



{"id":1434,"date":"2003-10-14T00:00:00","date_gmt":"2003-10-13T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1434"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"meditation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1434","title":{"rendered":"La belle le\u00e7on de \u00absavoir-mourir\u00bb de Jean Paul II"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;agonie t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e de Jean Paul II est en train de bouleverser une bonne partie de la plan\u00e8te. Les images de ce vieillard recroquevill\u00e9 sur lui-m\u00eame, balbutiant avec difficult\u00e9 quelques syllabes incompr\u00e9hensibles, exhibant les stigmates d&rsquo;une douleur dont on per\u00e7oit qu&rsquo;elle est vive, durable, lancinante, sont insoutenables. Plus dures, parce que d&rsquo;un autre ordre, que les horreurs que nous d\u00e9versent les cha\u00eenes de t\u00e9l\u00e9vision apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9clatement des bombes de kamikazes au Proche-Orient.<\/p>\n<p>Le pape se meurt. Et il se meurt en public, au vu et au su de chacun. Nos soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 les agonisants se cachent (sont cach\u00e9s?) au fond de leur chambre \u00e0 coucher ou d&rsquo;un lit d&rsquo;h\u00f4pital ne nous pr\u00e9parent pas \u00e0 accepter de voir l&rsquo;in\u00e9luctable progression de la mort en direct. Alors que nous sommes contraints par l&rsquo;acharnement m\u00e9diatique \u00e0 vivre en permanence dans ce qui se pr\u00e9tend une hyperr\u00e9alit\u00e9, la r\u00e9alit\u00e9 simple, nue, banale en somme de la mort nous insupporte. S\u00e8me le malaise. Provoque le d\u00e9sarroi. Appelle la m\u00e9taphysique avec son cort\u00e8ge de m\u00e9ditations et d&rsquo;interrogations.<\/p>\n<p>Or existe-t-il aujourd&rsquo;hui quelque chose de plus antimoderne que le questionnement m\u00e9taphysique? Je parle bien de questionnement m\u00e9taphysique car je sais que la religion nous fait signe \u00e0 chaque coin de rue, mais cette religion-l\u00e0 tourn\u00e9e vers le new age et l&rsquo;Orient est un produit de consommation courant. En t\u00e9moigne notamment ces jours-ci l&rsquo;incroyable succ\u00e8s du p\u00e9riple fran\u00e7ais du dala\u00ef-lama.<\/p>\n<p>Derri\u00e8re ou au-del\u00e0 de la m\u00e9taphysique, la mort.<\/p>\n<p>Jean Paul II, en grand p\u00e9dagogue, en seigneurial vicaire terrestre de son Seigneur, est en train de donner une ultime et belle le\u00e7on d&rsquo;un \u00absavoir-mourir\u00bb d\u00e9sormais anachronique. En acceptant il y a exactement 25 ans (le 16 octobre 1978) la tiare pontificale, il savait que sa vie ne lui appartenait plus, qu&rsquo;il en faisait don \u00e0 la fonction qu&rsquo;il allait occuper.<\/p>\n<p>Ayant lui-m\u00eame d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;extraire cette fonction de l&rsquo;ombre o\u00f9 ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs l&rsquo;avaient maintenue, il assume jusqu&rsquo;au bout la contrainte qu&rsquo;il s&rsquo;est donn\u00e9e. Pape entour\u00e9 d&rsquo;une cour selon une tradition et un souci de l&rsquo;apparat remontant au moyen-\u00e2ge, il se meurt comme il a v\u00e9cu, en grand seigneur m\u00e9prisant les faiblesses et les compromis de son temps.<\/p>\n<p>Il se trouve que je viens de lire la magnifique biographie qu&rsquo;Emmanuel de Waresquiel vient de consacrer \u00e0 Talleyrand (Fayard). Homme politique d&rsquo;une envergure extraordinaire, Talleyrand n&rsquo;a que peu de points communs avec le pape. Hormis le fait qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e9v\u00eaque et grand seigneur. Et que, comme il aimait \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter, il fut sa vie durant au pouvoir ou dans l&rsquo;antichambre du pouvoir.