



{"id":1432,"date":"2003-10-12T00:00:00","date_gmt":"2003-10-11T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1432"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1432","title":{"rendered":"On ne regarde plus les films, on imagine leur fin"},"content":{"rendered":"<p>Depuis \u00abUsual Suspect\u00bb et \u00abSixi\u00e8me Sens\u00bb, de plus en plus de films hollywoodens se fient \u00e0 leurs sc\u00e9narios tordus pour tenir en haleine le spectateur. Qu\u2019importe l\u2019histoire pourvu que l\u2019on poss\u00e8de une bonne chute. R\u00e9sultat: on attend patiemment la fin, oubliant en cours de route le plaisir d\u2019\u00eatre dans l\u2019histoire.<\/p>\n<p>Deux films actuellement \u00e0 l\u2019affiche se comportent ainsi, \u00abIdentity\u00bb, de James Mangold et \u00abLes Associ\u00e9s\u00bb (\u00abMatchstick Men\u00bb), de Ridley Scott. Avantage n\u00e9anmoins au second qui, avant le coup de th\u00e9\u00e2tre final, nous aura r\u00e9joui d\u2019une jolie fable sur la paternit\u00e9.  <\/p>\n<p>\u00abIdentity\u00bb de James Mangold appelle les r\u00e9f\u00e9rences. On pense aux \u00abDix petits N\u00e8gres\u00bb, d\u2019Agatha Christie pour l\u2019intrigue; \u00e0 David Fincher pour la combinaison finale; \u00e0 \u00abPsychose\u00bb de Hitchcock pour ses clins d\u2019yeux climatiques; \u00e0 \u00abScream\u00bb pour la dimension grand-guignolesque et le second degr\u00e9 &#8212; involontaire. <\/p>\n<p>L\u2019histoire: apr\u00e8s de multiples accidents, des \u00e9trangers se r\u00e9fugient dans un motel en plein d\u00e9sert, sous une pluie diluvienne. Il y a un couple d\u2019un certain \u00e2ge avec un enfant autiste, dont la m\u00e8re est gri\u00e8vement bless\u00e9e; un flic bizarre qui escorte un dangereux assassin; un ancien policier devenu chauffeur d\u2019une starlette en crise; une call-girl; un couple fra\u00eechement mari\u00e9 au bord de la rupture et le gardien du motel. Un \u00e0 un, tous ces personnages se font \u00e9liminer. Qui est le tueur? <\/p>\n<p>Apr\u00e8s une ouverture \u00e9blouissante o\u00f9 chaque personnage fait son entr\u00e9e au gr\u00e9 de multiples co\u00efncidences; apr\u00e8s une mise en place atmosph\u00e9rique des plus r\u00e9ussies; apr\u00e8s la pr\u00e9sentation sommaire et inqui\u00e9tante de tous les personnages, \u00abIdentity\u00bb s\u2019installe dans le thriller horrifique. Les premiers morts excitent notre imagination de d\u00e9tective; \u00e0 partir du quatri\u00e8me, on l\u00e2che prise. R\u00e9p\u00e9tition de situation, morts annonc\u00e9es, surench\u00e8re dans le gore rythment alors ce thriller pluvieux et bruyant, m\u00e9canique dans son principe d\u2019\u00e9limination. On sait qu\u2019il va falloir attendre la fin, et le joker du sc\u00e9nariste, pour conna\u00eetre le fin mot de l\u2019affaire. <\/p>\n<p>Comme souvent en pareille construction, le d\u00e9nouement sera d\u00e9cevant. Th\u00e9orique et artificiel, il se contente de justifier ce qui pr\u00e9c\u00e8de, sans l\u2019enrichir ni le mettre en perspective &#8212; contrairement \u00e0 \u00abSixi\u00e8me sens\u00bb qui interrogeait notre relation aux images et nos habitudes narratives. En d\u00e9pit de son titre qui laissait augurer une r\u00e9flexion autour de l\u2019identit\u00e9, le film se termine par une pirouette, convoquant, comme cela est devenu une habitude \u00e0 Hollywood, les pathologies mentales pour r\u00e9soudre l\u2019improbable. La schizophr\u00e9nie comme un grand fourre-tout sc\u00e9naristique.