



{"id":1465,"date":"2003-11-27T00:00:00","date_gmt":"2003-11-26T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1465"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"kill pig","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1465","title":{"rendered":"Un temps de cochon, au sens propre"},"content":{"rendered":"<p>Avec les brouillards de novembre, le cochon, quel que soit le sens ou les sous-entendus dont on le charge, est de saison. Les paysans qui ont fait boucherie pour remplir leurs cong\u00e9lateurs ou orner leurs greniers de cha\u00eenes affriolantes de saucisses en tous genres sont bien plac\u00e9s pour le savoir.<\/p>\n<p>N&rsquo;\u00e9tait-ce pas \u00e0 la Saint-Martin qu&rsquo;apr\u00e8s avoir fini les travaux des champs et, autrefois, r\u00e9gl\u00e9 les premiers paiements, redevances et loyers, ils se mettaient \u00e0 table en famille pour festoyer en d\u00e9gustant boudins, saucisses et autres r\u00f4tis de porc? Aujourd&rsquo;hui encore, la <a href=http:\/\/www.juranet.ch\/localites\/communes\/Ajoie\/Martin.htm target=_blank class=std>Saint-Martin<\/a> ajoulote conna\u00eet une vogue qui permet \u00e0 tous les fans de nouvelle cuisine d&rsquo;aller, le temps d&rsquo;un gargantuesque dimanche imbib\u00e9 de damassine, se refaire une belle provision de cette bonne graisse qui oindra le reste de l&rsquo;ann\u00e9e leurs trois rondelles de carottes Vichy quotidiennes.<\/p>\n<p>Mais pour offrir de telles bombances, encore faut-il avoir le droit de tuer le cochon. Depuis quelques jours, la Roumanie est en \u00e9bullition parce que les paysans du cru tiennent \u00e0 d\u00e9fendre leurs traditions face aux pr\u00e9tentions europ\u00e9ennes. Ne craignez rien, ils ne veulent pas concurrencer notre secret bancaire. Non! Ils tiennent simplement \u00e0 pouvoir tuer le cochon comme il le font depuis des si\u00e8cles dans la cour de la ferme.<\/p>\n<p>Bruxelles voudrait qu&rsquo;on les ex\u00e9cute sous anesth\u00e9sie dans des abattoirs. Quelle horreur! \u00abSi c&rsquo;est \u00e7a l&rsquo;Union europ\u00e9enne, moi je n&rsquo;en veux plus\u00bb, dit Victor Ban, un agriculteur de Magura dans le sud du pays, \u00e0 l&rsquo;AFP. \u00abLa f\u00eate de No\u00ebl ne sera plus la m\u00eame si je ne peux plus tuer le cochon comme je le fais depuis toujours\u00bb, ajoute-t-il.<\/p>\n<p>Soucieux de m\u00e9nager la sensibilit\u00e9 des \u00e9lecteurs, m\u00eame au risque de froisser Bruxelles, les politiques n&rsquo;ont pas tard\u00e9 \u00e0 intervenir dans la pol\u00e9mique. Pour le d\u00e9put\u00e9 Petre Posea, \u00abun Roumain qui ne fait pas du saucisson et du boudin \u00e0 No\u00ebl n&rsquo;est pas un vrai Roumain\u00bb. Le ministre de l&rsquo;Agriculture a senti venir le danger &#8212; la Roumanie votera l&rsquo;an prochain &#8212; et s&rsquo;est cherch\u00e9 une couverture imparable en s&rsquo;adressant \u00e0 la haute hi\u00e9rarchie de l&rsquo;Eglise orthodoxe pour lui demander de pr\u00e9ciser si le sacrifice des cochons \u00e0 l&rsquo;occasion de No\u00ebl repr\u00e9sente une coutume religieuse. En cas de r\u00e9ponse positive, il pourrait demander une d\u00e9rogation \u00e0 l&rsquo;UE. Si l&rsquo;Eglise dit non, les popes trinqueront.<\/p>\n<p>En Suisse romande, on tue de moins en moins de cochons dans les fermes, mais le symbole demeure. Le 26 novembre, les paysans en col\u00e8re contre Charles Poncet, l&rsquo;avocat qui osa traiter dans <a href=http:\/\/web.hebdo.ch\/index.cfm?&#038;id=698#0 target=_blank class=std>L&rsquo;Hebdo<\/a> l&rsquo;agriculture helv\u00e9tique de vieille catin rid\u00e9e, surent faire preuve d&rsquo;originalit\u00e9. Au lieu de d\u00e9verser sur le pas de porte de son \u00e9tude le traditionnel tombereau de fumier, ils y d\u00e9pos\u00e8rent d\u00e9licatement la statue dor\u00e9e d&rsquo;un cochon gros et gras symbolisant selon Fernand Cuche, leur leader, le \u00abPoncet agro-business international food\u00bb. Foin de grossi\u00e8ret\u00e9, le paysan suisse, m\u00eame subventionn\u00e9, sait aussi faire dans la dentelle. Cochon qui s&rsquo;en d\u00e9dit!