



{"id":1429,"date":"2003-10-07T00:00:00","date_gmt":"2003-10-06T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1429"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1429","title":{"rendered":"\u00abLes Invasions barbares\u00bb, un film qui suinte l\u2019amertume"},"content":{"rendered":"<p>Tout oppose \u00abHero\u00bb, du cin\u00e9aste chinois Zhang Yimou, et \u00abLes Invasions barbares\u00bb, de son confr\u00e8re qu\u00e9b\u00e9cois Denys Arcand. Tout, sauf leur r\u00e9sultat: les deux films passent \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du cin\u00e9ma. Le premier parce qu\u2019il ne fait que de l\u2019image, le second, bavard jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e, parce qu\u2019il s\u2019accroche au texte comme un malheureux \u00e0 sa bou\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans \u00abHero\u00bb, les plus beaux r\u00f4les ont \u00e9t\u00e9 confi\u00e9s aux v\u00eatements, amples et souples, qui s\u2019enroulent, flottent et se d\u00e9ploient pour donner un semblant de mouvement \u00e0 cette saga aux dizaines de milliers de figurants. \u00abHero\u00bb, ou comment faire du creux avec du trop-plein.<\/p>\n<p>A l\u2019inverse du tout image de Zhang Yimou, Denys Arcand se contente d\u2019illustrer ses dialogues, r\u00e9gl\u00e9s comme une partie de ping-pong o\u00f9 domine le culte du mot d\u2019auteur. Sa grammaire cin\u00e9matographique se r\u00e9duit \u00e0 des champs\/contrechamps et quelques pl\u00e9onasmes t\u00e9l\u00e9visuels (gros plan quand un homme parle; plan g\u00e9n\u00e9ral quand tout le monde rit de sa blague).<\/p>\n<p>Ce n\u2019est plus de la mise en sc\u00e8ne: c\u2019est de la mise en ondes! On touche le fond de ce cin\u00e9ma radiophonique avec la sc\u00e8ne dite du pompier, o\u00f9 les acteurs attendent sagement que la cam\u00e9ra se pose sur eux pour donner la r\u00e9plique.<\/p>\n<p>\u00abLes Invasions barbares\u00bb appartient \u00e0 cette cat\u00e9gorie de films qui divisent le public. Certains spectateurs le portent aux nues en vantant sa finesse d\u2019observation alors que d\u2019autres le trouvent terriblement fade et casse-pieds.<\/p>\n<p>Le film reprend, quinze ans plus tard, les personnages du \u00abD\u00e9clin de l\u2019empire am\u00e9ricain\u00bb, et particuli\u00e8rement R\u00e9my, le prof d\u2019histoire gauchiste qui \u00e9tait capable \u00e0 l\u2019\u00e9poque de vanter la R\u00e9volution culturelle de Mao parce qu\u2019il avait envie de coucher avec une petite Chinoise. Depuis, le monde a bien chang\u00e9 et l\u2019Am\u00e9rique, \u00abempire r\u00e9gnant sur le monde entier\u00bb, a connu, le 11 septembre 2001, sa premi\u00e8re invasion barbare. Il y en aura d\u2019autres, pr\u00e9dit Denys Arcand.<\/p>\n<p>En 2002, R\u00e9my devenu quinquag\u00e9naire souffre d\u2019un cancer incurable. Il le sait et nargue la maladie. Il veut mourir en m\u00e9cr\u00e9ant, en bouffeur de cur\u00e9s, en anar libertin. Il pr\u00e9f\u00e8re br\u00fbler en Enfer que s\u2019ennuyer au Paradis, \u00abentre Jean-Paul II, un Polonais sinistre, et m\u00e8re Teresa, une Albanaise gluante.\u00bb<\/p>\n<p>Son fils S\u00e9bastien, qu\u2019il m\u00e9prise (\u00abc\u2019est un capitaliste ambitieux et puritain\u00bb), homme d\u2019affaires install\u00e9 \u00e0 Londres, vient \u00e0 son chevet. Constatant dans quelles conditions pr\u00e9caires son p\u00e8re est soign\u00e9, il allonge les dollars pour le transf\u00e9rer dans une aile inoccup\u00e9e de l\u2019h\u00f4pital &#8212; et Denys Arcand d\u2019en profiter pour ouvrir le d\u00e9bat sur la politique de sant\u00e9 du Qu\u00e9bec.<\/p>\n<p>Par des voies d\u00e9tourn\u00e9es, S\u00e9bastien r\u00e9ussit \u00e9galement \u00e0 se procurer de l\u2019h\u00e9ro\u00efne pour soulager ses souffrances &#8212; et Denys Arcand d\u2019ouvrir le d\u00e9bat sur l\u2019euthanasie. Dans la foul\u00e9e, il convoque tous les amis et ex-ma\u00eetresses de son p\u00e8re pour l\u2019accompagner dans ses derniers jours.<\/p>\n<p>Commence alors ce banquet d\u2019adieu autour d\u2019Epicure. Un homme va s\u2019\u00e9teindre, et avec lui toute une g\u00e9n\u00e9ration, celle des soixante-huitards, celle qui ne pensait qu\u2019en \u00abisme\u00bb, marxisme, structuralisme, trostkysme, f\u00e9minisme, situationnisme etc. \u00abTout sauf cr\u00e9tinisme\u00bb, s\u2019esclaffe l\u2019un des joyeux drille. Rires symphoniques des autres comp\u00e8res, align\u00e9s en rang d\u2019oignons sur la terrasse.<\/p>\n<p>Avec la r\u00e9gularit\u00e9 d\u2019un m\u00e9tronome, Denys Arcand alterne R\u00e9my qui rit, R\u00e9my qui pleure, s\u00e9quence de com\u00e9die et d\u2019\u00e9motion, de paillardise et de sto\u00efcisme. Un coup, il se passe le film de ses amours anciennes et cin\u00e9matographiques (joli montage des actrices qui l\u2019ont fait craquer). Un coup, il demande pardon \u00e0 ses enfants de son irresponsabilit\u00e9 de p\u00e8re. Mais tout sonne faux, \u00e0 l\u2019image du jeu th\u00e9\u00e2tral et excessif des acteurs. Cela n\u2019a pourtant pas emp\u00each\u00e9 le film de remporter \u00e0 Cannes \u00abla palme du c\u0153ur\u00bb ainsi que le prix du sc\u00e9nario et de l\u2019interpr\u00e9tation f\u00e9minine pour Marie-Jos\u00e9e Croze.<\/p>\n<p>Denys Arcand souffre du m\u00eame syndrome que ses personnages faussement d\u00e9bonnaires: il ne supporte pas que son \u00e2ge d\u2019or soit pass\u00e9 et qu\u2019une rel\u00e8ve puisse le remplacer. Son film suinte l\u2019amertume. Les personnages de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, le fils et Nathalie, la junkie pourvoyeuse de drogue, incarnent les deux maux dont sont atteints l\u2019Occident: l\u2019amour de l\u2019argent et la destruction par la drogue.<\/p>\n<p>Seule l\u2019acceptation de l\u2019h\u00e9ritage des anciens, la reconnaissance de leur utopie, le partage de leurs valeurs, peut les sauver de leur d\u00e9ch\u00e9ance.<\/p>\n<p>A la liste des \u00abisme\u00bb, Denys Arcand a oubli\u00e9 cat\u00e9chisme. Le sien est pontifiant et sinistre. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le film de Denys Arcand divise les spectateurs. Il y a ceux qui le portent aux nues en vantant sa finesse d\u2019observation. Et les autres, dont nous faisons partie, qui le trouvent pontifiant et casse-pieds. 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