



{"id":1496,"date":"2004-01-12T00:00:00","date_gmt":"2004-01-11T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1496"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1496","title":{"rendered":"Le triomphe discret de \u00abLost In Translation\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>On l\u2019a dit, Sofia Coppola, 32 ans, a tout pour elle. Un papa, Francis Ford, qui l\u2019adore; un bient\u00f4t ex-mari, Spike Jonze, avec lequel elle a form\u00e9 un couple princier de cin\u00e9astes; un fr\u00e8re, Roman, qui l\u2019accompagne partout; une amie d\u2019enfance, Zoe Cassavetes, avec qui elle a anim\u00e9 un show t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 \u00e0 succ\u00e8s; une autre, St\u00e9phanie Hayman, avec laquelle elle a cr\u00e9\u00e9 une griffe de v\u00eatements qui suffirait \u00e0 la faire vivre jusqu\u2019\u00e0 la fin de ses jours; des amis prestigieux dans la mode, la photographie, la musique et le design, autant de secteurs auxquels elle a elle-m\u00eame touch\u00e9, avec talent.<\/p>\n<p>Comme souvent les filles riches, belles et intelligentes &#8212; pensons \u00e9galement aux s\u0153urs Bruni &#8211;, Sofia Coppola a tra\u00een\u00e9 comme un boulet en or son dilettantisme inquiet de fille bien n\u00e9e jusqu\u2019au jour o\u00f9 elle a trouv\u00e9 sa voie. C\u2019est la m\u00eame que celle de son p\u00e8re, certes, mais cela n\u2019a aucune importance. Son cin\u00e9ma \u00e0 elle est aussi intimiste et doux-amer que celui de son p\u00e8re est \u00e9pique et frontal. Musique de chambre contre orchestre symphonique. <\/p>\n<p>Apr\u00e8s son premier long m\u00e9trage, l\u2019excellent \u00abVirgin Suicides\u00bb, elle persiste dans la tonalit\u00e9 m\u00e9lancolique avec \u00abLost in Translation\u00bb, com\u00e9die romantique subtile, loufoque et chaste, comme en apesanteur, qui fait une belle carri\u00e8re commerciale aux Etats-Unis &#8212; le film a d\u00e9j\u00e0 rapport\u00e9 30 millions de dollars alors qu\u2019il en a co\u00fbt\u00e9 quatre.<\/p>\n<p>Une grande partie de \u00abLost in Translation\u00bb se d\u00e9roule entre les murs du Park Hyatt de Tokyo, un palace de cinquante \u00e9tages, dot\u00e9 d\u2019un bar international panoramique ouvrant sur les splendeurs futuristes de la capitale nippone. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019est descendu pour quelques jours Bob Harris (g\u00e9nial Bill Murray, Droopy \u00e0 souhait, pour qui le film a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit), star sur le retour venue tourner pour 2 millions de dollars une pub pour une marque de whisky. Se sentant coupable d\u2019\u00eatre un mauvais mari, un p\u00e8re absent et un acteur sans ambition, il vit sa crise de la cinquantaine les yeux riv\u00e9s au fond de son verre d\u2019alcool.<\/p>\n<p>Tout le d\u00e9but de \u00abLost in Translation\u00bb est une suite de gags o\u00f9 le corps burlesque de Bill Murray est livr\u00e9 aux affres d\u2019un environnement hostile: m\u00e9connaissance absolue de la langue et des signes japonais, objets domestiques mal ajust\u00e9s (une douche plac\u00e9e trop bas qui fait de lui un Gulliver parmi les lilliputiens), omnipr\u00e9sence d\u2019une technologie envahissante etc. Le \u00abPlay Time\u00bb de Jacques Tati n\u2019est pas tr\u00e8s loin.