



{"id":1453,"date":"2003-11-10T00:00:00","date_gmt":"2003-11-09T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1453"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1453","title":{"rendered":"Qu\u2019est-ce que l\u2019amour quand le d\u00e9sir a disparu"},"content":{"rendered":"<p>Avec \u00abLes Sentiments\u00bb, No\u00e9mie Lvovsky confirme ce qui fait son style depuis \u00abOublie-moi\u00bb et \u00abLa Vie ne me fait pas peur\u00bb: un cin\u00e9ma psychologique et distanc\u00e9 bas\u00e9 sur le jeu physique des acteurs; une approche farfelue du monde et une esth\u00e9tique pop qui privil\u00e9gie les ruptures de tons, les constructions baroques et l\u2019humour aigre-doux. Seule diff\u00e9rence: pour la premi\u00e8re fois, No\u00e9mie Lvovsky s\u2019int\u00e9resse au monde des adultes plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 celui des adolescents. <\/p>\n<p>Jacques (Jean-Pierre Bacri, encore une fois dans le registre r\u00e2leur mais fleur bleue) c\u00e8de son cabinet m\u00e9dical \u00e0 Fran\u00e7ois (Melvil Poupaud, compl\u00e8tement oubli\u00e9 par la cam\u00e9ra), r\u00e9cemment sorti de l\u2019universit\u00e9 et mari d\u2019une adorable Edith (Isabelle Carr\u00e9, aga\u00e7ante comme son r\u00f4le l\u2019exige), dont l\u2019app\u00e9tit contraste avec le mal de vivre de Carole (Nathalie Baye, au sommet de sa forme), \u00e9pouse de Jacques, la cinquantaine d\u00e9pressive, alcoolis\u00e9e mais toujours hyper souriante.<\/p>\n<p>Devenu son voisin, Jacques s\u2019\u00e9prend d\u2019Edith, amoureuse de l\u2019amour, qui trouve les gestes de Jacques \u00abgracieux\u00bb et ses \u00abyeux d\u2019un noir magnifique\u00bb. Leur passion ressemble \u00e0 un premier amour: imp\u00e9tueux, imprudent, lyrique, impatient, sentimental. Elle, insouciante, continue d\u2019aimer son mari; lui, heureux d\u2019avoir retrouv\u00e9 le d\u00e9sir d\u2019\u00eatre au monde, n\u2019envisage pas non plus le divorce. D\u00e9couverte par leurs conjoints, leur liaison fera \u00e9clater les deux couples, laissant \u00e0 terre chaque membre de ce quatuor dissonnant. <\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper au r\u00e9alisme \u00e0 la fran\u00e7aise (le film est produit par Claude Berri et TF1), No\u00e9mie Lvovsky a imagin\u00e9 faire porter son point de vue d\u2019auteur par une chorale bariol\u00e9e qui fonctionne un peu comme un choeur antique. Les chanteurs habill\u00e9s comme des clowns viennent ainsi r\u00e9guli\u00e8rement commenter les \u00e9mois des protagonistes, mettre des mots, souvent crus et triviaux, sur leurs \u00e9motions.  <\/p>\n<p>Com\u00e9die sur l\u2019amour et le chagrin plus que sur l\u2019adult\u00e8re &#8212; No\u00e9mie Lvovsky \u00e9vite heureusement tout moralisme bourgeois &#8211;, \u00abLes Sentiments\u00bb pose quelques unes de ces questions sans r\u00e9ponse qui fondent le romanesque amoureux: peut-on aimer deux hommes en m\u00eame temps? Comment lutter contre l\u2019usure de l\u2019amour? Qu\u2019est-ce que l\u2019amour quand le d\u00e9sir a disparu? La passion peut-elle s\u2019accommoder de la vie sociale? L\u2019amour n\u2019est-il pas une illusion et les sentiments des pi\u00e8ges qui d\u00e9truisent l\u2019harmonie du monde? <\/p>\n<p>Elle l\u2019a dit et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 dans tous les magazines, No\u00e9mie Lvovsky a commenc\u00e9 \u00e0 aimer le cin\u00e9ma en d\u00e9couvrant les films de Fran\u00e7ois Truffaut. Avant cette rencontre d\u00e9cisive, la jeune fille, souvent traumatis\u00e9e par ce qu\u2019elle voyait, percevait \u00able septi\u00e8me art comme une forme de sadisme\u00bb. Aveu int\u00e9ressant qui trahit peut-\u00eatre la nature cruelle de son cin\u00e9ma.