



{"id":14513,"date":"2023-11-01T22:55:49","date_gmt":"2023-11-01T21:55:49","guid":{"rendered":"https:\/\/largeur.com\/?p=14513"},"modified":"2023-11-01T11:56:29","modified_gmt":"2023-11-01T10:56:29","slug":"patrimoine-3","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=14513","title":{"rendered":"Lausanne revoit ses classiques"},"content":{"rendered":"<p>Au d\u00e9tour d\u2019une rue ou camoufl\u00e9s au milieu des arbres d\u2019un parc paisible, les \u00e9dicules \u2013 \u00e9galement connus sous l\u2019appellation d\u2019aubettes &#8211; accentuent l\u2019enchantement de la ville. Apr\u00e8s une premi\u00e8re vie de service au sein de la cit\u00e9, la plupart avaient \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9s \u00e0 l\u2019abandon au fil des ans, ou utilis\u00e9s pour entreposer les outils des jardiniers de la ville. Depuis les ann\u00e9es 2000, 24 d\u2019entre eux ont repris vie, dont six sont class\u00e9s au patrimoine architectural vaudois. La majorit\u00e9 est devenue des restaurants et des caf\u00e9s. D\u2019autres sont par exemple consacr\u00e9s \u00e0 des projets culturels, comme ceux de la Maladi\u00e8re (en travaux en 2023), du Tunnel ou de Rumine o\u00f9 des artistes locaux peuvent r\u00e9guli\u00e8rement pr\u00e9senter leur travail.<\/p>\n<p><strong>Le calme en plein centre-ville <\/strong><\/p>\n<p>\u00abLa majorit\u00e9 des \u00e9dicules date de la fin du XIXe \u00a0si\u00e8cle. Ils pouvaient avoir trois fonctions parfois li\u00e9es\u2009: abri pour la client\u00e8le du tram, WC publics et, plus souvent, kiosque vendant journaux et cigarettes\u2009\u00bb, explique Martine Jaquet, historienne de l\u2019architecture, sp\u00e9cialiste des XIXe et XXe si\u00e8cles en Suisse romande et auteure d\u2019un article sur l\u2019histoire des \u00e9dicules dans Monuments vaudois. Sous l\u2019all\u00e9e des marronniers au c\u0153ur du parc de Mon-Repos, l\u2019un d\u2019eux a \u00e9t\u00e9, en 2001, le premier \u00e0 \u00eatre r\u00e9nov\u00e9 \u00e0 Lausanne: la Folie Voltaire. D\u00e8s le printemps, les amoureux de brunchs et les jeunes parents ne souhaitant pas se sentir encombr\u00e9s par leur poussette aiment s\u2019y donner rendez-vous pour un instant hors du temps. \u00abDans le cas de la Folie Voltaire et de l\u2019\u00e9difice de Beaulieu, devenu le Caf\u00e9 Perch\u00e9 en 2019, on parle plut\u00f4t de pavillons, pr\u00e9cise Martine Jaquet, car il s\u2019agissait \u00e0 l\u2019origine de pavillons de jardin en lien avec des maisons de ma\u00eetre des XVIIe-XVIIIe si\u00e8cles.\u00bb<\/p>\n<p>Delphine Veillon a \u00e9t\u00e9 la tenanci\u00e8re de la Folie Voltaire pendant quinze ans avant de remettre les cl\u00e9s \u00e0 l\u2019un de ses serveurs, Raffaele Elia, en 2016. Elle se replonge dans la magie du lieu\u2009: \u00abAu XVIIIe si\u00e8cle, le propri\u00e9taire de la Villa Perdonnet, dans le parc de Mon-Repos, invitait r\u00e9guli\u00e8rement Voltaire chez lui et organisait de petites pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre et des concerts dans le jardin. \u00abFolie\u00bb est le terme architectural d\u00e9signant ces petits \u00e9difices.\u00bb<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, Delphine Veillon est cog\u00e9rante du Caf\u00e9 Perch\u00e9, qui a vu le jour dans le pavillon historique situ\u00e9 sur la Promenade du Bois-de-Beaulieu. Elle pr\u00e9cise, amus\u00e9e: \u00abTerriblement en avance sur leur temps, les propri\u00e9taires du ch\u00e2teau de Beaulieu avaient \u00e9rig\u00e9 ce petit \u00e9dicule comme lieu de m\u00e9ditation au XVIIIe si\u00e8cle.