<\/p>\n<p>C\u2019est dans cet h\u00f4tel luxueux que Bob rencontre Charlotte (Scarlett Johansson, d\u2019une belle pr\u00e9sence \u00e9vanescente), 25 ans, venue accompagner son mari, fringant photographe \u00e0 l\u2019agenda surbook\u00e9. La jeune femme, philosophe de formation, s\u2019ennuie dans cette ville qui la rejette sans l\u2019exclure. Un regard \u00e9chang\u00e9 dans l\u2019ascenseur suffit \u00e0 sceller la solitudes des deux Am\u00e9ricains. <\/p>\n<p>La fusion op\u00e8re d\u2019autant mieux que Bob et Charlotte sont farouches, r\u00e9serv\u00e9s et ironiques. Qu\u2019ils n\u2019attendent rien, ni de la vie, ni de l\u2019autre, mais qu\u2019ils sont d\u2019une disponibilit\u00e9 absolue, d\u2019une vacance presqu\u2019enfantine quand ils s\u2019adonnent au karaok\u00e9 &#8212; splendide sc\u00e8ne qui bascule du ridicule au sublime &#8212; ou qu\u2019ils passent la nuit \u00e0 boire du sak\u00e9 en regardant \u00abLa Dolce Vita\u00bb de Fellini \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision.<\/p>\n<p>Leur attraction est d\u2019abord r\u00e9gie par le d\u00e9calage horaire, dont Sofia Coppola restitue \u00e0 merveille l\u2019arythmie, l\u2019effet diffus, ouat\u00e9, flottant. La r\u00e9alisatrice abolit tout rep\u00e8re spatio-temporel: l\u2019h\u00f4tel semble changer de proportion en fonction de l\u2019\u00e9tat somnambulique de ses clients; Tokyo appara\u00eet comme une jungle de n\u00e9ons, une fourmili\u00e8re qui ne dort jamais, une m\u00e9gapole d\u2019une \u00e9tranget\u00e9 absolue, \u00e0 la fois inqui\u00e9tante et protectrice, mais de plus en plus amicale au fur et \u00e0 mesure que les deux \u00abjet-lagu\u00e9s\u00bb l\u2019explorent \u00e0 deux.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui lie Bob et Charlotte? S\u2019aiment-ils, s\u2019aimantent-ils, se reconnaissent-ils au-del\u00e0 des g\u00e9n\u00e9rations ou s\u2019aident-ils simplement dans leur mal de vivre? Sofia Coppola n\u2019en dit rien, pas plus qu\u2019elle ne montre d\u2019empressement \u00e0 r\u00e9unir ses deux personnages.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u00e0 la beaut\u00e9 de son film, parfois proche de \u00abIn The Mood For Love\u00bb dans sa captation de l\u2019instant, son aptitude \u00e0 \u00e9tirer le pr\u00e9sent jusqu\u2019au lendemain, sa mani\u00e8re de raconter par la musique (la B.O. est somptueuse) quelque chose en train d\u2019arriver, quelque chose d\u2019aussi impalpable que n\u00e9cessaire, d\u2019innocent que fugace, mais dont on ignore la nature.<\/p>\n<p>\u00abLost in Translation\u00bb est habit\u00e9 par la gr\u00e2ce. Chaque plan comprend sa petite \u00e9piphanie, y compris le plan d\u2019ouverture &#8212; une paire de fesses en train de dormir &#8212; qui installe le climat du film, m\u00e9lange de fatigue, de blues et d\u2019humour. Sofia Coppola excelle dans l\u2019art de cr\u00e9er de la substance \u00e0 partir de petits riens, de d\u00e9tails d\u2019une justesse inou\u00efe, de d\u00e9placements inattendus, de frustrations sans tensions et de promesses sans d\u00e9claration. Un film d\u2019une grande douceur insomniaque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La com\u00e9die radieuse et m\u00e9lancolique de Sofia Coppola enchante un tr\u00e8s large public, des deux c\u00f4t\u00e9s de l&rsquo;Atlantique. Retour sur les raisons d\u2019un succ\u00e8s.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1496","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1496"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1496\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}