<\/p>\n<p>Une longue vie de 84 ann\u00e9es qui le vit administrateur du clerg\u00e9 de l&rsquo;Eglise de France \u00e0 26 ans, \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Autun en 1788, d\u00e9put\u00e9 et r\u00e9volutionnaire de pointe en 1789. Ev\u00eaque d\u00e9froqu\u00e9 et mari\u00e9, il sera ministre des Affaires \u00e9trang\u00e8res sous le Consulat, l&rsquo;Empire et la Restauration.<\/p>\n<p>Or Waresquiel consacre quelques pages fascinantes \u00e0 la mort de Talleyrand en 1838. Un Talleyrand qui passa sa vie en repr\u00e9sentation et qui, alors que la vieillesse et la maladie l&rsquo;accablaient le rendant presque impotent, d\u00e9clarait: \u00abJe ne fais que ce que je dois mais je veux faire tout ce que je dois. Je suis du vieux temps\u00bb.<\/p>\n<p>Homme public, il d\u00e9cida non seulement de mourir en public mais aussi de conserver la ma\u00eetrise de sa mort jusqu&rsquo;au moment ultime. Waresquiel, p. 611: <\/p>\n<ul><font size=2>\u00abSa pugnacit\u00e9 est d&rsquo;autant plus \u00e9tonnante qu&rsquo;il n&rsquo;est plus, la veille de sa mort, qu&rsquo;une plaie souffrante. Tous ceux qui l&rsquo;ont vu le 16 mai [1838] ont d\u00e9crit son agonie sans complaisance. Depuis plusieurs jours, il ne peut plus se coucher \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9norme plaie qu&rsquo;il a dans le dos. Ses valets ont am\u00e9nag\u00e9 au-dessus de son lit un syst\u00e8me de cordes et de poulies auquel ils ont suspendu un \u00e9norme coussin sur lequel le prince s&rsquo;appuie, assis sur le bord du lit et pench\u00e9 vers l&rsquo;avant, jambes pendantes.\u00bb<\/p>\n<p>\u00abA mesure que ses forces l&rsquo;abandonnent, il a le plus grand mal \u00e0 soutenir sa t\u00eate qui tombe affaiss\u00e9e contre sa poitrine. Mais il a un tel sens de la politesse que, aid\u00e9 de ses valets, il trouve encore la force de se lever \u00e0 plusieurs reprises ce jour-l\u00e0 \u00ab\u00a0pour t\u00e9moigner sa reconnaissance [dit une de ses proches] \u00e0 ses nombreux visiteurs, profiter de leur conversation et y chercher quelques distractions aux maux qu&rsquo;il endure avec patience\u00a0\u00bb. Jusqu&rsquo;\u00e0 la derni\u00e8re minute, il n&rsquo;aura presque jamais \u00e9t\u00e9 seul.<\/p>\n<p>\u00abA c\u00f4t\u00e9 de sa chambre, le salon et la biblioth\u00e8que de l&rsquo;entresol sont pleins de monde. L&rsquo;agonie du prince est l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement \u00e0 la mode. Pr\u00e8s d&rsquo;une fen\u00eatre, la jeune duchesse de Valen\u00e7ay, couch\u00e9e sur un sofa, re\u00e7oit les hommages de ses admirateurs agenouill\u00e9s devant elle ou assis \u00e0 ses pieds sur les coussins du divan.\u00bb<\/font><\/ul>\n<p>Talleyrand ne dormira plus. Pendant la nuit, de difficiles n\u00e9gociations avec les repr\u00e9sentants du pape (notamment le c\u00e9l\u00e8bre abb\u00e9 Dupanloup) doivent lui permettre de se r\u00e9concilier avec l&rsquo;Eglise, d&rsquo;obtenir ainsi l&rsquo;extr\u00eame-onction et d&rsquo;\u00e9chapper au sort alors r\u00e9serv\u00e9 aux m\u00e9cr\u00e9ants: le refus de s\u00e9pulture.