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse du film de James Mangold, celui de Ridley Scott, \u00abLes Associ\u00e9s\u00bb, pourrait tenir sans son d\u00e9nouement inattendu. Deux escrocs \u00e0 la petite semaine &#8212; Roy (Nicolas Cage), le v\u00e9t\u00e9ran et Frank, son jeune et ambitieux \u00e9mule &#8212; se la coulent douce gr\u00e2ce \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019arnaques. Leurs op\u00e9rations sont juteuses \u00e0 en juger par la splendide villa avec piscine de Roy, sa vie priv\u00e9e en revanche est beaucoup moins enviable. Agoraphobe et sujet \u00e0 des tics obsessionnels compulsifs, il consulte un psy pour continuer \u00e0 fonctionner. C&rsquo;est alors qu&rsquo;il d\u00e9couvre avec effroi qu&rsquo;il a une fille, Angela, 14 ans. L&rsquo;arriv\u00e9e impromptue de l&rsquo;adolescente bouleverse les routines n\u00e9vrotiques de Roy qui commence \u00e0 prendre go\u00fbt \u00e0 sa tardive paternit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>A l\u2019image de son anti-h\u00e9ros plein de tics et de tocs, \u00abLes Associ\u00e9s\u00bb est un film qui se cherche. Peu s\u00fbr de son identit\u00e9 (est-ce un film d\u2019arnaqueurs? un polar? une fable sur la paternit\u00e9? un portrait de n\u00e9vros\u00e9?), il change souvent de rythme. Cette arythmie participe au charme de ce film mineur, domin\u00e9 par le jeu sobre de Nicolas Cage, pas tr\u00e8s loin du Jack Nicholson de \u00abPour le pire et pour le meilleur\u00bb. <\/p>\n<p>Face aux dysfonctionnements du cerveau de son h\u00e9ros malheureux, Ridley Scott  adapte une montage tr\u00e8s heurt\u00e9 et tranch\u00e9, o\u00f9 le temps ne devient qu\u2019une succession d\u2019instants presque angoissants et absurdes. Le film ne manque pas d\u2019humour non plus, notamment dans l\u2019observation des d\u00e9tails obsessionnels de Nicolas Cage. <\/p>\n<p>Moins math\u00e9matique que celui d\u2019\u00abIdentity\u00bb, le coup de th\u00e9\u00e2tre final, tr\u00e8s inattendu, a plusieurs fonctions. D\u2019abord, il exauce la volont\u00e9 inconsciente de son h\u00e9ros \u00e0 renoncer \u00e0 ses petites magouilles, d\u2019\u00eatre puni et ainsi gu\u00e9ri de ses n\u00e9vroses. Ensuite, il apporte une dimension vertigineuse au sc\u00e9nario que l\u2019on a envie, apr\u00e8s coup, de d\u00e9rouler \u00e0 l\u2019envers pour en mesurer toutes les subtilit\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, il donne \u00e0 ce portrait de malfrat mal dans sa peau une dimension humaine qui renvoie \u00abLes Associ\u00e9s\u00bb \u00e0 ce qu\u2019il est vraiment: une com\u00e9die familiale m\u00e9lancolique sur fond d\u2019arnaques. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>C\u2019est une mode hollywoodienne. On con\u00e7oit d\u00e9sormais les films pour m\u00e9nager un coup de th\u00e9\u00e2tre final. Illustration avec deux films \u00e0 l&rsquo;affiche, \u00abLes Associ\u00e9s\u00bb de Ridley Scott et \u00abIdentity\u00bb de James Mangold.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1432","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1432","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1432"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1432\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1432"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1432"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1432"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}