



{"id":1511,"date":"2004-02-02T00:00:00","date_gmt":"2004-02-01T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1511"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"film","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1511","title":{"rendered":"Pleurer au cin\u00e9ma \u00abIn America\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>Il faut s\u2019attendre \u00e0 pleurer \u00e0 chaudes larmes. Le film pourtant n\u2019est pas triste. Il raconte l\u2019histoire d\u2019une douleur surmont\u00e9e, d\u2019une r\u00e9conciliation avec soi-m\u00eame, d\u2019un espoir recouvr\u00e9. Si \u00abIn America\u00bb fait couler les yeux, c\u2019est par la justesse de ses observations, la d\u00e9licatesse de son traitement et la cr\u00e9dibilit\u00e9 de cette famille d\u2019Irlandais tellement soud\u00e9e, solidaire et aimable qu\u2019elle donnerait des envies de famille nombreuse aux plus radicaux des c\u00e9libataires.<\/p>\n<p>Jim Sheridan s\u2019est inspir\u00e9 de sa propre exp\u00e9rience &#8212; son arriv\u00e9e aux Etats-Unis en 1981, la naissance d\u2019un enfant pr\u00e9matur\u00e9 et la mort de son fr\u00e8re alors \u00e2g\u00e9 de dix ans &#8212; pour \u00e9crire, r\u00e9aliser et produire \u00abIn America\u00bb, chronique d\u2019une jeune famille d\u2019immigrants dans le New York d\u2019aujourd\u2019hui.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s \u00abMy Left Foot\u00bb, \u00abIn the Name of the Father\u00bb et \u00abThe Boxer\u00bb, des films engag\u00e9s, voire militants, \u00abIn America\u00bb appara\u00eet donc comme son projet le plus personnel et le plus \u00abtribal\u00bb puisque ses deux filles, Naomi et Kristen, ont particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du sc\u00e9nario.<\/p>\n<p>Dans cette famille meurtrie mais heureuse, il y a le p\u00e8re, aspirant com\u00e9dien qui joue les chauffeurs entre deux castings; la m\u00e8re (interpr\u00e9t\u00e9e par Samantha Morton, bouleversante comme toujours), une femme courageuse qui risque sa vie pour redonner la vie; et leurs deux filles, 11 et 6 ans. Sans un sous en poche, peut-\u00eatre m\u00eame clandestins, les Sullivan s\u2019\u00e9tablissent dans un immeuble mal fam\u00e9 de New York, fr\u00e9quent\u00e9 essentiellement par des junkies.<\/p>\n<p>Construit sur de petites sc\u00e8nes pr\u00e9cises qui semblent pourtant ne jamais exclure l\u2019improvisation, \u00abIn America\u00bb \u00e9chappe autant \u00e0 la lourdeur mis\u00e9rabiliste qu\u2019\u00e0 l\u2019optimisme b\u00e9at. Le film avance par s\u00e9quences obliques, d\u00e9voilant peu \u00e0 peu le secret de cette famille hant\u00e9e par la disparition d\u2019un enfant, Frankie, mort d\u2019une tumeur c\u00e9r\u00e9brale apr\u00e8s avoir fait une mauvaise chute dans l\u2019escalier. <\/p>\n<p>Frankie, c\u2019\u00e9tait le fils ador\u00e9, mais aussi le fr\u00e8re aim\u00e9 comme le rappelle l\u2019a\u00een\u00e9e des filles, Christy. C\u2019est elle est la narratrice de \u00abIn America\u00bb, la m\u00e9moire de cette famille dont elle filme les faits et gestes, le quotidien mais aussi l\u2019exceptionnel, avec sa cam\u00e9ra vid\u00e9o &#8212; certaines des images du film sont d\u2019ailleurs extraites de son cam\u00e9scope.<\/p>\n<p>Enfant grave et responsable, Christy est le lien entre les parents et la fratrie, celle qui porte la douleur de ses parents sans oser revendiquer la sienne. Mais c\u2019est aussi une petite fille ouverte aux voix de l\u2019au-del\u00e0, en communication directe avec les morts, en particulier avec son fr\u00e8re qui lui promet d\u2019exaucer trois de ses v\u0153ux. Le premier servira \u00e0 passer la fronti\u00e8re du Canada aux Etats-Unis; le second \u00e0 aider son p\u00e8re \u00e0 ne pas perdre la face dans une f\u00eate foraine; le troisi\u00e8me \u00e0 cong\u00e9dier pour toujours le fant\u00f4me du fr\u00e8re, le laisser partir vers le ciel comme \u00abE.T.\u00bb, le film que toute la famille ira voir un dimanche apr\u00e8s-midi de canicule pour \u00eatre au frais.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Spielberg, \u00e9tonnante dans un film aussi peu hollywoodien, est parfaitement fond\u00e9e. Non seulement \u00abIn America\u00bb raconte l\u2019histoire d\u2019\u00e9trangers qui doivent se faire accepter, chercher et trouver leur maison, mais le film tout entier est transfigur\u00e9 par le regard des enfants, leur capacit\u00e9 \u00e0 percevoir la magie du monde, \u00e0 transfigurer le r\u00e9el. Que dit Ariel, la cadette, sit\u00f4t d\u00e9barqu\u00e9e dans le squat l\u00e9preux new-yorkais? \u00abOh des pigeons! On pourra les garder?\u00bb<\/p>\n<p>Pour les deux gamines, habiter Manhattan, c\u2019est vivre dans une \u00eele enchant\u00e9e, un monde de fable o\u00f9 l\u2019on va siroter des jus de fruits au Paradise, o\u00f9 l\u2019on se d\u00e9guise en for\u00eat, o\u00f9 l\u2019on hurle de joie en cajolant sa poup\u00e9e E.T.<\/p>\n<p>Fortes de leurs croyances &#8212; que serait l\u2019enfance sans elles? &#8211;, les deux s\u0153urs frappent un soir de Halloween \u00e0 la porte de Mateo, \u00abl\u2019homme qui hurle\u00bb, un peintre atteint d\u2019une maladie incurable, un g\u00e9ant noir qui parle aux esprits. Cet homme qui n\u2019a que des m\u00e9dicaments dans son frigo permettra aux Sullivan de s\u2019affranchir de leur culpabilit\u00e9, de faire le deuil de leur enfant et de rena\u00eetre dans leur nouvelle patrie.<\/p>\n<p>Avec l\u2019arriv\u00e9e de Mateo, \u00abIn America\u00bb bascule vers le r\u00e9alisme magique, sans n\u00e9anmoins perdre sa vision concr\u00e8te du monde. Puis, avec un culot monstre, le film exauce le miracle tant attendu par les Sullivan. Jim Sheridan filme ce qu\u2019il faut bien appeler une m\u00e9tempsycose comme un formidable acte de solidarit\u00e9 humaine. Cela aurait pu \u00eatre grotesque, c\u2019est tout simplement poignant.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jim Sheridan a \u00e9crit cette chronique new-yorkaise avec ses deux filles, pour raconter les hauts et les bas d\u2019une famille d\u2019immigr\u00e9s irlandais. Une histoire presque autobiographique, qui bouleverse par la justesse de ses observations.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1511","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1511","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1511"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1511\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1511"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1511"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1511"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}