\u00bb Ouvert \u00e0 l\u2019automne 2019 et con\u00e7u, au d\u00e9part, comme un magasin-kiosque avec des produits \u00e0 emporter, le Caf\u00e9 Perch\u00e9, qui a fait du circuit court et du z\u00e9ro d\u00e9chet ses priorit\u00e9s, a une capacit\u00e9 de neuf places assises. \u00abC\u2019\u00e9tait un peu r\u00e9ducteur pour cette belle et grande esplanade\u00bb, d\u00e9plore la co-tenanci\u00e8re qui avait entrepris un processus pour changer d\u2019affectation aupr\u00e8s de la Ville afin d\u2019agrandir la terrasse d\u00e8s cette saison.<\/p>\n<p><strong>Lausanne se voit pousser des ailes <\/strong><\/p>\n<p>Le Kiosque Saint-Fran\u00e7ois a v\u00e9cu sa r\u00e9novation en 2012. R\u00e9habilit\u00e9 de fa\u00e7on spectaculaire, il est pass\u00e9 de salle d\u2019attente d\u00e9sert\u00e9e \u00e0 caf\u00e9 de caract\u00e8re. \u00ab\u2009C\u2019est un objet patrimonial de grande valeur avec ses ferronneries et ses portes magnifiques de laiton martel\u00e9. Les travaux ont remis en valeur les menuiseries int\u00e9rieures. Installer quelques tables \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur pour utiliser les banquettes, c\u2019est parfaitement ad\u00e9quat avec l\u2019objet lui-m\u00eame\u2009\u00bb, pr\u00e9cise Martine Jaquet. Les demandes successives d\u2019agrandissement de la terrasse prouvent la prosp\u00e9rit\u00e9 du caf\u00e9, lieu de rencontre privil\u00e9gi\u00e9 des Lausannois.<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone size-full wp-image-14515\" src=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Large011123.jpg\" alt=\"\" width=\"468\" height=\"311\" srcset=\"https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Large011123.jpg 468w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Large011123-300x199.jpg 300w, https:\/\/largeur.com\/wp-content\/uploads\/2023\/11\/Large011123-272x182.jpg 272w\" sizes=\"auto, (max-width: 468px) 100vw, 468px\" \/><\/p>\n<p>Apr\u00e8s la Folie Voltaire et le Kiosque SaintFran\u00e7ois, le programme de r\u00e9habilitation des \u00e9dicules a pris un nouvel essor avec trois appels \u00e0 projets lanc\u00e9s par la Ville en 2014\u2009: le b\u00e2timent de 1917 abritant les WC publics de Montriond, en lisi\u00e8re du parc de Milan, qui allait devenir un caf\u00e9, Le Montriond ; l\u2019ancien arr\u00eat de bus situ\u00e9 \u00e0 la rue du Bugnon 31, en face du CHUV, o\u00f9 quelques tables invitent aujourd\u2019hui \u00e0 d\u00e9guster les plats maison de Little Saigon, petit fr\u00e8re du restaurant Les Rues de Saigon, situ\u00e9 en contrebas\u2009; et l\u2019ancienne salle d\u2019attente des Transports lausannois du Pont de Chailly, occup\u00e9e depuis 2018 par le marchand de glaces artisanales LABO Gelateria. Connue pour ses parfums de glace atypiques tels que le s\u00e9same noir, l\u2019enseigne fond\u00e9e par Malou Zryd a vu sa glace aux agrumes italiens remporter le premier \u00abParcours des glaciers\u00bb, un concours organis\u00e9 par l\u2019association Lausanne \u00e0 Table, en ao\u00fbt 2022.<\/p>\n<p>Partout, de petites constructions plus modernes font \u00e9galement vibrer la ville et ont \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9es \u00e0 la politique des \u00e9dicules mise en place en 2018: celui de la place de la Sallaz met \u00e0 l\u2019honneur le March\u00e9 des Tilleuls, consacr\u00e9 aux produits du terroir, et la boutique G\u00fcttinger Fleurs. \u00c0 la place de Milan, la roulotte La Milanette propose, aux beaux jours, yoga et autres activit\u00e9s r\u00e9cr\u00e9atives. La Jet\u00e9e de la Compagnie et le Minimum abritent des bars-restaurants dont les terrasses les pieds dans l\u2019eau comptent parmi les favorites des locaux. Le kiosque de Vidy sert, depuis l\u2019Expo\u00a064, de point de d\u00e9part \u00e0 un p\u00e9riple inoubliable pour les enfants \u00e0 bord du P\u2019tit Train.