15148"},"modified":"2024-05-10T17:14:51","modified_gmt":"2024-05-10T15:14:51","slug":"consommation-7","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=15148","title":{"rendered":"Les brasseries ind\u00e9pendantes se sont multipli\u00e9es en Suisse, jusqu\u2019\u00e0 saturation?"},"content":{"rendered":"<p>Finie l\u2019\u00e9poque o\u00f9, dans les ann\u00e9es 1970, les amateurs de bi\u00e8re helv\u00e9tique n\u2019avaient pour choix qu\u2019une Cardinal ou une Blonde 25. Alors que la Suisse ne comptait que 32 brasseries en 1990, on en recensait 478 en 2014, et 1271 en 2023, au terme d\u2019une d\u00e9cennie marqu\u00e9e par un v\u00e9ritable boom.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s pr\u00e9sentes du c\u00f4t\u00e9 de Berne et de Zurich, les brasseries ind\u00e9pendantes se sont aussi multipli\u00e9es dans le canton de Vaud qui en d\u00e9nombre une centaine, pour une grosse trentaine dans celui de Gen\u00e8ve. Bi\u00e8re de soif, Lager, IPA, Pils, blondes, brunes, noires ou ambr\u00e9es, chacun peut trouver une \u00abbinch\u00bb artisanale \u00e0 son go\u00fbt, loin des bi\u00e8res de grande s\u00e9rie produites par des g\u00e9ants comme le danois Carlsberg, le n\u00e9erlandais Heineken ou le belge AB InBev.<\/p>\n<p><strong>La Suisse championne d\u2019Europe<\/strong><\/p>\n<p>La richesse de l\u2019offre explique en partie le succ\u00e8s des microbrasseries aupr\u00e8s de consommateurs avides de diversit\u00e9 et de proximit\u00e9. Les nouveaux brasseurs ont aussi pu compter sur un cadre l\u00e9gal favorable, rappelle Marcel Kreber, directeur de l\u2019Association suisse des brasseries, la fa\u00eeti\u00e8re de l\u2019\u00e9conomie brassicole du pays: \u00abAucune formation professionnelle dans le domaine n\u2019est obligatoire pour cr\u00e9er sa propre brasserie.\u00bb<\/p>\n<p>S\u2019y ajoute un effet de seuil: en Suisse, au-del\u00e0 de 400 litres par an, la production n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9e comme destin\u00e9e \u00e0 une consommation personnelle, mais comme une activit\u00e9 professionnelle qui doit figurer au registre des brasseries nationales. Cette sp\u00e9cificit\u00e9 helv\u00e9tique permet d&rsquo;expliquer un remarquable record d\u2019Europe: avec 146 brasseries par million d\u2019habitants, la Suisse se classe loin devant la R\u00e9publique tch\u00e8que (57) et les Pays-Bas (52). Un chiffre \u00e0 relativiser, temp\u00e8re pourtant Marcel Kreber: \u00abSeules 50 \u00e0 60 brasseries brassent plus de 100&rsquo;000 litres de bi\u00e8re par an.\u00bb<\/p>\n<p>Certaines petites enseignes ont r\u00e9ussi \u00e0 toucher un public international comme la Brasserie des Franches-Montagnes, dont les bouteilles s\u2019\u00e9coulent jusqu\u2019\u00e0 New York et Tokyo. Mais l\u2019immense majorit\u00e9 de ces nouveaux arrivants s\u2019adressent \u00e0 un public d\u2019habitu\u00e9s et de voisins.<\/p>\n<p><strong>Qualit\u00e9 plut\u00f4t que quantit\u00e9, une formule qui marche<\/strong><\/p>\n<p>Fondateur et g\u00e9rant de Blackwood \u00e0 Porrentruy (JU), Ma\u00ebl Theubet incarne \u00e0 merveille le parcours souvent original de ces brasseurs arriv\u00e9s dans le m\u00e9tier par passion. Exploitant agricole et paysagiste de formation, il fonde son entreprise en 2018 avec un associ\u00e9, au retour d\u2019un voyage en Californie. Pass\u00e9 le temps du syst\u00e8me D, les deux amis s\u2019installent dans l\u2019ancienne \u00e9table de la ferme familiale avant de s\u2019\u00e9tendre petit \u00e0 petit. Puis, la pand\u00e9mie leur offre le temps de s\u2019agrandir davantage.<\/p>\n<p>En 2023, Blackwood a produit 30&rsquo;000 litres dans son local de 300 m\u00b2. Cette ann\u00e9e, l&rsquo;entreprise vise les 50&rsquo;000 litres. Ses bi\u00e8res d\u2019inspiration am\u00e9ricaine se vendent dans les bars du Jura et en ligne. Avec deux salari\u00e9s \u00e0 temps plein, la brasserie cultive une forme de modestie prudente: \u00ab Cela ne sert \u00e0 rien d\u2019\u00eatre trop gros ou de faire trop de bruit. Le but, ce n\u2019est pas de cro\u00eetre pour cro\u00eetre, mais de rester simple\u00bb, explique le jeune dirigeant. Pour lui, cette authenticit\u00e9 r\u00e9pond aux attentes de ses clients: \u00abLes gens consomment moins, mais mieux.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-15150\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/10.05.24-100.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/10.05.24-100.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/10.05.24-100-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/10.05.24-100-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>Lanc\u00e9e en 2009, la brasserie du p\u00e8re Jakob met en avant sa d\u00e9marche environnementale et son ancrage local, devenu sa signature. Bas\u00e9e \u00e0 Soral (GE), la petite PME de cinq salari\u00e9s se fournit aupr\u00e8s des agriculteurs locaux tout en produisant une partie de son malt. \u00abNous avons en quelque sorte cr\u00e9\u00e9 notre propre mini-fili\u00e8re avec des amis paysans pour utiliser des c\u00e9r\u00e9ales locales\u00bb, explique son fondateur Stefan Jakob.