



{"id":1448,"date":"2003-11-03T00:00:00","date_gmt":"2003-11-02T23:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1448"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1448","title":{"rendered":"Woody Allen obs\u00e9d\u00e9 par les armes \u00e0 feu"},"content":{"rendered":"<p>Mineur ou majeur, dispensable ou n\u00e9cessaire, r\u00e9p\u00e9titif ou original, chaque nouvel opus de Woody Allen constitue une sorte de bulletin de sant\u00e9 de son auteur. Alors, Woody est-il en grande ou petite forme? En parfaite sant\u00e9 mentale et physique, d\u00e9lest\u00e9 de tous ses complexes, sans aucune des aigreurs qui caract\u00e9risent souvent les gens de son \u00e2ge, 68 ans en d\u00e9cembre. \u00abAnything else\u00bb est tout sauf un film de vieux.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, anticipant sur les \u00e9ventuelles remarques de ses d\u00e9tracteurs, Woody Allen accuse son \u00e2ge et brandit son antidote, une sentence aussi dr\u00f4le que cruelle: \u00abM\u00eame une horloge cass\u00e9e continue de marquer l\u2019heure juste deux fois par jour.\u00bb<\/p>\n<p>Pour \u00e9chapper au syndrome Eddy-Barclay (l\u2019image d\u2019un vieux d\u00e9cati qui embrasse une bimbo), Woody Allen a trouv\u00e9 une irr\u00e9sistible parade: l\u00e9guer ses \u00e9ternelles phobies \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration suivante, pas celle des quadra-quinqua, mais celle des vingt-trentenaires. En t\u00eate de liste, Jerry Falk (Jason Biggs, star de \u00abAmerican Pie\u00bb, excellent en intellectuel tourment\u00e9), jeune auteur pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9criture de sketches pour comiques ringards (ce fut le premier job de Woody Allen) alors qu\u2019il r\u00eave d\u2019\u00e9crire un roman.<\/p>\n<p>Comme son cr\u00e9ateur, Jerry a un c\u0153ur d\u2019artichaut et un humour cinglant. Il adore le jazz, particuli\u00e8rement Cole Porter et Billie Holiday, les jolies femmes, les v\u00eatements brunasses, les appartements d\u00e9suets et le vin fran\u00e7ais. Il d\u00e9teste la drogue et sa future belle-m\u00e8re qui lui mange son espace vital. D\u2019une na\u00efvet\u00e9 touchante, incapable de rompre, Jerry est entour\u00e9 du traditionnel biotope \u00aballenien\u00bb: un psy mutique et autoritaire, un agent (Danny de Vito, extraordinaire) et une insupportable fianc\u00e9e, Amanda, actrice d\u00e9butante et sexy, capricieuse, boulimique, infid\u00e8le et n\u00e9vros\u00e9e, qui se refuse \u00e0 lui et le m\u00e8ne par le bout du nez (Christina Ricci, convaincante m\u00eame en pyjama). Le comique de situation repose beaucoup sur les hauts et les bas de ce couple typiquement new-yorkais.<\/p>\n<p>Et Woody Allen? S\u2019il n\u2019incarne pas le personnage principal, il s\u2019est r\u00e9serv\u00e9 un r\u00f4le in\u00e9dit, Dobel, un personnage hilarant de patriarche irresponsable. Moiti\u00e9 Jiminy Cricket, moiti\u00e9 mauvais g\u00e9nie, professeur de fac parano et \u00e9crivain soi-disant fameux, Dobel prend Jerry sous sa protection et lui transmet son exp\u00e9rience de la vie, une somme d\u00e9lirante d\u2019obsessions et de fantasmes.<\/p>\n<p>Il parle avec des mots pr\u00e9cieux, oblige son disciple \u00e0 acqu\u00e9rir un fusil parce qu\u2019il faut toujours \u00eatre pr\u00eat \u00e0 se d\u00e9fendre, lui impose l\u2019achat d\u2019un kit de survie, lui conseille de coucher avec d\u2019autres femmes mais vante surtout les m\u00e9rites de la masturbation &#8212; \u00abil faut apprendre \u00e0 tout faire tout seul\u00bb &#8211;, le fait rompre avec son agent, le brouille avec son psy, bref s\u00e8me le d\u00e9sordre dans sa vie tout en feignant d\u2019\u00eatre de bon conseil. Ce Diog\u00e8ne qui a \u00e9lu domicile dans sa vieille d\u00e9capotable rouge cultive deux obsessions qu\u2019il noue ensemble: l\u2019Holocauste et l\u2019autod\u00e9fense.<\/p>\n<p>Masqu\u00e9 sous les airs sentencieux et la mauvaise foi de son personnage, Woody Allen s\u2019en donne \u00e0 c\u0153ur joie dans l\u2019absurde pr\u00e9tentieux. Il s\u2019offre m\u00eame le luxe de devenir un homme d\u2019action, une sorte de Rambo \u00e0 neurones. On le voit rouler t\u00eate nue dans son cabriolet, d\u00e9molir \u00e0 coup de cric la voiture de deux bal\u00e8zes qui lui ont piqu\u00e9 sa place de parking, se battre arme au poing pour lutter contre l\u2019antis\u00e9mitisme larv\u00e9. On l\u2019entend m\u00eame raconter (v\u00e9rit\u00e9 ou fanfaronnade?) comment il a tu\u00e9 un flic qui l\u2019avait arr\u00eat\u00e9 pour exc\u00e8s de vitesse. Motif de sa l\u00e9gitime d\u00e9fense: le flic aurait pr\u00e9tendu qu\u2019Auschwitz \u00e9tait un parc \u00e0 th\u00e8mes.<\/p>\n<p>Intellectuel parano\u00efaque et ma\u00eetre du soup\u00e7on, Dobel est tout autant la caricature de l\u2019Am\u00e9ricain moyen. Un homme hant\u00e9 par les questions de terrorisme et d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 qui fait l\u2019apologie de l\u2019autod\u00e9fense sans s\u2019apercevoir que son attitude d\u00e9fensive et parano\u00efque suscite plus de violence que de prudence. <\/p>\n<p>Woody Allen en Am\u00e9ricain lambda, \u00e9mule de Charlton Heston, c\u2019est l\u2019\u00e9l\u00e9ment le plus succulent de cette com\u00e9die dr\u00f4lement misanthrope, la trente-troisi\u00e8me du cin\u00e9aste de Manhattan.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nLe <a href=http:\/\/www.anythingelse-themovie.com\/ target=_blank class=std>site officiel<\/a> de \u00abAnything else\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans \u00abAnything else\u00bb, le cin\u00e9aste de Manhattan joue au parano\u00efaque fascin\u00e9 par l\u2019autod\u00e9fense. Il rajeunit son casting et signe un bon film. Son trente-troisi\u00e8me.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1448","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1448","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1448"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1448\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1448"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1448"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1448"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}