<\/p>\n<p>La partie avec Dupanloup est difficile, pleine de rebondissements. Talleyrand tient le coup, maintient ses conditions, trouve la force au petit matin de recevoir \u00abavec d\u00e9cence\u00bb un visiteur insigne, le roi Louis-Philippe, obtient finalement gain de cause et se confesse \u00e0 Dupanloup sur le coup des 11 h du matin:<\/p>\n<ul><font size=2>\u00abAlors que pendant sa confession le prince \u00e9tait rest\u00e9 seul avec l&rsquo;abb\u00e9, sa chambre est \u00e0 nouveau pleine de monde au moment de l&rsquo;extr\u00eame-onction. Talleyrand r\u00e9pond \u00ab\u00a0d&rsquo;une voix nette et intelligible \u00e0 toutes les pri\u00e8res\u00a0\u00bb. Puis l&rsquo;abb\u00e9 lui impose le saint chr\u00eame. D\u00e9tail extraordinaire, le prince lui tend sa main ferm\u00e9e, tourn\u00e9e vers l&rsquo;ext\u00e9rieur en lui disant: \u00ab\u00a0N&rsquo;oubliez pas, monsieur l&rsquo;abb\u00e9, que je suis \u00e9v\u00eaque.\u00a0\u00bb Quand on administre l&rsquo;extr\u00eame-onction \u00e0 un pr\u00eatre ou \u00e0 un \u00e9v\u00eaque, l&rsquo;onction des mains se fait en effet \u00ab\u00a0\u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur\u00a0\u00bb et non dans la paume comme pour un simple chr\u00e9tien.\u00bb<\/font><\/ul>\n<p>A midi, Talleyrand perd l&rsquo;usage de la parole. Il meurt \u00e0 15 h 35.<\/p>\n<p>Revenons \u00e0 Jean Paul II.<\/p>\n<p>Il para\u00eet \u00e9vident qu&rsquo;apr\u00e8s 25 ans de r\u00e8gne qui le virent en repr\u00e9sentation dans le monde entier, mais aussi tr\u00e8s soucieux de restaurer le prestige de sa charge en l&rsquo;ancrant dans la continuit\u00e9 d&rsquo;une histoire bimill\u00e9naire, il soit capable d&rsquo;organiser sa mort pour parachever sa mission en en soulignant les apports essentiels. Avec l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation du monde en premier lieu.<\/p>\n<p>Son message ne manque pas de clart\u00e9, son action non plus. Lisez plut\u00f4t.<\/p>\n<p>Le 5 octobre dernier, le pape canonisait trois bienheureux, tous trois missionnaires dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 la joyeuse \u00e9poque des colonies: Daniele Comboni qui fut le premier \u00e9v\u00eaque d&rsquo;Afrique centrale, Arnold Janssen, fondateur de la premi\u00e8re maison missionnaire allemande et Joseph Freinademetz qui se consacra \u00e0 la conversion des Chinois.<\/p>\n<p>Deux jours plus tard, le 7 octobre, le pape s&rsquo;est rendu au sanctuaire marial de Pompei, o\u00f9 il \u00e9tait all\u00e9 en 1979, au d\u00e9but de son r\u00e8gne. On conna\u00eet la passion de Karol Vojtila pour le culte de la Vierge. Mais le sanctuaire de <a href=http:\/\/www.vatican.va\/holy_father\/john_paul_ii\/travels\/sub_index2003\/trav_pompei-2003_fr.htm target=_blank class=std>Pompei<\/a> d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Notre-Dame du Saint Rosaire l&rsquo;est aussi \u00e0 la Reine des Victoires. Titre bien guerrier pour la Vierge, mais qui lui a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 pour la remercier de la victoire catholique sur les Turcs \u00e0 L\u00e9pante en 1571. Que voil\u00e0 un rappel fort martial des n\u00e9cessit\u00e9s (\u00f4 combien actuelles!) de la lutte contre l&rsquo;impie.<\/p>\n<p>Ce jeudi, le pape c\u00e9l\u00e8bre devant sa cour de cardinaux au complet et quelques dizaines de milliers de fid\u00e8les, les 25 ans de son r\u00e8gne.<\/p>\n<p>Dimanche enfin, les m\u00eames acteurs vont proc\u00e9der \u00e0 la b\u00e9atification de M\u00e8re Teresa, derni\u00e8re \u00e9tape avant sa canonisation. Faut-il rappeler que M\u00e8re Teresa, dont Jean Paul II fut toujours tr\u00e8s proche, se consacra \u00e0 l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de Calcutta?<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le pape se meurt. Il se meurt en public, au vu et au su de chacun. 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