<\/p>\n<p>Rare en Suisse, o\u00f9 90% du houblon et 99% du malt sont import\u00e9s d\u2019Europe ou d\u2019ailleurs, la d\u00e9marche traduit une fid\u00e9lit\u00e9 aux valeurs affich\u00e9es depuis toujours par la marque qui produit chaque ann\u00e9e 130 \u00e0 140&rsquo;000 litres de bi\u00e8res vari\u00e9es. \u00abOn pourrait en faire davantage, mais nous pr\u00e9f\u00e9rons ma\u00eetriser nos ventes et la qualit\u00e9 de nos produits, sans chercher \u00e0 grandir pour grandir.\u00bb La brasserie pratique la vente directe sur site et sur les march\u00e9s, tout en s\u2019appuyant sur un r\u00e9seau de partenaires locaux fid\u00e8les : bars, restaurants, foires, etc.<\/p>\n<p><strong>Un succ\u00e8s menac\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Appr\u00e9ci\u00e9 des clients, ce c\u00f4t\u00e9 artisanal fragilise le monde tr\u00e8s concurrentiel des microbrasseries ind\u00e9pendantes, confront\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes difficult\u00e9s. \u00abLa tendance de fond \u00e0 un recul g\u00e9n\u00e9ral de la consommation de boissons alcoolis\u00e9es n\u2019est qu\u2019un risque parmi d\u2019autres et l\u2019\u00e2ge d\u2019or est termin\u00e9, r\u00e9sume Ma\u00ebl Theubet. Conserver sa client\u00e8le devient difficile parce que la concurrence s&rsquo;est install\u00e9e avec les grands groupes qui se sont adapt\u00e9s en produisant des bi\u00e8res imitant les produits artisanaux et parce qu\u2019il faut parvenir \u00e0 maitriser des co\u00fbts qui ont explos\u00e9 avec l\u2019inflation.<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lectricit\u00e9 est plus ch\u00e8re, le prix des cartons a grimp\u00e9 de 70% et celui du verre de 10%.\u00bb Un constat que partage Stefan Jakob, d\u2019autant que son choix de s\u2019approvisionner localement en mati\u00e8res premi\u00e8res se ressent fortement: \u00abAlors que le kilo de malt se n\u00e9gocie autour de 60 centimes au niveau europ\u00e9en, il co\u00fbte environ 1,80 franc sur le march\u00e9 local et celui que nous produisons nous-m\u00eames nous revient \u00e0 2,7 ou 2,8 francs.\u00bb<\/p>\n<p>Pour compenser, des parades existent. Du c\u00f4t\u00e9 de Blackwood et de la brasserie du p\u00e8re Jakob, on parvient \u00e0 limiter les effets de l\u2019inflation en isolant les b\u00e2timents, en produisant sa propre \u00e9lectricit\u00e9 solaire ou en utilisant des bouteilles de verre consign\u00e9es. Ma\u00ebl Theubet r\u00e9fl\u00e9chit m\u00eame tr\u00e8s s\u00e9rieusement \u00e0 brasser de nuit pour profiter des tarifs heures creuses. Ce qui ne r\u00e9soudrait pas tous les probl\u00e8mes: \u00abJe ne peux pas m\u2019aligner sur les prix des g\u00e9ants du secteur, mais je ne peux pas non plus augmenter mes tarifs de 10% sans perdre une partie de mes clients.\u00bb<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es qui viennent s\u2019annoncent donc d\u00e9licates pour une partie des brasseries: \u00abCelles qui ma\u00eetrisent leur production et leur qualit\u00e9 seront les plus \u00e0 m\u00eame de relever les d\u00e9fis qui s\u2019annoncent, estime Marcel Kreber, directeur de l\u2019Association suisse des brasseries. Leur principal atout, c\u2019est que leur taille leur permet de r\u00e9agir rapidement \u00e0 l\u2019\u00e9volution des tendances et aux souhaits de leurs clients.\u00bb Chez Blackwood, on ne dit pas autre chose: d\u2019ailleurs, on r\u00e9fl\u00e9chit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la possibilit\u00e9 de se diversifier en proposant une limonade maison.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans\u00a0<a href=\"https:\/\/www.blick.ch\/fr\/\">Blick<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Port\u00e9es par une forte demande d\u2019authenticit\u00e9 et de diversit\u00e9, les microbrasseries ont pouss\u00e9 comme des champignons en Suisse. Mais les ann\u00e9es qui viennent s\u2019annoncent d\u00e9licates pour un secteur d\u00e9sormais encombr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":20148,"featured_media":15150,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[],"class_list":["post-15148","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-kapital","kapital"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20148"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15148"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15148\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":15152,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15148\/revisions\/15152"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/15150"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}