<\/p>\n<p>\u00abAuparavant, il manquait une porte d\u2019entr\u00e9e unique. Chaque service avait sa fa\u00e7on de faire et il n\u2019existait pas de vision globale, analyse Julie Wuerfel, responsable de l\u2019Unit\u00e9 durabilit\u00e9 et participation \u00e0 la Ville de Lausanne. Quand Natacha Litzistorf a \u00e9t\u00e9 \u00e9lue en 2016 \u00e0 la Municipalit\u00e9, elle a souhait\u00e9 identifier une politique publique pour \u00e9tablir des orientations strat\u00e9giques et des conditions comparables pour tous les tenanciers et exploitants des \u00e9dicules.\u00bb<\/p>\n<p><strong>La vie de quartier, le poumon de la ville <\/strong><\/p>\n<p>Giliane Braunschweig est restauratrice. En 2015, elle s\u2019\u00e9tait distingu\u00e9e parmi les nombreux dossiers et avait gagn\u00e9, avec ses deux associ\u00e9s, le projet Montriond. Elle est aujourd\u2019hui seule aux commandes de l\u2019\u00e9tablissement. Contrairement \u00e0 ce que laisserait penser sa magnifique terrasse, Le Montriond n\u2019est pas saisonnier\u2009: ses 18 places int\u00e9rieures sont exploit\u00e9es de mars \u00e0 d\u00e9cembre. Depuis le d\u00e9but, amener de la vie dans le quartier et tisser un lien avec les habitants sont les priorit\u00e9s de la g\u00e9rante: \u00abCe lieu a une fonction de place de village, sa vocation est vraiment sociale et transg\u00e9n\u00e9rationnelle. Cette ann\u00e9e, le Montriond collabore ponctuellement avec de nouveaux fournisseurs pour varier les plaisirs. On trouvera ainsi \u00e0 la carte les mets du takeaway Yomi, les kebabs v\u00e9g\u00e9tariens de Alles Gut\u2009! ou encore les dumplings de Madame Sum.\u00bb<\/p>\n<p>La dimension sociale des aubettes s\u00e9duit aussi la client\u00e8le. Architecte, urbaniste et artiste au sein du bureau Baraki, Jeanne W\u00e9ry partage la m\u00eame vision. Outre le charme nostalgique du Kiosque Saint-Fran\u00e7ois, elle appr\u00e9cie que le lieu pratique un prix pr\u00e9f\u00e9rentiel du caf\u00e9 pour les chauffeurs de bus. \u00abJe trouve que c\u2019est important, cela signifie que la fonction premi\u00e8re de l\u2019\u00e9dicule, un espace d\u2019attente des bus, est rest\u00e9e et a \u00e9volu\u00e9. Les clients prennent un caf\u00e9 et les chauffeurs se m\u00ealent aux habitu\u00e9s.\u00bb<\/p>\n<p>Mirages urbanistiques, points de rencontre extraordinaires \u00e0 l\u2019abri du stress du quotidien, les \u00e9dicules ont permis \u00e0 Lausanne de se positionner de fa\u00e7on exemplaire en mati\u00e8re de r\u00e9am\u00e9nagement de son espace public en Suisse romande.<\/p>\n<p>_______<\/p>\n<p>Une version de cet article r\u00e9alis\u00e9 par Large Network est parue dans The Lausanner (n\u00b0 11).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anciens kiosques, abribus ou WC publics, les \u00e9dicules connaissent un second souffle gr\u00e2ce \u00e0 des exploitants qui mettent la passion de leur m\u00e9tier au service de ces petits bijoux architecturaux et \u00e0 une volont\u00e9 politique de r\u00e9habilitation. Tour d\u2019horizon urbain.<\/p>\n","protected":false},"author":20319,"featured_media":14515,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-14513","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-latitude","latitude"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14513","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/20319"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=14513"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14513\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":14517,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/14513\/revisions\/14517"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/14515"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=14513"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=14513"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=14513"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}