



{"id":148,"date":"1999-07-20T00:00:00","date_gmt":"1999-07-19T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=148"},"modified":"2017-04-03T11:06:50","modified_gmt":"2017-04-03T09:06:50","slug":"livre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=148","title":{"rendered":"\u00abTraumnovelle\u00bb, les fantasmes \u00e9rotiques qui ont inspir\u00e9 Kubrick"},"content":{"rendered":"<p>Un bal masqu\u00e9 tournant \u00e0 l&rsquo;orgie, une \u00e9treinte avec un cadavre, une fillette prodiguant ses faveurs \u00e0 des messieurs, un couple de bourgeois tent\u00e9s par l&rsquo;\u00e9changisme: il y a tout cela dans \u00abTraumnovelle\u00bb (\u00abLa Nouvelle r\u00eav\u00e9e\u00bb), le r\u00e9cit de l&rsquo;\u00e9crivain viennois Arthur Schnitzler (1862- 1931) dont est tir\u00e9 le dernier film de Stanley Kubrick, \u00abEyes Wide Shut\u00bb.<\/p>\n<p>Ceux que le parfum de scandale entourant le film a mis en app\u00e9tit peuvent en savourer un avant-go\u00fbt en lisant cette troublante nouvelle, longue de 50 pages, publi\u00e9e en 1926 et disponible en fran\u00e7ais en Livre de Poche. Le r\u00e9alisateur am\u00e9ricain semble \u00eatre rest\u00e9 scrupuleusement fid\u00e8le au r\u00e9cit de Schnitzler. Seul changement important, l&rsquo;action a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9e de la Vienne freudienne du d\u00e9but du si\u00e8cle \u00e0 la m\u00e9gapole new-yorkaise post-yuppie de 1999.<\/p>\n<p>Dans la nouvelle de Schnitzler, les deux \u00e9poux interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran par Tom Cruise et Nicole Kidman s&rsquo;appellent Fridolin et Albertine. Il est un s\u00e9duisant m\u00e9decin de 35 ans, elle est une sensuelle femme au foyer. Ils ont une petite fille et une gouvernante. Ils forment l&rsquo;image m\u00eame du jeune m\u00e9nage bourgeois.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s un bal masqu\u00e9 au cours duquel ils ont \u00e9t\u00e9 tous deux effront\u00e9ment dragu\u00e9s par des inconnus, Fridolin interroge sa femme sur ses fantaisies adult\u00e9rines. Elle lui avoue une petite faiblesse: elle aurait bien c\u00e9d\u00e9 \u00e0 un jeune officier entrevu pendant des vacances au Danemark.<\/p>\n<p>Ces charmants aveux sont interrompus, car on demande le docteur d&rsquo;urgence au chevet d&rsquo;un malade. Quand Fridolin arrive, le patient est d\u00e9j\u00e0 mort. Au lieu de rentrer chez lui, il d\u00e9cide de faire une vir\u00e9e dans les quartiers louches. Il finit par tomber sur un ancien potache devenu pianiste de cabaret qui lui d\u00e9voile son \u00e9trange gagne-pain: jouer du piano dans des soir\u00e9es tr\u00e8s sp\u00e9ciales, o\u00f9 les invit\u00e9s ne sont v\u00eatus que d&rsquo;un masque&#8230;<\/p>\n<p>Supr\u00eamement \u00e9moustill\u00e9, Fridolin se fait conduire, sous un d\u00e9guisement, dans l&rsquo;une de ces r\u00e9unions. Une orgie, semble-t-il, est sur le point de commencer quand Fridolin est d\u00e9couvert. On le menace du pire, mais une myst\u00e9rieuse femme masqu\u00e9e propose de se sacrifier pour lui. Fridolin n&rsquo;en saura pas plus: il est expuls\u00e9 et se retrouve dans un faubourg de la ville, rentrant chez lui \u00e0 pied, se demandant s\u2019il a r\u00eav\u00e9.<\/p>\n<p>Voil\u00e0, sommairement r\u00e9sum\u00e9s, les grandes lignes de la nouvelle de Schnitzler. Morale victorienne oblige, le r\u00e9cit de l&rsquo;\u00e9crivain autrichien reste suggestif et garde une atmosph\u00e8re onirique. L\u2019intrigue est sugg\u00e9r\u00e9e plut\u00f4t que nomm\u00e9e. Le lecteur n&rsquo;est jamais s\u00fbr de ce que le h\u00e9ros a vu (ou a cru voir).<\/p>\n<p>Dans le film de Kubrick, la r\u00e9union est devenue, ce n&rsquo;est plus un secret, une sc\u00e8ne d&rsquo;orgie de sept minutes, dont une quarantaine de secondes a d\u00fb \u00eatre censur\u00e9e dans la version am\u00e9ricaine \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;effets num\u00e9riques. Les fantaisies \u00e9rotiques des personnages, racont\u00e9es dans le livre, sont jou\u00e9es dans le film. Voil\u00e0 qui devrait \u00e9moustiller un large public, d\u2019autant que ces sc\u00e8nes sont interpr\u00e9t\u00e9es par deux stars parmi les plus glamour et les plus prudes de Hollywood. Ce serait pourtant passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019ouvrage que de n\u2019en retenir qu\u2019une histoire d&rsquo;obsession \u00e9rotique. Selon Schnitzler, la gentille mythologie du mariage ne parvient pas \u00e0 maintenir dans le placard \u00e0 balais les d\u00e9sirs les plus profonds de l&rsquo;individu. Les fantasmes reviennent hanter ceux qui croient pouvoir les ignorer. Freud ne disait pas autre chose, lui qui \u00e9crivit \u00e0 Schnitzler qu&rsquo;il le consid\u00e9rait comme son \u00abdouble\u00bb litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>On ne doute pas que la cam\u00e9ra de Kubrick ait r\u00e9ussi, selon les mots d&rsquo;un critique influent, \u00e0 \u00abfilmer le sexe comme jamais auparavant\u00bb. Mais pour que le film soit vraiment r\u00e9ussi, il faudrait qu&rsquo;il parvienne \u00e0 provoquer le m\u00eame trouble que la lecture du livre. Si Kubrick a choisi d\u2019adapter cette nouvelle de Schnitzler, c\u2019est sans doute pour placer le spectateur dans une autre position que celle du simple voyeur, et lui faire garder, comme le promet le titre du film, les \u00abyeux grands ferm\u00e9s\u00bb (traduction litt\u00e9rale d&rsquo;\u00abEyes Wide Shut\u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire tourn\u00e9s non pas vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, vers les belles images excitantes et parfois monstrueuses, mais vers l&rsquo; int\u00e9rieur, vers la sc\u00e8ne cach\u00e9e de ses propres d\u00e9sirs.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abEyes Wide Shut\u00bb sortira sur les \u00e9crans suisses \u00e0 la mi-septembre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abEyes Wide Shut\u00bb, le dernier film de Stanley Kubrick, sortira en Europe en septembre. Lucien Sorel a lu \u00abTraumnovelle\u00bb, la nouvelle de Schnitzler dont le film est adapt\u00e9. Une histoire de d\u00e9sirs et d&rsquo;adult\u00e8re.<\/p>\n","protected":false},"author":654,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-148","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/148","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/654"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=148"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/148\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=148"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=148"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=148"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}