



{"id":14866,"date":"2024-02-23T23:11:03","date_gmt":"2024-02-23T22:11:03","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=14866"},"modified":"2024-02-07T16:13:24","modified_gmt":"2024-02-07T15:13:24","slug":"sante-122","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=14866","title":{"rendered":"\u00ab\u200aLes immunoth\u00e9rapies ont chang\u00e9 la donne\u200a\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\u00abLorsque j\u2019ai entrepris mes premi\u00e8res recherches, la seule th\u00e9rapie disponible pour combattre le m\u00e9lanome en phase m\u00e9tastatique \u00e9tait la chimioth\u00e9rapie, avec des r\u00e9sultats tr\u00e8s mitig\u00e9s, explique John Haanen, chercheur en oncologie. Seuls 10% des patients voyaient leur situation s\u2019am\u00e9liorer, avec des signes de r\u00e9mission temporaire et dans de tr\u00e8s rares cas une r\u00e9mission compl\u00e8te. Mais depuis, la donne a radicalement chang\u00e9.\u00bb<\/p>\n<p>Apr\u00e8s plus d\u2019un quart de si\u00e8cle de recherche sur la lutte contre le cancer, de la peau principalement, aux stades avanc\u00e9s, le professeur, qui a rejoint au printemps 2023 le Service d\u2019oncologie du CHUV, se r\u00e9jouit des progr\u00e8s consid\u00e9rables dans l\u2019efficacit\u00e9 des traitements. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, les premi\u00e8res formes d\u2019immunoth\u00e9rapie misaient sur l\u2019activation des cellules immunitaires pour d\u00e9truire les cellules canc\u00e9reuses et affichaient des r\u00e9sultats surprenants. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, les premi\u00e8res formes d\u2019immunoth\u00e9rapie font leur apparition. Contrairement \u00e0 la chimioth\u00e9rapie, ce traitement ne vise pas \u00e0 inhiber la r\u00e9plication des cellules, mais \u00e0 permettre au syst\u00e8me immunitaire de mieux reconna\u00eetre les cellules canc\u00e9reuses et les d\u00e9truire.<\/p>\n<p>Pour passer entre les mailles du filet immunitaire, les cellules canc\u00e9reuses d\u00e9veloppent plusieurs m\u00e9canismes, dont celui qui consiste \u00e0 imiter des cellules saines et ainsi tromper les r\u00e9cepteurs (d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u200apoints de contr\u00f4le\u200a\u00bb). En injectant une mol\u00e9cule capable de bloquer ces r\u00e9cepteurs qui permettent aux cellules canc\u00e9reuses d\u2019avancer masqu\u00e9es, l\u2019immunoth\u00e9rapie par inhibiteurs de points de contr\u00f4le aide le syst\u00e8me immunitaire \u00e0 reconna\u00eetre les cellules d\u00e9faillantes.<\/p>\n<p>Depuis l\u2019introduction de ces traitements au d\u00e9but des ann\u00e9es 2010, le taux de survie \u00e0 cinq ans des patient\u00b7e\u00b7s atteint\u00b7e\u00b7s de m\u00e9lanome de stade IV (le stade m\u00e9tastatique) est pass\u00e9 de 5% \u00e0 pr\u00e8s de 50%. \u00abLes r\u00e9sultats sont saisissants. Il est arriv\u00e9 que la tumeur disparaisse apr\u00e8s une immunoth\u00e9rapie n\u00e9oadjuvante, c\u2019est-\u00e0-dire un traitement cens\u00e9 r\u00e9duire sa taille en pr\u00e9paration d\u2019une intervention chirurgicale. Dans certains cas, nous utilisons aussi l\u2019immunoth\u00e9rapie aux stades pr\u00e9coces pour pr\u00e9venir la propagation de la maladie.