



{"id":1480,"date":"2003-12-16T00:00:00","date_gmt":"2003-12-15T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1480"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1480","title":{"rendered":"\u00abApr\u00e8s vous\u00bb, le retour de la com\u00e9die d\u2019auteur"},"content":{"rendered":"<p>En France, la bonne nouvelle cin\u00e9matographique de 2003, c\u2019est le retour \u00e0 la com\u00e9die d\u2019auteur telle qu\u2019on la connaissait dans les ann\u00e9es 70 avec Yves Robert et Bertrand Blier. Un genre boud\u00e9 par les deux d\u00e9cennies suivantes, soit que les auteurs jugeaient le rire indigne d\u2019eux, soit que la com\u00e9die \u00e9tait laiss\u00e9e aux mains de quelques t\u00e2cherons lourdingues.<\/p>\n<p>Il a fallu attendre le tandem Jaoui\/Bacri, au milieu des ann\u00e9es 90, pour que soit lev\u00e9e la mal\u00e9diction et que le succ\u00e8s arrive. Depuis, il ne se d\u00e9ment plus: Tonie Marshall avec \u00abFrance Boutique\u00bb, No\u00e9mie Lvosky avec \u00abLes Sentiments\u00bb, Philippe Le Guay avec \u00abLe Co\u00fbt de la vie\u00bb, Alain Resnais avec \u00abPas sur la bouche\u00bb, et maintenant Pierre Salvadori avec \u00abApr\u00e8s vous\u00bb. Les com\u00e9dies d\u2019auteur, d\u2019un tr\u00e8s bon rapport qualit\u00e9\/prix, se classent d\u00e9sormais parmi les films fran\u00e7ais les plus rentables.<\/p>\n<p>Pierre Salvadori (\u00abLes Apprentis\u00bb) aime bien les tandems masculins. Mais \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019un Francis Veber, cr\u00e9ateur d\u2019univers exclusivement virils, il sait laisser aux femmes une place originale, \u00e0 l\u2019image de \u00abComme elle respire\u00bb avec Marie Trintignant. Autre similitude: Salvadori comme Veber s\u2019appuie sur des sc\u00e9narios verrouill\u00e9s, tr\u00e8s bien \u00e9crits, d\u2019une m\u00e9canique irr\u00e9prochable. Sauf que l\u00e0 o\u00f9 Francis Veber entend raconter une histoire, Salvadori, lui, pr\u00e9f\u00e8re construire des situations et les porter jusqu\u2019\u00e0 leur \u00e9puisement, d\u2019absurde ou d\u2019\u00e9motion. Plus gagman que conteur.<\/p>\n<p>\u00abApr\u00e8s vous\u00bb comprend donc une dizaine de sc\u00e8nes formidables, certaines d\u2019anthologie. Mises bout \u00e0 bout, ces s\u00e9quences donnent une com\u00e9die d\u00e9licieuse et attachante, burlesque, hilarante tr\u00e8s souvent, mais toujours un peu discontinue. Autant le rythme d\u2019une seule sc\u00e8ne est excellent, autant l\u2019ensemble peut souffrir de rel\u00e2chement. C\u2019est la seule r\u00e9serve que l\u2019on peut faire au film de Pierre Salvadori, r\u00e9serve qui vaut pour l\u2019ensemble de son \u0153uvre.<\/p>\n<p>\u00abApr\u00e8s vous\u00bb commence comme \u00abL\u2019Emmerdeur\u00bb, un homme en sauve un autre qui ne va cesser par la suite de lui poser des probl\u00e8mes et de lui d\u00e9faire sa vie. Le sauv\u00e9 est jou\u00e9 par Jos\u00e9 Garcia, excellent en auguste retenu; le sauveur par Daniel Auteuil qui retrouve ainsi un emploi souriant apr\u00e8s plusieurs films particuli\u00e8rement sombres.<\/p>\n<p>Entre les deux hommes, une femme, Sandrine Kiberlain (une puissance comique incontestable), dont les deux sont amoureux. Comment vivre son d\u00e9sir sans blesser celui de l\u2019autre? Comment aider quelqu\u2019un sans devenir son oblig\u00e9? Comment faire son deuil sans renoncer \u00e0 la vie? Comment rebondir apr\u00e8s un \u00e9chec? A quoi reconna\u00eet-on la fin d\u2019un amour? Quelles fleurs offrir \u00e0 une fleuriste? Et avec quelle viande servir le Sancerre?<\/p>\n<p>Telles sont quelques unes des questions pos\u00e9es dans \u00abApr\u00e8s vous\u00bb, dont le titre de travail \u00e9tait \u00abFleur de peau\u00bb &#8212; un intitul\u00e9 justifi\u00e9 au vu de l\u2019\u00e9motion frissonnante que suscite une des sc\u00e8nes cl\u00e9s du film, celle o\u00f9 Daniel Auteuil et Sandrine Kiberlain se d\u00e9clarent leur amour en d\u00e9crivant dans le d\u00e9tail, et par la d\u00e9n\u00e9gation, leur \u00e9treinte de la veille. <\/p>\n<p>Dans \u00abApr\u00e8s vous\u00bb, tous les personnages sont d\u00e9pass\u00e9s par les \u00e9v\u00e9nements. Ils ne voient rien venir. Et surtout pas le sentiment amoureux. C\u2019est ainsi qu\u2019Antoine (Daniel Auteuil), ma\u00eetre d\u2019h\u00f4tel d\u00e9bord\u00e9, ne peut \u00eatre que dans l\u2019action. Son personnage, complexe pour une com\u00e9die fran\u00e7aise, se r\u00e9v\u00e8le au gr\u00e9 de ses faits et gestes, lesquels expriment ce que lui est bien incapable de reconna\u00eetre. Le spectateur sait donc avant les personnages ce qui va arriver, mais jamais comment cela va arriver, d\u2019o\u00f9 un certain suspens \u00e9motionnel. Suspens entretenu jusqu\u2019\u00e0 la fin.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse, l\u2019humour survient toujours de mani\u00e8re abrupte. Salvadori m\u00e9nage plusieurs effets de surprise, y compris dans la r\u00e9p\u00e9tition (les meilleures phrases des uns reviennent dans la bouches des autres). Mais l\u00e0 o\u00f9 Salvadori excelle, c\u2019est dans l\u2019\u00e9criture des gags, dont il \u00e9puise tous les potentiels. Fous rires garantis devant la sc\u00e8ne de l\u2019entretien d\u2019embauche, du Laurel et Hardy, ou celle du restaurant trait\u00e9e comme un vaudeville \u00e0 la Feydeau.<\/p>\n<p>Si on fait abstraction de \u00abPas sur la bouche\u00bb d\u2019Alain Resnais, \u0153uvre trop atypique pour figurer dans un classement, \u00abApr\u00e8s vous\u00bb pourrait bien \u00eatre la meilleure com\u00e9die fran\u00e7aise de l\u2019ann\u00e9e. Tr\u00e8s diff\u00e9rents l\u2019un de l\u2019autre, les deux films ont pourtant des points communs: l\u2019utilisation des ombres chinoises pour introduire un personnage et le sort cruel r\u00e9serv\u00e9 aux homards.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9licieux, attachant, burlesque et souvent hilarant, le nouveau film de Pierre Salvadori d\u00e9montre que le rire n\u2019est plus indigne dans le cin\u00e9ma d\u2019auteur. Probablement la meilleure com\u00e9die fran\u00e7aise de l\u2019ann\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1480","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1480","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1480"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1480\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1480"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1480"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1480"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}