



{"id":1423,"date":"2003-09-29T00:00:00","date_gmt":"2003-09-28T22:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.largeur.com\/?p=1423"},"modified":"-0001-11-30T00:00:00","modified_gmt":"-0001-11-29T22:00:00","slug":"cinema","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/largeur.com\/?p=1423","title":{"rendered":"\u00abGood bye, Lenin\u00bb: les raisons d\u2019un triomphe"},"content":{"rendered":"<p>Dans \u00abLa Vie est belle\u00bb, Roberto Begnini fait croire \u00e0 son petit gar\u00e7on que le camp de concentration dans lequel ils sont d\u00e9tenus est une sorte de Koh-Lanta avant l\u2019heure, avec \u00e9preuves d\u2019endurance, tests d\u2019inconfort, improvisations face \u00e0 l\u2019adversit\u00e9 et jeux de r\u00f4les. Pour pr\u00e9server son fils de l\u2019horreur nazie, le p\u00e8re-clown refait l\u2019Histoire et nie l\u2019\u00e9vidence jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde.<\/p>\n<p>Un leurre identique fonde le burlesque tragique du film \u00abUnderground\u00bb d\u2019Emir Kusturica. Apr\u00e8s la guerre, un opportuniste convainc un groupe de r\u00e9fugi\u00e9s cach\u00e9s dans une cave de Belgrade depuis 1941 que le pays est toujours sous la botte nazie. Gr\u00e2ce \u00e0 cette com\u00e9die de dupes, il peut, pendant plus de quinze ans, employer \u00e0 bas prix une population qui ne sait rien de ce qui se passe autour d\u2019elle.<\/p>\n<p>Les deux films pr\u00e9cit\u00e9s ont soulev\u00e9 de nombreuses pol\u00e9miques \u00e0 leur sortie. On a reproch\u00e9 \u00e0 l\u2019Italien de faire rire \u00e0 partir d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 aussi atroce que l\u2019Holocauste et, accessoirement, de d\u00e9fendre une p\u00e9dagogie du d\u00e9ni. On a reproch\u00e9 \u00e0 Emir Kusturica, Palme d\u2019Or en 1995,  son cynisme et surtout ses positions proserbe.<\/p>\n<p>Aucune critique de fond en revanche n\u2019a accompagn\u00e9 la sortie de \u00abGood bye, Lenin\u00bb. Le film pourtant proc\u00e8de d\u2019un principe similaire: cacher la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 quelqu\u2019un pour le m\u00e9nager et se m\u00e9nager soi-m\u00eame.<\/p>\n<p>Alors pourquoi tant d\u2019indulgence envers la <a href= http:\/\/www.good-bye-lenin.de\/intro.php target=_blank class=std>com\u00e9die<\/a> de Wolfang Becker qui a d\u00e9j\u00e0 enthousiasm\u00e9 7 millions d\u2019Allemands? Pour quatre raisons au moins: son absence de nostalgie, la maturit\u00e9 de son sc\u00e9nario, l\u2019universalit\u00e9 de son propos et le besoin raisonn\u00e9 d\u2019utopie qu\u2019il revendique.<\/p>\n<p>Dans la nuit du 9 au 10 octobre 1989, le Mur de Berlin s\u2019effondre, ouvrant \u00e0 des millions de personnes la perspective d\u2019un avenir plus radieux. Tomb\u00e9e la veille dans le coma, Christiane Kerner, militante communiste vivant \u00e0 Berlin-Est, n\u2019a rien vu de cette r\u00e9volution en cours.<\/p>\n<p>Quand elle se r\u00e9veille miraculeusement huit mois plus tard, les m\u00e9decins restent prudents sur son \u00e9tat. Le moindre choc \u00e9motionnel pourrait lui \u00eatre fatal. Son fils Alexander, 21 ans, osera-t-il lui raconter  les \u00e9v\u00e9nements r\u00e9cents, au risque de la voir suffoquer en d\u00e9couvrant sa r\u00e9alit\u00e9 totalement transform\u00e9e?<\/p>\n<p>Les id\u00e9aux communistes de Christiane ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s aux orties de l\u2019Histoire. Ses proches sont conquis aux charmes de l\u2019Ouest et troquent leurs pulls made in Bulgaria contre des jeans am\u00e9ricains, leur jus de pomme contre du Coca-Cola et leurs \u00e9tudes contre un poste de vendeur au Burger King.<\/p>\n<p>Avec la complicit\u00e9 de sa s\u0153ur, Alexander va alors r\u00e9inventer l\u2019Histoire, reconstituer, seulement pour sa m\u00e8re alit\u00e9e, une RDA disparue, avec ses comit\u00e9s de quartier, ses chorales, ses Trabant, ses cornichons d\u2019\u00e9tat et ses magasins vides\u2026<\/p>\n<p>La com\u00e9die prend une tournure plus politique quand Alex d\u00e9cide de se servir de la t\u00e9l\u00e9vision pour affiner l\u2019illusion. Avec l\u2019aide de son coll\u00e8gue de travail, il va bricoler une Histoire fictive gr\u00e2ce \u00e0 de faux \u00abAktuelle Kamera\u00bb, le journal t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 est-allemand r\u00e9put\u00e9 pour sa monotonie et son cat\u00e9chisme socialiste.