<\/p>\n<p>La dentelle, les intellectuels la connaissent aussi. Ainsi, les fins gourmets aux fines plumes &#8212; \u00e9crivains, journalistes, biblioth\u00e9caires &#8212; qui animent les <a href=http:\/\/www.bm-dijon.fr\/d0301.htm target=_blank class=std>Biblioth\u00e8ques gourmandes<\/a> publient ces jours-ci un superbe \u00abA-B-C\u00e9daire porcinophile\u00bb qui en vingt-quatre articles illustr\u00e9s ne nous c\u00e8le rien ou presque des tribulations litt\u00e9raires et culturelles du cochon. <\/p>\n<p>Cela me permet de signaler aux historiens militaires que l&rsquo;illustre Vauban, constructeur de forteresses inexpugnables et auteur de savant trait\u00e9s sur la d\u00e9fense desdites forteresses, finit sa vie dans la disgr\u00e2ce et le cochon. De cet \u00e9levage, il ne put s\u2019emp\u00eacher de passer \u00e0 la th\u00e9orie et \u00e9crivit une trait\u00e9 joliment intitul\u00e9 \u00abMa cochonnerie\u00bb dans lequel il s&rsquo;amuse \u00e0 calculer la descendance d&rsquo;une truie sur douze ans et arrive, en bon ing\u00e9nieur, au remarquable total de 6.434.838 h\u00e9ritiers.<\/p>\n<p>Six millions et demis de petits cochons roses en douze ans, cela a de quoi laisser songeur! Six millions et demi de petits groins qui, comme nous l&rsquo;explique Paul Fournel \u00e0 la lettre G comme Groin, repr\u00e9sentent pour le cochon l&rsquo;organe par excellence: <\/p>\n<p>\u00abOn le voit de toute son \u00e9nergie pousser le groin sous les mottes, pousser le groin sous les \u00e9quevilles, pousser le groin dans la tourbe, s&rsquo;enfoncer jusqu&rsquo;\u00e0 la queue dans la fange, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;un tubercule, dans l&rsquo;hyst\u00e9rie d&rsquo;une truffe. Peu d&rsquo;\u00eatre vivants connaissent cette volupt\u00e9 (\u2026) Le cochon met l\u00e0 sa survie et son espoir. C&rsquo;est \u00e9galement le si\u00e8ge de son inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 romantisme: \u00abfouir, l\u00e0-bas fouir\u00bb. C&rsquo;est aussi l&rsquo;organe vrai de ses passions amoureuses, le groin de folie, le groin de fantaisie.\u00bb<\/p>\n<p>Du cin\u00e9ma \u00e0 la litt\u00e9rature, de la table \u00e0 l&rsquo;injure, le cochon ne cesse d&rsquo;inspirer notre quotidiennet\u00e9. Aussi \u00e0 la lettre O comme \u00ab\u00d4 porc\u00bb, Alain Chevrier, \u00e9mule de Georges P\u00e9rec, lui d\u00e9die un \u00e9loge en mots monosyllabiques:<\/p>\n<p>\u00abOn fait de toi cent plats. On te frit, on te cuit au four, dans de l&rsquo;eau, sur le gril, au feu de bois: steak, r\u00f4t, porc vert-pr\u00e9, porc aux choux, porc au riz, porc au miel, \u00e0 l&rsquo;ail, au jus, au chop suey, au nuoc-m\u00e2m.<\/p>\n<p>Et l&rsquo;on boit sur tout \u00e7a des bocks, ou du vin blanc, ou du th\u00e9.<\/p>\n<p>Quand j&rsquo;ai eu six ou sept ans, j&rsquo;ai vu ce qu&rsquo;on fait quand on te tue, et c&rsquo;est tr\u00e8s dur! Ce fut un choc. Tu es l\u00e0. Tu le sens, tu le sais: on va te tuer. Tu veux fuir, mais c&rsquo;est trop tard. On te fout des coups sur le groin ou dans le dos. Tu rues: on te lies les pieds. Tu gis sur le sol. Ton c\u0153ur bat tr\u00e8s fort. Tu cries tel un porc qu&rsquo;on va tuer (grouik! grouik!), mais en vain. D&rsquo;un coup sec, un grand gars te fend la peau du cou. Par ce trou sort ton jet de sang. Tout ton sang sort \u00e0 flots: on le met dans un seau en vue de plus tard\u2026\u00bb<\/p>\n<p>Chevrier devrait envoyer un exemplaire de sa prose aux paysans roumains. Pour leur remonter le moral.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n\u00abA-B-C\u00e9daire porcinophile\u00bb, publi\u00e9s par les Biblioth\u00e8ques gourmandes aux Editions Virgile \u00e0 Dijon. 126 pages.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le porc est au menu du jour. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, il d\u00e9clenche une affaire diplomatique entre la Roumanie et l\u2019Union europ\u00e9enne. De l\u2019autre, il anime la pol\u00e9mique entre les paysans suisses et l\u2019avocat Charles Poncet.<\/p>\n","protected":false},"author":26,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-1465","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-glocal","glocal"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1465","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/26"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1465"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1465\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1465"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1465"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1465"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}