<\/p>\n<p>Comme ces enfants maltrait\u00e9s qui, devenus adultes, r\u00e9p\u00e8tent les m\u00eame gestes que leur bourreau, No\u00e9mie Lvovsky semble avoir retourn\u00e9 le sadisme, dont elle se disait victime, contre ses personnages. Devant sa cam\u00e9ra, ces maris, femmes et enfants ne sont souvent que des marionnettes, des \u00eatres d\u00e9termin\u00e9s par leur fonction et fig\u00e9s dans leurs n\u00e9vroses. La cin\u00e9aste ne laisse pas ses personnages vivre leur passion ou leur d\u00e9sarroi suppos\u00e9s; ils sont avant tout l\u2019illustration d\u2019un \u00e9chec. Le film est d\u2019un grand pessimisme en d\u00e9pit de sa ga\u00eet\u00e9 de fa\u00e7ade. C\u2019est la limite de cette com\u00e9die sentimentale douce-am\u00e8re, inspir\u00e9e de \u00abLa Femme d\u2019\u00e0 c\u00f4t\u00e9\u00bb de Truffaut comme la presse l\u2019a d\u00e9j\u00e0 beaucoup \u00e9crit. <\/p>\n<p>Ce n\u2019est pourtant pas \u00e0 l\u2019univers de l\u2019auteur de \u00abLa Chambre verte\u00bb que \u00abLes Sentiments\u00bb fait penser. Dans son esth\u00e9tique, ces belles couleurs satur\u00e9es, ces v\u00eatements sursignifiants, ces d\u00e9cors artificiels qui se r\u00e9pondent pour cr\u00e9er un climat singulier, comme coup\u00e9 du monde, le film de No\u00e9mie Lvovsky \u00e9voquerait plut\u00f4t le monde sublim\u00e9 de Jacques Demy. On pense aussi au Resnais de \u00abOn conna\u00eet la chanson\u00bb: m\u00eame usage d\u00e9cal\u00e9 de la musique, m\u00eame jeu typ\u00e9 des personnages, m\u00eame structure tragi-comique. <\/p>\n<p>Mais si Jacques Demy le m\u00e9lancolique repeignait le monde des couleurs de l\u2019arc-en-ciel, c\u2019\u00e9tait pour le r\u00e9enchanter. No\u00e9mie Lvovsky, plus cynique, le carnavalise, le ridiculise, comme s\u2019il \u00e9tait un th\u00e9\u00e2tre grotesque, \u00e0 l\u2019image de la petite pi\u00e8ce que jouent les enfants en mimant la relation de leurs parents. Et si elle emprunte \u00e0 Resnais la mise \u00e0 distance des \u00e9motions par l\u2019artifice de l\u2019op\u00e9rette, No\u00e9mie Lvovsky \u00e9choue \u00e0 faire passer quelque chose des sentiments qu\u2019elle \u00e9voque. <\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas un probl\u00e8me de talent, ni d\u2019\u00e9criture de sc\u00e8nes &#8212; certaines sont tr\u00e8s r\u00e9ussies, d\u2019une audace rare pour d\u00e9crire l\u2019intimit\u00e9 d\u2019un couple, comme celle o\u00f9 Bacri regarde ronfler Nathalie Baye &#8211;, mais de personnages: No\u00e9mie Lvovsky ne les aime pas assez pour qu\u2019ils deviennent aimables.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est l\u2019une des questions pos\u00e9es par \u00abLes Sentiments\u00bb, le nouveau film de No\u00e9mie Lvovsky. 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