\u00bb<\/p>\n<p><strong>Un pas de plus vers un traitement curatif\u200a? <\/strong><\/p>\n<p>Avant que les immunoth\u00e9rapies de type \u00ab\u200ainhibiteurs de points de contr\u00f4le\u200a\u00bb \u00e9mergent, l\u2019oncologue am\u00e9ricain Steven Rosenberg s\u2019int\u00e9ressait d\u00e9j\u00e0 au potentiel des lymphocytes (cellules immunitaires) pr\u00e9sents dans la tumeur (les \u00ab\u200aTILs\u200a\u00bb pour tumor-infiltrating lymphocytes) pour lutter contre les tumeurs. En 1986, le chercheur parvient \u00e0 isoler les TILs dans le but de les cultiver en laboratoire et les r\u00e9injecter en masse dans l\u2019organisme.<\/p>\n<p>Mais faute de financements, les recherches avancent au ralenti. Il faudra donc attendre 2014 pour que des essais cliniques de phase 3 aient lieu, sous la houlette du professeur John Haanen. En 2022, l\u2019\u00e9quipe constitu\u00e9e de chercheurs de l\u2019Institut n\u00e9erlandais du cancer (NKI) et du Centre national danois d\u2019immunoth\u00e9rapie contre le cancer publie les r\u00e9sultats de la premi\u00e8re \u00e9tude sur l\u2019efficacit\u00e9 de la th\u00e9rapie TILs sur des patient\u00b7e\u00b7s n\u2019ayant pas r\u00e9agi \u00e0 l\u2019immunoth\u00e9rapie par inhibiteurs de points de contr\u00f4le. \u00abCertains sp\u00e9cialistes se montraient sceptiques \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019une th\u00e9rapie TILs puisse fonctionner sur un\u00b7e patient\u00b7e qui n\u2019a pas r\u00e9agi aux inhibiteurs de points de contr\u00f4le, car les deux proc\u00e9d\u00e9s reposent sur le syst\u00e8me immunitaire.\u00bb<\/p>\n<p>Toutefois, les \u00e9tudes cliniques men\u00e9es par John Haanen affichent des r\u00e9sultats encourageants. \u00abSur dix patients n\u2019ayant pas montr\u00e9 de signes d\u2019am\u00e9lioration apr\u00e8s un traitement par inhibiteurs de points de contr\u00f4le, cinq r\u00e9pondent favorablement \u00e0 la th\u00e9rapie TILs et deux voient leur tumeur dispara\u00eetre compl\u00e8tement.\u00bb<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14855\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Images_Du_Jour_240223.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Images_Du_Jour_240223.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Images_Du_Jour_240223-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2024\/02\/Images_Du_Jour_240223-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p><strong>Aussi au CHUV <\/strong><\/p>\n<p>Au CHUV, certain\u00b7e\u00b7s patient\u00b7e\u00b7s ont pu participer aux essais cliniques de la th\u00e9rapie TILs. Parmi eux, Philippe G. qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de ce traitement en 2021, pr\u00e8s de dix ans apr\u00e8s un diagnostic de m\u00e9lanome avanc\u00e9 qui, par chance, avait pu \u00eatre pris en charge.<\/p>\n<p>Mais quatre ans plus tard, c\u2019est la rechute et le d\u00e9but d\u2019un nouveau parcours sem\u00e9 d\u2019emb\u00fbches\u200a: des m\u00e9tastases sont d\u00e9tect\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 de ses poumons. Philippe G. encha\u00eene alors les op\u00e9rations chirurgicales et les immunoth\u00e9rapies et son \u00e9tat de sant\u00e9 s\u2019am\u00e9liore. En 2020, une nouvelle tumeur au cerveau doit \u00eatre trait\u00e9e par radioth\u00e9rapie puis en 2021, c\u2019est au niveau de son genou que les cellules canc\u00e9reuses se sont agglutin\u00e9es pour former plusieurs tumeurs. \u00abC\u2019est \u00e0 ce moment-l\u00e0 que les m\u00e9decins m\u2019ont propos\u00e9 de participer aux essais cliniques de la th\u00e9rapie TILs.