



{"id":1474,"date":"2003-12-08T00:00:00","date_gmt":"2003-12-07T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1474"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1474","title":{"rendered":"Laissez-vous embouteiller par Alain Resnais"},"content":{"rendered":"<p>La presse fran\u00e7aise fait la fine bouche. Comment le cin\u00e9aste de \u00abHiroshima mon amour\u00bb, \u00abL\u2019ann\u00e9e derni\u00e8re \u00e0 Marienbad\u00bb et \u00abNuit et Brouillard\u00bb&#8230; Comment le r\u00e9alisateur qui s\u2019est attach\u00e9 des signatures aussi prestigieuses que celles de Duras, Robbe-Grillet, Semprun ou le professeur Laborit&#8230; Comment celui qui a trait\u00e9 de la Shoah, de la guerre d\u2019Espagne et de la bio-psychanalyse, a-t-il pu tomber si bas? Filmer in extenso une op\u00e9rette fran\u00e7aise cr\u00e9\u00e9e en 1925!  <\/p>\n<p>C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment le charme d\u2019Alain Resnais que de vieillir en se d\u00e9lestant de toutes ses obligations d\u2019auteur, r\u00e9futant du m\u00eame coup la notion de grand ma\u00eetre du cin\u00e9ma fran\u00e7ais. R\u00e9putation trop lourde \u00e0 porter pour ce jeune homme de 81 ans qui a toujours aim\u00e9 la BD, le music-hall, le cabaret, la chanson, tous ces arts populaires qui ont nourri son enfance.<\/p>\n<p>Y revenir, ce n\u2019est pas empailler un souvenir, mais le r\u00e9activer dans sa joie m\u00eame. D\u2019o\u00f9 l\u2019absence de kitsch dans \u00abPas sur la bouche\u00bb, film \u00e0 d\u00e9guster au premier degr\u00e9. Et cela en d\u00e9pit de son esth\u00e9tique r\u00e9solument artificielle &#8212; le film a \u00e9t\u00e9 tourn\u00e9 en studio, les costumes et d\u00e9cors sont tr\u00e8s th\u00e9\u00e2traux, l\u2019intrigue huil\u00e9e comme un m\u00e9canisme de montre suisse et les regards cam\u00e9ra nombreux.<\/p>\n<p>Mais il y a autre chose. Avec sa derni\u00e8re livraison, Alain Resnais renvoie d\u00e9finitivement la critique \u00e0 une simple affaire de go\u00fbt, ce qu\u2019elle n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre en d\u00e9pit des arguments objectifs qu\u2019elle peut brandir. Non pas que Resnais se joue des intellectuels, loin de l\u00e0, mais sa conception d\u2019un cin\u00e9ma spectacle, qui plus est populaire, ne laisse que peu de marge aux discours. On se fait emporter par ce petit th\u00e9\u00e2tre de la futilit\u00e9 parisienne d\u2019avant-guerre, ou on reste \u00e0 la porte de ce vaudeville o\u00f9 tout commence et finit par des chansons.<\/p>\n<p>Pourtant, comme toute l\u2019\u0153uvre de Resnais, \u00abPas sur la bouche\u00bb est un film exp\u00e9rimental. Exp\u00e9rimental, c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019il marque le passage \u00e0 l\u2019acte du d\u00e9sir fou, improbable et casse-gueule d\u2019un cin\u00e9aste en qu\u00eate de nouvelles formes. On a cru Resnais, longtemps passionn\u00e9 par les grands tournants politiques du XXe si\u00e8cle, h\u00e9ritier des fr\u00e8res Lumi\u00e8re. Il l\u2019\u00e9tait autant de M\u00e9li\u00e8s.<\/p>\n<p>Si \u00abOn conna\u00eet la chanson\u00bb, auquel personne ne manquera de le comparer, \u00e9tait consacr\u00e9 \u00e0 la d\u00e9pression nerveuse, \u00abPas sur la bouche\u00bb est un film de pur R\u00e9veillon, enivrant comme du porto, emplum\u00e9 comme un final de Revue, soyeux comme des dessous de coquette, hyst\u00e9rique comme les meilleures heures d\u2019\u00abAu Th\u00e9\u00e2tre ce soir\u00bb, d\u00e9lirant comme une com\u00e9die \u00e0 la Lubitsch, ironique et frivole comme du Guitry.<\/p>\n<p>Bref, \u00abPas sur la bouche\u00bb est un film \u00e9tonnamment vivant, m\u00eame si ses personnages sont des pantins, des caract\u00e8res, des ombres chinoises comme le figure ing\u00e9nieusement le g\u00e9n\u00e9rique.