



{"id":1510,"date":"2004-02-02T00:00:00","date_gmt":"2004-02-01T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1510"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"portrait","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1510","title":{"rendered":"Le succ\u00e8s candide de Mademoiselle Virginie Morillo"},"content":{"rendered":"<p>L\u2019air est glacial et les passants semblent paralys\u00e9s devant la vitrine. Ils observent, ahuris, trois faux punks qui chantent en faux japonais sous la direction d\u2019une grande fille au teint blanchi. C\u2019est Virginie Morillo en plein happening commercial \u00e0 Gen\u00e8ve. Elle ajuste ses lunettes noires et \u00e9clate de rire. On ne prend pas trop de risque \u00e0 lui pr\u00e9dire un avenir triomphal. <\/p>\n<p><center><img src=images\/large020204art1.jpg><\/center><\/p>\n<p>Virginie Morillo est dot\u00e9e de ce que les industriels du spectacle appellent la \u00abstar attitude\u00bb: une pr\u00e9sence magn\u00e9tique et d\u00e9tach\u00e9e qui fait que, dans un club bond\u00e9 de fashionistas, on ne remarque qu&rsquo;elle. Mais cela n&rsquo;est \u00e9videmment pas le plus important. A 21 ans, elle a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cod\u00e9 les m\u00e9canismes un peu frivoles de l&rsquo;art contemporain et ceux, parfois trop intimes, du march\u00e9 de la mode &#8212; mais elle a l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance de ne pas le montrer. Et cela n&rsquo;est toujours pas le plus important. Non. Si on a envie de parler de Virginie Morillo, c&rsquo;est parce qu\u2019en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e, elle investit avec panache les galeries d\u2019art comme les boutiques de mode.<\/p>\n<p>On l&rsquo;a compris, l\u2019\u00e9g\u00e9rie des branch\u00e9s genevois se tient \u00e0 \u00e9gale distance des arts majeurs et mineurs. Quand elle ne pr\u00e9pare pas sa prochaine expo, elle tricote elle-m\u00eame, dans son petit appartement nyonnais, des pulls en laine fluo qui peuvent vous transformer en star hollywoodienne incognito: il suffit de remonter sur le visage le col roul\u00e9 brod\u00e9 de l\u00e8vres pulpeuses. <\/p>\n<p><center><img src=images\/large020204art2.jpg><\/center><\/p>\n<p>Pendant son temps libre, elle confectionne aussi des franges instantan\u00e9es \u00e0 fixer sur le front. \u00abC\u2019est pour se donner un look electroclash sans attendre que la frange pousse\u00bb, s\u2019amuse Line Dessauges, propri\u00e9taire de la boutique genevoise Flying A, visiblement ravie de proposer les accessoires de Virginie. \u00abIls se vendent tr\u00e8s bien, et \u00e0 des prix raisonnables, dit-elle. J\u2019adore son travail, parce qu\u2019elle ne copie personne, et aussi parce qu\u2019elle r\u00e9ussit \u00e0 rester \u00e0 la mode sans se prendre au s\u00e9rieux. Ici, on vend ses cache-oreilles orn\u00e9s de petits lapins, ses ballerines avec motifs de guitare \u00e9lectrique et ses sacs \u00e0 main d\u00e9cor\u00e9s de chevaux en plastique.\u00bb<\/p>\n<p>Virginie Morillo a bricol\u00e9 une marque, \u00abMademoiselle vous veut du bien\u00bb, qui regroupe tous ces gadgets gentiment r\u00e9gressifs. Si les adolescentes se les arrachent, c\u2019est sans doute parce qu\u2019elles y trouvent les pafums sucr\u00e9s de l\u2019enfance, souvenirs de Goldorak et r\u00eaves de c\u00e9l\u00e9brit\u00e9. \u00abJe ne cr\u00e9e que des accessoires que j\u2019aimerais porter moi-m\u00eame, explique la styliste. Et je les vends bon march\u00e9 parce que j\u2019ai envie que les gens les portent. R\u00e9sultat, je n\u2019arrive pas \u00e0 vivre de mes cr\u00e9ations.\u00bb Ce qui n\u2019est finalement pas si grave. Etudiante aux Beaux-Arts de Gen\u00e8ve, Mademoiselle Virginie gagne sa vie en tant que serveuse dans une cr\u00eaperie et, plus surprenant, en travaillant \u00e0 mi-temps pour la multinationale japonaise du jouet Sanrio. \u00abJe suis la repr\u00e9sentante genevoise de leur personnage Hello Kitty. Mon boulot, c\u2019est d\u2019aller vendre \u00e0 un r\u00e9seau de six magasins les nouveaux objets de la collection.\u00bb<\/p>\n<p>Son agenda surcharg\u00e9 lui permet tout de m\u00eame de s\u2019investir \u00e0 fond dans son travail de plasticienne. C\u2019est m\u00eame ce qui capte l\u2019essentiel de son \u00e9nergie. \u00abCe qui me pla\u00eet, c\u2019est d\u2019explorer la fronti\u00e8re entre la mode et l\u2019art contemporain\u00bb, explique-t-elle \u00e0 quelques jours du vernissage de sa nouvelle expo dans la galerie bernoise Artdireck. Elle y pr\u00e9sente des peintures qu\u2019on peut l\u00e9cher, puisqu\u2019elles sont en sucre glace. C\u2019est une sp\u00e9cialit\u00e9 de Virginie Morillo. \u00abL\u2019\u00e9t\u00e9 dernier, j\u2019avais expos\u00e9 des \u0153uvres qu\u2019elle avait r\u00e9alis\u00e9es en sirop alimentaire, raconte Stefano W. Pult, responsable de la galerie Une \u00e0 Neuch\u00e2tel. On y voyait des petites filles nues, sans poitrine, mais avec des poils pubiens, ce qui \u00e9tait assez troublant. Il faut dire que le th\u00e8me de l&rsquo;exposition \u00e9tait \u00abinterdit aux moins de 18 ans\u00bb, et qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, Virginie en avait \u00e0 peine vingt.