



{"id":1459,"date":"2003-11-18T00:00:00","date_gmt":"2003-11-17T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1459"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1459","title":{"rendered":"Les dents longues et dures, mais ultra blanches"},"content":{"rendered":"<p>M\u00eame si les fr\u00e8res Coen n\u2019en sont pas les auteurs (mais ils ont r\u00e9\u00e9crit le sc\u00e9nario et ont eu droit au final cut), \u00abIntol\u00e9rable Cruaut\u00e9\u00bb leur ressemble: mise en sc\u00e8ne \u00e9l\u00e9gante et tr\u00e8s r\u00e9f\u00e9rentielle \u2013 en vrac, Frank Capra, Howard Hawks, George Cukor, les Marx Brothers \u2013 pour une com\u00e9die romantique qui r\u00e9siste \u00e0 toute forme de sentimentalit\u00e9. A l\u2019\u00e9motion induite par le genre, les deux frangins pr\u00e9f\u00e8rent l\u2019humour vachard, les situations grotesques et la satire sociale.<\/p>\n<p>Cela n\u2019emp\u00eache pas le film des Coen d\u2019\u00eatre tr\u00e8s sexy. Fondamentale contradiction? Pas du tout! Il suffit de se souvenir de \u00abCertains l\u2019aiment chaud\u00bb, sublime m\u00e9lange de burlesque et de glamour. Sans vouloir le comparer au chef-d\u2019\u0153uvre de Billy Wilder, \u00abIntol\u00e9rable Cruaut\u00e9\u00bb r\u00e9ussit un coup de g\u00e9nie: r\u00e9unir les deux acteurs les plus d\u00e9sirables de ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es, les plus adultes physiquement: George Clooney et Catherine Zeta-Jones. <\/p>\n<p>Les deux com\u00e9diens \u2013 loin de la tendance adulescente du cin\u00e9ma am\u00e9ricain \u2013 forment un couple dans la plus pure tradition des com\u00e9dies des ann\u00e9es quarante. Lui en Cary Grant; elle en Carole Lombard.<\/p>\n<p>Pour la premi\u00e8re fois, Joel et Ethan Coen ne s\u2019int\u00e9ressent pas aux ploucs et losers de l\u2019Am\u00e9rique profonde mais \u00e0 ses gagnants, des h\u00e9ros nantis qui r\u00e9v\u00e8lent, au m\u00eame titre que leurs cousins mal d\u00e9grossis d\u2019ailleurs, les exc\u00e8s, dysfonctionnements et ridicules de la soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine. <\/p>\n<p>Ici, l\u2019insondable cynisme, futilit\u00e9 et vanit\u00e9 d\u2019une Californie confite dans son narcissisme, berceau de l\u2019industrie des images, hollywoodiennes ou t\u00e9l\u00e9visuelles. Mais aussi l\u2019artifice d\u2019une ville comme Las Vegas, d\u00e9cor pompeux et pompier o\u00f9 l\u2019amour se joue \u00e0 la loterie, o\u00f9 l\u2019on se marie et divorce au gr\u00e9 des gains obtenus aux machines \u00e0 sous.<\/p>\n<p>Loin de condamner moralement l\u2019univers qu\u2019ils d\u00e9crivent, les fr\u00e8res Coen en \u00e9puisent le potentiel comique: vaudeville, cartoon, truculence des situations, gags \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, musique ironiquement utilis\u00e9e (Simon and Garfunkel comme hymne matrimonial!) et personnages secondaires extravagants comme ce baron homosexuel helv\u00e9tique \u2013 il vient du canton de Uri \u2013 amoureux de son caniche; ce producteur de t\u00e9l\u00e9vision cocu (Geoffrey Rush) qui se fait planter dans l\u2019arri\u00e8re train son troph\u00e9e le plus pr\u00e9cieux; ces quadrag\u00e9naires liposuc\u00e9es oisives mais surbook\u00e9es; ce d\u00e9tective gras du bide, obs\u00e9d\u00e9 par l\u2019id\u00e9e de niquer les amants ill\u00e9gitimes ou ce magnat du p\u00e9trole qui, en guise de preuve d\u2019amour, avale en public le contrat de mariage qui le prot\u00e8ge des app\u00e9tits d\u2019argent de sa femme. <\/p>\n<p>Dans \u00abIntol\u00e9rable Cruaut\u00e9\u00bb, le grivois c\u00f4toie en permanence la subtilit\u00e9.