<\/p>\n<p>Quel est l\u2019argument? Gilberte Valandray (Sabine Az\u00e9ma) voit d\u00e9barquer chez elle son ex-mari am\u00e9ricain, Eric Thomson (Lambert Wilson) qui doit signer un juteux contrat avec son \u00e9poux actuel, le riche m\u00e9tallurgiste Georges Valandray (Pierre Arditi).<\/p>\n<p>Le second mari, qui a d\u00e9velopp\u00e9 une th\u00e9orie scientifique sur la fid\u00e9lit\u00e9 (l\u2019empreinte du premier homme sur une femme d\u00e9ciderait de sa loyaut\u00e9 \u00e0 vie), ignore l\u2019existence du premier, le Consulat de France n\u2019ayant pas valid\u00e9 l\u2019union. La confusion r\u00e8gne d\u00e8s lors, \u00e0 laquelle s\u2019adjoignent Arlette Poumaillac (Isabelle Nanty, parfaite en comm\u00e8re leste), soeur de Gilberte, et deux jeunes premiers, l\u2019\u00e9mancip\u00e9e Audrey Tautou en total look Chanel et l\u2019artiste montmartrois Charley (Jalil Lespert), membre d\u2019un mouvement pictural, le \u00abcucuisme.\u00bb<\/p>\n<p>Comme il se doit dans une op\u00e9rette, ce sont les airs musicaux qui emportent le r\u00e9cit. De \u00abJe me suis laiss\u00e9 embouteiller\u00bb \u00e0 \u00abPar le trou\u00bb, la chanson salace murmur\u00e9e par Darry Cowl d\u00e9guis\u00e9 en Pauline Carton, en passant par \u00abPas sur la bouche\u00bb, qui \u00e9claire la phobie hygi\u00e9niste de Thompson face au french kiss, l\u2019action avance par solo, duos ou chorales. Et si certains acteurs sont meilleurs dans l\u2019art vocal que d\u2019autres, tous chantent avec un bonheur contagieux.<\/p>\n<p>Du salon art d\u00e9co des Valandray que l\u2019on d\u00e9couvre lors d\u2019un premier plan vertigineux, tout ce petit monde va se retrouver, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre donn\u00e9 rendez-vous en chansons \u00abAu 23 Quai Malaquais\u00bb, dans une gar\u00e7onni\u00e8re de style bordel chinois. Certains en pyjama, d\u2019autres en hermine. Ce sera l\u2019occasion d\u2019un final \u00e9tourdissant fait de chass\u00e9s-crois\u00e9s et de quiproquos.<\/p>\n<p>Entre-temps, ces Bourgeois de l\u2019entre deux guerres se seront donn\u00e9s en spectacle, au propre comme au figur\u00e9, laissant entrevoir ce que pouvait \u00eatre la France de l\u2019entre deux guerres: raciste et obs\u00e9d\u00e9e par la puret\u00e9 (Valandray lit \u00abL\u2019Action fran\u00e7aise\u00bb), moqueuse des avant-gardes, encore certaine de son ascendant sur le monde, hypocrite mais avec ga\u00eet\u00e9 et faisant de l\u2019adult\u00e8re le dernier jeu \u00e0 la mode des adultes consentants.<\/p>\n<p>Nonobstant son puritanisme, l\u2019Am\u00e9ricain de l\u2019affaire n\u2019est pas le plus mal loti dans cette galerie de personnages. Resnais, sympathisant du monde anglo-saxon depuis toujours, accorde m\u00eame \u00e0 Thompson un pouvoir de transformation qui permet le happy end final. Le cin\u00e9aste, qui n\u2019a jamais hurl\u00e9 avec les loups, n\u2019en profite pas pour tirer sur le Bush. Nous, en revanche, c\u2019est sur la bouche que l\u2019on a envie d\u2019embrasser ce divertissement populaire et raffin\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00abPas sur la bouche\u00bb est une op\u00e9rette de 1925, un vaudeville qui commence dans un salon art d\u00e9co pour se terminer, en quiproquos et pyjama, dans une gar\u00e7onni\u00e8re chinoise. All\u00e8gre, hilarant et raffin\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1474","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1474","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1474"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1474\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1474"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1474"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1474"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}