<\/p>\n<p>Poussant sa logique du mensonge jusqu\u2019\u00e0 l\u2019absurde, il ira jusqu\u2019\u00e0 changer radicalement le sens de la chute du Mur, affirmant que les habitants de la RFA, lass\u00e9s du consum\u00e9risme triomphant, ont d\u00e9cid\u00e9 de rallier la RDA, \u00abparadis des ouvriers et des paysans\u00bb. La m\u00e8re est pr\u00eate \u00e0 accueillir chez elle ces \u00abpauvres r\u00e9fugi\u00e9s de l\u2019Ouest\u00bb!<\/p>\n<p>Sans le vouloir, dans sa volont\u00e9 d\u2019id\u00e9aliser un monde disparu, le fils emploie les m\u00eames ruses que cette RDA dont il d\u00e9nonce les stratag\u00e8mes: r\u00e9interpr\u00e9tation des faits, propagande par l\u2019image, enfermement de peur d\u2019\u00eatre contamin\u00e9 par le monde ext\u00e9rieur, culture de l\u2019illusion pour faire le bonheur des autres.<\/p>\n<p>Mais cette hilarante s\u00e9quence de politique-fiction, dont l\u2019absurde suffit \u00e0 rejeter toute forme de nostalgie, porte aussi en elle la tristesse des utopies perdues et montre, en souriant, les limites d\u2019un monde occidental domin\u00e9 par le lib\u00e9ralisme sauvage&#8230;<\/p>\n<p>Avec \u00ab<a href= http:\/\/www.german-cinema.de\/archive\/film_view.php?film_id=939 target=_blank class=std>Good bye, Lenin<\/a>\u00bb, l\u2019Histoire est forc\u00e9ment ambigu\u00eb parce qu\u2019elle interf\u00e8re avec les sentiments. Comment l\u2019amour d\u2019un fils pour sa m\u00e8re se confronte-t-il \u00e0 la marche du monde? Jusqu\u2019o\u00f9 peut-il aller sans devenir \u00e0 son tour un grand manipulateur? Comment \u00e9chapper \u00e0 l\u2019id\u00e9alisation de son pass\u00e9? Comment l\u2019histoire personnelle et affective se coltine-t-elle \u00e0 l\u2019Histoire objective et collective? Comment jeter le pire sans tout rejeter en bloc? Comment rena\u00eetre apr\u00e8s trente ans de purgatoire? Voil\u00e0 les questions qui traversent \u00ab<a href= http:\/\/us.imdb.com\/title\/tt0301357\/  target=_blank class=std>Good bye, Lenin<\/a>\u00bb.<\/p>\n<p>A la fin du film, on soup\u00e7onne que la m\u00e8re a d\u00e9couvert la v\u00e9rit\u00e9 mais qu\u2019elle feint de l\u2019ignorer pour ne pas d\u00e9cevoir les efforts de son fils. On soup\u00e7onne aussi qu\u2019elle ne l\u2019a pas tant aim\u00e9e que cela, cette RDA pour laquelle elle a tant milit\u00e9! Qu\u2019elle l\u2019aurait volontiers quitt\u00e9e si elle en avait eu le courage.<\/p>\n<p>On d\u00e9couvre que tout le monde a menti pour rendre la vie supportable. De ces mensonges jaillit n\u00e9anmoins une v\u00e9rit\u00e9: cette RDA qu\u2019il restitue pour sa m\u00e8re, le fils la r\u00e9enchante d\u2019abord pour lui-m\u00eame, car aussi invivable fut-il, ce pays a \u00e9t\u00e9 celui de son enfance et de sa jeunesse, celui de ses premiers rep\u00e8res, de son amour exclusif pour sa m\u00e8re. <\/p>\n<p>Et voil\u00e0 comment un film politique, fin, nuanc\u00e9, r\u00e9parateur et g\u00e9n\u00e9reux, devient aussi une sorte de \u00abRecherche du temps perdu\u00bb, un beau travail de m\u00e9moire, \u00e0 la fois personnelle et universelle.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\nP.S. On peut aussi relever que l\u2019Allemagne a produit \u00abGood bye, Lenin\u00bb deux ans \u00e0 peine apr\u00e8s la sortie en France du \u00abFabuleux destin d\u2019Am\u00e9lie Poulain\u00bb. Ces deux films abordent de mani\u00e8re tr\u00e8s diff\u00e9rente l\u2019id\u00e9e du patriotisme nostalgique, mais se rejoignent par leur bande-son, confi\u00e9e dans les deux cas \u00e0 <a href= http:\/\/us.imdb.com\/name\/nm0862961\/ target=_blank>Yann Tiersen<\/a>.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s avoir emball\u00e9 7 millions d\u2019Allemands, le film de Wolfgang Becker entame une belle carri\u00e8re internationale. Normal: c\u2019est une fable dr\u00f4le, \u00e9mouvante, pertinente sur notre besoin d\u2019utopie.<\/p>\n","protected":false},"author":15041,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[3],"tags":[],"class_list":["post-1423","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-pop-culture","pop-culture"],"aioseo_notices":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1423","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/15041"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1423"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1423\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1423"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1423"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/largeur.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1423"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}