



{"id":1485,"date":"2003-12-23T00:00:00","date_gmt":"2003-12-22T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1485"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1485","title":{"rendered":"2003: faux vieux et vrais ados"},"content":{"rendered":"<p> <b>Les faux vieux: Rivette, Resnais, Eastwood<\/b><\/p>\n<p>Cette ann\u00e9e, Jacques Rivette, Alain Resnais et Clint Eastwood ont confirm\u00e9 avec des oeuvres amples, g\u00e9n\u00e9reuses ou bouleversantes qu\u2019on pouvait parfaitement \u00eatre jeune apr\u00e8s 70 ans. Le point commun de leurs films, a priori si diff\u00e9rents? Les trois traitent du pouvoir des fant\u00f4mes, de ce qui r\u00e9siste et vient nous hanter au-del\u00e0 de la disparition.<\/p>\n<p>Avec \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1461 target=_blank class=std>Histoire de Marie et Julien<\/a>\u00bb, Jacques Rivette termine le film qu\u2019il avait laiss\u00e9 inachev\u00e9 27 ans auparavant, un conte sur l\u2019amour fou inspir\u00e9 des romantiques anglais et allemands: une morte revient sur terre pour \u00eatre lib\u00e9r\u00e9e de sa mal\u00e9diction. Comment filmer la pr\u00e9sence de l\u2019au-del\u00e0? D\u2019une mani\u00e8re concr\u00e8te, r\u00e9pond Rivette qui r\u00e8gle sa mise en sc\u00e8ne sur la temporalit\u00e9 des horloges d\u00e9traqu\u00e9es de Julien et le corps si parfaitement habit\u00e9 d\u2019Emmanuelle B\u00e9art, spectre tout ce qu\u2019il y a de plus charnel.<\/p>\n<p>Clint Eastwood est tout aussi sombre avec \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1440 target=_blank class=std>Mystic River<\/a>\u00bb, thriller complexe qui charrie tout le tragique humain: la perte de l\u2019innocence, la r\u00e9p\u00e9tition des douleurs, les non-dit assassins, le retour du refoul\u00e9, le meurtre originel et la haine qui se transmet de g\u00e9n\u00e9rations en g\u00e9n\u00e9rations. Shakespeare n\u2019est pas loin.<\/p>\n<p>Si le film est d\u2019une cruaut\u00e9 absolue, c\u2019est que Clint Eastwood se place du c\u00f4t\u00e9 des victimes, impuissantes d\u00e8s le d\u00e9but, tout en \u00e9clairant les motivations des bourreaux, dont l\u2019alliance est aussi politique qu\u2019existentielle. Film fleuve aux ramifications multiples, \u00abMystic River\u00bb a \u00e9t\u00e9 jug\u00e9 trop \u00abclassique\u00bb pour recevoir la Palme d\u2019Or.<\/p>\n<p>Infiniment plus l\u00e9ger, Alain Resnais s\u2019affranchit de toutes ses obligations d\u2019auteur &#8211; sujets graves, rythme lent, point de vue engag\u00e9, distance critique &#8211; pour revenir \u00e0 ses premi\u00e8res amours de spectateur. Op\u00e9rette cr\u00e9\u00e9e en 1925, \u00abPas sur la bouche\u00bb est un vaudeville qui revendique sans insolence son premier degr\u00e9, celui du spectacle, de l\u2019\u00e9motion imm\u00e9diate et du rire sans g\u00eane. Oeuvre populaire et exp\u00e9rimentale, formidablement inventive sur le plan visuel, \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1474 target=_blank class=std>Pas sur la bouche<\/a>\u00bb se d\u00e9guste comme un champagne bien frapp\u00e9, \u00e0 consommer avant, pendant et apr\u00e8s les F\u00eates.<\/p>\n<p><b>L\u2019artifice pour dire la v\u00e9rit\u00e9<\/b><\/p>\n<p>Resnais pourrait aussi figurer dans ce chapitre tant son film en appelle \u00e0 tous les artifices du cin\u00e9ma, du th\u00e9\u00e2tre et du music-hall. Mais c\u2019est \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1339 target=_blank class=std>Dogville<\/a>\u00bb, de Lars von Trier et \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1287 target=_blank class=std>Loin du Paradis<\/a>\u00bb, de Todd Haynes qui ont pouss\u00e9 cette ann\u00e9e l\u2019antinaturalisme \u00e0 son comble. <\/p>\n<p>Le premier en abolissant tout \u00e9l\u00e9ment r\u00e9el de d\u00e9cor &#8211; il s\u2019agit d\u2019une carte g\u00e9ographique dessin\u00e9e \u00e0 m\u00eame le sol &#8211; pour revisiter la fable de Durrenmatt, \u00abLa Visite de la vieille dame\u00bb. A la convergence du th\u00e9\u00e2tre (Brecht notamment) et du roman anglo-saxon du XIXe si\u00e8cle, l\u2019auteur de \u00abBreaking the waves\u00bb s\u2019en prend \u00e0 la vertu am\u00e9ricaine, cette arrogance qui consiste \u00e0 exhiber sa bont\u00e9 pour mieux sacrifier les ind\u00e9sirables. Nicole Kidman en fera les frais avant de se venger implacablement de cette communaut\u00e9 hypocrite qui consid\u00e8re Dieu comme leur esclave. <\/p>\n<p>A l\u2019inverse, l\u2019h\u00e9ro\u00efne de \u00abLoin du Paradis\u00bb devra souffrir en silence &#8211; et en souriant &#8211; dans cette soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine fond\u00e9e sur la loi des apparences. Elle m\u00eame en est le prototype: cheveux blonds lisses, robes en taffetas, m\u00e8re attentionn\u00e9e, h\u00f4tesse de maison raffin\u00e9e et \u00e9pouse malheureuse d\u2019un homme qui ne peut pas renoncer \u00e0 son homosexualit\u00e9. <\/p>\n<p>Film f\u00e9ministe, comme le Lars von Trier, \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1287 target=_blank class=std>Loin du Paradis<\/a>\u00bb, reprend sans jamais s\u2019en moquer tous les codes esth\u00e9tiques du m\u00e9lodrame flamboyant des ann\u00e9es 50 &#8211; usage d\u00e9licat des saisons, musique lyrique, beaut\u00e9 des d\u00e9cors et des costumes &#8211; pour en extraire les sentiments les plus violents, mais corset\u00e9s par l\u2019artifice.<\/p>\n<p><b>Les adolescents comme barom\u00e8tre de l\u2019Am\u00e9rique<\/b><\/p>\n<p>Dans la production courante des films pour teenagers, entre \u00abAmerican Pie\u00bb et \u00abThirteen\u00bb, deux titres sortent du lot, consid\u00e9rant les adolescents comme des sujets \u00e0 part enti\u00e8re, des corps en bataille dont certains ont une gr\u00e2ce s\u00e9raphique: \u00abElephant\u00bb, de Gus Van Sant et \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1443 target=_blank class=std>Ken Park<\/a>\u00bb, de Larry Clark. Le premier, Palme d\u2019Or et Prix de la mise en sc\u00e8ne \u00e0 Cannes, vaut plus pour son traitement esth\u00e9tique qui fera date dans l\u2019histoire du cin\u00e9ma que par son r\u00e9cit, inspir\u00e9 d\u2019un fait divers qui avait d\u00e9j\u00e0 inspir\u00e9 Michael Moore: la tuerie de Columbine. Sa mise en sc\u00e8ne a\u00e9rienne, presqu\u2019en l\u00e9vitation, m\u00e9nage des effets qui vont \u00e0 l\u2019encontre de la brutalit\u00e9 du sujet. Gus Van Sant substitue \u00e0 la violence codifi\u00e9e du cin\u00e9ma majoritaire celle, beaucoup plus diffuse, d\u2019un monde o\u00f9 les victimes peuvent devenir des bourreaux et vice-versa.<\/p>\n<p>Controvers\u00e9 partout o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9, \u00abKen Park\u00bb, chronique quotidienne de quatre adolescents de la banlieue californienne, fait voeu de tout montrer &#8211; suicide, masturbation morbide, bondage, meurtre sauvage. Pourtant, Larry Clark s\u2019int\u00e9resse moins \u00e0 la sexualit\u00e9 des adolescents qu\u2019\u00e0 leur mal\u00e9diction filiale, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage impossible laiss\u00e9 par des adultes qui, en rejetant leurs r\u00eaves, ont sombr\u00e9 dans la n\u00e9vrose. N\u00e9vrose dont ils veulent marquer le corps de leurs enfants. Pour \u00e9chapper \u00e0 leurs familles, les adolescents n\u2019ont qu\u2019une issue, le sexe qu\u2019ils vivent comme un affranchissement, un r\u00eave \u00e0 partager, \u00e0 l\u2019image de la tr\u00e8s belle et tr\u00e8s longue sc\u00e8ne de triolisme, film\u00e9e comme sorte d\u2019Eden \u00e0 trois. Un des rares films utopiques de cette ann\u00e9e.<\/p>\n<p><b>Le retour de la com\u00e9die d\u2019auteur<\/b><\/p>\n<p>Les auteurs n\u2019ont plus peur de faire rire. Aux Etats-Unis, on le savait d\u00e9j\u00e0. Woody Allen a fond\u00e9 sa carri\u00e8re l\u00e0-dessus, et des cin\u00e9astes orignaux comme Tim Burton ou Tim Robbins n\u2019ont jamais d\u00e9daign\u00e9 la com\u00e9die pour dire ce qu\u2019ils pensaient du monde. Cette ann\u00e9e, ce sont les fr\u00e8res Coen qui se sont l\u00e2ch\u00e9s avec \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1459 target=_blank class=std>Intol\u00e9rable cruaut\u00e9<\/a>\u00bb, une satire \u00e0 la fois glamour et burlesque sur les moeurs californiennes, cette Am\u00e9rique de nantis qui a fait du divorce une des entreprises les plus rentables du monde. Les fr\u00e8res Coen ont r\u00e9ussi leur coup: leur com\u00e9die tout sauf consensuelle a fortement divis\u00e9 le public.