\u00bb<\/p>\n<p>Le galeriste s\u2019emballe comme un fan: \u00abL\u2019univers de Virginie est voisin de celui des manga, et bien que ce soit un courant passablement visit\u00e9, elle parvient \u00e0 se l\u2019approprier avec beaucoup de libert\u00e9. Il faut la voir pendant ses vernissages: elle fait vraiment tr\u00e8s forte impression.\u00bb En jonglant avec les tendances du moment, Virginie Morillo ne risque-t-elle pas de se retrouver vite d\u00e9mod\u00e9e? \u00abNon, car elle travaille \u00e9norm\u00e9ment, sans faire de diff\u00e9rence entre les arts appliqu\u00e9s et son travail de plasticienne, poursuit-il. En cela, elle offre une r\u00e9ponse int\u00e9ressante \u00e0 la question des limites de l\u2019art. Ceux qui la consid\u00e8rent comme une dilettante se mettent le doigt dans l\u2019\u0153il. C\u2019est une vraie bosseuse.\u00bb Ce que l\u2019int\u00e9ress\u00e9e confirme \u00e0 sa mani\u00e8re candide: \u00abJe reste \u00e0 l\u2019ordinateur jusqu\u2019\u00e0 3 heures du matin et je couds pendant la journ\u00e9e.\u00bb<\/p>\n<p>Dans son CV, Virginie avoue que \u00abcomme tout \u00eatre humain, elle aurait aim\u00e9 \u00eatre une Super Star.\u00bb Elle s\u2019est donc imagin\u00e9 des vies parall\u00e8les (h\u00f4tesse escort, starlette DJ electro, fausse amie hypocrite), qu\u2019elle a exorcis\u00e9es sous la forme de poup\u00e9es \u00e0 son effigie. \u00abParce que c\u2019est mieux que la chirurgie esth\u00e9tique.\u00bb Cette mani\u00e8re ing\u00e9nue de jouer avec les identit\u00e9s la rapproche un peu de Pipilotti Rist, dont elle admire les travaux. <\/p>\n<p>Par contre, Virginie Morillo n\u2019aime pas \u00eatre compar\u00e9e \u00e0 Sylvie Fleury: \u00abJe la trouve trop s\u00e9rieuse\u00bb, l\u00e2che-t-elle sans appel. \u00abJe suis s\u00fbr que Virginie va faire une tr\u00e8s grande carri\u00e8re dans l\u2019art contemporain, dit Boris Wanzeck, de la galerie bernoise Artdirekt. Elle n\u2019est pas pr\u00e9tentieuse, et sa source d\u2019id\u00e9es ne s\u2019arr\u00eate jamais. En plus, son travail pla\u00eet: trois jours apr\u00e8s le vernissage, nous n\u2019avions plus qu\u2019un seul tableau \u00e0 vendre.\u00bb<\/p>\n<p>Dans quelques jours, l\u2019artiste nyonnaise &#8212; d\u2019origine jurassienne &#8212; partira vivre six mois \u00e0 Bruxelles pour suivre des cours de stylisme. \u00abC\u2019est ma passion: je veux commencer une collection de v\u00eatements cette ann\u00e9e, dit-elle. Cela dit, si je devais choisir entre l\u2019art contemporain et la mode, je choisirais l&rsquo;art contemporain. Parce que je m&rsquo;y sens plus libre. Il faut beaucoup d&rsquo;argent pour r\u00e9ussir dans la mode, et je veux \u00e0 tout prix \u00e9viter les sponsors.\u00bb Virginie Morillo veut bien s\u2019amuser avec les codes de la publicit\u00e9, mais seulement si c\u2019est elle qui fixe les r\u00e8gles du jeu. \u00abPas question que mes expos soient parra\u00een\u00e9es par une marque de cigarettes.\u00bb<\/p>\n<p>&#8212;-<br \/>\nDes \u0153uvres de Virginie Morillo sont expos\u00e9es au Mus\u00e9e des Beaux Arts de Lausanne dans le cadre des \u00abAccrochages VD 2004\u00bb, jusqu\u2019au 19 f\u00e9vrier 2004.<\/p>\n<p>Exposition Virginie Morillo et L\u00e9opold Rabus, galerie Artdirekt, Herrengasse 4, 3011 Berne, www.artdirekt.ch, jusqu\u2019au 27 f\u00e9vrier 2004.<\/p>\n<p>Les accessoires \u00abMademoiselle vous veut du bien\u00bb de Virginie Morillo sont vendus dans les boutiques Shop des Bains, Flying A et Gromo \u00e0 Gen\u00e8ve, et \u00e0 Ic\u00f4ne \u00e0 Lausanne.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La jeune cr\u00e9atrice s\u00e9duit autant les galeries d\u2019art que les boutiques de mode. Elle expose ces jours \u00e0 Lausanne et \u00e0 Berne \u00e0 la fin du mois. Entre happenings, expos et d\u00e9fil\u00e9s, portrait d\u2019une grande fille warholienne.<\/p>\n","protected":false},"author":28,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1510","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1510","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/28"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1510"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1510\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1510"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1510"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1510"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}