<\/p>\n<p>Donc, la famille des arrivistes californiens est divis\u00e9e en deux esp\u00e8ces distinctes: les vieux milliardaires pu\u00e9rils et leurs jeunes \u00e9pouses v\u00e9nales qui attendent patiemment la premi\u00e8re infid\u00e9lit\u00e9 de leurs croulants pour empocher de somptueuses indemnit\u00e9s. A Beverly Hills, le divorce est un commerce juteux. Le premier pris en flagrant d\u00e9lit d\u2019adult\u00e8re laisse sa fortune \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n<p>A ce Monopoly matrimonial, l\u2019avocat Miles Massey (George Clooney) est imbattable: quiconque fait appel \u00e0 ses services gagne la partie. Aucune affaire, aussi mal barr\u00e9e soit-elle, ne r\u00e9siste \u00e0 ce bell\u00e2tre obs\u00e9d\u00e9 par la blancheur de ses dents, qu\u2019il a longues, \u00e9videmment. Tout lui sourit jusqu\u2019au jour o\u00f9 il rencontre Marylin (Catherine Zeta-Jones) qui, elle, a la dent dure.<\/p>\n<p>Epouse de Rex Rexroth, un milliardaire dont le fantasme sexuel est de jouer au petit train, Marylin aurait d\u00fb, en toute logique, jouir d\u2019une rente \u00e0 vie si Massey n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 l\u2019avocat de son mari infid\u00e8le. Vaincue, ruin\u00e9e, la jeune arriviste n\u2019aura de cesse de se venger de l\u2019avocat le plus fameux de Los Angeles. Son machiav\u00e9lisme fera notre enchantement, mais aussi celui de Massey qui veut s\u00e9duire cette \u00abfemme fascinante\u00bb. Dans \u00abIntol\u00e9rable cruaut\u00e9\u00bb toutes les perfidies et trahisons sont autoris\u00e9es. Mais avec le sourire. D\u2019o\u00f9 l\u2019importance des dents blanches, investissement aussi important qu\u2019une villa avec piscine.<\/p>\n<p>Les fr\u00e8res Coen orchestrent leur jeu du chat et de la souris avec jubilation. Les dialogues qui ne nous laissent aucun r\u00e9pit sont d\u2019une rosserie r\u00e9jouissante. Le sc\u00e9nario r\u00e9serve plusieurs rebondissements impr\u00e9visibles \u2013 l\u2019histoire a toujours de l\u2019avance sur notre compr\u00e9hension des faits \u2013 et la morale respecte le titre du film, elle est intol\u00e9rable et cruelle. Pourquoi? Parce que dans cette guerre des roses, personne n\u2019aime personne. Tout ici est affaire de possession et d\u2019argent. La moindre des envol\u00e9es romantiques est imm\u00e9diatement sanctionn\u00e9e par le sc\u00e9nario, \u00e0 l\u2019image du discours de Massey vantant devant un parterre de confr\u00e8res interloqu\u00e9s les vertus de l\u2019amour. Sit\u00f4t termin\u00e9 son la\u00efus et prises ses bonnes r\u00e9solutions de d\u00e9fendre la veuve et l\u2019orphelin, l\u2019avocat d\u00e9couvre que Marylin le quitte apr\u00e8s l\u2019avoir flou\u00e9!<\/p>\n<p>A l\u2019image de son g\u00e9n\u00e9rique, une kyrielle de ch\u00e9rubins plantant leurs fl\u00e8ches dans le c\u0153ur d\u2019amants timor\u00e9s, \u00abIntol\u00e9rable Cruaut\u00e9\u00bb s\u2019amuse \u00e0 renverser les valeurs qui fondent traditionnellement la com\u00e9die romantique. D\u2019ailleurs, les cupidons du g\u00e9n\u00e9rique ressemblent \u00e0 s\u2019y m\u00e9prendre \u00e0 des petits diables. Si l\u2019enfer est pav\u00e9 de bonnes intentions, pourquoi le paradis ne serait-il pas tapiss\u00e9 de vilaines arri\u00e8res pens\u00e9es?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les fr\u00e8res Coen nous r\u00e9jouissent avec une com\u00e9die sentimentale, \u00e0 la fois grivoise et subtile: \u00abIntol\u00e9rable Cruaut\u00e9\u00bb. 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