<\/p>\n<p>La France \u00e0 son tour semble (re)d\u00e9couvrir que le rire n\u2019est pas incompatible avec l\u2019intelligence. De nombreux auteurs, de Tonie Marshall \u00e0 No\u00e9mie Lvovsky, de Philippe le Guay \u00e0 Pierre Salvadori, se sont <a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1480 target=_blank class=std>pris au jeu<\/a> de la com\u00e9die, avec plus ou moins de bonheur.<\/p>\n<p>L\u2019auteur avec un grand A, lecteur de Derrida, Lacan, Freud et Ast\u00e9rix (pour faire l\u00e9ger), celui qui filmait la parole dans des appartements gigantesquement vides et les relations amoureuses comme des tortures, est peut-\u00eatre en voie de disparition.<\/p>\n<p><b>La bonne sant\u00e9 de l\u2019animation, particuli\u00e8rement fran\u00e7aise<\/b><\/p>\n<p>Tout le monde a vu \u00abLe monde de Nemo\u00bb, mais qui s\u2019est d\u00e9plac\u00e9 pour \u00abLes triplettes de Belleville\u00bb et \u00abLa proph\u00e9tie des grenouilles\u00bb, deux longs m\u00e9trages d\u2019animation fran\u00e7ais d\u2019une qualit\u00e9 toute artisanale? Si le premier tend \u00e0 suivre la voie nostalgico-kitsch de Jeunet et Caro, le second, libre adaptation de la fable de l\u2019arche de No\u00e9, est un bonheur de dessins, de couleurs, de raffinement et de morale v\u00e9g\u00e9tarienne. A raison de deux secondes r\u00e9alis\u00e9es par jour, ce dessin anim\u00e9 a occup\u00e9 ses auteurs pendant trois ans. Michel Piccoli, Annie Girardot, Michel Galabru et Anouk Grinberg ont pr\u00eat\u00e9 leurs voix aux personnages.<\/p>\n<p><b>La domination de la com\u00e9die politique<\/b><\/p>\n<p>Si vous ne comprenez pas comment Christoph Blocher est arriv\u00e9 au Conseil f\u00e9d\u00e9ral et comment Ruth Metzler en a \u00e9t\u00e9 \u00e9ject\u00e9e; si vous \u00eates \u00e9c\u0153ur\u00e9 par la strat\u00e9gie des partis et que vous vous \u00eates d\u00e9couvert des \u00e9lans citoyens depuis le 10 d\u00e9cembre &#8212; sans vraiment savoir h\u00e9las comment fonctionnent les institutions suisses &#8211;, courez voir \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1416 target=_blank class=std>Ma\u00efs im Bundeshuus<\/a>, le g\u00e9nie helv\u00e9tique\u00bb, un documentaire sous forme de docu-soap r\u00e9alis\u00e9 par Jean-St\u00e9phane Bron. Le Lausannois fait mieux que d\u00e9voiler les m\u00e9canismes du pouvoir, il les r\u00e9v\u00e8le et les explique, r\u00e9ussissant m\u00eame \u00e0 rendre distrayant l\u2019\u00e9laboration d\u2019un texte de loi. Indispensable s\u00e9ance de rattrapage pour comprendre, par l\u2019humour, qui nous gouvernent et comment. C\u2019est incontestablement le film suisse de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Tout comme \u00ab<a href=http:\/\/largeur.com\/expArt.asp?artID=1423 target=_blank class=std>Good Bye, Lenin<\/a>\u00bb est le film allemand de l\u2019ann\u00e9e, film des deux Allemagne m\u00eame puisqu\u2019il situe son intrigue au moment de la chute du Mur de Berlin. Tr\u00e8s fine m\u00e9taphore sur le mensonge politique, le film de Wolfgang Becker est aussi une belle fable sur l\u2019affection familiale et les interf\u00e9rences entre la petite et la grande Histoire.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>De Clint Eastwood \u00e0 Jean-St\u00e9phane Bron, zoom arri\u00e8re sur les \u00e9v\u00e9nements cin\u00e9matographiques de l\u2019ann\u00e9e qui s\u2019ach\u00e8ve.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1485","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1485","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1485"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1485\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1485"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1485"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1485"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}