\u00bb Toutes les personnes atteintes d\u2019un cancer ne sont pas \u00e9ligibles, car pour que la th\u00e9rapie fonctionne, il faut notamment extraire un \u00e9chantillon de la tumeur. \u00abMa tumeur contenait juste assez de lymphocytes pour que l\u2019on puisse lancer la culture en laboratoire\u00bb, raconte l\u2019homme de 52 ans. Autre facteur d\u00e9terminant\u200a: l\u2019\u00e9volution de la tumeur doit \u00eatre stable, car plusieurs semaines s\u2019\u00e9coulent entre le pr\u00e9l\u00e8vement des lymphocytes et la r\u00e9injection.<\/p>\n<p>Philippe G. re\u00e7oit d\u2019abord une chimioth\u00e9rapie afin de pr\u00e9parer son organisme \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des milliards de lymphocytes multipli\u00e9s in vitro. \u00ab\u200aEn dix ans de traitement, cela a \u00e9t\u00e9 ma premi\u00e8re chimioth\u00e9rapie, et \u00e7a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u00e9pisode le plus dur en termes d\u2019effets secondaires.\u200a\u00bb Une fois cette phase termin\u00e9e, les m\u00e9decins lui administrent la th\u00e9rapie TILs. \u00abJ\u2019ai re\u00e7u une petite dizaine d\u2019injections en trois jours, toutes suivies d\u2019un effet collat\u00e9ral assez sp\u00e9cial\u200a: des tremblements incontr\u00f4lables et tr\u00e8s forts. Ce n\u2019est pas douloureux, mais cela marque tout de m\u00eame l\u2019esprit.\u00bb<\/p>\n<p>En d\u00e9finitive, la strat\u00e9gie th\u00e9rapeutique se r\u00e9v\u00e8le payante. Deux semaines plus tard, toutes les tumeurs ont disparu et, apr\u00e8s quelques mois, Philippe G. r\u00e9int\u00e8gre le travail et retrouve une vie ordinaire. Malgr\u00e9 toutes ces \u00e9preuves, le quinquag\u00e9naire s\u2019estime chanceux\u200a: \u00abSans les perc\u00e9es majeures r\u00e9alis\u00e9es par l\u2019oncologie ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, le sc\u00e9nario aurait sans doute pris une autre tournure.\u00bb<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p><strong>Une carri\u00e8re d\u00e9vou\u00e9e \u00e0 la recherche contre le cancer <\/strong><\/p>\n<p>Docteur en immunoh\u00e9matologie depuis 1991, le professeur John Haanen se sp\u00e9cialise en m\u00e9decine interne avant de se rediriger vers des recherches post-doctorales \u00e0 l\u2019Institut n\u00e9erlandais du cancer (NKI) puis s\u2019est form\u00e9 en oncologie m\u00e9dicale. Membre actif de la European Society for Medical Oncology, il dirige la recherche sur les th\u00e9rapies cellulaires pour les tumeurs solides, les immunoth\u00e9rapies n\u00e9oadjuvantes et les biomarqueurs au NKI.<\/p>\n<p>Ses recherches se sont concentr\u00e9es sur les immunoth\u00e9rapies innovantes, notamment la vaccination par l\u2019ADN et la th\u00e9rapie g\u00e9nique TCR. Il a rejoint le Service d\u2019oncologie m\u00e9dicale du CHUV en 2023, et continuera toutefois d\u2019exercer au sein du NKI et de l\u2019Universit\u00e9 de Leyde aux Pays-Bas.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans In Vivo magazine (no 28).<\/p>\n<p>Pour vous abonner \u00e0 In Vivo au prix de seulement CHF 20.- (d\u00e8s 20 euros) pour 6 num\u00e9ros, rendez-vous sur\u00a0<a href=\"http:\/\/www.invivomagazine.com\/\" rel=\"noopener noreferrer\">invivomagazine.com<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lutte contre le cancer de la peau a connu une avanc\u00e9e remarquable ces derni\u00e8res ann\u00e9es. L\u2019oncologue n\u00e9erlandais John Haanen y a largement contribu\u00e9 en d\u00e9veloppant une m\u00e9thode innovante. 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